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Full text of "Histoire de la Maison royale de Saint-Cyr, 1686-1793"

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HISTOIRE 



DE LA MAISON ROYALE 



DE 



SAINT-CYR. 



PARIS. — TYPOGRAPHIE PLON FRERES 

IMPRIMEURS DE L'EMPEREUR , 
RUE DE VAIGIRARD, 3(i. 




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Sasv,r C^v^ Mav«&ov\ royale cic 

HISTOIRE 



DE LA MAISON ROYALE 



DE 



SAINT-CYR 



(1686-1793) 



PAR 



THEOPHILE LAVALLÉE 







PARIS 



FURNE ET C IE , LIBRAIRES-ÉDITEURS, 



1853 



lS5i 



PREFACE. 



Ce livre est la première partie de l'ouvrage que j'ai annoncé 
sous ce titre : Histoire de la Maison royale et de V École militaire de 
Saint-Cyr. Comme ce titre renfermait deux sujets qui n'ont de 
commun que le lieu même de la scène, j'ai cru convenable de 
publier les deux parties séparément. On verra dans le cha- 
pitre I er par quels points elles se touchent. 

Le lecteur ne doit pas s'attendre à trouver dans l'histoire de 
la Maison royale de Saint-Cyr des événements d'une grande im- 
portance : c'est l'histoire d'un couvent ou d'une maison d'éduca- 
tion, l'histoire de jeunes filles et de leurs institutrices; mais elle 
se trouve mêlée à de si grands noms, à de si belles choses, elle 
se trouve être l'exposé d'une éducation si voisine de la perfec- 
tion, que j'ai cru nécessaire de tirer de l'oubli où il était resté 
ce curieux épisode du règne de Louis XIV, et de le raconter 
même avec des détails qui pourront paraître peu utiles : je 
pense néanmoins qu'il sera de quelque agrément pour les per- 
sonnes qui regardent le dix-septième siècle comme l'époque la 
plus belle de nos annales, qu'il sera de quelque utilité aux per- 
sonnes qui s'occupent de l'éducation des femmes. 

L'histoire de la maison de Saint-Cyr n'étant connue que par 



il PRÉFACE. 

quelques mots, quelques lignes des historiens de Louis XIV, j'ai 
dû la chercher presque entièrement dans les manuscrits et les 
documents inédits, et j'ai eu la fortune d'en rencontrer de très- 
précieux, sur lesquels je dois donner quelques explications. 

Les Dames de Saint- Cyr possédaient sur l'histoire de leur mai- 
son et sur celle de madame de Maintenon, leur institutrice, de 
nombreux écrits, consistant principalement : \ ° en pièces origi- 
nales et actes officiels de la fondation, ordonnances de Louis XIV, 
procès-verbaux, règlements, etc.; 2° en lettres, avis, instruc- 
tions, conversations de madame de Maintenon, mémoires rédigés 
par elles-mêmes ou par leurs amis, etc. Ces écrits , surtout les der- 
niers, formaient une bibliothèque particulière aux Dames, qu'elles 
donnaient à lire aux demoiselles les plus âgées et les plus pieuses, 
mais qu'elles cachaient avec soin aux personnes du dehors. Leur 
publication eût pourtant réfuté victorieusement les calomnies dont 
madame de Maintenon avait été poursuivie de son vivant et après 
sa mort; mais, à l'exemple de cette dame, elles s'inquiétaient 
peu de l'opinion du monde sur celle qu'elles regardaient comme 
une sainte et dont elles se contentaient de vénérer silencieuse- 
ment la mémoire et d'imiter obscurément les vertus. 

Un écrivain du dix-huitième siècle que ses démêlés avec Vol- 
taire ont rendu fameux , Labeaumelle , parvint à avoir une copie 
de la plupart de ces manuscrits, on ne sait trop par quelle voie ! , 

1 II dit dans une préface que les Dames de Saint-Cyr et la famille de Noailles lui 
ont refusé toute communication de ces manuscrits, et il fait sentir qu'il les tient de 
lindiscrétion d'une demoiselle de Saint-Cyr qui les aurait copiés pour lui : cela pa- 
rait presque impossible. Voltaire, avec sa passion ordinaire, dit qu'il les a volés. 
« J'ai vu les lettres de madame de Maintenon, écrivait-il le 22 novembre 4752; 
heureusement ces lettres confirment tout ce que j'ai dit d'elle. Si elles m'avaient dé- 
menti, mon Siècle était perdu. Comment se peut-il faire qu'un nommé Labeaumelle, 
prédicateur à Copenhague, depuis académicien, joueur, fripon, et ayant d'ailleurs 
malheureusement de l'esprit, ait été le possesseur de ce trésor? » Le M janvier 



PRÉFACE. m 

et avec ce trésor, ainsi que l'appelle Voltaire, il publia en 4 752 
et années suivantes : 1° Lettres de madame de Maintenons 9 vol. 
in- 1 2 (édition de 1 757) ; 2° Mémoires pour servir à l'histoire de 
madame de Maintenon et à celle du siècle passé, 6 vol. in-12 (édi- 
tion de 1756). Ces deux ouvrages firent une grande sensation : 
ils n'avaient pourtant, et nous le démontrerons tout à l'heure, 
qu'une valeur médiocre ; mais ces lettres et ces mémoires, à une 
époque où les souvenirs de madame de Caylus et les mémoires 
de Saint-Simon n'étaient pas publiés, parurent si précieux que 
les deux ouvrages de Labeaumelle eurent un très-grand succès. 
Les Daines de Saint-Cyr furent émues d'une publication qui 
faisait sortir l'Institut de Saint-Louis et sa fondatrice de leur 
sainte obscurité ; mais comme elle était faite dans un sens favo- 
rable à leur maison et à madame de Maintenon, elles ne s'en 
plaignirent pas, et se contentèrent d'enfouir plus soigneusement 
que jamais leurs manuscrits. 

Les Mémoires de madame de Maintenon perdirent aisément 
tout crédit et ne sont plus aujourd'hui ni lus ni consultés ; mais 
il n'en est pas de même des Lettres. Encore bien que des érudits 
comme l'abbé Millot, Auger, Walkenaèr , etc. , aient dit que la 
collection de Labeaumelle ne renferme que l'ombre des lettres 
de madame de Maintenon, cette collection n'en est pas moins 
restée l'unique source où tous les historiens sont allés former 
leur opinion sur le caractère et le rôle historique de cette femme 
célèbre l . 

1753, il écrit à M. Formey : « M. le maréchal de Noailles, neveu de madame de 
Maintenon, avait ce dépôt; son secrétaire le prêta à un écuyer du roi, et celui-ci au 
petit flacine. Labeaumelle le vola sur la cheminée de Racine, et s'en fut à Copen- 
hague : c'est un fait public à Paris. » 

1 Outre les éditions des lettres de madame de Maintenon publiées dans le siècle 
dernier, et qui reproduisent presque invariablement le texte donné par Labeaumelle 
(la meilleure est celle de 1757, Amsterdam), on en a publié deux, en 1807 et 



iv PREFACE. 

Comme je me suis servi pour faire mon Histoire de la Maison 
royale de Saint-Cyr de la plupart des manuscrits que Labeaumelle 
a consultés, comme je crois être le seul écrivain qui, après lui, ait 
mis en œuvre ces documents précieux, je puis dire quel usage il 
en a fait, et par conséquent la valeur réelle de ses deux ouvrages. 

Les Mémoires sur madame de Maintenon sont une histoire géné- 
rale du règne de Louis XIV, dans laquelle Labeaumelle paraît 
avoir eu l'ambition d'effacer le fameux Siècle de Voltaire. Il 
n'avait pour faire cette histoire d'autres documents nouveaux 
que les manuscrits de Saint-Cyr ; or ceux-ci ne sont pas des mé- 
moires politiques , mais des chroniques remarquables surtout par 
la naïveté et la simplicité des détails : aussi Labeaumelle, dédai- 
gnant ce qu'il regardait comme des bavardages de religieuses et 
des puérilités de couvent, s'est contenté d'y prendre quelques 
faits, quelques anecdotes sur madame de Maintenon et la fon- 
dation de Saint-Cyr; pour tout le reste de son ouvrage, il s'est 
servi des écrits des réfugiés protestants, et en y ajoutant quel- 
ques traditions où les faits les mieux connus sont défigurés et 
dénaturés, il a fait un livre qui, après la première heure du 
succès, n'a paru qu'une spéculation sur la crédulité publique, et 
qui aujourd'hui serait tout à fait oublié si le dernier volume ne 
renfermait pas des pièces historiques qui ont de la valeur. 

Les Lettres de madame de Maintenon ont été réellement em- 
pruntées aux manuscrits de Saint-Cyr et probablement aussi à 
quelques collections particulières; mais Labeaumelle leur a fait 
subir une transformation très-malheureuse. Madame de Mainte- 

en 4845. Dans celle de 1 807, publiée par Auger, chez Léopold Collin , en 6 vol. in- 12, 
on a rétabli le texte vrai de certaines lettres d'après des manuscrits originaux , et 
l'on a inséré quelques lettres nouvelles; mais un assez grand nombre d'autres ont été 
éliminées. L'édition de 4 815, en 3 vol. in-8°, n'est que la réimpression partielle de 
l'édition de 1807. 



PRÉFACE. v 

non est, comme l'on sait, l'un de ces écrivains dont le grand 
siècle abonde, qui, en laissant aller leur plume au courant do 
leur génie naturel, font du beau style sans s'en douter; c'est une 
épistolière qui suit de près madame de Sévigné et quelquefois 
marche de pair avec elle; elle n'a pas le charmant abandon de 
cette dame, sa vivacité étincelante, son entrain si français; mais 
de toutes les femmes de cette époque où l'on parlait si bien, nulle 
n'a un langage plus clair, plus sensé, plus vrai : « langage doux, 
juste en tous points, dit Saint-Simon, et naturellement éloquent 
et court; » « langage de la sagesse, dit Fénelon, qui parle par 
la bouche des grâces. » Une bonne partie de ces qualités disparaît 
dans le texte de Labeaumelle : d'ordinaire il coupe en trois ou 
quatre tronçons la phrase de madame de Maintenon, cette phrase 
pleine d'ampleur qui s'embarrasse quelquefois dans sa hâte 
d'aller au but; il polit ses nombreuses incorrections; il retranche 
des mots, des lignes, il ajoute des phrases entières, non pas sans 
esprit, mais avec l'esprit du dix-huitième siècle; il met à la place 
du terme net et vulgaire la périphrase ou l'épithète du rhéteur ; 
enfin il va même jusqu'à substituer à la pensée, à l'opinion si so- 
lide, si fermement arrêtée, si rigoureusement catholique de ma- 
dame de Maintenon , sa pensée protestante et ses opinions philo- 
sophiques \ 

1 Citons comme exemple la lettre de madame de Maintenon à mademoiselle d'Os- 
mond, élève de Saint-Cyr, qui venait d'épouser le marquis d'Havrincourt. (Voir sur 
cette demoiselle la page 490.) Nous mettons en regard le texte vrai des Lettres édi- 
fiantes recueillies par les Dames de Saint-Cyr et le texte altéré par Labeaumelle. Je 
souligne les inventions les plus mensongères de cet écrivain. 

Texte des Lettres édifiantes. Texte de Labeaumelle. 



Vous n'avez à présent que deux choses 
à faire : servir Dieu et contenter votre 
mari. Ayez pour lui toutes les complai- 
sances qu'il exigera, entrez dans toutes 
ses fantaisies autant que cela n'offensera 



Vous n'avez à présent , ma chère fille , 
que deux choses à faire : servir Dieu et 
plaire à votre mari. Prodiguez-lui vos 
complaisances; entrez dans toutes ses 
fantaisies ; souffrez toujours ses bizarre- 



VI 



PRÉFACE. 



Malgré ces défauts, le recueil de Labeaumelle n'en reste pas 
moins une collection précieuse et qu'il sera difficile de remplacer, 



point Dieu; s'il est jaloux, enfermez- 
vous et ne voyez personne; si au con- 
traire il veut que vous soyez dans le 
grand monde , mettez-vous-y, en vous re- 
tirant cependant autant que la modestie 
le demande. 

Vous allez être gouvernante, c'est-à- 
dire la première personne de la ville; 
faites-y tout le bien que Dieu demandera 
de vous, donnez-y bon exemple. Qu'il y 
ait toujours quelques honnêtes et sages 
femmes en votre compagnie. Représen- 
tez à votre mari que vous êtes encore 
trop jeune pour vous livrer au monde 
sans qu'il y ait quelqu'un de raisonnable 
témoin de votre conduite, il vous en 
saura très-bon gré tel qu'il soit. 

Fuyez les mauvaises compagnies , rien 
n'est si dangereux. 

Aimez la présence de votre mari, ne 
vous cachez jamais de lui. 

Sachez vous retenir sur le jeu , que je 
crois que vous ne haïssez point : vous 
voyez les malheurs que l'amour du jeu 
attire; aimez l'ouvrage, soyez toujours 
occupée. Aimez à être quelquefois seule, 
à rentrer en vous-même, à faire souvent 
des réflexions sur votre conduite. 

Ne soyez point haute, soyez polie, 
faites-vous aimer dans votre domestique, 
soyez-y ferme et bonne; ne donnez ja- 
mais dans l'excès et le ridicule des mo- 
des , suivez-les de loin et autant que la 
bienséance le requiert sans les outrager. 
Ne tâtez jamais de cette louange, qu'on 
dise de vous que vous êtes une femme 
magnifique dans vos habits. Je serais 
bien fâchée d'entendre dire cela de vous ; 
soyez vêtue proprement, sans affectation, 
et devenez ménagère. 

Vous avez été élevée dans la plus pure 
doctrine et savez fort bien votre reli- 
gion. Vous avez même de la piété; ayez 
horreur de toute nouveauté. Sur cet ar- 



ries, et qu'il n'ait jamais à souffrir des 
vôtres. S'il est jaloux, ne voyez per- 
sonne; s'il vous veut dans le grand 
monde , mettez-vous-y , toujours avec la 
modération que la vertu demande. 

Vous allez être gouvernante ; compre- 
nez et faites tout le bien que peut faire 
la première personne d'une ville. Ayez 
toujours quelque honnête femme en vo- 
tre compagnie, vous êtes trop jeune pour 
vous livrer au monde sans avoir un té- 
moin irréprochable de votre conduite. 
Votre mari vous en saura gré , tel qu'il 
soit. Soyez circonspecte dans vos liai- 
sons avec les femmes ; il vaut mieux être 
vue à l'Opéra avec tel homme qu'avec 
telle femme au sermon. 

Aimez la présence de votre mari ; ja- 
mais de mystère avec lui. Que vos prières 
soient plus ou moins longues selon son 
goût; celte complaisance est une prière. 
Obéir à ses volontés est le premier 
devoir du mariage; élever vos enfans, le 
second. Ayez soin d'eux avant leur nais- 
sance, et ne hasardez point leur vie et 
leur salut par des indiscrétions. N'ou- 
bliez rien pour en faire de véritables 
chrétiens; rendez-leur l'éducation que 
vous avez reçue ; préparez-vous aux cha- 
grins qu'ils vous donneront. J'espère 
qu'ils seront dignes de vous; cependant 
ne vous dépouillez jamais de votre bien 
en leur faveur; le monde est si dange- 
reux! Peut-être iront-ils au bal le jour 
qu'on vous donnera V extrême-onction. 

Retenez-vous sur le jeu ; vous avez 
été souvent témoin des malheurs que l'a- 
mour du jeu attire. 

Aimez l'ouvrage, la solitude, et ces 
réflexions qu'on fait sur soi-même pour 
se connoitre et se corriger. Point de 
hauteur. Soyez ferme et douce dans vo- 
tre domestique. Ne donnez jamais dans 
le ridicule excès des modes. La bien- 



PRÉFACE. vu 

ce compilateur infidèle ayant puisé à de certaines sources qui 
sont aujourd'hui perdues pour nous ! . 

Ainsi donc et pour résumer, Labeaumellc a fait un usage très- 
malheureux des manuscrits que les Dames de Saint-Cyr possé- 
daient; je crois que personne n'en a eu communication après 



ticle ne décidez jamais de rien, quoique 
vous en sachiez plus que les autres; ne 
parlez sur cela que quand on vous de- 
mandera votre sentiment, et ne le dites 
qu'avec modestie et retenue. 

Ne critiquez jamais la conduite de per- 
sonne, quelque mauvaise qu'elle soit. 

Je ne vous dirai rien sur vos devoirs 
de bonne Française envers le roi, v<fus 
lui avez de trop grandes obligations pour 
vous départir jamais du respect et de 
l'amour que ses sujets lui doivent, et 
vous en particulier êtes bien étroitement 
obligée de prier toute votre vie pour sa 
personne sacrée et pour la famille royale ; 
ne souffrez jamais, autant que cela dé- 
pendra de vous, qu'on en parle d'une 
manière trop libre. On se donne une 
grande liberté de parler des défauts des 
princes. Cela ne vaut rien, gardez-vous- 
en , vous qui les connaissez mieux que 
personne. 

Enfin, ma chère fille, soyez une bonne 
chrétienne, une bonne femme, une bonne 
mère ; remplissez tous vos devoirs , éta- 
blissez bien votre réputation et priez 
pour moi i . 

1 Lettres édifiantes, t. v, p. 2SG. 



séance veut que vous ne les suiviez que 
de loin. Que je n'entende pas dire de 
vous, ma chère d'Osmond, que vous 
êtes une femme magnifique : on croit que 
c'est une louange : n'en tâtez jamais. 

Vous avez été élevée dans la plus pure 
doctrine. Vous savez fort bien votre re- 
ligion; vous avez même de la piété; ab- 
horrez toute nouvelle opinion; taisez- 
vous sur cet article , ou ne parlez qu'avec 
une extrême retenue. 

Je ne vous dirai rien de vos devoirs de 
bonne Française , vous avez trop d'obli- 
gations au roi pour vous départir jamais 
du respect et de l'amour que ses sujets 
lui doivent ; la reconnoissance vous oblige 
encore plus étroitement de prier toute 
votre vie pour sa personne sacrée. On 
se donne aujourd'hui une grande liberté 
de parler des défauts des princes : ne 
souffrez jamais qu'on parle librement du 
nôtre devant vous , vous qui le connois- 
sez mieux que personne. 

Enfin, ma chère fille, soyez une bonne 
chrétienne, une bonne femme, une 
bonne mère ; et vos devoirs seront rem- 
plis , votre réputation bien établie et vo- 
tre salut assuré i . 

i Labeaumelle, t. n> p. 23? de Péclition 
d'Amsterdam, 1757. 



1 J'ai néanmoins la prétention de 1 essayer. Je prépare, depuis plusieurs années, 
une édition nouvelle des lettres de madame de Maintenon qui renfermera tous les 
écrits de cette femme célèbre, d'après les copies authentiques des manuscrits de 
Saint-Cyr que j'ai pu retrouver; je n'admettrai dans cette édition le texte de Labeau- 
mellc que lorsque ces copies me feront entièrement défaut, et après l'avoir soumis à 
la critique la plus sévère; 



mu PRÉFACE. 

lui; comment quelques-uns de ces manuscrits sont-ils venus jus- 
qu'à moi? 

A l'époque de la révolution et quand la maison de Saint-Louis 
fut supprimée, les Dames eurent la liberté d'emporter leur biblio- 
thèque particulière, et leurs manuscrits se trouvèrent ainsi dis- 
persés. Le plus grand nombre appartient aujourd'hui à la biblio- 
thèque du séminaire de Versailles; d'autres sont aux archives de 
la préfecture de Seine-et-Oise avec de très-nombreuses pièces 
dont nous parlerons tout à l'heure; la bibliothèque de la rue Ri- 
chelieu en a quelques-uns; enfin il en est d'autres qui ont été 
perdus ou du moins que je n'ai pu retrouver. 

C'est avec ces manuscrits, dont les uns ont été consultés ou pu- 
bliés inexactement par Labeaumelle, les autres ignorés ou dédai- 
gnés de lui, que j'ai composé l'histoire de la maison de Saint-Cyr. 
Voici les titres des principaux : 

\ ° Mémoires de ce qui s'est passé de plus remarquable dans réta- 
blissement de notre maison et depuis jusqu'à présent; % vol. 
petit in-4°. 

Ces mémoires étaient connus vulgairement dans la maison de 
Saint-Louis sous le nom de Mémoires des Dames de Saint-Cyr, et 
c'est sous ce titre que je les ai cités presque à chaque page de 
mon ouvrage ; ils ont été écrits par madame du Pérou , religieuse 
de Saint-Louis, l'une des quatre premières Dames de la fonda- 
tion, qui fut élue huit fois supérieure, et mourut en 4 748 âgée 
de 82 ans (voyez page 244) : ils vont de la fondation de la mai- 
son à l'année 1739. Ces mémoires sont pleins des détails les plus 
précis et les plus naïfs; mais ils sont quelquefois diffus, rem- 
plis de circonstances puériles et minutieuses, et c'est pour cela 
que Labeaumelle, qui les a probablement lus avec beaucoup de 
rapidité, s'en est à peine servi. On verra que je n'ai pas fait de 



PRÉFACÉ. ix 

même, car mon livre n'est à proprement parler que l'abrégé de 
ces mémoires '. 

Ces mémoires sont précédés d'une introduction qui a pour 
titre Mémoire sur madame de Maintenon. C'est une notice bio- 
graphique qui n'est probablement pas de madame du Pérou , et 
qui a été empruntée en partie aux souvenirs de madame do 
Caylus et aux mémoires de mademoiselle d'Aumale. On y trouve 
citées de nombreuses lettres de madame de Maintenon. 

2° Mémoires pour servir à l'histoire de la fondation de la maison de 
Saint-Louis de Saint-Cyr et à celle de madame de Maintenon, son 
institutrice; % vol. grand in-4°. 

Ces mémoires ont été écrits en 1748 par Languet de Gergy, 
archevêque de Sens, né en 1677, mort en 1753" 2 . Ils ont été 
faits avec les mémoires des Dames, avec les lettres de madame 
de Maintenon et tous les documents et écrits qui appartenaient 

1 Voici un extrait de l'avant-propos : 

« On sait quelle application madame de Maintenon a donnée à cette maison pen - 
dant trente-cinq ans, et que tout ce qu'on y remarque de bien établi et de bien 
réglé, tant au spirituel qu'au temporel, est l'effet de ses lumières et de son zèle. C'est 
par ce que j'en ai vu moi-même que j'entreprends d'en donner quelques notions à 
celles qui viendront après nous; cela me serait d'autant plus facile, si j'en avais l'es- 
prit, que je suis du commencement de la fondation et une des premières professes, 
et que j'ai eu l'honneur de suivre d'assez près madame de Maintenon pour en pou- 
voir parler avec certitude ; mais la persuasion que j'ai toujours eue de mon incapacité 
m'avait retenue jusqu'ici. Cependant, quoique je n'aie pas moins de raison d'en être 
convaincue qu'auparavant, j'ai cru me devoir déterminer à faire une ébauche, m'y 
étant sentie excitée par le désir de faire voir les motifs et les raisons qu'on a eus de 
mettre les choses sur le pied où elles sont... Je tâcherai de ne m'éloigner en rien de 
la vérité, et je compte que celles de mes sœurs qui sont du même temps que moi 
m'aideront à réformer les manquements de ma vieille mémoire et à réparer les dé- 
fauts de mes expressions. » 

2 Languet de Gergy (Jean-Joseph), né à Dijon, était le frère cadet du curé de 
Saint-Sulpice, devenu célèbre par l'édification de cette église; il fut nommé d'abord 
aumônier de la dauphine, et en 4715, par la protection de madame de Maintenon, 
évêque de Soissons. En 1721 il devint membre de l'Académie française, et en 1730, 
archevêque de Sens. C'était un prélat très-zélé et très-pieux , dont la vie n'a été 
qu'une longue lutte contre le jansénisme. 

6 



x PRÉFACE, 

à la maison de Saint-Cyr. Labeaumelle ne les a pas connus. Ces 
mémoires sont moins intéressants que ceux des Dames, parce 
qu'ils sont moins naïfs, moins pleins de détails, trop pompeux, 
trop diffus, trop théologiques; mais ils sont une véritable his- 
toire de la maison de Saint-Cyr dont j'ai tiré un très-grand parti. 
Ils renferment de nombreuses lettres et pièces relatives à ma- 
dame de Maintenon \ 

3° Lettres édifiantes de madame de Maintenon,- 7 vol. in-8°. 

Ce recueil, extrêmement curieux , a été fait par l'archevêque 
de Sens, dont nous venons de parler 2 . Je m'en suis servi presque à 
chaque page de mon récit. Il renferme plus de la moitié des let- 
tres, entretiens, instructions publiés par Labeaumelle, et un assez 
grand nombre d'autres qu'il n'a pas connus ou qu'il a dédaignés; 
des lettres de Louis XIV, des écrits de Charles II et de Jac- 
ques II, des lettres de grands personnages à madame de Main- 
tenon, etc. 



1 Voici un extrait de l'avant-propos : 

« J'ai été principalement secouru pour composer ces mémoires par les Dames de 
Saint-Louis, qui depuis longtemps avaient recueilli tout ce qui pouvait servir à con- 
server la mémoire de leur institutrice, car dans les commencements de l'établisse- 
ment de Saint-Cyr, plusieurs d'entre elles avaient été soigneuses d'écrire ce qui leur 
paraissait contribuer à faire connaître le mérite et la vertu de madame de Main- 
tenon. Elles ont de plus hérité de quantité de papiers et de lettres qui m'ont servi 
beaucoup à démêler ce fonds de piété et de raison qui était en elle. Comme c'est 
pour ces Dames que j'ai écrit plus particulièrement, je n'ai point méprisé ces petits 
faits et ces menus détails que le monde pourrait mépriser... » 

2 Voici un extrait de la préface : 

« C'est pour confirmer ce que j'ai raconté de la vie de madame de Maintenon et de 
l'établissement de la maison de Saint-Louis que j'ai désiré que ce qu'on a pu mon- 
trer de ses lettres fût joint à cette histoire, afin que le tout parût ensemble, quand 
la Providence voudra que les vertus de cette Dame illustre paraissent au grand jour 
et soient tirées de l'obscurité où sa modestie et ensuite la discrétion des religieuses 
de Saint-Louis les ont retenues cachées... Au reste ce recueil, quelque immense qu'il 
paraisse, ne contient qu'une petite partie des lettres que madame de Maintenon a 
écrites et de celles qu'elle a reçues. Combien qu'on n'a pu recouvrer! combien d'au- 
tres qu'elles a brûlées avant sa mort par modestie et par discrétion !... » 



PRÉFACE. xi 

4° Lettres de madame de Maintenon à mesdames de Caylus , de 
Damjcau et de Ventadour; % vol. in-4°. 

On lit en tête du deuxième volume : « Ces lettres sont à des pa- 
rents ou personnes de confiance auxquelles madame parlait plus 
librement, ne comptant pas qu'elles seraient vues par d'autres. 
Ainsi il ne convient pas de les laisser lire , à moins que dans la 
suite on n'en ait fait un grand choix avec prudence. Elles sont 
pourtant très-utiles, très-agréables et pleines d'instructions. » 

5° Recueil des réponses que madame de Maintenon, notre institu- 
trice, a eu la bonté de nous faire en diverses occasions; \ vol. in-4°, 
portant le titre t. v e . — Ce recueil avait été fait par madame de 
Berval, et madame de Maintenon l'avait corrigé de sa main. 

G Extrait des écrits de madame de Maintenon aux religieuses de 
Saint-Louis concernant les principaux avis qu'elle leur donnait et ses 
instructions touchant les devoirs de leur Institut; \ vol. in-8°. 

7° Lettres et avis de madame de Maintenon aux religieuses de 
Saint-Louis sur les devoirs de leur état et le gouvernement des 
classes; \ vol. in-4° portant le titre t. n. 

8° Entretiens de madame de Maintenon avec une religieuse de 
Saint-Louis; 1 vol. in-4°, portant le titre t. iv. 

9° Lettres de tévêque de Chartres aux religieuses de Saint-Louis ; 
1 vol. in-4°. 

1 0° Instructions de Vévèque de Chartres sur l'observation des rè- 
glements; \ vol. in- 4°. 

1 1° Règlements et usages de la supérieure, de la dépositaire, de la 
maîtresse générale des classes, etc. 

12° Recueil de titres relatifs au spirituel de la maison de Saint- 
Louis; \ vol. in-fol. 

1 3° Recueil de titres relatifs au temporel de la maison de Saint- 
Louis ; 2 vol. in-fol. 



xii PRÉFACE. 

Ajoutons à cette liste les mémoires de mademoiselle d'Aumale, 
dont le manuscrit a été connu de plusieurs écrivains, mais qui 
sont reproduits en grande partie dans les mémoires de madame 
du Pérou, des extraits des mémoires de mesdames de Berval et 
de Bouju, des lettres nombreuses des confesseurs des Dames, 
des règlements pour toutes les charges, etc. 

J'ai trouvé d'autres documents non moins importants aux ar- 
chives de la préfecture de Versailles, dans plus de 500 volumes, 
liasses, cahiers, cartons, etc., renfermant plus de 10,000 pièces. 
Ces pièces sont en très-grande partie relatives aux biens des 
Dames et à l'administration de leur maison : ce sont des titres de 
propriété, des terriers, des baux, des fermages, des comptes 
de recettes et de dépenses , des registres de délibérations , etc. 
Mais on y trouve en outre les actes originaux et procès-ver- 
baux de la fondation, les lettres patentes, brevets et ordonnances 
du roi, lettres et commissions de l'évêque de Chartres, des bulles 
et brefs des papes, et une foule d'autres écrits précieux. C'est là 
d'ailleurs où j'ai trouvé toutes les pièces et les documents relatifs 
aux dernières années et à la suppression de l'Institut de Saint- 
Louis, correspondance des Dames, arrêtés des autorités de Ver- 
sailles, mémoires et pétitions à la Convention, etc. 

J'indique seulement les manuscrits peu importants que j'ai 
consultés à la Bibliothèque nationale; un seul, ayant pour titre 
Mémoire sur la fondation de la maison de Saint-Louis P m'a été de 
quelque utilité. 

J'ai encore tiré de précieux renseignements des livres de mu- 
sique qui ont appartenu à la maison de Saint-Cyr et qui sont au- 
jourd'hui à la bibliothèque de Versailles, des registres de décès 
des Dames et demoiselles, qui sont aujourd'hui aux archives de 
la commune de Saint-Cyr, etc. 



PRÉFACE. xiii 

Enfin je n'ai pas dédaigne de faire usage de traditions orales 
qui s'étaient conservées à Saint-Cyr sur les visites de Louis XIV, 
et dont les détails sont seulement indiqués dans les mémoires des 
Dames; je les ai recueillies de la bouche d'une des dernières re- 
ligieuses de Saint-Louis morte à Versailles il y a près de vingt 
ans. C'est aussi d'elle que je tiens quelques circonstances sur la 
fin de la maison de Saint-Cyr. 

Est-il nécessaire d'ajouter que je me suis encore servi de tous 
les mémoires et documents du règne de Louis XIV qui ont été 
imprimés ; souvenirs de madame de Caylus , mémoires de l'abbé 
de Choisy, de madame de Lafayette, de Saint-Simon, etc.? Quant 
aux biographies plus modernes de madame de Maintenon, par 
Caraccioli , madame Suard , Lafont-d'Aussonne , etc. , je les ai 
lues, mais sans en rien prendre, m'étant fait une loi, pour com- 
poser mon ouvrage, de ne me servir que d'écrits originaux* C'est 
par cette raison, et malgré toute son importance, que je n'ai 
point fait usage de l'histoire de madame de Maintenon par M. de 
Noailles qui a paru dans ces dernières années; d'ailleurs les deux 
volumes publiés de cet ouvrage ne vont que jusqu'à l'an- 
née 1685, c'est-à-dire jusqu'à celle qui précède la fondation de 
Saint-Cyr. 

Un grand nombre de personnes m'ont aidé dans mes recher- 
ches et mes travaux avec un zèle et une modestie dont je voudrais 
les remercier : je ne puis les citer toutes. Je dois néanmoins té- 
moigner ma reconnaissance à M 0r Tévêque de Versailles, qui a 
bien voulu mettre à ma disposition les manuscrits de son sémi- 
naire; à M. Breval, archiviste de la préfecture de Versailles > 
qui a découvert la plupart des pièces officielles dont je me suis 
servi et m'a facilité mes recherches dans les cartons si nombreux 
de ses archives; à M. Ferdinand de Lemud, lieutenant au 71 e de 



xiv PRÉFACE. 

ligne, répétiteur du cours que je professe à l'École militaire, 
auteur des deux gravures dont le moindre mérite est l'extrême 
exactitude : Dame et demoiselles de Saint-Cyr, Vue de la Maison 
de Saint-Louis de Saint-Cyr; à M. le lieutenant-colonel Thiroux, 
professeur d'artillerie à l'École militaire, sans les lumières duquel 
je n'aurais pu refaire le plan de l'ancienne maison; à M. Molle, 
conservateur des collections scientifiques à l'École militaire, qui 
a dessiné et réduit ce plan, etc. 

J'ai l'espoir que Y Histoire de l'École militaire de Saint-Cyr pa- 
raîtra dans le courant de cette année, 

Versailles, 20 janvier 1853. 

TH. LAVALLÉE. 



ERRATA 



Page 57, note 1 , 4 e ligne, au lieu de G lisez F. 

Page 58, note 1, au lieu de : la maison de Saint- Cyr vue du côté des jardins . 

lisez : la maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr. 
Page 59, lignes 23 et 27, au lieu de R lisez R\ 
Page 59 , ligne 25, au lieu de C lisez c. 
Page 60 , ligne 26 , au lieu de Z lisez z. 
Page 62, dans la note, au lieu de 1835, lisez 1836. 
Page 65, ligne 7, au lieu de L lisez L'. 
Page 121, ligne dernière, au lieu de : Fort et de Runcourt , lisez : Faure et 

Riencourt. 
Page 182, note 6, après : voir à l'Appendice, ajoutez H'. 
Page 253, ligne 24, au lieu de 368,000 1. lisez 375,000 1. 
Même page, ligne 26, au lieu de 489,000 1. lisez 496,000 1. 



m © »n 



CHAPITRE PREMIER. 



DES RAISONS POLITIQUES QUI ONT AMENE LA FONDATION DE LA MAISON ROYALE 

DE SAINT-CYR. 



Il est dans le règne de Louis XIV une date mémorable, et qui 
divise ce règne en deux parties bien distinctes, celle où la pros- 
périté et la grandeur sont entières et continues, celle où la pros- 
périté est mêlée de revers et la grandeur suivie d'éclatants dé- 
sastres : cette date est celle qui marque la trêve de Ratisbonne, 
la mort de Colbert et le deuxième mariage du roi (1 683 à 1 684). 
A cette époque, la France s'arrête fatiguée de ses victoires, sa- 
tisfaite de ses acquisitions, voulant jouir pacifiquement de sa gloire 
et de sa fortune. Louis XIV lui-même, en fermant son royaume 
par une triple ligne déplaces fortes , semble déclarer qu'il ne veut 
pas aller plus loin, « et mettre à l'aventure, ainsi que l'écrivait 
l'un de ses ministres, ce qu'il a gagné avec tant de peine. » Mais 
les ennemis de la France ne lui avaient pas pardonné ses con- 
quêtes; ils attendaient l'occasion de s'en venger par une ligue nou- 
velle ; ils répandaient partout la fable d'une monarchie universelle 
convoitée par le grand roi, et ameutaient ainsi la moitié de l'Eu- 
rope contre « le pays, disaient-ils, qui veut réduire les autres 
en une véritable servitude. » 

Il fallait donc que la France gardât son attitude militaire , sa 
puissante armée; en effet, et pour la première fois, 1 50,000 hom- 
mes continuèrent, en pleine paix, ou à s'exercer dans des camps 
de manœuvres , ou à fortifier nos récentes conquêtes ; et Louis XIV, 
aidé de Louvois , s'employa à leur donner une force nouvelle par 
une administration vigilante, une sévère discipline, des règles 
d'avancement où la naissance ne passait qu'après les services, 

1 



2 CHAPITRE PREMIER. 

enfin par les récompenses qu'il distribua à sa noblesse et les éta- 
blissements qu'il fit pour elle. 

On sait qu'à cette époque l'armée, sauf les officiers et quelques 
corps d'élite , se composait ordinairement de volontaires ramas- 
sés dans la fange des villes à force d'argent, de miliciens tirés 
des campagnes par la violence ou par la faim. Cette composition 
de l'armée était la conséquence naturelle de l'état de la société, 
et nous n'avons à en faire ni la critique, ni le blâme, ni l'éloge. 
La noblesse , en se mêlant à ce ramassis d'aventuriers et de misé- 
rables, lui donnait seule de la consistance, de la discipline, des 
idées d'honneur, de devoir, de patrie; elle lui communiquait ses 
sentiments, son esprit guerrier, même sa bravoure; elle était 
enfin la force, le lien, l'âme de ce corps étrange dans lequel en- 
traient ordinairement jusqu'à 20,000 de ses membres. C'était elle 
qui lui fournissait tous ses chefs, tous ses officiers; c'était elle 
qui composait presque entièrement ces troupes de la maison du 
roi dont la valeur faisait souvent le gain des batailles. Louis XIY 
devait donc, s'il voulait établir plus fortement son armée, avoir 
une noblesse nombreuse, grande et puissante; et il le pouvait 
faire sans appréhension pour la tranquillité de son royaume ; car, 
depuis les troubles de la Fronde, la noblesse avait cessé d'être 
redoutable à la couronne : sa turbulente activité, si souvent fu- 
neste au pays, avait été tournée contre les ennemis de la France; 
le gouvernement l'avait ramenée à son devoir social, qui était la 
défense et l'agrandissement de l'État; de plus, on ne lui avait 
laissé, en confiant à la bourgeoisie toutes les fonctions adminis- 
tratives, que la carrière des armes, et elle s'y était jetée avec 
autant d'ardeur que ses pères, et avec plus de dévouement, 
de générosité, enfin « avec de plus belles passions pour le ser- 
vice de ses maîtres. » Mais les guerres de ce temps n'étaient plus 
les guerres féodales : la noblesse n'avait plus seulement à courir 
à l'aide du suzerain faisant pour quelques jours appel à ses vas- 
saux; elle n'avait plus seulement à donner quelques coups d'épée 
dans un jour de bataille, puis à retourner dans ses manoirs» De 



INTRODUCTION. 3 

même les guerres de cette époque n'étaient plus celles du temps de 
Henri III et de Louis XIII : la noblesse ne formait plus ces groupes 
de clients, ces bandes de gentilshommes qui suivaient la bannière 
du duc de Guise ou du prince de Condé, de d'Espernon ou de 
Concini, menant une vie d'aventures et de pillages, rançonnant 
tour à tour le peuple et la royauté. Il lui fallait maintenant, as- 
treinte à la discipline militaire , à un service régulier et perma- 
nent, à la soumission passive, passer des années entières en face 
de l'ennemi, le harnais sur le dos, soit à faire de longues marches, 
soit à faire de pénibles campements; il lui fallait suivre le drapeau 
royal avec le duc de Beaufort jusqu'à Candie, avec le marquis de 
Coligny jusqu'au Raab, avec Turenne jusqu'à l'Elbe. La guerre 
n'était plus pour la noblesse un accident de la vie, mais la vie en- 
tière; aussi, à ce coûteux métier, à ces perpétuelles campagnes, 
à ces lointaines expéditions, elle dépensa sa fortune et revint 
le plus souvent ruinée l . Les seigneurs de cour n'étaient pas em- 
barrassés pour demander des dédommagements, des récompen- 
ses, et ils trouvaient des ressources dans les libéralités du roi; 
mais les hobereaux de province, avec leur honnêteté brutale et 
leur désintéressement hautain, s'en allaient fièrement mourir de 
faim dans leurs castels en ruines. De sorte qu'à l'époque la plus 
brillante du règne de Louis XIV, une grande partie de cette no- 
blesse qui nous avait donné les victoires de Rocroy, de Turk- 
heim, de Palerme, avait été forcée de vendre ses biens à la suite 
de ses longues guerres ; dans les provinces éloignées, on comptait 
par centaines les familles privées de leurs chefs et réduites à la 
misère; et Ton vit jusqu'aux portes du château de Versailles des 
officiers vieux ou estropiés qui venaient mendier du pain pour eux 
et leurs enfants. 

Louis XIV, autant par reconnaissance que par politique , cher- 
cha tous les moyens de soulager sa noblesse et de perpétuer ainsi 
cette pépinière d'officiers qui étaient le nerf de son armée et de sa 

1 Voir les Lettres de madame de Sévigné, principalement celles des 22 et 24 
avril IG72. 



4 CHAPITRE PREMIER. 

puissance : « sa gloire était- intéressée, dit un contemporain, à 
entretenir par des récompenses et des bienfaits cette émulation , 
cet honneur, qui fait que la noblesse se sacrifie , en tout temps 
et sans hésiter, pour son service. » C'était d'ailleurs l'attacher 
au trône par de nouveaux liens et la tenir dans une plus grande 
dépendance. Il lui donna donc des pensions, des assignations sur 
les biens ecclésiastiques , des places dans sa cour, des secours de 
tout genre; mais tout cela était insuffisant, précaire, passager; 
et il se décida à faire pour elle ou pour son armée trois établis- 
sements solides , durables , qui sont le résultat de la même pen- 
sée. Ce furent : 1° l'hôtel des Invalides, dont une partie fut ré- 
servée pour des officiers vieux ou blessés; 2° les compagnies de 
Cadets, fondées dans les places frontières, où l'on élevait 4,000 
fils de gentilshommes; 3° la maison royale de Saint-Cyr, établie 
pour l'éducation de 250 demoiselles de pauvre noblesse. 

Voici ce que dit le Mercure galant (septembre \ 686) de ces 
trois établissements : 

« Quel bonheur, pour nous aussi bien que pour les Français 
qui nous suivront, que Dieu nous ait donné un monarque qui, 
outre un nombre infini de grandes choses qu'il a faites pour la 
gloire de ses peuples et pour leur utilité, en a fait trois si dignes 
de sa grandeur et en même temps si surprenantes, que tous les 
souverains de la terre auraient peine à imaginer et plus encore à 
exécuter l'une de ces trois choses. Vous les trouverez dans l'éta- 
blissement des Invalides, dans celui des compagnies de jeunes 
gentilshommes qu'on instruit en plusieurs villes comme en des 
académies, et dans celui de Saint-Cyr. Ces trois établissements 
font la grandeur de Sa Majesté, puisque, en récompensant la 
noblesse qui a servi, ils donnent encore le moyen de continuer 
à ceux qui en ont encore la force. Les Invalides font qu'on trouve 
des soldats qui brigueront volontiers la gloire d'être blessés et 
de demeurer invalides après le travail de quelques campagnes, 
afin de finir leurs jours dans ce magnifique hôtel. Celui qui a été 
fait pour les jeunes gentilshommes décharge les pères du soin 



INTRODUCTION. 5 

que leur donnerait l'éducation de leurs enfants et de la dépense 
qu'il leur faudrait faire pour cela, et met les uns et les autres 
en état de servir le roi en même temps. Il apprend à ces jeunes 
gentilshommes à être soldats et chefs, à obéir et à commander, 
et il rend le dur métier de la guerre compatible avec la crainte 
de Dieu, ce qui n'est pas ordinaire. Quant à l'établissement de la 
maison de Saint-Cyr, il donne aussi lieu à la noblesse de servir 
le roi, puisque les pères qui auront des filles dans cette commu- 
nauté, étant déchargés de la dépense à laquelle les engagerait 
l'obligation de les faire instruire selon leur naissance, seront plus 
en pouvoir de servir le roi avec leurs fils. Toutes ces choses 
font voir que Louis-le-Grand sera toujours invincible, qu'il aura 
toujours des soldats et des officiers autant qu'il en pourra sou- 
haiter, que le métier de la guerre leur sera parfaitement connu 
avant qu'ils aient servi pour l'apprendre, et que des âmes pures 
prieront continuellement pour la prospérité de ses armes. » 

De ces trois choses, la première ne doit pas nous occuper; la 
deuxième aura sa place dans un ouvrage qui sera la continuation 
de celui-ci : YHistoire de l'école militaire de Saint-Cyr; la troisième 
est l'objet du présent livre; mais, comme elle fut aussi l'œuvre 
d'une femme qui l'avait essayée avant le grand roi, et dont l'exis- 
tence est inséparablement liée à celle de la maison royale de 
Saint-Cyr, nous devons commencer l'histoire de cette maison par 
quelques lignes sur la vie et le caractère de son illustre fonda- 
trice, Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon, deuxième 
femme du roi Louis XIV. 



CHAPITRE II. 

HISTOIRE DE MADAME DE MAINTENON , JUSQU'EN 4684. 

Françoise d'Aubigné, née le Tl novembre 1635, était fille de 
Constant d'Aubigné et de Jeanne de Cardillac, et petite -fille de 
Théodore -Agrippa d'Aubigné, si. célèbre par ses ouvrages, son 
attachement pour Henri IV, son zèle pour le calvinisme, enfin, 
et comme il le disait lui-même, « par sa rude probité. » Cons- 
tant d'Aubigné ne se fit connaître que par ses vices , la dissipation 
de ses biens, et une vie pleine de désordres ; il se trouvait même 
enfermé dans le château de Niort pour crime de faux-monnayage, 
lorsque sa femme, qui partageait volontairement sa prison, accou- 
cha de Françoise d'Aubigné. Il obtint sa grâce, partit pour la 
Martinique en 1639 avec sa famille, et y mourut en 1645. Sa 
veuve revint en France avec ses deux enfants, dénuée de tout, 
et elle trouva quelques secours dans la maison de madame de 
Villette, sœur de Constant, calviniste d'une grande austérité. La 
jeune Françoise y fut élevée dans la religion de ses pères ; mais 
une de ses parentes obtint de la régente, Anne d'Autriche, un ordre 
pour l'enlever à cette éducation, et elle la mit dans un couvent 
de Paris, où l'on s'efforça de la convertir. Elle avait alors onze 
ans; mais, déjà pleine de raison et de fermeté, elle résista a 
toutes les obsessions, et il fallut deux ans d'instructions, même de 
controverses avec des prêtres, « qu'elle fatiguait, disait-elle plus 
tard, la Bible à la main , » pour qu'elle consentît à se faire catho- 
lique. 

Elle sortit du couvent à l'âge de quatorze ans, et vint habiter 
avec sa mère une maison voisine de celle qu'occupait un homme 
alors célèbre par ses ouvrages, son esprit, ses précoces infir- 
mités : c'était Scarron, né en 1610, et qui appartenait à une 



HISTOIRE DE MADAME DE MAINTENON. 7 

famille considérable de la magistrature. Elle s'y trouva dans un 
état qui touchait à la misère. Le poëte, bien que perclus de tous 
ses membres et ne vivant que des pensions de la cour, conçut 
tant d'estime pour cette jeune fille, aussi belle que spirituelle et 
modeste, qu'il lui offrit ou de la prendre pour femme, ou de 
payer sa dot dans un couvent. Françoise refusa l'un et l'autre; 
mais, deux ans après, ayant perdu sa mère et étant à la charge 
d'une parente qui l'aimait peu, elle consentit à devenir l'épouse 
(1 650) de celui qu'elle appelait plus tard « son pauvre estropié, » 
et qui jouissait à cette époque de la plus grande renommée litté- 
raire. 

Elle fut à la fois son secrétaire , sa servante , et aussi son éco- 
lière, car c'est là qu'elle apprit le latin, l'italien, l'espagnol, et 
se nourrit l'esprit de nombreuses lectures; mais elle se trouva 
auprès de lui dans une position difficile. Scarron narguait ses 
souffrances par un enjouement inaltérable, des saillies sans 
fin, et sa passion pour les plaisirs de l'esprit; sa maison était 
donc le rendez-vous des seigneurs les plus brillants , de dames 
du grand monde, d'écrivains célèbres, qui venaient jouir de son 
entretien et de ses bouffonneries : on y voyait le duc de Yivonne, 
le marquis de Coligny, le maréchal d'Albret, mesdames Fouquet, 
de la Sablière, de la Suze, Scudéry, Pellisson, Ménage, etc. 
Mais les ouvrages de Scarron témoignent que les conversations y 
devaient être d'un goût équivoque, souvent même licencieuses; 
« cependant, disent les Mémoires des Dames de Saint-Cyr, elle 
vécut avec lui d'une manière fort douce et fort honnête , lui ren- 
dant les assiduités et les complaisances qu'une femme doit à son 
mari , mais imprimant par sa modestie tant de respect à la nom- 
breuse compagnie, qu'un de ces jeunes gens disait : « S'il me 
fallait manquer de respect à la reine ou à elle , j'aimerais mieux 
le faire à l'égard de la reine 1 . » Elle était d'ailleurs soutenue dans 
ce personnage par son naturel froid, sévère, ennemi de toute 

1 Mémoires des Dames de Saint-Cyr, Introduction. Voir, pour ces Mémoires et les 
autres manuscrits cités dans cet ouvrage, la Préface. 



8 CHAPITRE II. 

faiblesse, par une fierté extrême, la passion de se faire un 
renom de femme sage, un amour de la bonne gloire et de 
sa propre dignité, qui a été le mobile de toute sa conduite, enfin 
« par un grand fonds de religion qui l'empêchait de faire au- 
cun mal 1 . » Scarron lui-même subit le charme de cette vertu 
pleine d'agréments : il s'imposa de la retenue; sa bouffonnerie 
devint une gaieté douce et résignée ; il n'eut plus que des té- 
moignages de respect pour sa jeune épouse. « Mon mari avait 
le fond excellent, dit madame de Maintenon dans ses lettres : 
je l'avais corrigé de ses licences; il n'était ni fou, ni vicieux 
par le cœur, d'une probité reconnue, d'un désintéressement sans 
exemple. » 

Scarron mourut en 1 660 ; alors sa veuve se trouva retombée 
dans la pauvreté. A force de sollicitations , elle obtint de la reine 
mère une pension de 2,000 livres avec laquelle elle se retira 
dans le couvent où elle avait été élevée, les Ursulines du fau- 
bourg Saint- Jacques. « Elle y vit la meilleure compagnie de ce 
temps-là, disent les Dames de Saint-Cyr, et avec cette modique 
pension , elle gouverna si bien ses affaires qu'elle était toujours 
honnêtement vêtue, quoique simplement; car ses habits n'étaient 
que d'étamine du Lude, et avec cette grisette 2 , du linge uni, bien 
chaussée, de beaux jupons, chose qu'on lui a entendu dire, sa 

1 Voici le portrait que fit d'elle à cette époque mademoiselle de Scudéry, dans son 
fameux roman de Clélie , qui parut en 1 658 : 

« Elle était grande et de belle taille, mais de cette grandeur qui n'épouvante point et 
qui sert seulement à la bonne mine. Elle avait le teint fort uni et fort beau, les cheveux 
d'un chàtain-clair et très-agréable, le nez très-bien fait, la bouche bien taillée, l'air noble, 
doux, enjoué , modeste , et pour rendre sa beauté plus parfaite et plus éclatante, les 
plus beaux yeux du monde. Ils étaient noirs, brillants, doux, passionnés, pleins d'es- 
prit; leur éclat avait ce je ne sais quoi qu'on ne saurait exprimer. La mélancolie douce 
y paraissait quelquefois avec tous les charmes qui la suivent , et l'enjouement s'y 
faisait voir à son tour avec tous les attraits que la joie peut inspirer. Son esprit était 
fait exprès pour sa beauté, grand, doux, agréable, bien tourné. Elle parlait juste et na- 
turellement, de bonne grâce et sans affectation. Elle savait le monde et mille choses 
dont elle ne se souciait pas de faire vanité. Elle ne faisait pas la belle, quoiqu'elle eut 
mille appas inévitables; de sorte que, joignant les charmes de sa vertu à ceux de sa 
beauté et de son esprit, on pouvait dire qu'elle méritait toute l'admiration quon 
eut pour elle. » 

2 C'était le nom donné aux étoffes communes que portait la bourgeoisie. 



HISTOIRE DE MADAME DE MA INTENON. 9 

pension, celle de sa femme de chambre et ses gages payés, elle 
avait encore de l'argent de reste et disait qu'elle n'avait jamais 
passé de temps plus heureux l . » — « Le temps de ma jeunesse 
a été fort agréable , racontait-elle aux Dames de Saint-Cyr , 
n'ayant point d'ambition ni aucune de ces passions qui auraient 
pu troubler le bonheur que je trouvais dans la sorte de vie que 
je m'étais ménagée; j'étais contente et heureuse; je ne connais- 
sais ni le chagrin, ni l'ennui 2 . » 

Elle fréquentait principalement les hôtels d'Albret et de Riche- 
lieu, qui étaient regardés comme les héritiers de l'hôtel de Ram- 
bouillet, par la compagnie brillante et les beaux esprits qui s'y 
réunissaient. La veuve de Scarron, malgré sa mauvaise fortune, 
y était accueillie avec empressement : « elle plaisait infiniment, 
dit Saint-Simon, au maréchal d'Albret et à tous ses commensaux, 
par ses grâces, son esprit, ses manières douces et respectueuses 
et son attention à plaire à tout le monde 3 . » Les ennemis que lui 
fit plus tard son élévation, les écrivains protestants ou opposés à 
Louis XIV ont essayé de flétrir cette époque de sa vie; mais 
leurs accusations calomnieuses sont démenties par le respect ou 
l'estime que lui témoignaient les gens les plus sévères, les femmes 
les plus vertueuses. « Je. l'ai cent fois, dit l'intendant Basville, 
ramenée dans mon carrosse des hôtels d'Albret et de Richelieu 
dans la rue Saint-Jacques où elle demeurait. J'étais pénétré pour 
elle du même respect que j'aurais eu pour la reine; son regard 
seul en inspirait, et nous étions tous surpris qu'on pût allier tant 
de vertus, de pauvreté et de charmes. » — « Ceux qui me déchi- 
rent, disait-elle aux Dames de Saint-Cyr, ne m'ont point connue; 
ceux qui m'ont connue savent que j'ai vécu sans reproche avec ce 
monde aimable qu'il est si difficile de voir sans danger. Il est triste 
de finir sa vie avec d'autres gens que ceux avec qui on l'a com- 

1 Mémoires de Saint- Cxjr, Introduction. 

2 Lettres édifiantes de madame de Maintenon, t. v, p. 930. — Voir, pour ces Let- 
tres, la Préface. 

3 Mémoires, t. i, p. 401. 



40 CHAPITRE II. 

mencée. » Enfin , dans les instructions familières qu'elle faisait à 
Saint-Cyr, elle a souvent elle-même proposé cette partie de sa 
vie comme exemple aux demoiselles qui devaient aussi se trouver 
dans le monde, jeunes, pauvres, orphelines, exposées à tous les 
dangers. « Les femmes m'aimaient , disait-elle, parce que j'étais 
douce dans la société et que je m'occupais plus des autres que 
de moi. Les hommes me suivaient, parce que j'avais encore les 
grâces de la jeunesse. J'ai vu de tout, mais toujours en tout 
honneur : c'était une amitié d'estime et générale. Je ne voulais 
point être aimée en particulier de qui que ce soit; je voulais 
l'être de tout le monde, faire dire du bien de moi, faire un beau 
personnage et avoir l'approbation des honnêtes gens : c'était là 
mon idole... Il n'y a rien que je n'eusse été capable de faire et 
de souffrir pour faire dire du bien de moi. Je me contraignais 
beaucoup; mais cela ne me coûtait rien , pourvu que j'eusse une 
belle réputation : c'était ma folie. Je ne me souciais pas de riches- 
ses; j'étais élevée de cent piques au-dessus de l'intérêt; mais je 
voulais de l'honneur 1 . » Enfin ce fut à cette époque qu'elle prit 
le goût et les pratiques d'une dévotion solide : elle se livra moins 
au monde, dompta son amour de grande réputation, s'imposa 
des austérités et même des privations sur les plaisirs de l'esprit. 
Elle avait pour directeur un vieux et simple prêtre, qui garda sa 
confiance tant qu'il vécut : c'était l'abbé Gobelin , « qui avait été 
homme de guerre dans sa jeunesse et s'était fait d'église par un 
vrai détachement du monde et par amour de la science et de la 
vertu: avec un aspect fort commun, il avait beaucoup d'esprit 
et de pénétration , et lui disait bien toutes ses vérités 2 . » 

1 Lettres édifiantes, t. v, p. 933. 

2 Mémoires de Saint-Cyr, ch. xix. — « II m'a ordonné, dit-elle, de me rendre 
ennuyeuse en compagnie pour mortifier la passion qu'il aperçut en moi de plaire 
par mon esprit : j'obéis, mais voyant que je bâille, et que je fais bâiller les au- 
tres, je suis prête quelquefois à renoncer à la dévotion. » — Il lui avait aussi or- 
donné de faire des retranchements sur sa toilette , et comme elle lui disait qu'elle ne 
portait ni soie, ni dentelle, mais des robes de petite bourgeoise : « Je ne sais ce qu'il 
y a , ma très-honorée dame , répondit-il , mais quand vous venez vous confesser, je 
vois tomber à mes pieds une quantité d'élofle qui a trop bonne grâce et sied trop 
ltion. )> 



HISTOIRE DE MADAME DE MAINTENON. Il 

Ce fut dans les hôtels d'Albret et de Richelieu qu'elle lit con- 
naissance ou amitié avec les femmes célèbres de l'époque, mes- 
dames de Sévigné, de La Fayette, de Coulanges, la princesse 
des Ursins, la marquise de Montchevreuil, enfin madame de Mon- 
tespan , « avec qui elle avait bien des rapports par l'esprit et les 
charmes de la conversation. » — « On a ouï dire à madame de 
Maintenon , racontent les Mémoires de Saint-Cyr, que rien n'était 
plus aimable que madame de Montespan, lorsqu'elle la connut chez 
madame la maréchale d'Albret; ses sentiments étaient honnêtes 
et sa conduite réglée... Mais enfin madame de Montespan plut 
au roi et en eut des enfants. Il fut question de les mettre entre 
les mains d'une personne qui sut et les bien élever et les bien 
cacher; car d'abord on voulait du secret. Madame de Montespan 
se souvint de madame Scarron et lui fit proposer par M. de Lou- 
vois de prendre les enfants (1669). La jeune veuve, qui sentait 
ce qu'elle était née, refusa d'abord, ignorant que les enfants 
fussent au roi. Elle consulta son confesseur, et, d'après son avis, 
elle répondit : Si les enfants sont au roi, je le veux bien; mais il 
faut qu'il me l'ordonne. Le roi, en effet, la fit venir à Saint-Ger- 
main et la pria de prendre les enfants, ce qu'elle fit l . » On ne 
saurait douter que la veuve de Scarron n'ait cherché dans ce 
rapport avec le roi une occasion de fortune , non de la fortune 
inouïe qui lui advint, mais de celle qui pouvait l'empêcher de 
retomber dans la gêne; cependant sa conduite eut aussi pour 
mobile la reconnaissance : trois ans auparavant , à la mort de la 
reine mère, elle avait été privée de sa pension 2 . Elle sollicita 



1 Mémoires de Saint-Cyr, Introduction. — Lettre de madame de Maintenon, du 
24 mars 1669. — Mémoires pour servir à l'histoire de la fondation de la maison 
royale de Saint-Cyr, par Languet de Gergy, archevêque de Sens. Voir, pour ces 
Mémoires, la Préface. 

2 Un peu avant la mort de la reine mère, on voulut lui faire épouser un homme 
riche et de condition , mais sans esprit et sans mœurs. Elle refusa dans des termes 
dignes d' Agrippa d'Aubigné : « Je le jure en présence de Dieu, quand même j'aurais 
prévu la mort de la reine, je n'aurais point accepté ce parti; j'aurais encore mieux 
aimé ma liberté, j'aurais respecté mon indigence... Que pensez-vous de la compa- 
raison qu'on a osé me faire de cet homme à M. Scarron? Dieu, quelle différence!... 



12 CHAPITRE II. 

vainement son rétablissement, et, privée de toute ressource, elle 
allait être réduite à chercher une condition en Portugal, quand 
elle s'adressa en dernier lieu à madame de Montespan : « Je lui 
peignis ma misère, raconte-t-elle, mais sans me ravaler. » La 
favorite fit rétablir la pension. 

Madame Scarron ayant accepté la charge d'élever les enfants 
de madame de Montespan, « ce fut pour elle le commencement 
d'une fortune singulière, mais aussi le commencement de ses 
peines et de ses contraintes. Il fallut s'éloigner de ses amis, re- 
noncer au plaisir de la société pour laquelle elle semblait être née, 
et il le fallut sans pouvoir en donner de bonnes raisons aux gens 
de sa connaissance \ » Elle se retira dans une maison isolée de la 
rue de Vaugirard, et elle y vécut avec les enfants, leurs nour- 
rices, quelques domestiques, sans voir ni recevoir aucun de ses 
amis. 

Le personnage de madame de Maintenon dans ces circonstances 
nous semble assez étrange et peu digne de la réputation de vertu 
sévère qu'elle ambitionnait, qu'elle avait acquise; mais les idées 
de cette époque n'étaient nullement les nôtres. La royauté s'était 
placée dans une sphère si élevée, les adorations dont l'entou- 
raient toutes les classes de la nation étaient telles qu'on lui avait 
fait une existence et une morale en dehors de l'humanité; ses 
faiblesses et ses scandales, tout en restant des crimes aux yeux 
de la religion, étaient aux yeux du monde excusés, et pour ainsi 
dire respectés; enfin l'on éprouvait à l'égard des amours du Ju- 
piter de Versailles un sentiment un peu semblable à celui qu'é- 
prouvaient les anciens à l'égard des désordres de leurs dieux. 
Aussi le poste de gouvernante des enfants naturels du roi était re- 
gardé non comme une dégradation, mais comme une faveur; 
mesdames Colbert et de la Sablière l'avaient occupé pour les en- 
fants de madame de la Yallière sans exciter d'autre sentiment que 

Assurez ceux qui attribuent mon refus à un engagement que mon cœur est parfaite- 
ment libre, veut toujours l'être et le sera toujours... » 
1 Mémoires de Saint-Cyr, Introduction. 



HISTOIRE DE MADAME DE MAINTENON. 13 

l'envié; pas un des contemporains n'a reproché à madame de 
Maintenon, « cette sorte d'honneur fort singulier, » ainsi qu'elle 
l'appelle. Ajoutons qu'elle sanctifia son personnage par la ten- 
dresse passionnée qu'elle eut pour les enfants de madame de 
Montespan , par les peines infinies qu'elle se donna pour les éle- 
ver : elle en fut la vraie mère , et ils la regardaient comme telle, 
surtout le duc du Maine , enfant maladif et infirme pour lequel 
elle eut toutes les alarmes, toutes les faiblesses, toutes les illusions 
de la maternité. 

Quand le mystère de ces enfants fut dévoilé, c'est-à-dire quand 
le roi, les ayant reconnus (1673), les fit élever auprès de lui, 
madame Scarron alla demeurer à la cour et eut le même appar- 
tement que la favorite. Néanmoins elle garda sa vie accoutumée, 
sa dévotion qui devint plus sévère, ses sociétés de Paris où elle 
continua à être goûtée '. Vivant dans les apparences d'une grande 
intimité avec madame de Montespan , quoiqu'elle eût beaucoup 
à souffrir de son humeur impérieuse et de ses emportements, 
elle ne cessa pas de lui faire des remontrances ; elle osa même 
dire son sentiment au roi. Louis avait d'abord conçu un grand 
éloignement pour la veuve de Scarron, et tout en l'estimant pour 
l'affection qu'elle montrait à ses enfants, il évitait sa présence : 
mais ayant eu l'occasion de s'entretenir avec elle, il s'accoutuma 
peu à peu à sa parole facile, tour à tour sérieuse et enjouée, « à 
son esprit aimable et merveilleusement droit, aux grâces de toute 
sa personne, à son air de satisfaction intérieure et de calme 
parfait qui étaient le témoignage d'une bonne conscience et d'une 
vie sans reproche; » enfin il prit insensiblement du goût pour 
cette femme « d'une humeur toujours égale, maîtresse d'elle- 
même, modeste, raisonnable et qui joignait à des qualités si 
rares les agréments de l'esprit et une grande instruction 2 » . Au 

1 Madame Scarron soupe ici tous les soirs; sa compagnie est délicieuse... C'est un 
plaisir de l'entendre raisonner... Elle est habillée modestement et magnifiquement... 
Elle est aimable , belle, bonne et négligée. [Lettres de madame de Sévignè, 1G72 et 
1673.) 

2 Mémoires de Saint-Cyr, introduction. 



H CHAPITRE II. 

retour d'un voyage qu'elle fit aux Pyrénées pour la santé du duc 
du Maine (1674), il lui donna la terre de Maintenon, qui rap- 
portait 15,000 livres de rente, et il lui commanda d'en prendre 
le nom. 

Alors sa faveur commença et celle de madame de Montespan 
décrut tous les jours; mais madame de Maintenon, ne prévoyant 
pas où cette faveur devait la conduire , satisfaite d'avoir été tirée 
du besoin par les bontés du roi, ne pouvant plus supporter les 
outrages de madame de Montespan qui la traitait en maîtresse 
jalouse, songea « à briser ses chaînes. » Elle voulut se retirer de 
la cour et passer le reste de sa vie dans la solitude ou dans un 
couvent 1 . Son confesseur, par qui elle se laissait conduire comme 
un enfant, l'en empêcha; elle fut retenue aussi par la volonté du 
roi, qui lui ordonna de ne plus rendre compte qu'à lui de l'édu- 
cation de ses enfants. D'ailleurs, à cette époque et grâce aux 
exhortations de Bossuet, Louis commençait « à avoir de bons 
sentiments et des retours fréquents vers Dieu; » il se plaisait de 
plus en plus dans les entretiens de madame /le Maintenon, 
qui, suivant l'expression de madame de Sévigné, « lui faisait 
connaître un pays tout nouveau. » — « Quand je commençai à 

1 « Madame de Montespan et moi, écrivait-elle à l'abbé Gobelin, avons eu une 
contestation fort vive; et comme je suis la partie souffrante, j'ai beaucoup pleuré; 
elle en a rendu compte au roi, à sa mode. Je vous avoue que j'ai bien de la peine à 
demeurer dans un état où j'aurai tous les jours de ces aventures-là; j'ai eu mille fois 
envie d'être religieuse , et la peur de m'en repentir m'a fait passer par-dessus les 
mouvements que mille personnes auraient appelés vocation ; je meurs d'envie , il y 
a sept mois, de me retirer, et la même raison m'a empêchée de le faire; c'est une 
prudence bien timide, et qui me fait consumer ma vie dans d'étranges agitations. 
Songez-y devant Dieu, je vous en conjure ; je sais bien que je puis faire mon salut 
ici ; mais je crois que je pourrai encore mieux le faire ailleurs, et je ne saurais com- 
prendre que la volonté de Dieu soit que je souffre de madame de Montespan. Elle ne 
saurait trouver en moi les oppositions qu'elle y trouve sans me haïr; elle me redonne 
au roi comme il lui plaît, et m'en fait perdre l'estime; je suis donc avec lui sur le 
pied d'une bizarre qu'il faut ménager; je n'ose lui parler directement, parce qu'elle 
ne me le pardonnerait jamais, et quand je lui parlerais, ce que je dois à madame de 
Montespan ne me peut permettre de parler contre elle; ainsi je ne puis jamais 
mettre un remède à ce que je souffre; cependant la mort vient, et vous et moi au- 
rons un grand regret à un tel emploi du temps passé. » (Extrait des lettres à l'abbé 
Gobelin, dans les Mémoires de Saint-Cyr, Introduction.) 



HISTOIRE DE MADAME DE MAINTENON. 15 

voir, racontait-elle aux Dames de Saint-Cyr, qu'il ne serait peut- 
être pas impossible d'être utile au salut du roi, je commençai 
aussi à être convaincue que Dieu ne m'avait amenée à la cour 
que pour cela , et je bornai là toutes mes vues 1 . » — « Quelques- 
uns croient, écrivait-elle à cette époque, que je veux ramènera 
Dieu madame de Montespan. Je le souhaiterais bien , mais je ne 
l'espère pas. Il y a un cœur mieux fait sur lequel j'aurais de plus 
grandes espérances 2 . » Elle dit alors librement au roi « le tort 
qu'il faisait à sa gloire et le scandale qu'il donnait à son peuple, 
dont il répondrait à Dieu; » elle lui parla « en chrétienne et en 
véritable amie de madame de Montespan 3 ; » mais « elle assaison- 
nait ses paroles de tant de grâce et savait placer si à propos 
ses remontrances que jamais il ne s'en trouva blessé. Quelquefois 
il en badinait avec elle ; quelquefois il en paraissait touché ; il 
gémissait sur ses chaînes et n'osait les briser 4 . » Mais alors les 
fureurs de madame de Montespan devinrent telles que madame de 
Maintenon en fit ouvertement ses plaintes au roi, lui demandant à 
quitter la cour. Louis refusa , et la tira de toute dépendance en 
la nommant dame d'atour de la Dauphine. Il se détacha de plus 
en plus de madame de Montespan et, après beaucoup de rechutes 
et de désordres, il finit par rompre avec elle. Alors les courti- 
sans crurent que madame de Maintenon allait prendre sa place ; 
mais ils ne connaissaient ni la froide vertu ni la pieuse ambition 
de cette femme qui toute sa vie a eu pour maxime : « Rien n'est 
plus habile qu'une conduite irréprochable. » — « Ceux qui disent 
que je veux me mettre à sa place, écrivait-elle avec un dédain 
plein de noblesse, ne connaissent ni mon éloignement pour ces 
sortes de commerces, ni l'éloignement que je voudrais en in- 
spirer au roi 5 . » 

1 Entretiens avec madame de Glapion. 

2 Lettre à madame de Saint-Giran, du 7 août 1682. 

3 Extrait des lettres à l'abbé Gobelin. — Lettres édifiantes, t. i , 22 e lettre. 

4 Mémoires de Languet, t. i, p. 1 15. 

5 Lettre à madame de Saint-Géran , du 7 août 1682. 



46 CHAPITRE II. 

Tous les gens de bien applaudirent à la victoire de madame de 
Maintenon sur madame de Montespan : c'était, disait un évêque, 
celle de l'esprit du bien sur celui du mal, et ils trouvèrent qu'elle 
avait rendu au roi et à l'État un signalé service. En effet, 
Louis XIV était arrivé à l'âge de quarante-huit ans, et l'on voyait 
avec effroi que ce prince , si grand par les pensées politiques et 
la droiture de son esprit, ne sortait pas des désordres de sa jeu- 
nesse , qu'il devenait de plus en plus l'esclave de ses plaisirs et 
qu'il s'acheminait vers une vieillesse honteuse où s'abîmerait sa 
gloire ainsi que la grandeur du pays. Or dans le xvn e siècle, le 
roi n'était pas seulement le chef de l'État, il en était l'âme; 
c'était la patrie incarnée, une sorte de providence visible et le 
lieutenant de Dieu sur la terre; c'était enfin l'homme ayant la 
charge du bonheur et du salut de vingt millions d'hommes, de la 
fortune et de l'avenir de la première nation de la chrétienté. Que 
deviendrait cette royauté d'essence divine et sa magnifique mis- 
sion avec un prince contempteur de ses premiers devoirs, dont 
les passions s'étaient mises au-dessus des lois religieuses et hu- 
maines, entouré de femmes qui mendiaient un de ses regards, un 
de ses caprices, et de courtisans qui bâtissaient les plus infâmes 
espérances sur les scandales futurs d'une fin de règne désor- 
donnée? Que deviendrait la France, si elle était affligée d'un 
Louis XV avant le temps, alors qu'elle allait entrer dans les diffi- 
cultés et les périls enfantés par la révolution d'Angleterre et la 
succession de la monarchie espagnole? Madame de Maintenon tira 
Louis XIV de ce bourbier ; elle le rendit à ses devoirs , aux soins 
assidus de son royaume , au bon exemple qu'il devait à ses su- 
jets; elle dissipa les nuages de son orgueil et le fit descendre de 
son Olympe pour lui inspirer des sentiments chrétiens de repentir, 
de modération , de tendresse pour son peuple et surtout , ce qu'il 
connaissait à peine, d'humilité 1 ; enfin au moment où le malheur 
allait frapper cet homme gâté par quarante ans d'adulations et de 

1 « Il est choqué, dit madame de Maintenon, d'entendre lire dans l'Évangile que 
Jr.sus-Christ parle toujours le langage des pauvres. » {Lettres édifiantes, t. v, p. 747.) 



HISTOIRE DE MADAME DE MAINTENON. 17 

prospérités inouïes, elle le mit à même de supporter ses coups 
avec une constance sans égale, et de retenir la France sur le 
penchant de sa ruine. C'est en cela qu'a consisté le rôle politique 
de madame de Maintenon; ce fut là toute sa mission, la seule 
qu'elle se fût elle-même donnée, c'est là sa gloire. 

Elle n'usa d'abord de son ascendant sur Louis XIY que pour 
le rapprocher de la reine. « Il eut alors pour son épouse des at- 
tentions, des égards, des manières tendres auxquelles elle n'était 
pas accoutumée et qui la rendaient plus heureuse qu'elle n'avait 
jamais été; elle en fut touchée jusqu'aux larmes et elle disait 
avec une espèce de transport : Dieu a suscité madame de Main- 
tenon pour me rendre le cœur du roi. Elle lui en témoigna sa 
reconnaissance et marqua ouvertement à toute la cour l'estime 
qu'elle faisait d'elle 1 . » — « La famille royale, écrivait madame de 
Maintenon, vit dans une union tout à fait édifiante; le roi s'en- 
tretient des heures entières avec la reine. Le don qu'elle m'a 
fait de son portrait est tout ce qu'il y a de plus agréable pour 
moi depuis que je suis à la cour : c'est dans mon esprit une dis- 
tinction infinie 2 . » 

La reine ne jouit pas longtemps de cette existence nouvelle : 
elle mourut le 30 juillet 1683, et après ses funérailles, la cour 
alla à Fontainebleau. « Pendant ce voyage, disent les Dames de 
Saint-Cyr, la faveur de madame de Maintenon devint encore 
plus grande : le roi, ne pouvant se passer d'elle, la fit loger 
dans l'appartement de la reine; les conseils se tenaient dans sa 
chambre et le roi y faisait une grande partie de ses affaires, sur 
lesquelles il la consultait souvent. Elle se fit un plan de vie très- 
chrétienne, tâchant de se tenir plus près de Dieu pour être plus 
en état de servir au salut du roi, car elle était persuadée que 
c'était pour cela que Dieu avait conduit les choses au point où 
elles en étaient 3 . » 



1 Mémoires de Languet de Gergy. — Mémoires de Saint-Cyr, Introduction- 

2 Lettre du 1 er novembre 1682. 

3 Mémoires de Saint-Cyr, Introduction. 

3 



18 CHAPITRE 11. 

a Pendant ce voyage, dit madame de Caylus, je vis tant d'a- 
gitation dans son esprit, que j'ai jugé depuis qu'elle était causée 
par une incertitude violente de son état, de ses pensées, de ses 
craintes, de ses espérances; en un mot, son cœur n'était pas 
libre... A la Un du voyage, le calme succéda à l'agitation. » Ma- 
dame de Caylus ajoute qu'avant la mort de la reine on voit dans 
les lettres de madame de Maintenon à l'abbé Gobelin une femme 
dégoûtée de la cour et qui ne cherche qu'une occasion de la 
(juitter; mais, après la mort de la reine, « cette même femme ne 
délibère plus; le devoir est pour elle marqué et indispensable 
d'y demeurer, et dans ces temps différents , la piété est toujours 



la même l . » 



Si madame de Maintenon n'avait pas pris le soin d'anéantir les 
lettres qu'elle écrivit alors à l'abbé Gobelin, nous saurions ce 
qui se passa alors entre elle et le roi, et ce qui amena, moins 
d'un an après, leur mariage. On ne peut que le conjecturer par 
quelques fragments de sa correspondance avec son amie madame 
de Saint-Géran. « Le roi m'a fait l'honneur de m'écrire deux 
billets fort affectueux : j'y ai répondu en chrétienne.., A qua- 
rante-huit ans, il n'est plus temps de plaire, mais la vertu est 
de tout âge... Je le renvoie toujours affligé, jamais désespéré. » 

A cette époque, madame de Maintenon était encore d'une grande 
beauté : « elle avait, disent les Dames, le son de voix le plus 
agréable, un ton affectueux, un front ouvert et riant, le geste 
naturel de la plus belle main, des yeux de feu, les mouvements 
d'une taille libre si affectueuse et si régulière qu'elle effaçait les 
plus belles de la cour... Le premier coup d'œil était imposant et 
comme voilé de sévérité : le sourire et la voix ouvraient le 
nuage... » Mais c'était moins par sa beauté qu'elle plaisait au roi 
que par sa piété tendre et facile, ses conseils délicats, « et qui 
n'étaient point désavantageux à sa gloire, » les idées élevées 
qu'elle lui inspirait pour la réforme de son royaume: «c'était, 

1 Souvenirs, p. 447; 



HISTOIRE DE MADAME DE MAINTENON. 19 

dit Fénelon, la sagesse parlant par la bouche des grâces. » 
« D'ailleurs, ajoute l'abbé de Choisy, en le faisant entrer dans les 
vues de l'éternité, elle s'était acquis un ascendant d'autant plus 
solide que les intérêts humains n'y avaient aucune part. » Aussi 
madame de Sévigné disait : « La place de madame de Main- 
tenon est unique : il n'y en a point, il n'y en aura jamais de 
semblable. » 

Le changement qui se fit alors dans Louis XIV parut merveil- 
leux à toute la France, et fut regardé «comme un coup de la 
Providence. » Ce prince, dans la force de l'âge mûr, habitué à 
vivre dans sa cour comme un empereur païen, passa tout à coup 
d'une vie scandaleuse à une vie réglée, sévère, édifiante, oc- 
cupé uniquement des soins de son royaume, sous l'influence 
d'une femme presque vieille, la veuve d'un poëte burlesque, qui 
ne lui parlait que de conversion et de pénitence, et dont tout le 
charme, la séduction, la puissance secrète consistaient dans un 
mot : le devoir. 

« Si c'est un prodige, dit Languet, de voir la veuve de Scar- 
ron devenir, à l'âge de cinquante ans, l'épouse de Louis le Grand, 
c'est un autre prodige non moins surprenant de voir que cette 
veuve n'y soit parvenue que par sa piété; qu'elle ait captivé le 
roi parce qu'elle était vertueuse ; qu'elle ait fixé sans faiblesse le 
plus volage de tous les cœurs pendant plus de trente années 
consécutives; que dans tout cet espace de temps elle n'ait acquis 
ni terre, ni rentes, ni biens, ni titres; que, parée de sa seule 
modestie, elle n'ait été occupée que de complaire au roi, de lui 
inspirer de la piété par la douceur de son esprit , et de ménager 
sa gloire, sa santé et sa vie en s'oubliant totalement elle- 
même 1 . » 

Le mariage de Louis XIV avec madame de Maintenon eut lieu 
probablement dans les derniers mois de 1684 *. La célébration 

1 Mémoires, t. 1 er , p. 172. 

2 On trouve dans le tomn I er des Lettres édifiante*, LXiv e lettre, ces mots à l'abbé 
Gobelin, datés de janvier 1685 : a II faut vous faire dos reproches de la manière 



20 CHAPITRE II. 

s'en fit dans le plus grand mystère; aucun acte n'en est resté. 
Madame de Maintenon, insoucieuse de sa renommée, voulut que 
la postérité restât dans l'incertitude sur son état : elle détruisit 
elle-même, et avec le soin le plus vigilant, toutes les lettres qui 
auraient pu le témoigner; elle garda sur ce sujet le secret le plus 
parfait, excepté avec son confesseur, le cardinal de Noaiîles, et la 
famille de Montchevreuil ; enfin, dans ses entretiens intimes avec 
les Daines de Saint-Cyr, elle laissa à peine échapper quelques pa- 
roles qui en fussent la preuve l . L'évêque de Meaux et plusieurs 
autres prélats ayant décidé « que c'était remplir les desseins de 
Dieu que de faire servir la confiance du roi pour madame de 
Maintenon, et les complaisances légitimes de madame de Main- 
tenon pour le roi à faire triompher dans le royaume la vertu et 
la piété par l'usage de l'autorité souveraine 2 , » elle consentit « à 

pleine de respect et de cérémonie dont votre lettre est écrite ; je ne sais si les hon- 
neurs dont je suis environnée (les deux premières syllabes de ce mot sont une 
surcharge dans le recueil manuscrit que j'ai sous les yeux : il y avait très-distinc- 
tement couronnée) vous inspirent quelque chose de nouveau; mais, pour moi, je ne 
suis point changée pour vous et je reçois les marques de votre souvenir et de votre 
amitié , comme j'ai fait depuis seize ans qu'il y a que je suis en commerce avec 
vous... » — Tous les historiens ont placé la date probable du mariage à la fin de 
1 685 : je pense que la citation précédente doit lever la difficulté. 

1 II y a dans les Lettres de madame de Maintenon et dans les Mémoires de Saint- 
Cyr une multitude de passages qui prouvent le mariage aussi distinctement que si 
nous en possédions l'acte : je me contente de citer celui-ci : 

« Quoiqu'il n'y ait rien d'apparent, disent les Mémoires, qui puisse prouver ju- 
ridiquement qu'elle ait été mariée au roi , l'intime confiance avec laquelle elle vivait 
avec lui , et d'ailleurs sa conduite si pieuse et si édifiante ne permettent pas d'en 
douter; elle a toujours gardé sur cela un secret inviolable. Cependant un jour que 
j'avais l'honneur d'être avec elle (c'est madame du Pérou qui parle) , elle me dit en 
parlant de madame de Montespan et des autres maîtresses du roi , qu'il y avait bien 
de la différence de l'amitié du roi pour elle et de celle qu'il avait pour ces dames , 
que c'étaient des liens sacrés. M. le maréchal de Villeroy nous dit un jour qu'il était 
aussi vrai que le roi avait épousé madame de Maintenon, qu'il était vrai qu'il avait 
été marié avec sa femme. » 

2 Mémoires de Languet de Gergy, p. 163. — Le grand Arnault écrivait, le 13 juin 
1688, à M. du Vaucel : « ... Je ne vois pas ce qu'on peut reprendre dans ce mariage 
contracté selon les règles de l'Église. Il n'est humiliant qu'aux yeux des faibles qui 
regardent comme une bassesse de s'être pu résoudre à épouser une femme plus âgée 
que lui, et si fort au-dessous de son rang; au lieu qu'il a fait une action agréable à 
Dieu, s'il n'a regardé cette union que comme un remède à sa faiblesse qui l'empê- 
chait de faire des chutes criminelles. Ce mariage le lie d'affection avec une personne 
dont il estime l'esprit et la vertu, et dans l'entretien de laquelle il trouve des plai- 



HISTOIRE DE MADAME DE MATNTENON. 21 

être une énigme pour le monde, » et ne fit aucune tentative pour 
que son mariage fût déclaré : c'était sa vie humble et cachée 
qui faisait sa puissance. Mais ce mariage ne fut douteux pour 
personne , à voir la familiarité respectueuse de Louis XIV avec 
madame de Maintenon, les soins assidus et particuliers de cette 
dame pendant les maladies du roi, la vie pieuse des deux per- 
sonnages. Le roi lui donna en particulier toutes les prérogatives 
qui ne pouvaient appartenir qu'à son épouse, ne l'appelant que 
madame , sans nom ni titre, la traitant avec des égards, une dé- 
férence qui ressemblaient à de la soumission. Le dauphin, tous 
les princes de la famille royale ne lui parlaient, ne lui écrivaient 
qu'avec une affection respectueuse, la consultant sur tout, im- 
plorant sa bienveillance, s'adressant à elle et au roi comme aux 
chefs de la famille; toute la cour était à ses pieds, sollicitant un 
mot, un regard d'elle; « des parlements, des provinces, des 
villes, des régiments s'adressaient à elle dans tout ce qui devait 
aller au roi; tous les grands du royaume, les cardinaux, les 
évêques, ne connaissaient pas d'autre route 1 ; » les monarques 
étrangers lui écrivaient pour lui demander son amitié, les petits 
princes pour solliciter ses bonnes grâces , le pape pour mettre 
ses nonces sous sa protection , l'autoriser à se mêler des affaires 
de l'Église , et la prier « d'accorder son assistance à tout ce qui 
concerne la religion. » Mais en public, dans les cérémonies, 
dans les réceptions officielles, elle n'avait aucun rang, et se 
perdait parmi les autres dames de la cour, a Je l'ai vue à Fon- 
tainebleau , dit Saint-Simon , en grand habit chez la reine d'An- 
gleterre, cédant absolument sa place, et se recalant partout pour 
les femmes titrées, pour les femmes même d'une qualité distin- 
guée, polie, affable, parlant comme une personne qui ne pré- 
tend rien, qui ne montre rien, mais qui en imposait beau- 
coup. » Point de rang, point de distinctions, point de dignités, 

sirs innocents qui le délassent de ses grandes occupations. Plût à Dieu que les di- 
recteurs de sa conscience ne lui eussent jamais donné de plus mauvais conseils! » 
1 Mémoires de Saint- Cyr, Introduction. 



-- CHAPITRE II. 

point do maison, point de grands biens dans cette cour pom- 
peuse où Ton se disputait avec passion titres, places, charges, 
tabourets. Au milieu de ce luxe, de ces prodigalités royales 
qui semblaient empruntées aux cours de l'Asie, elle resta éco- 
nome, désintéressée, charitable, simple dans toute sa vie et 
jusque dans ses vêtements ! , occupée uniquement d'une pensée, 
réformer les mœurs du roi, « avoir avec lui ce commerce de 
piété et de prières pour lequel elle s'était donnée à lui % » faire 
son salut, « La dévotion, disait- elle, rend le cœur tendre sur les 
malheurs du peuple, et l'esprit éclairé sur les objets de la véri- 
table gloire. » Elle croyait donc qu'en inspirant au roi une vie 
chrétienne et dévouée à ses sujets, elle assurerait la réforme du 
royaume et la prospérité de l'État. Ses conseillers les plus ver- 
tueux bornaient là sa mission : « Vous devez vous appliquer, 
lui écrivait Fénelon en 1687, à le toucher, à l'instruire, à lui 
ouvrir le cœur, à lui donner des vues de paix, et surtout de sou- 
lagement des peuples, de modération, d'équité, de défiance à 
l'égard des conseils durs et violents , d'horreur pour les actes 
d'autorité arbitraire ; en un mot, vous devez être la sentinelle de 
Dieu au milieu d'Israël, pour 'protéger tout le bien et réprimer 
tout le mal, suivant les bornes de votre autorité 3 . » 

Elle ne parvint à la conversion du roi ni facilement ni com- 
plètement : elle ne put jamais lui inspirer une dévotion de cœur et 
des œuvres réellement chrétiennes ; toute la religion de Louis XIV 
semblait consister en pratiques. « Le roi, disait- elle, ne man- 
quera ni une station, ni une abstinence, mais il ne comprendra 
pas qu'il faille s'humilier, ni se repentir, et aimer Dieu plutôt que 
le craindre ; le fond est plein de religion , mais l'ignorance est 

1 « Pendant les vingt dernières années de sa vie, je l'ai vue fort souvent, et jamais 
je ne lui ai vu d'autre habit que de quelque damas ou de raz de Saint-Maur de feuille 
morte, sans or ni broderie : une marchande de Paris est ordinairement plus riche- 
ment vêtue. » (Languet, t. i er , p. 229.) 

2 Lettres de madame de Ma intenon, collection de Labeaumelle, t. iv, p. 46, édi- 
tion de 17.'i7. 

'■' Languet, t. i er , p. 176. 



HISTOIRE DE MADAME DE MAINTENON. M 

extrême 1 . » — « Il croit, disait-elle encore, expier ses fautes 
quand il est inexorable sur celles des autres. » 

Elle en fut souvent pleine de chagrin, et eut besoin des en- 
couragements des directeurs de sa conscience : « Consolez-vous 
de ses imperfections, lui écrivait l'évèque de Chartres, par les 
grandes perfections que Dieu lui a données : il a une grande foi, 
beaucoup de fermeté pour le bien, beaucoup de conscience selon 
ses lumières, et un cœur fort droit avec une grande douceur et 
bien de la sagesse... Je ne puis croire qu'un homme de tant de 
prières, à qui Dieu a donné une amie si fidèle et si chrétienne 
comme par un miracle, ne devienne à la fin un homme nou- 
veau. Ne vous découragez donc pas; travaillez en paix, avec 
circonspection, mais sans relâche, à cette œuvre excellente que 
Dieu vous a confiée... Ne vous faites pas de règles avec lui : 
quoique votre piété l'éloigné, ne vous éloignez pas; allez tout 
naturellement ; ne lui parlez pas la première sur les choses de 
Dieu ; agissez avec lui avec simplicité, liberté, joie, complaisance. 
Il faut qu*il passe par le scandale de cette vertu qui lui est si nou- 
velle avant qu'il se puisse apprivoiser à en connaître le prix 2 . » 

Pour arriver à son but , elle dut subir la vie la plus ennuyeuse 
et l'esclavage le plus fatigant, car Louis XIV, avec cet égoïsme 
qui semblait naturel à sa grandeur, lui imposa la domination la 
plus entière, et mit son dévouement à une épreuve perpétuelle. 
« Il m'aimait, il est vrai, disait- elle aux Dames de Saint-Cyr, et 
plus que personne; mais avec cela il ne m'aimait qu'autant qu'il 
était capable d'aimer : car les hommes, si la passion ne les mène 
pas, sont peu tendres dans leur amitié 3 . » Devant cet homme 
blasé, chagrin, ennuyé, que rien ne pouvait plus distraire, qui, 
disait-elle, n'était plus amusable , elle fut toujours d'une égalité 
d'humeur, d'une complaisance inaltérables, unie, tranquille, re- 



1 Collection de Labeaumellc , t. in, p. 4 36. 

2 Mémoires de Saint-Cyr, Introduction; Lettres édifiantes, t. u. p. 303, et t. iv 
p. 906. 

3 Languet. t. I er , p. 323. 



Si CHAPITRE II. 

posée, une servante toujours prévenante et affectueuse, une con- 
fidente toujours prête à l'écouter, à dissiper ses idées tristes, à 
lui inspirer de la quiétude , à lui donner un avis ou une consola- 
tion sans prétention et sans orgueil. « Ma vie a été un miracle, 
disait-elle aux Dames de Saint-Cyr : quand je pense que je suis née 
impatiente et que le roi ne s'en est jamais aperçu, quoique sou- 
vent je me sentisse à bout et prête à tout quitter; que je suis née 
franche et qu'il me fallait toujours dissimuler... Il n'y a que Dieu 
qui sache ce que j'ai souffert; mais il ne m'avait pas mise où 
j'étais pour le faire souffrir, mais pour tâcher de le sanctifier l .. . » 
Et mademoiselle d'Aumale ajoute : « Je l'ai vue quelquefois lasse, 
chagrine, inquiète, malade, prendre l'air le plus riant et le ton 
le plus satisfait, divertir le roi par mille inventions, l'entretenir 
seule quatre heures de suite sans répétitions, sans bâillements, 
sans médisances. Quand il sortait de sa chambre à dix heures du 
soir, et qu'on fermait son rideau, elle me disait en soupirant : 
Je n'ai que le temps de vous dire que je n'en puis plus. » 

D'après cela, on doit juger que madame de Maintenon n'eut 
qu'une médiocre influence dans les affaires de l'État. Louis XIV 
était trop jaloux de son autorité, trop orgueilleux de ses lu- 
mières, trop plein de lui-même pour laisser, même à la personne 
qui avait toute sa confiance, une part quelconque dans le gou- 
vernement. Il la consulta dans les choses difficiles; il lui confia 
tous les secrets de l'État , tous ses embarras , tous ses ennuis ; 
il trouva commode de travailler dans la chambre de cette femme 
sensée, discrète, réservée; il disait d'elle : « C'est une sainte, 
elle a toutes les perfections et beaucoup plus d'esprit que la plu- 
part des hommes ; » enfin s'il prenait son avis en travaillant avec 
ses ministres, c'était en lui disant agréablement : « Qu'en pense 
la Raison? qu'en pense Votre Solidité? » Mais il ne cessa pas un 
instant de diriger, de décider, de gouverner aussi entièrement, 
aussi absolument que du temps de Marie-Thérèse. « On croit que 

1 Mémoires de Saint-Cyr, Introduction. 



HISTOIRE DE MADAME DE MAINTENON. 25 

je gouverne l'État, disait- elle, et l'on ne sait pas que Dieu ne 
m'a fait tant de grâces que pour m'attacher au salut du roi... Le 
roi ne veut entendre parler d'affaires que par ses ministres. Je ne 
puis que donner des maximes générales; je ne puis rien sur les 
faits particuliers 1 .... » Elle tenta de réformer les habitudes rui- 
neuses de Louis XIV, de l'apitoyer sur les misères publiques, 
mais elle n'y réussit que faiblement : « Je n'ai pas plu, écrivait- 
elle au cardinal de Noailles, dans une conversation sur les bâti- 
ments; Mari y sera bientôt un second Versailles. Il n'y a qu'à 
prier et à souffrir ; mais le peuple , que deviendra-t-il 2 ? » 

D'ailleurs, madame de Maintenon, avec tout son esprit et son 
instruction, n'avait pas de génie politique et n'entendait rien aux 
choses d'État : a elle n'était pas née pour les affaires, disent les 
Mémovrs de Saint-Cyr; la droiture de son cœur et la justesse de son 
esprit F éloignaient de toutes les intrigues. » Pendant toute sa vie, 
elle n'assista que deux fois au conseil : « Je mourrais de douleur, 
disait-elle, si j'y assistais souvent. Que les rois sont à plaindre! 
que les hommes sont mauvais! » Elle s'efforça seulement d'y faire 
entrer des hommes de bien , comme MM. de Beauvilliers et de 
Chevreuse : « J'ai voulu, disait-elle, qu'ils fussent amis du roi, afin 
qu'il vît d'honnêtes gens capables de lui faire aimer la vertu et 
d'éloigner de lui cette corruption de maximes et de flatteries qui 
l'environnent 3 . » Elle eut part à la nomination du ministre Cha- 
millard, mais si elle se trompa sur sa capacité, elle se trompa 
avec tout le monde qui avait applaudi à la nomination de cet hon- 
nête homme 4 . « C'est à l'opinion publique , disait-elle , à dési- 
gner les ministres. » Quant aux généraux , elle les jugeait comme 

1 Lettre du 12 septembre 1678. 

2 Labeaumelle , t. iv, p. 127. « Elle a fait tout ce qu'elle a pu, disent les Mé- 
moires de Saint-Cyr, pour s'opposera la chapelle magnifique que le roi fit faire à 
Versailles, parce que la misère des peuples était grande dans ce temps-là , et qu'elle 
croyait aussi que Versailles dans la suite ne serait plus le séjour de la cour. » (Intro- 
duction.) 

:i Lettres édifiantes, t. vi, p. 464. 

/j « Quand il fut élevé à cette charge, le peuple disait aux portes des églises : Pour 
cette fois en voilà un bon ! il aime le peuple. » (Lettres édifiantes, t. v, p. 7o9.) 

4 



'26 CHAPITRE II. 

la postérité les a jugés : elle avait confiance dans Luxembourg, 
Boulllers, Villars et Berwick, elle craignait la paresse ^t l'igno- 
rance de Vendôme, elle se défiait de la capacité de Gatinat; 
enfin elle disait des autres : « Je voudrais que nos ennemis crai- 
gnissent nos généraux autant que je les crains moi-même. Je 
ne vois que des courtisans et pas un capitaine. » En résumé, 
elle n'eut presque aucune part aux résolutions et aux fautes 
politiques de Louis XIV, et lorsqu'on lui demanda son avis sur 
de graves questions, elle vit sainement les choses : ainsi elle 
blâma cette fatale invasion du Palatinat qui favorisa la révolution 
d'Angleterre, elle approuva l'acceptation du testament du roi 
d'Espagne. Toute son influence se porta réellement sur les affaires 
d'église et de conscience, et cette influence ne fut pas de tout 
point heureuse et éclairée; son esprit si sûr, si droit, s'y montra 
irrésolu, étroit, minutieux; elle y fit de grandes fautes; mais là, 
comme dans les affaires d'État, elle subit ordinairement la vo- 
lonté de Louis XIV, et s'opposa sans succès aux persécutions qui 
déshonorèrent son règne. «Pourquoi dites-vous, écrivait Vol- 
taire à l'un de ses amis en 1 752 , pourquoi dites-vous que ma- 
dame de Maintenon eut beaucoup de part à la révocation de l'édit 
de Nantes? elle toléra cette persécution comme elle toléra celle 
du cardinal de Noailles, celle de Racine, mais certainement elle 
n'y eut aucune part, c'est un fait certain \ » 

Madame de Maintenon n'a donc pas eu sur Louis XIV l'in- 
fluence malfaisante que ses ennemis lui ont attribuée : elle n'eut 
pas de grandes vues, elle ne lui inspira pas de grandes choses, 
elle borna trop sa pensée et sa mission au salut de l'homme et 
aux affaires de religion; l'on peut même dire qu'en beaucoup de 
circonstances elle rapetissa le grand roi; mais elle ne lui donna 
que des conseils salutaires, désintéressés, utiles à l'Etat et au 
soulagement du peuple; et en définitive elle a fait à la France 
un bien réel en réformant la vie d'un homme dont les passions 

1 Correspond. , t. vi , p. 270. — Nous aurons occasion de revenir, dans le cha- 
pitre xi de cette histoire, sur la révocation de l'édit de Nantes. 



HISTOIRE DE MADAME DE MAINTENON. 27 

avaient été divinisées, en arrachant à une vieillesse licencieuse 
un monarque qui, selon Leibnitz, « faisait seul le destin de son 
siècle; » enfin, en le rendant capable de soutenir, « avec un vi- 
sage toujours égal et véritablement chrétien, » les désastres de la 
fin de son règne. 



CHAPITRE 111. 



MADAME DE MAINTENON ELEVE DES JEUNES FILLES A UUEIL ET A NOISY. — FONDATION 
DE LINSTJTUT DE SAINT-LOUIS A SAINT-CYR. — PREMIÈRE VISITE DU ROI. — 
(mars 1682 — SEPTEMBRE 1686.) 



Dès que madame de Maintenon eut été tirée de la misère par 
les dons du roi, dès' qu'elle se vit maîtresse d'une belle terre avec 
des pensions (1 674) , elle usa de son bien noblement, fit d'abon- 
dantes aumônes et s'attacha à soulager les infortunes pareilles à 
celles qu'elle avait éprouvées. « Elle a eu toute sa vie, dit Lan- 
guet de Gergy, des entrailles de charité pour les misérables; 
mais surtout elle aimait à donner aux filles pauvres une éducation 
sainte et laborieuse, et elle n'y épargnait rien 1 . » L'indigence 
où était tombée une grande partie de la noblesse la pénétrait 
de douleur: « Je voudrais, disait-elle, la secourir tout entière; » 
et plusieurs fois, après s'être épuisée pour des filles de condition 
ou de pauvres veuves , on la voyait fondre en larmes au récit 
de leurs malheurs 2 . 

En ce temps-là deux religieuses ursulines, mesdames de Brinon 
et de Saint-Pierre, dont le couvent avait été fermé par défaut de 
biens , s'étaient mises à élever des jeunes filles dans une petite 
maison qu'elles avaient louée à Montmorency; mais leur applica- 
tion et leur travail leur donnant à peine le nécessaire, madame 
de Brinon, qui avait connu madame de Maintenon chez le mar- 
quis de Montchevreuil , s'en alla la trouver à Saint-Germain , où 
était la cour, et lui raconta sa vie malheureuse. Madame de 
Maintenon, touchée de son récit et connaissant le mérite de cette 

1 Mémoires, t. i, p. 93. 

2 Mémoires de Saint- Cyr, ch. m. 



ÉTABLISSEMENTS DE 11UEIL ET DE NOISY. 29 

religieuse, lui promit son assistance : en effet, elle mit dans la 
maison de Montmorency (1 680) quelques filles de pauvres gens, 
pour lesquelles elle payait 100 livres de pension. «On leur 
apprenait leur religion, à lire, à écrire, à compter, et du reste à 
servir à tout ce qu'il y a de plus grossier l . » Elle alla les voir 
plusieurs fois , leur apportant des vêtements , du lin qu'on leur 
faisait filer, même de la nourriture, « car, disait-elle, j'ai quelque 
soupçon qu'elles meurent de faim; » et « le plaisir qu'elle prit 
à cultiver ces jeunes plantes lui donna le désir de les rapprocher 
d'elle. » A cet effet, elle loua (mars 4 682) à Rueil une maison 
où elle établit ses pensionnaires avec madame de Brinon et trois 
autres religieuses. Elle leur donna des meubles, des habits, une 
petite chapelle; et, cette bonne œuvre excitant sa charité, elle 
eut bientôt jusqu'à soixante jeunes filles , nobles ou non nobles , 
qu'on élevait également dans la piété et dans la pauvreté, « en 
vue d'en faire de bonnes chrétiennes, et qu'elle comptait placer 
ou établir par mariages. » Elle leur adjoignit des filles de malheu- 
reux paysans de sa terre, qu'on instruisait aussi et qu'on occu- 
pait à filer, à coudre et à rendre service à la maison : on les 
logea, faute de bâtiment, dans une grande étable. Dès qu'elle 
pouvait s'échapper de la cour, elle venait à sa maison de 
Rueil, suivait les exercices des jeunes filles et faisait le caté- 
chisme aux petites paysannes. Elle leur adressa même des 
maximes sur la pauvreté, qui sont les premières lignes qu'elle 
ait écrites sur l'éducation, et que les Dames de Saint-Cyr avaient 
précieusement conservées 2 . Elle se sentait un grand attachement 
pour cette œuvre , trouvant à y exercer ses penchants charitables 
et son talent pour élever les enfants : « J'ai grande impatience, 
écrivait-elle à madame de Brinon , de voir mes petites filles et de 
me trouver dans leur étable... J'en reviens toujours plus affo- 
lée. » « Rueil est un lieu admirable, disait-elle à son frère, et où 

1 Lettre du 3 juin 1 680, t. I er des Lettres édifiantes. 

2 Elles sont dans le tome I er des Lettres édifiantes, et ne présentent rien de re- 
marquable. 



30 CHAPITRE III. 

je me divertis fort. Dieu bénit tout ce qui s'y fait et le succès 
passe mon espérance l . » 

Cependant la dépense de cet établissement devenait très- 
grande, et bien que madame de Maintenon n'eût pas la pensée 
de le rendre durable, elle pria le roi de lui venir en aide, prin- 
cipalement à cause des pauvres filles de gentilshommes. Ce prince 
accueillit sa demande : c'était le temps de la mort de la reine, 
alors qu'il était entièrement captivé par la vertu de madame de 
Maintenon; d'ailleurs l'œuvre entreprise par cette dame ressem- 
blait à une pieuse flatterie , tant elle s'accordait avec son désir de 
secourir la noblesse. Aussi , comme il venait d'acquérir pour 
l'agrandissement du parc de Versailles le château de Noisy, il 
permit d'y transporter les filles de Rueil, ordonna d'y faire des 
travaux pour une somme de 30,000 livres, et promit d'y entre- 
tenir cent demoiselles, dont il payerait les pensions sur les fonds 
de ses aumônes 2 . Il n'avait pas encore le projet de faire une 
fondation stable et régulière, et il ne songeait, comme dans 
rétablissement des compagnies de cadets , qu'à donner pour le 
présent du soulagement à sa pauvre noblesse. Aussi l'on ne régla 
rien, ni pour l'admission , ni pour la sortie, ni pour l'instruction 
des élèves, et la maison de Noisy ne semblait être qu'un asile 
pour les demoiselles pauvres, et non un institut d'éducation. 
Madame de Maintenon elle-même ne désirait pas davantage : 
« Tout le monde croit, disait-elle plus tard, que, la tête sur mon 
chevet, j'ai fait ce beau plan de Saint-Cyr. Cela n'est point : Dieu 
a conduit cet établissement par degrés... Beaucoup de compas- 
sion pour la noblesse indigente, parce que j'avais été orpheline et 
pauvre moi-même, un peu de connaissance de son état me fit 
imaginer de l'assister pendant ma vie; mais, en projetant de lui 
faire tout le bien possible, je ne projetai pas de le faire après ma 



1 Lettres du 14 mai et du 6 octobre 1682, tome I er des Lettres édifiantes. 

2 « Je vous dis en confidence, écrit madame de Maintenon à son frère, que je 
prends à Noisy des demoiselles dont le roi paye les pensions. Je le dis le plus bas que 
je puis, parce que j'en serais accablée. » (Lettre du 18 juillet 1683.) 



ÉTABLISSEMENTS DE RUEIL ET DE NOISY. 31 

mort... Dieu sait que je n'ai jamais pensé à faire une aussi grande 
fondation : je ne trouvais déjà que trop de maisons religieuses, 
et le roi ne peut souffrir les nouveaux établissements *. » 

La translation des filles de Rueil à Noisy se fit le 3 février 
1G84. La maison avait été restaurée et arrangée sur le plan 
donné par madame de Maintenon, et avec l'économie qu'elle 
portait en toutes choses 2 . Les demoiselles et leurs maîtresses y 
trouvèrent de grandes salles propres aux classes, un beau jardin, 
dont Le Nôtre avait fait un lieu charmant; une chapelle qui fut 
ornée de reliques envoyées par le pape % et elle commença à 
prendre quelque régularité. On partagea les demoiselles en quatre 
classes , suivant leur âge et leur instruction , et on les distingua 
par la couleur des rubans qu'elles portaient dans leurs cheveux 
et à leur ceinture : de là les dénominations de rouges , vertes , 
jaunes et bleues, qui furent données aux demoiselles d'après leur 
âge et les classes où elles se trouvaient placées, et qui furent 
conservées à Saint-Cyr. On les vêtit d'un habit uniforme, simple 
et modeste, mais qui avait pourtant quelque chose de noble 4 . 
On leur apprit la religion, la langue française, un peu de calcul 
et de musique, surtout des travaux d'aiguille, madame de Main- 



1 Entretien de madame de Maintenon avec madame de Glapion. — Lettre à ma- 
dame du Pérou du 25 octobre 1686. 

2 « Je connais, écrivait-elle à madame de Brinon, messieurs les architectes du 
roi ; ils nous accommoderaient de la façon la plus régulière pour la symétrie et la plus 
incommode. Ne perdons pas le moindre banc et la plus petite chaise de paille. Tout 
nous servira, et nous en demanderons moins, qui est, pour moi, le souverain bon- 
heur. )•> (Lettre du 1 er septembre 1 683 „ t. I er des Lettres édifiantes) 

3 Les reliques de sainte Candide, qui lui avaient été données le 30 avril 1680, et 
étaient déjà déposées à Rueil. 

4 a Cet habit consiste en un manteau et une jupe d'étamine brune du Mans, et le 
reste à l'avenant ; la coiffure est un bonnet de toile blanche avec une étoffe médio- 
crement fine ou une passe de mousseline et de linon ; elles ont un ruban sur la tète, 
montrent des cheveux et se coiffent à peu près selon l'usage du temps ; elles ont un 
bord de dentelle ou de mousseline autour du cou, un petit tablier de la même éta- 
mine que l'habit, bordé autour d'un ruban de la même couleur de la classe où elles 
sont; leur ceinture est aussi de la même parure ; tout cela, quand il est mis propre- 
ment, est un habit qui ne laisse pas d'avoir un air de noblesse, et de faire un assez 
bon effet au chœur quand toutes les demoiselles y sont assemblées. » {Mémoires de 
Saint- Cijr, chap. m.) 



CHAPITRE HT. 

tenon voulant qu'elles fissent de tout, lingerie, broderie, tricot, 
dentelle, tapisserie; et ce fut en ce temps que les demoiselles 
brodèrent pour le roi un lit d'une grande beauté, dont le fond 
était de velours cramoisi et la broderie d'or et d'argent; elles 
firent aussi des ornements pour la cathédrale de Strasbourg, ville 
qui venait d'être réunie au royaume de France. 

Madame de Maintenon fit son affaire principale et son occupa- 
tion ordinaire de la conduite de cette maison. « C'est mon lieu de 
délices, » disait-elle, et comme l'on était alors dans les prélimi- 
naires de la révocation de l'édit de Nantes, c'est-à-dire que l'on 
s'efforçait par tous les moyens de persuasion et de séduction de 
détruire le calvinisme, elle plaça à Noisy des filles de protestants, 
« voulant contribuer ainsi, disait-elle, au grand ouvrage delà 
conversion de nos frères égarés. » Elle y allait presque tous les 
jours, visitant d'abord les malades qu'elle soignait elle-même, 
« puis la cuisine, ce qu'elle continua de faire à Saint-Cyr, car 
elle voulait que la nourriture fût bonne et servie avec pro- 
preté l . » Elle prenait ses repas avec les religieuses et leurs élèves, 
entrait dans tous les détails de leur instruction, de leur toilette, 
et s'occupait même « de leurs révérences et de leurs fontanges. » 
« Jugez de mon plaisir, écrivait-elle à son frère, quand je reviens 
le long de l'avenue suivie de cent vingt-quatre demoiselles qui y 
sont présentement 2 . » Madame de Brinon la secondait dans tous 
ces soins : c'était une femme d'un grand zèle et d'un grand esprit, 
ayant beaucoup de lecture, des manières de cour, et une éloquence 
si naturelle sur les choses saintes qu'elle faisait elle-même les 
instructions du dimanche dans la chapelle , ainsi que le caté- 
chisme aux demoiselles; madame de Maintenon prenait plaisir à 
l'entendre, et plus tard les gens de la cour venaient à la grille de 
Saint-Cyr pour l'écouter, « comme un autre Bourdaloue. » Ma- 
dame de Maintenon, ne connaissant pas encore les défauts de cette 
dame, s'était prise pour elle d'une grande affection, et, comme 

1 Mémoires de Saint-Cyr, chap. ni. 

2 Lettre du 7 avril 108-"» dans les Lettres édifiantes, t. i er . 



ÉTABLISSEMENTS DE ItUEIL ET DE NOISY. 33 

elle commençait à croire que rétablissement pourrait être du- 
rable , elle lui disait : « Faisons une maison qui soit le modèle des 
autres, non pour nous attirer des louanges, mais pour donner 
envie aux grands de multiplier ces établissements utiles 1 . » 

Les daines de la cour, en vue de plaire au roi, prièrent madame 
de Maintenon de leur montrer Noisy. Elle en fit difficulté, parce 
qu'elle ne voulait pas accoutumer ses filles à voir le monde ni le 
monde à les visiter; mais à la fin elle céda; et, à leur retour, ces 
dames firent de tels récits de la maison de Noisy, qu'on ne parla 
plus à la cour que de la belle éducation qu'on y donnait, du grand 
bien qu'elle ferait dans le royaume. La dauphine y vint à son tour; 
elle s'y promena toute une journée et en fut ravie. « Enfin le roi 
voulut voir par lui-même ce qui en était : il vint un jour presque 
seul et sans qu'on l'attendît. Aussi la religieuse qui était portière, 
ne sachant ce qu'il y avait à faire en telle surprise, et entendant 
crier par les gens de la suite : Le roi! le roi! répondit sans s'é- 
mouvoir qu'elle allait avertir la supérieure. Le roi attendit, et, loin 
de le trouver mauvais, loua la régularité de la religieuse 2 . » II 
visita les classes, vit les demoiselles dans leurs exercices, admira 
leur modestie à la chapelle, « car pas une n'osa tourner la tête 
du côté où il était, quelque envie qu'on eût de le regarder ; » enfin 
il fut si content de tout ce qu'il vit, qu'il se sentit pressé de faire 
quelque chose de plus grand et de plus solide. Il le témoigna à 
madame de Maintenon, qui, ignorant la pensée qu'il avait depuis 
longtemps à ce sujet, crut nécessaire, pour le déterminer entière- 
ment, de lui représenter « le pitoyable état où était réduite la plu- 
part des familles nobles de son royaume par les dépenses que ses 
chefs avaient été obligés de faire à son service , le besoin que 
leurs enfants avaient d'être soutenus pour ne pas tomber tout à 
fait dans l'abaissement; que ce serait une œuvre digne de sa piété 
et de sa grandeur de faire un établissement solide , qui fût l'asile 
des pauvres demoiselles de son royaume , et où elles fussent éle- 

1 Lettre du 3 mars 1684. 

2 Mémoires de Saint-Cyr, chap. ni. 



34 CHAPITRE III. 

vées dans la piété et dans tous les devoirs de leur condition. » Le 
père de La Chaise, confesseur du roi, qui était allé quelque temps 
auparavant à Noisy, appuya fortement les raisons de madame de 
Maintenon ; mais au premier mot qui fut dit à Louvois de ce projet, 
celui-ci se récria sur la dépense, « après une longue guerre qui 
avait épuisé le trésor; » et le roi hésita, parce que, avec ses idées 
ordinaires de magnificence, il avait conçu comme très-coûteux 
l'établissement à faire. « Jamais reine de France, disait-il à ma- 
dame de Maintenon, n'a rien fait de semblable. » Celle-ci ne se 
rebuta pas : elle rappela au roi ce qu'il venait de faire pour les 
fils de sa noblesse dans l'établissement des compagnies de Cadets, 
et lui remontra « que les filles avaient en quelque façon plus 
besoin d'être secourues, à cause des dangers où l'infortune les 
peut exposer; » elle lui dit « que le bien et le mal que les gens 
de condition pouvaient faire portaient plus de coups que dans les 
autres classes de la société , parce qu'ils étaient appelés à donner 
l'exemple; qu'une belle éducation perpétuerait dans la noblesse 
les sentiments d'honneur et de vertu qui sont les fondements de 
l'État, et qu'elle l'attacherait au prince par un nouveau lien 
de reconnaissance. » Enfin , sa pensée s' agrandissant avec son 
désir, elle lui rappela ces beaux projets de réforme des mœurs 
et de conversion du royaume dont ils s'entretenaient habi- 
tuellement, et lui montra tout le bien qu'on pouvait faire 
avec des filles qu'on élèverait dans la piété et qu'on disperserait 
ensuite dans les couvents ou dans les familles. « 11 y avait, disait- 
elle dans l'élan de sa pieuse ambition, il y avait de quoi renou- 
veler dans tout le royaume la perfection du christianisme 1 . » 

Le roi fut touché de ces raisons; le jour de l'Assomption de 
Tannée 1G84, et probablement à l'époque où son mariage avec 
madame de Maintenon était résolu et prochain, il décida que la 
fondation aurait lieu, et il en parla à son conseil. Il fut d'abord 
question d'avoir cinq cents demoiselles qu'on élèverait jusqu'à 

1 Mémoires de Saint- Cyr, ch. ir. — De l'esprit de l'institut des filles de Saint- 
Louis, p. 20. 



FONDATION DE SAINT-CYR. 35 

quinze ans ; mais « on conclut que la charité d'élever et d'in- 
struire des filles jusqu'à cet âge serait bien peu de chose si on 
les renvoyait dans le monde à l'âge le plus périlleux ; qu'à la 
vérité la peine de les garder jusqu'à vingt ans serait très-grande; 
mais que la piété voulait qu'on se chargeât des filles aux mômes 
conditions que les mères le sont des enfants; que des filles ainsi 
élevées auraient une éducation complète et pourraient en instruire 
d'autres; qu'on devait moins s'attacher à en soulager un grand 
nombre qu'à faire de la fondation une source d'instruction sainte 
pour tout le royaume; qu'il fallait donc se réduire à deux cent 
cinquante demoiselles, qui seraient gratuitement reçues, élevées, 
nourries et entretenues de toutes choses jusqu'à l'âge de vingt 
ans l . » Leur éducation dut être confiée à une communauté nou- 
velle ayant une constitution et des règlements particuliers, et qui 
fut fixée à trente-six dames professes et à vingt-quatre sœurs con- 
verses. 

Louis XIV aurait voulu qu'on mît l'établissement à Versailles ; 
car on renonça dès l'abord au château de Noisy , à cause du man- 
que d'eau; mais madame de Maintenon s'y refusa à cause du voi- 
sinage de la cour, qui multiplierait les visites des grands, don- 
nerait de la dissipation aux demoiselles, ainsi qu'aux religieuses, 
et leur inspirerait l'esprit du monde. Alors Louvois et Mansard 
cherchèrent un emplacement dans les environs de Versailles, car 
on voulait que l'établissement restât placé à l'ombre du trône; ils 
s'arrêtèrent au village de Saint-Cyr, situé dans le val de Gallie et 
compris dans le grand parc de Versailles, à moins d'une lieue du 
château, près des coteaux où commencent les plaines de la 
Beauce. Le lieu n'était pas heureusement choisi : Saint-Cyr avait 
des eaux abondantes, et se trouvait traversé par l'un des aqueducs 
de Versailles; mais il était situé dans une plaine marécageuse, 
non loin de bois et d'étangs, et aujourd'hui encore, malgré les 



1 Lettre du 1 er août IG9S. — Recueil d'avis et d'instructions, de madame de Main- 
tenon , t. ir, p. 22'i. 



36 CHAPITRE III. 

dessèchements qu'on y a opérés , sans être malsain , il est resté 
un lieu froid et humide. 

Le village, dont l'origine remonte à une haute antiquité, était 
pauvre, composé à peine de deux cents feux, et renfermait deux 
fiefs: l'un appartenait à une abbaye de bénédictines, dite Notre- 
Dame-des- Anges , qui avait été fondée, disait-on, par un roi 
de la première race , et qui était restée constamment obscure et 
ignorée 1 . L'autre était un petit domaine qui appartenait à un 
membre de la famille Séguier, le marquis de Saint-Brisson. Le 
roi fit proposer aux religieuses de lui céder leur maison et de les 
établir à Paris. Elles craignirent de perdre leur tranquillité, et le 
supplièrent de les laisser « où les avait mises, disaient-elles, le 
saint roi Dagobert, » Et à l'appui de cette parole, elles demandè- 
rent 500,000 livres pour prix de leur maison. Le roi eut la pen- 
sée de les contraindre ; mais madame de Maintenon s'y opposa : 
« Je n'oserais plus me montrer, lui dit-elle, si je commençais 
ma fondation par un coup d'autorité. » Alors on s'adressa au 
marquis de Saint-Brisson , qui consentit à vendre son domaine , 
consistant en château, parc, bois, fermes, terres, le tout de la 
contenance de trois cents arpents, moyennant 91,000 livres. Le 
contrat en fut passé le 9 avril 1685, entre lui et le maréchal de 
la Feuillade, qui céda ensuite sous forme d'échange la propriété 
au roi (14 juin 1686). 

Louis XIV chargea Mansard de faire les plans pour la construc- 
tion de la maison; et il aurait voulu qu'on y mît, au moins pour 
l'église, une sorte de magnificence; mais madame de Maintenon lui 
dit : « Il ne nous faut ni un palais ni un couvent, mais une mai- 
son très-simple, n'ayant de beauté que parla grandeur qui lui est 
nécessaire pour contenir un si grand nombre de personnes 2 . » 
Les plans ayant été arrêtés et les plus habiles entrepreneurs choi- 
sis, la première pierre de la chapelle fut posée le 25 avril 1685 , 

1 Cette abbaye a été détruite pendant la révolution. Il n'en reste que la grande 
porte et les murs qui font partie d'une ferme. 

2 Lettres édifiantes, t. vi, p. 730. 



FONDATION DE SAINT-CYR. 37 

et le 1 er mai l'on se mit à l'œuvre en démolissant l'ancien château 
et ses dépendances l . Alors le roi pensa que les soldats et les offi- 
ciers de son armée devaient mettre la main à une maison fondée 
pour le soulagement de la noblesse militaire ; il fit donc choisir dans 
ses troupes des soldats habitués à ces sortes de travaux, qui furent 
campés à Versailles et à Bouviers , dans le voisinage de Saint- 
Cyr , et qu'on mit en besogne avec des officiers pour les surveiller 
et les conduire, des médecins pour soigner ceux qui tomberaient 
malades et des prêtres pour leur dire la messe. Il y eut ainsi 
« jusqu'à neuf cents maçons travaillant de la truelle, plus de 
quatre cents tailleurs de pierre, autant de charpentiers, et de 
même à proportion des autres ouvriers; de sorte qu'ils étaient 
au nombre de deux mille cinq cents 2 . » 

Mansard, dans la construction de cette maison, se montra peu 
digne de la renommée qu'il avait acquise en bâtissant le château 
de Versailles et l'hôtel des Invalides. Au lieu de porter l'édifice 
sur le penchant du coteau qui regarde le val de Gallie, coteau 
boisé où il aurait trouvé un endroit non moins solitaire et en plus 
belle vue, avec un terrain sain et élevé, il le bâtit sur l'empla- 
cement de l'ancien château 3 , c'est-à-dire au pied même du 
coteau, dans un fonds marécageux où les eaux inondèrent les 
fondations et forcèrent à des réparations continuelles. De même il 
n'employa dans toute la construction que des bois verts, ce qui 
força dix ans après à refaire la charpente de tous les combles. 
La maison, avec les aqueducs et les jardins, fat construite en 
quinze mois, et la dépense s'éleva à \ ,400,000 livres, monnaie du 
temps; ce qui ferait aujourd'hui moins de trois millions. Nous en 
donnerons la description dans le chapitre suivant. 

Pendant qu'on bâtissait la maison, le roi s'occupait de la fon- 

1 Ce château était situé sur l'emplacement du corps de logis méridional de la cour 
dite autrefois des Cuisines, aujourd'hui d'Austerlitz. 

2 Mémoires de Saint- C\jr, ch. v. 

3 Ce fut contre le gré de madame de Maintenon, qui combattit les plans de Mansard, 
dans lequel elle n'avait pas de confiance. « On découvre tous les jours, écrivait-elle 
en 1710, combien ce grand homme a trompé le roi. Il ne m'a jamais trompée. » 



38 CHAPITRE III. 

dation, des biens à lui donner, des règlements à faire, et il entra 
à ce sujet dans les plus minutieux détails l . La dépense annuelle 
axant été établie par prévision à 150,000 livres, il ne voulut pas 
qu'on demandât cette somme aux ressources variables et incer- 
taines du trésor, mais qu'on donnât à la maison des revenus 
inaliénables, pour que la fondation, perpétuelle et indépendante, 
fut affranchie des volontés changeantes de ses successeurs ou de 
leurs ministres. Il décida donc de lui donner en dotation, outre 
la maison qu'on construisait avec ses dépendances et son mo- 
bilier : I ° la terre et la seigneurie de Saint-Cyr, qui rappor- 
taient 1 ,G00 livres de revenu; 2° 50,000 livres de rente en fonds 
de terres; et en attendant qu'on eut acheté ces terres, cette 
somme dut être fournie par le trésor et assignée sur les domai- 
nes de la généralité de Paris 2 ; 3° les revenus de la manse abba- 
tiale de Saint-Denis, montant à 114,000 livres et provenant de 
fiefs et droits féodaux. Le dernier titulaire était mort en 1 679 
(c'était le fameux cardinal de Retz), et le roi ne lui avait pas 
donné de successeur, voulant employer ce riche bénéfice à quel- 
que fondation utile; il prononça donc (2 mai 1 686) la suppression 
du titre abbatial de Saint-Denis , ainsi que la translation de son 
revenu à la maison de Saint-Cyr , et il demanda au pape son 
approbation. Comme il était alors en dispute avec la cour de 
Rome, l'affaire resta en suspens pendant six années; mais le 
revenu de la manse de Saint-Denis n'en fut pas moins attribué 
provisoirement à la nouvelle fondation 3 . Nous verrons plus tard 
que cette dotation de 150,000 livres fut reconnue insuffisante, et 
qu'on dut y ajouter 30,000 livres à prendre sur les tailles de la 
généralité de Paris. 

Il fallut aussi pourvoir à la dépense du mobilier. Ce fut l'affaire 

1 Les Dames de Saint-Cyr avaient conservé sur cette matière des notes écrites de la 
main de Louis XIV. Voir à l'appendice (A). 

2 On n'acheta des terres que pour 30,000 livres. 

:{ L'économat de l'abbaye de Saint-Denis avait été régi, depuis la mort du car- 
dinal de Retz, par Pélisson, et son revenu employé en faveur des nouveaux convertis. 
Quand le roi eut transféré ce revenu à la maison de Saint-Cyr, il le donna à régir à 
M. Delpech, receveur général des finances d'Auvergne. 



FONDATION DE SAINT-CYR. 39 

de madame de Maintenon, de ^Janseau son intendant, et de ma- 
demoiselle Balbien, sa femme de chambre, fille d'un bourgeois 
de Paris l , laquelle avait toute sa confiance, et la méritait par sa 
capacité et son dévouement. Cette dépense fut faite avec tant 
d'économie, que meubles, tapisseries, linge, habits, ornements 
d'église , livres , objets d'infirmerie , etc. , ne coûtèrent que 
130,000 livres. On mit d'ailleurs à tout une si grande simplicité, 
qu'il n'y eut pas, excepté sur l'autel, un seul objet de luxe, un 
seul morceau de marbre, une seule dorure; mais on y sut met- 
tre pourtant une sorte d'élégance pleine de goût et de sobriété. 
Grâce aux couleurs qui distinguaient les demoiselles, on put 
décorer les classes de tapisseries, les dortoirs de rideaux, la 
lingerie et la roberie de rubans de ces diverses couleurs, et la 
maison présentait ainsi , dans ses différentes parties , une manière 
de spectacle qui n'était pas sans agrément. 

L'affaire la plus grave était de donner au nouvel institut ses 
constitutions et règlements, d'établir et composer la communauté. 
Louis XIV n'aimait ni la vie monacale , ni les couvents ; il n'a- 
vait voulu faire aucun établissement de ce genre ; il croyait même 
« qu'il était de la politique générale du royaume de diminuer ce 
grand nombre de religieux, dont la plupart, étant inutiles à l'É- 
glise, sont onéreux à l'État 2 . » Il haïssait surtout l'éducation 
donnée aux femmes dans les couvents, éducation bornée à des 
lectures puériles, à des prières multipliées, qui les laissait dans 
l'ignorance des choses les plus ordinaires de la vie 3 . Il ne voulait 
donc pas faire de Saint-Cyr « ni un couvent, ni rien qui le sen- 
tît, soit par les pratiques extérieures, soit par l'habit, soit par 
les nombreux offices, soit par la vie, qui devait, selon lui, être 
active, mais aisée et commode, sans austérités; il voulait seule- 
ment une communauté de filles pieuses et sensées, capables d'é- 

1 « C'était une demi-fée, à qui les princesses se trouvaient heureuses quand elles 
avaient occasion de lui parler et de l'embrasser, toutes filles du roi qu'elles fussent, 
et à qui les ministres faisaient la révérence bien bas. » (Saint-Simon, t. i er , p. 388.) 

2 Instructions pour le dauphin, t. ir, p. 270. 

3 Lettre de madame de Maintenon, du 25 octobre 1686. 



40 CHAPITRE III. 

lever les demoiselles dans la crainte de Dieu et de leur donner 
l'instruction convenable à leur sexe : à quoi elles s'engageraient 
par les vœux simples de pauvreté, de chasteté, d'obéissance, et 
par un quatrième d'élever et d'instruire les demoiselles '. » De 
son côté, madame de Maintenon aimait fort, disait-elle, « les com- 
munautés qui sont utiles au public; » mais elle aimait aussi peu 
que Louis XIV l'oisiveté des couvents et la sottise des religieuses; 
c'était même pour éviter l'une et l'autre qu'au lieu de confier ses 
filles à quelque ordre ancien, elle voulait avoir un établissement 
nouveau pour y établir une règle spéciale , et former elle-même 
celles qui devaient la pratiquer; mais pour avoir plus de stabilité, 
elle aurait penché pour que la communauté fût engagée par des 
vœux absolus. Elle se fit néanmoins un scrupule de se déclarer à 
ce sujet, et en revint à l'opinion du roi, «parce qu'il fallait, 
disait-elle, éviter les petitesses et les misères des couvents, et 
qu'une communauté engagée par des vœux solennels, et complè- 
tement séquestrée du monde, donnerait aux demoiselles des ma- 
nières et une éducation de religieuses 2 . » Le père de La Chaise 
fut du même avis : « Des jeunes filles, disait-il, seront mieux 
élevées par des personnes tenant au monde. L'objet de la fon- 
dation n'est pas de multiplier les couvents, qui se multiplient 
assez d'eux-mêmes, mais de donner à l'État des femmes bien 
élevées. Il y a assez de bonnes religieuses et pas assez de bonnes 
mères de famille. L'éducation perfectionnée à Saint-Cyr pro- 
duira de grandes vertus, et les grandes vertus, au lieu d'être 
enfermées dans des cloîtres, devraient servir à sanctifier le 
monde. » 

C'est d'après ces idées, qui furent modifiées plus tard par 
l'expérience, que madame de Brinon, de concert avec madame 
de Maintenon, rédigea les constitutions de Saint-Cyr, consti- 
tutions qui sont en quelques parties un chef-d'œuvre de bon 
sens et de spiritualité, et dont nous donnerons l'analyse après 

1 Mémoires de Saint-Cyr, ch. vu. 

2 Lettre du 2 juillet 1686. — Mémoires de Saint-Cyr, ch. vu. 




[E ET DEMOISELLES DE S T CYR 



FONDATION DE SAINT-CYR. 41 

la révision et la réforme qu'elles eurent à subir. Le roi fit venir 
madame de Brinon dans son cabinet, et lui donna de longues 
audiences pour lire, expliquer et corriger son ouvrage : il en 
écarta surtout les minutieuses observances. « Il voulut, disent les 
Dames de Saint-Cyr, que nous eussions un habit particulier qui 
fût grave et modeste, mais qui n'eût rien de monacal; et il le 
corrigea et approuva lui-même 1 ; que nous ne nous appelassions 
ni ma sœur ni ma mère, mais madame avec le nom de famille, 
et qu'en général, en parlant de nous, on nous qualifiât de Dames 
de Saint-Louis; que nous eussions chacune une croix d'or 2 pen- 
dante sur l'estomac, et les sœurs converses une d'argent s . » Les 
constitutions furent soumises à l'évêque de Chartres, et au père de 
La Chaise , qui y firent quelques changements ; puis on les donna 
à l'abbé Gobelin, pour qu'il les fit lire par Racine et par Despréaux; 
et madame de Maintenon lui recommanda « de ne pas gâter les 

1 Cet habit, qui avait la forme ample et majestueuse des habits de cour, consis- 
tait, disent les Dames, « en un manteau et une jupe d'une belle étamine du Mans 
noire avec un jupon fort propre aussi d'étamine , doublé de ratine en hiver ; il était de 
futaine rayée en été; des souliers de maroquin noir; des bas de laine en hiver et 
de colon ou de fil en été ; des gants noirs bronzés avec un gant blanc en dedans. 
Pour coiffure on avait un bonnet de taffetas noir avec une gaze noire , godronnée 
tout autour; un ruban noir sur la tête, une coiffe de taffetas, et une espèce de voile 
de pomille froncée par derrière, qui descendait par delà les coudes; sur le cou un 
mouchoir, une collerette de taffetas noir, avec un bord de toile de batiste large de 
quatre doigts et attachée par devant avec de petits rubans noirs qu'on appelle non- 
pareille; des manchettes de toile unie et médiocrement fine cousue à la chemise et 
attachée en dedans du bras d'un ruban noir comme celui de la serte ; une croix 
d'or parsemée de fleurs de lys, ayant d'un côté un Christ, et de l'autre un saint 
Louis ; elles différaient de celle de la supérieure en ce qu'elles ont tous ces ornements 
de gravure, et celle de la supérieure les a de relief. Outre cela, il y avait un grand 
manteau d'église, d'une légère étamine noire, dont la queue était de trois quarts de 
long; on montrait un peu de cheveux par devant, mais sans affectation Tout cela 
composait un habit fort grave, fort noble et fort modeste. » [Mémoires, chap. vin.) 

2 La croix de la supérieure portait cette inscription donnée par Racine, et dont le 
sens pouvait s'appliquer soit à la croix elle-même, soit à madame de Maintenon : 

Elle est notre guide fidelle , 
Notre félicité vient d'elle. 

Cette croix avait été offerte, dans la première année de la fondation, par la commu- 
nauté, à madame de Maintenon; celle-ci la donna à madame de Glapion, quand elle 
fut élue supérieure, et voulut qu'elle la portât, ainsi que les supérieures qui lui suc- 
céderaient. 

? > Mémoires de Saint-Cijr, chap. vu. 

6 



M CHAPITRE III. 

expressions et les pensées par trop de pureté de langage. — Vous 
savez, lui disait-elle, que dans tout ce que les femmes écrivent 
il y a toujours mille fautes contre la grammaire, mais avec votre 
permission, un agrément qui est rare dans les écrits des hommes l . » 
Racine et Despréaux lurent les constitutions : « ils les admirèrent, 
et en ôtèrent quelques fautes de style 2 . » Enfin, on les envoya 
au pape , qui en fut édifié et les approuva. 

Alors le roi donna ses lettres patentes de fondation de la mai- 
son et communauté de Saint-Louis. On sait combien les ordonnances 
de Louis XIY sont remarquables par la grandeur des sentiments, 
par la majesté et l'ampleur du style : telle est aussi l'ordonnance 
de fondation de la maison de Saint- Gyr. Nulle part le monarque 
ne s'est exprimé avec une sollicitude plus paternelle , un senti- 
ment plus grave de son devoir et de sa dignité; nulle part les 
mots de gloire, d'honneur, de nom français, ne sont prononcés 
avec une plus juste fierté, une harmonie plus solennelle. On voit 
dans ces lettres patentes que le pouvoir royal se sent créateur, 
fort, durable, maître de l'avenir; qu'il ne cherche pas par un 
édifice pompeux et passager la popularité d'un jour, mais qu'il 
croit bâtir à jamais un monument inébranlable. 

« Louis, par la grâce de Dieu, etc. 

» Comme nous ne pouvons assez témoigner la satisfaction qui 
nous reste de la valeur et du zèle que la noblesse de notre 
royaume a fait paraître dans toutes les occasions, en secondant 
les desseins que nous avions formés et que nous avons si heureu- 
sement exécutés, avec l'assistance divine, pour la grandeur de 
notre État et pour la gloire de nos armes; la paix que nous 
avons si solidement affermie, nous ayant mis en état de pouvoir 
étendre nos soins jusque dans l'avenir, et de jeter des fonde- 
ments de la grandeur et de la félicité durable de cette monarchie; 
nous avons établi plusieurs compagnies dans nos places frontières, 
où , sous la conduite de divers officiers de guerre d'un mérite 

1 Lettres édifiantes, tome I er , lxxvi h tire. 

2 Labeaumelle, tome n, p. 4 68. 



FONDATION DE SA1NT-CYK. 43 

éprouvé, nous faisons élever un grand nombre déjeunes gentils- 
hommes pour cultiver en eux les semences de courage et d'hon- 
neur que leur donne la naissance, pour les former par une exacte 
et sévère discipline aux exercices militaires, et les rendre capa- 
bles de soutenir à leur tour la réputation du nom français; et 
parce que nous avons estimé qu'il n'était pas moins juste et 
moins utile de pourvoir à l'éducation des damoiselles d'extraction 
noble, surtout pour celles dont les pères, étant morts dans le 
service, ou s'étant épuisés par les dépenses qu'ils y auraient 
faites, se trouveraient hors d'état de leur donner les secours 
nécessaires pour les faire bien élever; après l'épreuve qui a été 
faite par nos ordres pendant quelques années des moyens plus 
propres pour y réussir, nous avons résolu de fonder et établir 
une maison et communauté, où un nombre considérable de 
jeunes filles, issues de familles nobles, et particulièrement de 
pères morts dans le service, ou qui y seraient actuellement, soient 
entretenues gratuitement, et élevées dans les principes d'une 
véritable et solide piété, et reçoivent toutes les instructions qui 
peuvent convenir à leur naissance et à leur sexe, suivant l'état 
auquel il plaira à Dieu de les appeler; en sorte qu'après avoir été 
élevées dans cette communauté, celles qui en sortiront puissent 
porter dans toutes les provinces de notre royaume des exemples 
de modestie et de vertu , et contribuer soit au bonheur des fa- 
milles où elles pourront entrer par mariage, soit à l'édification 
des maisons religieuses où elles voudront se consacrer entière- 
ment à Dieu ; auquel effet nous avons fait acquérir, construire et 
meubler de nos deniers la maison de Saint-Cyr, située près notre 
château de Versailles; et il ne reste plus qu'à déclarer nos inten- 
tions, tant pour les fonds que pour les règlements nécessaires 
pour l'entière exécution d'un établissement si utile et si avanta- 
geux. Savoir faisons que, pour ces causes, de notre propre mou- 
vement, pleine puissance et autorité royale, nous avons fondé, 
érigé et établi, fondons, érigeons et établissons à perpétuité par 
ces présentes signées de notre main, en ladite maison de Saint- 



4* CHAPITRE III. 

Cyr, une communauté qui sera composée de trente-six Dames 
professes, deux cent cinquante damoiselles d'extraction noble, 
et vingt-quatre sœurs converses, pour y être reçues, ainsi qu'il 
sera expliqué ci -après, et y vivre suivant les règles et constitu- 
tions qui leur seront données par notre amé et féal conseiller d'État 
ordinaire, le sieur évoque de Chartres, dans le diocèse et sous 
l'autorité duquel et de ses successeurs sera et demeurera ladite 
maison, pour tout ce qui dépend de la visite, correction et ju- 
ridiction épiscopale. » 

L'article I er ordonne que les places de Dames qui viendront 
à vaquer « soient remplies parles damoiselles, lesquelles seront 
choisies par la communauté à la pluralité des suffrages pour être 
reçues au noviciat; et, le temps du noviciat passé, à la profes- 
sion; lesdites Dames feront les vœux ordinaires de pauvreté, 
chasteté et obéissance , et un vœu particulier de consacrer leur 
vie à l'éducation et instruction des damoiselles. Les sœurs con- 
verses seront pareillement reçues au noviciat et à la profession 
en faisant les mêmes vœux de chasteté, pauvreté et obéissance. » 

Les articles 3 et 4 règlent le mode et les conditions d'admis- 
sion des demoiselles : « Nous nous réservons pour nous et nos 
successeurs rois la nomination et entière disposition par simple 
brevet des deux cent cinquante places de damoiselles pour nous 
et nos successeurs en disposer en faveur des filles nobles, et 
principalement de celles qui seront issues de gentilshommes qui 
auront porté les armes ; voulons qu'aucune damoiselle ne puisse 
être admise pour remplir Tune desdites deux cent cinquante 
places qu'elle n'ait fait preuves de noblesse, par titres en bonne 
forme, de quatre degrés du côté paternel 1 ... » 

« Aucune desdites damoiselles ne pourra être pourvue de l'une 
de ces places si elle n'est âgée au moins de sept ans accomplis ; 
celles qui auront plus de douze ans ne pourront y être admises ; 

1 On n'exigea pas de preuves du côté maternel, « considérant, dit Languet de 
Gergy, que c'est la noblesse la plus pauvre qui ordinairement se mésallie pour se 
soutenir, et que l'institution regardait spécialement la noblesse qui est le plus dans 
le besoin. » 



FONDATION DE SAINT-CYR. 45 

celles qui y auront élé reçues n'y pourront demeurer que jusqu'à 
l'âge de vingt ans accomplis... » 

L'article 7 déclare que les parents des demoiselles pourront 
les retirer de la maison pour les pourvoir par mariage ou pour 
autres bonnes considérations de famille; « comme aussi lorsque 
la supérieure jugera à propos , par l'avis de la communauté , de 
renvoyer l'une desdites damoiselles à ses parents , elle les fera 
avertir de la retirer. » 

Article 8. « Les trente-six Dames, les deux cent cinquante 
damoiselles à notre nomination, et les vingt-quatre converses qui 
composeront la communauté seront reçues et entretenues gratui- 
tement dans la maison de toutes choses nécessaires pour leur 
subsistance , tant en santé que maladie ; défendons à la commu- 
nauté de souffrir qu'il soit reçu, pris ni exigé aucunes sommes 
de deniers, rentes, ou autres choses pour l'entrée dans la mai- 
son, ou pour la réception aux noviciat et profession, sous 
quelque prétexte que ce puisse être... » 

Les articles 9 et 1 règlent la dotation de la maison de la 
façon que nous avons déjà dite. 

L'article \ \ défend à la communauté de recevoir aucune aug- 
mentation de dotation et fondation, aucuns legs, dons ou obla- 
tions de qui que ce soit, si ce n'est de la part des rois et reines 
de France. « Et néanmoins , mettant en considération que ladite 
communauté a été formée par les soins et la conduite de la dame 
de Maintenon, voulons que ladite dame puisse faire au profit de 
la maison de Saint-Cyr telles dispositions et dons que bon lui 
semblera. » 

Article 12. « Au cas que, les charges et la dépense de la com- 
munauté acquittées, et après avoir laissé un fonds de 50,000 livres 
en réserve pour les cas imprévus, il se trouvât à la fin de l'an- 
née des deniers revenant bons, nous voulons qu'ils soient em- 
ployés à marier quelqu'une desdites damoiselles suivant le choix 
qui en sera par nous fait et par nos successeurs rois, sur la 
proposition qui en sera faite par la supérieure et la communauté \ 



46 CHAPITRE III. 

voulons même qu'au défaut desdits fonds, il soit pris des deniers 
de notre trésor royal pour contribuer à la dot de celles desdites 
damoiselles qui se seront distinguées dans la maison par leur 
piété et leur bonne conduite, et qui seraient recherchées en 
mariage par des partis qui nous soient agréables; voulons en 
outre que celles desdites damoiselles qui seront appelées à la 
religion soient préférées dans la nomination aux places de reli- 
gieuses dont la disposition nous appartient es abbayes royales... » 

L'article 1 3 ordonne que la communauté fasse célébrer deux 
messes tous les jours « à l'intention qu'il plaise à Dieu de nous 
donner et à nos successeurs les lumières nécessaires pour gou- 
verner notre État selon les règles de la justice, et la grâce d'aug- 
menter son culte et exalter son Église dans notre royaume, 
terres et seigneuries de notre obéissance; comme aussi à l'inten- 
tion de remercier Dieu des grâces qu'il répand sur nous, sur 
notre maison royale et sur nos États... » 

« Donné à Versailles au mois de juin , l'an de grâce 1 686 et 
de notre règne le 44 e , signé Louis, et plus bas : par le roi, 
Colbert l . » 

Ces lettres patentes furent enregistrées au parlement de Paris 
et à la chambre des comptes, les 18 et 28 juin 1686. 

A la suite de ces lettres de fondation, Louis XIV, qui avait 
vainement offert à madame de Maintenon le titre et les honneurs 
publics à" Institutrice de la maison de Saint-Louis 2 , lui fit expédier 
simplement un brevet par lequel : « Considérant que la maison 
a été formée par les soins et la conduite de ladite dame , elle ne 
peut être solidement établie et maintenue dans l'ordre et disci- 
pline qui y sont nécessaires que sous sa direction et son autorité, 
il veut et entend que , pour faire observer exactement la fonda- 
tion et les règlements, elle jouisse dans la communauté de toute 

1 Ces lettres patentes furent modifiées par les déclarations royales du 30 décembre 
1601 , du 3 mars 4 694, les lettres patentes de mai et de juillet 4 698 , etc. Nous par- 
lerons en leur lieu de ces modifications. 

- « Je n'ai pas besoin de louanges, lui dit-elle, pour faire du bien à cette fonda- 
tion : c'est ma passion. » 



FONDATION DE SAINT-CYR. 47 

prééminence, honneurs, prérogatives, et de toute l'autorité et 
direction nécessaires, telles qu'elles peuvent appartenir à un fon- 
dateur. » Le reste du brevet assurait à madame de Maintenon, 
sa vie durant, la jouissance de l'appartement qu'on avait fait con- 
struire pour elle, son entretien et celui de sa suite, aux dépens 
de la fondation, toutes les fois qu'elle voudrait loger dans la 
maison, etc. l . » 

Ensuite le roi, dérogeant aux constitutions qui voulaient que 
la supérieure fût triennale, nomma (26 juin 1686) madame 
de Brinon supérieure à vie, « à cause qu'il n'y avait pas de com- 
munauté formée, disent les Dames, et que nous étions toutes si 
jeunes qu'il ne fallait pas moins que le reste de la vie de madame 
de Brinon pour nous mettre en état de gouverner par nous 
mêmes 2 . » Il nomma encore l'abbé Gobelin supérieur ecclé- 
siastique, et M. Delpech pour administrer les revenus de la 
maison. Il donna à la communauté des armoiries, qui se compo- 
saient « d'une croix haussée d'or, semée de fleurs de lys de 
même et sommée d'une couronne royale aussi d'or, la croisée et 
le bas du fust de la croix terminés chacun par une fleur de lys 
d'or. » Il voulut que ses armes fussent gravées sur l'argenterie et 
le mobilier de la maison , et que les domestiques portassent sa 
livrée; il ordonna qu'une médaille fût frappée en l'honneur de la 
fondation, médaille où madame de Maintenon obtint avec peine 
de n'être pas nommée 3 ; enfin il dit à Racine et à Boileau « que 
cet événement était trop considérable pour qu'ils en omissent le 
détail dans l'histoire de son règne \ » Au milieu des graves em- 
barras qu'il avait à cette époque, car il était alors tourmenté par 



1 Mémoires de Saint- Cyr, chap. v: 

2 Mémoires de Saint- Cyr, chap. vin. 

3 Cette médaille représente la Piété entourée de religieuses et de demoiselles; elle 
a pour légende : CCC puellœ nobiles San Cyrianœ. 

4 Lettre du 2i octobre 1686. — Boileau écrivit, au sujet de la fondation de Saint- 
Cyr : « Si quelque gentilhomme osait être le détracteur de madame de Maintenon, il 
mériterait d'être rayé des archives de la noblesse, comme s'étant rendu coupable de 
la plus noire ingratitude. » 



48 CHAPITRE III. 

les déplorables suites de la révocation de redit de Nantes, et 
par les commencements de la ligue d'Augsbourg, il suivait avec 
complaisance et comme distraction à ses ennuis politiques tous 
les détails de la fondation, allant lui-même à Saint-Cyr pour 
presser les travaux et indiquer quelques changements, s'enqué- 
rant do la vocation et des qualités des personnes qui devaient 
composer le nouvel institut : ce Cet institut, disait-il à madame de 
Brinon , est tout entier pour la gloire de Dieu et le soulagement 
de ma noblesse. Je l'ai fait dans des motifs très-purs et très- 
désintéressés : il doit être conduit de même. » 

Dès que Ton eut commencé à bâtir Saint-Cyr, madame de 
Maintenon avait fait choix, parmi les demoiselles de Noisy âgées 
de plus de vingt ans, de quelques-unes des plus vertueuses et 
des mieux instruites; elle leur adjoignit d'autres personnes du 
dehors; et toutes, au nombre de douze, furent préparées par 
un noviciat, sous la direction de l'abbé Gobelin et de madame 
de Brinon, à embrasser la vie religieuse. On leur fit subir neuf 
mois d'épreuves et d'instructions, « où Ton entremêla judicieu- 
sement l'exercice et la théorie des charges de la maison, les 
retraites et les conférences, le silence et la prière, l'éducation 
monastique, et des leçons sur l'éducation des enfants 1 . » «On 
nous enseignait surtout, dit l'auteur des Mémoires, qui était 
une de ces douze , à être simples et droites dans notre manière 
de penser et de parler, et dans notre conduite. Rien ne plaisait 
tant à madame de Maintenon que cette simplicité , et elle disait 
que ceux qui ont véritablement de l'esprit en sont plus capables 
que les autres; car elle n'entendait pas par cette simplicité celle 
qui marque peu de sens, mais celle qui fait agir et parler avec 
candeur et droiture 2 . » 

Après qu'elles eurent été examinées par les grands vicaires de 
l'évêque de Chartres, on en prit quatre, mesdemoiselles de Lou- 
bert, du Pérou, d'Hauzy et Saint- Aubin, qui firent profession le 

1 Lettre du 4 w octobre 4685. 

2 Mémoires, chap. vu. 



FONDATION DE SAINT-CYR. 49 

% juillet I68G, mais en s'engageant seulement par des vœux 
simples et en ajoutant le vœu particulier de se consacrer à l'édu- 
cation des demoiselles : elles reçurent le voile , la croix d'or et 
le manteau des mains de madame de Maintenon, et furent alors 
instituées dames du chœur, et regardées comme les mères de l'éta- 
blissement. Quatre jours après, ces quatre vocales y c'est-à-dire 
ayant voix pour élire, élurent, de concert avec madame de Main- 
tenon , les huit autres novices , qui étaient mesdames de Saint- 
Pars , de Buthery, de Fontaines , de Gautier, de Montaigle , de 
Rocquemont, de Thumery, de Radouay. Alors il y eut un corps de 
communauté composé d'une supérieure et de douze professes, et 
l'on choisit parmi elles madame de Loubert pour être assistante 
de la supérieure, madame du Pérou pour être maîtresse des no- 
vices, madame de Radouay pour être dépositaire, quatre autres 
pour être maîtresses des classes, etc. Nous expliquerons plus tard 
ce qu'étaient ces différentes charges. 

On pourvut au sort des autres demoiselles de Noisy, soit en les 
mariant , soit en les plaçant dans des couvents , soit en les ad- 
mettant dans la maison nouvelle comme novices ou comme 
élèves. De nombreuses demandes étaient arrivées de toutes les 
parties du royaume pour les deux cent cinquante places annon- 
cées dans l'acte de fondation J ; le roi les avait examinées lui- 
même , surtout pour les conditions de noblesse et de pauvreté , 
et il avait fait les nominations; la plupart des filles nommées 
étaient déjà arrivées à Paris et, en attendant, logeaient dans des 
couvents où madame de Maintenon payait leur séjour. Après qu'on 
leur eut fait subir une visite et un examen dans le but de rejeter 
celles qui auraient quelque défaut considérable dans le corps ou 
dans l'esprit, on les appela à Noisy lorsque tout fut prêt, et la 
communauté entière se transporta à Saint-Cyr du 26 juillet au 

1 « Je suis accablée de sollicitations, écrivait madame de Maintenon ; il me vient de 
tous côtés des sujets, mais peu de bons. Le roi veut que je sois fort difficile dans les 
commencements, parce que la communauté une fois bien établie, les choses iront 
d'elles-mêmes. » (Lettre du 23 octobre 1685.) 

7 



50 CHAPITRE 111. 

1 er août 1086. Cette translation se fit avec une sorte de pompe, 
dans les carrosses du roi, avec l'aide de ses gens et sous l'escorte 
des suisses de sa maison. Des prêtres portant la croix et les 
reliques de sainte Candide ouvraient la marche en chantant le 
Ycm\ Creator. La route était couverte de spectateurs accourus 
de Versailles et des villages voisins. « Sitôt que nous entrâmes 
dans la maison , disent les Dames de Saint-Cyr, elle nous repré- 
senta l'image du paradis terrestre... Nous ne cessions d'admirer 
la beauté et la grandeur des bâtiments, des appartements, des 
jardins, son ameublement, l'ordre et l'arrangement qui régnaient 
partout, nos dortoirs, où nous fûmes surprises de voir nos cel- 
lules si belles et si bien meublées. De quelque côté qu'on se 
tournât, on ne voyait que des objets capables de nous ravir... 
Nous bénissions les mains libérales qui avaient pris tant de peine 
à nous préparer un si agréable séjour l . » Quant à madame de 
Maintenon, elle dit : « Ce qui me fait plaisir en voyant ces murs, 
c'est que j'y vois ma retraite et mon tombeau... Puisse cet éta- 
blissement durer autant que la France, et la France autant que 
le monde!... Voilà où je tends, voilà ma passion, voilà le fond 
de mon cœur 2 . » 

Le 2 août se fit l'inauguration de la maison avec une pompe 
toute religieuse, en présence seulement de madame de Mainte- 
non et de quelques dames de la cour. L'évêque de Chartres 
étant empêché par son grand âge 3 , son vicaire général, assisté 



1 Les Mémoires de Saint-Cyr entrent à ce sujet dans de grands détails sur le ran- 
gement de la lingerie, qui avait été fait par madame de Maintenon elle-même, et 
« où le linge était si bon qu'il durait encore cinquante ans après, » sur la beauté des 
dortoirs , « où l'on voyait d'un bout à l'autre des lits très-bien rangés de la couleur de 
la classe, et les rideaux attachés par le pied avec un ruban de soie de même cou- 
leur ; » sur la beauté des classes « tapissées chacune suivant la couleur que les de- 
moiselles portaient, les murs garnis de cartes de géographie attachées avec des ru- 
bans de même couleur, de cadres , de tablettes pour les livres, etc. » 

2 Entretien avec madame de Glapion. 

3 L'évêque de Chartres était Ferd. de Neuville, frère du maréchal de Villeroy; son 
vicaire général, M. Brisay de Denonville, était assisté de M. Magny, promoteur, et 
de M e Batelier, avocat au parlement de Paris. Voir le procès-verbal aux archives de 
!a préfecture de Versailles. 



FONDATION DE SAINT-CYR. 51 

d'un nombreux clergé , bénit solennellement l'église et y célébra 
la messe, qui fut chantée pour la première fois par les Daines; il 
fit la visite et les aspersions prescrites par la liturgie dans toutes 
les parties de la maison; il proclama la supérieure et les Dames 
professes devant toute la communauté, ainsi que le supérieur 
ecclésiastique; il les installa au chapitre et reçut leur serment de 
fidélité aux constitutions; enfin, après avoir béni le cimetière, 
il chanta un Te Deum. Le lendemain les demoiselles qui étaient 
encore à Paris arrivèrent, et leurs exercices et études commen- 
cèrent : «Je les ai vues toute la semaine, écrivait madame de 
Maintenon, à leurs heures de travail, à leurs heures de ré- 
création, dans leurs actes de piété, et tout cela est réglé avec 
beaucoup d'ordre et de simplicité l . » 

Alors commença pour elle un travail qu'elle a continué pen- 
dant toute sa vie avec un zèle égal à sa persévérance , travail 
où sa gloire est restée pure de tout nuage. Ses ennemis ont pu 
lui reprocher, injustement sans doute, son élévation prodigieuse, 
son influence sur Louis XIV, la part qu'elle eut aux fautes de la 
fin de son règne; mais amis et ennemis se sont accordés à louer 
l'établissement de Saint-Cyr, « cette œuvre de son cœur, de son 
esprit et de son crédit, » où, en effet, elle s'est montrée, comme 
institutrice, d'une perfection qu'elle avouait elle-même en disant : 
(.( La Providence, qui m'avait destinée pour Saint-Cyr, m'a donné 
des grâces spéciales pour cet institut 2 . » Pendant trente années, 
cette maison fit sa principale occupation : elle y allait au moins 
de deux jours l'un pour y passer la journée entière, et presque 
tous les jours la matinée. Elle arrivait dès six heures du matin, 
s'en allait vers six heures du soir, et s'employait aux détails de 
la maison, de l'éducation des demoiselles, de la conduite de la 
communauté. « Elle allait de classe en classe et d'office en 
office, pour voir agir les maîtresses et les officières, pour donner 
ses avis, pour remarquer s'il n'y avait rien de meilleur à faire 

1 Lettre du 2i octobre 1G86. 

2 Lettre du 20 février 1709. 



52 CHAPITRE III. 

que ce qu'on faisait; on l'a souvent vue, aux infirmeries des 
Dames et des demoiselles, consoler et servir les malades, peigner 
les demoiselles convalescentes et exercer d'autres œuvres sem- 
blables '. » 

Durant les premières années surtout, elle fut obligée, à cause 
de l'ignorance et de l'inhabileté des jeunes religieuses, de rem- 
plir presque toutes les charges de la maison. Ainsi, les Dames 
avaient une si petite instruction qu'on avait dû admettre tempo- 
rairement pour enseigner dans les classes des personnes étran- 
gères à la communauté 2 . Madame deMaintenon eut donc à former 
des maîtresses des classes, à les instruire en toutes choses et 
même sur l'écriture et l'orthographe, « à leur inspirer l'ordre, 
l'arrangement et les pratiques nécessaires pour le difficile gou- 
vernement des enfants 3 . » « Je préfère ces fonctions, disait-elle, 
à tous les amusements de Versailles. » Elle y fut grandement 
aidée par une chanoinesse qu'elle avait fait venir à Noisy, ma- 
dame de la Maisonfort, femme d'un mérite vraiment extraordi- 
naire et qui joue un grand rôle dans l'histoire de Saint-Cyr. De 
même les Dames n'entendaient rien aux dépenses et au ménage 
de la maison, aux fonctions de dépositaire et d'économe, à la 
gestion de leurs biens : elle dut les former à l'administration de 
leurs revenus, aux comptes avec les gens d'affaires, au gouver- 
nement de la lingerie, de la roberie, des cuisines, des infir- 
meries, etc. En cela elle fut aidée par mademoiselle Balbien, 
qui eut en réalité pendant plusieurs années la charge de toute 
l'économie de la maison. Elle n'en allait pas moins partout, 
mettait la main à tout, donnait des leçons sur tout : « Je suis 
précise dans les affaires, disait-elle, et en tout veux savoir mon 

1 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xn. 

2 Ce furent quelques dames pieuses et des filles de l'institution de la rue Saint- 
Maur, à Paris. On fit venir aussi des sœurs de la Charité pour apprendre aux Dames 
la pharmacie et la pratique des infirmeries. 

'•'' Recueil d'instructions et d'avis, t. I er . Voir à l'appendice sous la lettre B un 
extrait de la première instruction que madame de Maintenon adressa aux Dames de 
Saint-Louis sur l'éducation des demoiselles. 



PREMIÈRE VISITE DU ROI. 53 

compte *. » D'ailleurs, « rien de Saint-Cyr ne lui semblait petit, 
importun, désagréable. » « Nos Dames, ajoutait-elle, sont des 
enfants qui de longtemps ne pourront gouverner : je m'offre avec 
tous mes gens pour les servir, et n'aurai nulle peine à être leur 
intendante , leur femme d'affaires et de tout mon cœur leur ser- 
vante, pourvu que mes soins les mettent en état de s'en passer 2 . » 

Il faut ajouter à ce détail que madame de Maintenon com- 
mençait à ne plus trouver dans madame de Brinon les mêmes 
secours. Cette femme qui s'était faite religieuse sans trop de vo- 
cation, avait gardé tous les goûts du monde; sa position à Saint- 
Cyr F éblouit; elle prit dès lors des airs d'abbesse et de grande 
dame, et nous verrons qu'elle devint un obstacle à l'établisse- 
ment de l'institut de Saint-Louis. 

Quelques jours après la cérémonie d'installation, les visites 
commencèrent : toutes les princesses vinrent, l'une après l'autre, 
admirer « la nouvelle fondation de Louis le Grand ; » la première 
fut la gracieuse enfant qui devint l'épouse du duc d'Orléans , 
mademoiselle de Blois, alors âgée de neuf ans; c'était le dernier 
enfant illégitime du roi, mais elle n'avait pas été élevée par ma- 
dame de Maintenon. Celle-ci ne se trouva pas à Saint-Cyr pour la 
recevoir : la jeune princesse était suivie de madame de Montes- 
pan , qui eut l'étrange idée de venir contempler la création de sa 
rivale. Elle revint souvent dans cette maison pour y prendre part 
aux instructions religieuses des demoiselles ; et c'est là qu'elle 
reçut la confirmation. Après les princesses vint l'enfant chéri de 
madame de Maintenon , le duc du Maine, alors âgé de seize ans, 
qui « se sentit tout glorieux d'être initié par elle aux mystères 
de l'éducation de la jeunesse; » puis tous les autres princes, 
des dames de la cour et d'illustres prélats. 

Le roi, à cette époque , était grièvement malade, et ce ne fut 
que dans le mois de septembre qu'il vint visiter Saint-Cyr. 
Dans la cour du dehors, il trouva le clergé avec la croix; à 

1 Lettres édifiantes, t. v, p. 443. 

2 Mémoires, châp. xtt. — Lettres édifiantes, t. i er . 



M CHAPITRE III. 

la porte de clôture, madame de Brinon, qui lui fit un discours, 
et toutes les Dames, «rangées en ordre de procession, revêtues 
de leur voile et de leur long manteau , un cierge allumé à la 
main; » puis, dans le grand corridor et jusque dans l'église, les 
demoiselles, uniformément vêtues , placées sur deux rangs sui- 
vant leur classe, silencieuses, recueillies, pleines d'un trem- 
blant respect. Il traversa lentement ce cortège, au chant du Te 
Deum, entra dans l'église et alla se placer dans le chœur sur un 
prie-Dieu. Quand le Te Deum fut fini, on chanta le Domine, sal- 
vum; puis les demoiselles, conduites par leurs maîtresses, défilè- 
rent devant lui, et en passant lui faisaient une profonde révérence ; 
la communauté en fit autant; enfin, si l'on en croit une tradi- 
tion qui s'est conservée à Saint-Cyr jusqu'à la fin de cette maison, 
quand le roi entra dans les jardins , trois cents jeunes voix en- 
tonnèrent une prière à sa louange , dont les paroles étaient de 
madame de Brinon, la musique deLulli, et dont la lecture seule 
suffit pour transporter l'imagination dans ce siècle de merveilles 
royales : 

Grand Dieu , sauvez le Roi ! 

Grand Dieu , vengez le Roi ! 
Vive le Roi ! 

Qu'à jamais glorieux , 

Louis victorieux 

Voye ses ennemis 
Toujours soumis. 

Grand Dieu , sauvez le Roi ! 

Grand Dieu , vengez le Roi ! 
Vive le Roi ! * 

1 Si l'on en croit la môme tradition, ce chant aurait eu une singulière fortune : le 
compositeur Handel l'ayant entendu dans une visite qu'il fit à Saint-Cyr en 4721, 
l'aurait copié pour le roi d'Angleterre, Georges I er , et il serait devenu le fameux God 
save the King. Los Anglais ne reconnaissent point cette origine de leur chant na- 
tional : ils prétendent môme que c'est la maison de Saint-Cyr qui a emprunté l'air 
de Handel pour en faire un chant à la louange du roi Louis XV. C'est un petit 
problème d'archéologie musicale qu'il m'a été impossible de résoudre. La biblio- 
thèque de Versailles possède une partie des cahiers et livres de musique de la maison 
de Saint-Cyr (une quarantaine de volumes environ, dont nous aurons occasion de par- 
ler). Quelques-uns de ces cahiers renferment des chants à la louange de Louis XIV, 
principalement des prologues arrangés des opéras de Lulli. Je n'y ai pas trouvé le 
chant que la tradition de Saint-Cyr attribue à Lulli et à madame de Brinon. Mais la 



PREMIÈRE VISITE DU ROI. 55 

Le roi visita les classes et le reste de la maison, et donna par- 
tout des marques de sa bonté en indiquant des changements 
pour le bien-être des demoiselles; puis il revint à la salle de 
communauté, où il fit asseoir les jeunes religieuses et les entre- 
tint des devoirs de leur état, leur disant que « l'éducation était 
une des plus grandes austérités que Ton puisse pratiquer, puis- 
qu'il n'y en a guère qui n'aient quelque relâche , et que , dans 
l'instruction des enfants, il faut y employer toute la vie. » Quand 
il sortit, il retrouva sur son passage ces rejetons de sa noblesse 
recueillis de tous les coins de la France ; il sourit à ces frais 
visages , à ces jeunes cœurs pleins d'amour et de reconnaissance, 
à ces douces voix qui répétaient l'hymne de Lulli avec transport. 
Aussi quand il remonta en voiture, ce prince, « toujours si maî- 
tre de lui et de son visage, » selon le mot de Saint-Simon, qui avait 
goûté tous les plaisirs et dont le cœur était rassasié de toutes les 
jouissances , ne put cacher son émotion , et en saluant madame 
de Maintenon, il lui dit : « Je vous remercie, madame, de tout 
le plaisir que vous m'avez donné. » 

Quelques jours après cette première visite du grand roi , la 
maison de Saint-Cyr eut une solennité d'un autre genre : une no- 
vice, mademoiselle de Criny, déjà malade à Noisy, reçut les der- 



bibliothèque de Versailles ne possède pas toute la musique qui était à Saint-Cyr ; de 
plus ce chant n'était-il pas si vulgaire qu'on ne l'eût ni copié, ni noté? enfin il mo 
parait difficile d'admettre que les Dames de Saint-Louis aient emprunté un chant con- 
sacré à la louange d'un roi hérétique et ennemi , pour l'appliquer spécialement à 
Louis XV. Ajoutons que ce prince ne vint jamais à Saint-Cyr, si ce n'est dans son 
enfance ; qu'il aimait peu cette maison ; que celle-ci ne pouvait avoir pour lui le même 
amour, la même reconnaissance qu'elle avait eus pour Louis XIV; qu'on ne trouve 
pas sur lui une seule note , un seul mot dans la collection musicale dont nous venons 
de parler, quand cette collection renferme tant de chants à la louange de Louis XIV. 
Ce qu'il y a de certain , c'est que dans les trente dernières années de la maison de 
Saint-Cyr l'air et les paroles qui font l'objet de cette note étaient chantés vulgaire- 
ment dans cette maison , à peu près comme on a vu chanter dans nos collèges Vive 
Henri IV et la Marseillaise ; que la tradition constante des Dames de Saint-Louis 
était que cet hymne, œuvre de madame de Brinon et de Lulli, avait été chanté la 
première fois que Louis XIV visita Saint-Cyr, et presque toutes les fois qu'il venait 
dans cette maison; que cet hymne se trouve être, paroles et musique, identiquement 
le même que le God save the King, œuvre de Handel, selon les Anglais, lequel était 
né en Saxe en 4 685, vint en Angleterre en 1710 et mourut en 1759. 



oG CHAPITRE 111. 

niers sacrements (G octobre 1686) \ Toute la communauté, et ce 
fut une règle pour l'avenir, religieuses, demoiselles, sœurs con- 
verses, assista à cette cérémonie suprême, à genoux, un cierge à 
la main, dans la chambre de la malade, dans les chambres voisines 
et jusque sur les marches de l'escalier. Madame de Maintenon 
donna à la mourante ses dernières exhortations et reçut son der- 
nier soupir : elle marqua ainsi aux supérieures de l'institut' de 
Saint-Louis leur devoir pour ces tristes occasions, et qu'aucune 
ne manqua de remplir. Pendant ce temps les demoiselles étaient 
à l'église en prières , et quand la novice eut expiré , madame de 
Maintenon vint à elles, et leur dit : « Mes enfants, elle est morte 
comme un ange et s'en va dans le ciel préparer notre commu- 
nauté. » Toute la maison la conduisit au cimetière, champ de 
verdure situé entre le chevet de l'église et les toits de chaume du 
village , que décoraient quelques saules ombrageant une grande 
croix de pierre , et qui reçut en ce jour son premier cercueil. 
C'est là que, pendant un siècle, jeunes filles moissonnées avant 
l'heure, religieuses vieillies dans la solitude, vertu, beauté, 
esprit, jeunesse , sont venues chercher le suprême repos. Faut-il 
ajouter que ce champ des morts est aujourd'hui profané par les 
plus vulgaires usages, sans qu'une croix de bois rappelle que 
tant de noms illustres, tant de vertus obscures y ont été ense- 
velis ? 

1 Registres mortuaires de la maison de Saint-Louis , aux archives de la commune 
de Saint-Cyr. 




Rue Hu Vrtlaôe "V 



Avant Cour 



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PIAR B>Ê 14HM©©W «OTAB.I §>1 SABKTT IGNUO^A SADWTT ©¥l a 

1) après unirait du sieur Delorme fait par l'ordre de Sa Majesté en 1688. 



CHAPITRE IV. 



DESCRIPTION DE LA MAISON DE SAINT-CYR 



La maison de Saint-Cyr consistait et consiste encore : 4° en 
deux grands- corps de bâtiment parallèles ABC, DEF, jetés du 
midi au nord, larges de 30 pieds dans œuvre et s'étendant dans 
une longueur de GO toises; 2° en un troisième corps de bâtiment 
GBEII de même largeur, coupant les deux premiers, perpendi- 
culairement vers le milieu et allant ainsi du couchant au levant 
dans une étendue de 104 toises; l'extrémité occidentale de ce 
troisième corps de bâtiment formait l'église GB. 

D'après cette disposition primitive, il se trouvait, soit au 
nord, soit au midi, trois intervalles vides et bordés seulement 
de deux ou trois côtés par des bâtiments. Les trois intervalles 
du côté du nord furent occupés : celui du couchant JJ' par un 
bois d'ormes qui fat remplacé en \ 728 par des allées de tilleuls ; 
celui du levant KK' par deux vastes quinconces qui servaient de 
promenoir et de champ de récréation aux demoiselles 2 ; celui 
du milieu, qui seul se trouvait enveloppé de bâtiments par trois 
côtés, fut dit cour verte et plus tardée Maintenons cette cour était 
occupée par deux pièces de gazon et fermée par une belle grille 
élevée sur un petit mur à hauteur d'appui, laquelle s'ouvrait en 



1 Cette description a été faite principalement au moyen de deux documents : 1° un 
plan de la maison royale de Saint-Cyr (plan de rez-de-chaussée) dressé par le sieur 
Deiorme en I688, par les ordres de Louis XIV, et qui est la seule pièce de l'ancienne 
maison qui soit aujourd'hui à Saint-Cyr; nous en donnons une réduction; 2° le pro- 
cès-verbal de la visite faite par l'évêque de Chartres en 1692, que nous insérons 
textuellement dans l'appendice sous la lettre G, et que nous tirons d'un Recueil de 
titres concernant le spirituel de la maison de Saint-Louis, appartenant aux Ar- 
chives de la préfecture de Versailles. 

2 Remplacés aujourd'hui par la cour de Wagram, dans laquelle il reste une partie 
des quinconces. 

8 



58 CHAPITRE IV. 

L sur un grand parterre dont nous parlerons 1 . On arrivait dans 
eette cour par une porte L', à laquelle on montait par un double 
perron, et c'était là le passage des Dames et des demoiselles 
pour aller aux jardins. 

Les trois intervalles du midi ne restèrent pas ouverts comme 
ceux du nord, mais ils formèrent, par l'adjonction de quatre 
nouveaux corps de logis, trois grandes cours fermées. La cour 
du milieu ou symétrique à la cour verte, fut dite cour royale 2 ; 
elle fut fermée au midi seulement par un petit mur au milieu du- 
quel était un grand portique M ou porte d'honneur, qui fut 
remplacée sous le règne de Louis XV par le pavillon existant 
aujourd'hui. La cour du sud-est, qu'on appelait cour des cui- 
sines* , fut entièrement fermée par l'adjonction de deux corps de 
logis se joignant en équerre NO, DO. Il en fut de même de la 
cour du sud-ouest, dite cour du dehors % avec cette différence 
que le corps de logis PR, qui lui fut adjoint au couchant, ne 
fut d'abord composé que de hangars et d'écuries; on entrait 
dans cette cour, au midi, par la porte R'. 

La façade méridionale RADO se trouva ainsi formée de deux 
grands corps de bâtiments symétriques , séparés par le petit mur 
de la cour royale et ayant avec ce petit mur une étendue de 
95 toises. Les extrémités de chacun de ces corps de bâtiment 
formaient pavillon, ainsi que les extrémités des ailes ABC, DEF, 
ce qui donnait à la face entière un aspect monumental. Cette 
face était ouverte d'abord par deux petites portes d'escalier a, a, 
communiquant avec la cour des cuisines; ensuite, par le por- 
tique d'honneur M, qui resta presque toujours fermé et n'était 
qu'une décoration; enfin, par la grande porte R' de la cour du 
dehors, qui était alors, comme aujourd'hui, la vraie porte de 
communication avec tout l'intérieur. 

1 Voir la gravure : La maison de Saint-Cyr vue du côté des jardins. 

2 Aujourd'hui cour de Marengo; elle s'est aussi appelée cour des Archives et cour 
de la Heine. 

'■'• Aujourd'hui cour d'Austerlitz. 

/j Aujourd'hui cour Royale ou cour de Rivoli. 



DESCRIPTION DE LA MAISON. 59 

En avant de cette façade était une double allée d'arbres for- 
mant V avant-cour et qui n'était qu'une sorte de rue intérieure et 
publique, puis le mur d'enceinte extérieur Vb'b\ qui s'appuyait 
sur les dernières pentes du coteau de Saint-Cyr. Aux deux ex- 
trémités de la double allée se trouvaient les deux portes d'en- 
trée de toute la maison, l'une Y au couchant, l'autre Y' au le- 
vant, lesquelles étaient ouvertes tout le jour et servaient de 
chemin au village, celle du levant étant la porte d'arrivée du 
côté de Versailles. 

Tous ces bâtiments avaient deux étages et un comble en man- 
sarde, lequel fut changé en comble ordinaire vers la fin du règne 
de Louis XIV 1 . Leur architecture était très-simple, mais d'une 
simplicité qui n'était pas sans grandeur. Ils n'avaient aucun or- 
nement, sauf les armes royales qui étaient sculptées aux deux 
portes d'entrée, à la porte d'honneur, au front méridional de la 
cour royale, au front méridional des deux ailes ABC, DEF, enfin , 
au front septentrional de la cour verte. 

On entrait dans la maison par la porte V ; on suivait l'avant- 
cour, et en passant par la porte R', on arrivait à la cour du de- 
hors. Dans cette cour, où le public était continuellement admis , 
se trouvaient les logements des hôtes, des prêtres attachés à la 
maison et de tous les gens du dehors. Le corps de bâtiment mé- 
ridional RA était occupé, à gauche de la porte R, au rez-de- 
chaussée , par de petits logements d'ouvriers et une boulangerie 
C; au premier étage, par l'appartement b de l'évêque de Chartres 
et celui c' de l'intendant du temporel; au deuxième étage, par 
des magasins de farine; à droite de la porte R, au rez-de-chaus- 
sée étaient trois parloirs, d, e, f, pour les sœurs converses, pour les 
demoiselles, pour les dames; au premier et au deuxième étage, 
des magasins d'étoffe, de toile, etc. 

1 « On dépensa 300,000 livres pour refaire nos combles qui étaient fort incom- 
modes et auraient causé des dégradations considérables par les pluies qui séjour- 
naient sur les toits et passaient dans les dortoirs... Cela nous procura de beaux gre- 
niers dont nous avions grand besoin. » [Mémoires de Saint-Cyr, chap. xxvn.) 



60 CHAPITRE IV. 

Le corps do bâtiment occidental PR de la cour du dehors 
ne fut bâti qu'en 1692; sa place était occupée à l'origine de la 
maison (et c'est ainsi que l'indique notre plan) par les écuries de 
madame de Maintenon et les logements des jardiniers. Il fut con- 
struit tel qu'il existe aujourd'hui, pour loger les prêtres attachés 
à la maison , et nous aurons occasion d'en reparler. 

Le corps de bâtiment septentrional de la cour du dehors était 
l'église GB, qui avait 43 toises de longueur et 30 pieds de lar- 
geur. Comme son entrée principale f était dans l'intérieur de la 
maison, elle n'avait pas de portail, et présentait dans la cour du 
dehors l'aspect des autres corps de logis; sur la face de ce côté 
se trouvaient plusieurs petites portes d f d' pour les entrées de 
l'orgue et des confessionnaux, lesquels n'avaient pas de com- 
munication avec l'intérieur. Son chevet se trouvait au delà de la 
cour du dehors, et prolongeait de 8 à 9 toises le corps de bâti- 
ment GBEH. C'était dans cette partie de l'église que se trouvait 
son entrée publique /z, à laquelle conduisait une petite avenue hK 
venant du village. Sous le règne de Louis XV, on transporta cette 
entrée publique où elle est aujourd'hui, dans l'angle N.-O. de la 
cour du dehors, en g. L'église n'avait rien de monumental que 
son chevet, élevé de 78 pieds et surmonté d'une flèche pyra- 
midale qui n'existe plus. 

Le corps de bâtiment oriental de la cour du dehors était le 
logement presque entier de la communauté : on y arrivait par la 
porte de clôture Y, au delà de laquelle se trouvait une deuxième 
porte Z, qui s'ouvrait sur la cour royale et restait presque toujours 
fermée, parce que toute la communication avec l'intérieur se fai- 
sait par les corridors dont nous allons parler; à droite et à gauche 
de la voûte située entre ces deux portes, se trouvait un corridor 
qui régnait sans interruption dans les trois ailes AB, BE, EH. La 
partie op donnait entrée dans le dortoir des sœurs converses A 1 , 
au-dessus duquel se trouvait, au premier étage, le logement et le 

1 Aujourd'hui le bureau de la direction des études de l'École militaire. 



DESCRIPTION DE LA MAISON. Cl 

parloir do la supérieure, et au deuxième étage le dortoir des 
Dames, qui s'étendait dans toute l'aile AB. La partie o p' donnait 
entrée : 1° dans le tour m \ c'est-à-dire l'endroit où se tenaient 
les portières, sans communication avec le dehors, pour recevoir 
les messages et répondre aux visiteurs ; ceux-ci y arrivaient par 
une porte donnant sur la cour du dehors. «Le tour, proprement dit, 
était de moyenne grandeur et capable seulement de passer un 
médiocre paquet, fort et fait de bois de chêne, sans qu'on puisse 
rien voir au dedans. » 2° Dans le dépôt n, qui était le bureau 
des affaires du dehors ou de l'administration de la maison 2 ; « il 
était garni d'armoires servant à renfermer les titres, papiers et 
enseignements de la maison, d'un coffre à mettre l'argent, 
d'un tour capable seulement de passer un sac de mille livres , » 
enfin il était accompagné d'un parloir qui avait son entrée dans 
la cour du dehors; 3° dans la sacristie du dedans ri 3 , renfermant 
tous les objets, ustensiles, ornements nécessaires à l'office divin. 
Au-dessus de ces pièces, au 1 er étage, se trouvait un apparte- 
ment réservé dont nous parlerons, et au 2 e le dortoir des Dames. 

Au bout du corridor o'p on arrivait par une grille dans une 
sorte de grand vestibule B dont la voûte était portée par des 
colonnes, et l'on y trouvait à gauche l'entrée de l'église /", au 
fond un grand escalier s, à droite la porte r de la salle du cha- 
pitre. Nous allons décrire successivement ces diverses parties de 
la maison. 

L'église se divisait en quatre parties : 1° le vestibule propre- 
ment dit, non fermé, haut seulement de quinze pieds, parce 
qu'il avait au-dessus de lui (au 1 er étage) une vaste tribune 
dont nous parlerons; sur son côté gauche étaient trois portes de 
confessionnaux dont les entrées (pour les prêtres) étaient dans 
la cour du dehors, sur son côté droit une porte e' allant dans les 
jardins; 2° Y avant-chœur > réservé aux sœurs converses, n'ayant 

1 Aujourd'hui le bureau du trésorier. 

2 Aujourd'hui le bureau de l'économe. 

3 Aujourd'hui la salle des conseils. 



62 CHAPITRE IV. 

que quatre toises de long et séparé de la partie suivante par 
deux tribunes l, f peu élevées, « au-dessus de l'une des- 
quelles C parait la montre de l'orgue, très-belle, grande et 
artistement faite, qui n'a aucune issue dans l'intérieur de la 
maison ; » l'avant-chœur était décoré de deux autels placés de 
chaque côté de l'entrée du chœur; 3° le chœur y ayant douze 
toises de longueur et réservé aux Dames et aux demoiselles ; les 
premières occupaient quarante-huit stalles placées en équerre xy, 
x'y\ et dont la moitié était adossée aux tribunes de l'avant- 
chœur; les secondes occupaient le long des murs « seize grands 
bancs zz* zz 1 très-propres, d'égale longueur, placés de symétrie 
de part et d'autre, et arrêtés au parquet; » le chœur était 
séparé de la partie suivante par une clôture de forte menuiserie, 
au-dessus de laquelle étaient trois grandes et fortes grilles a" 6" 
magnifiquement ouvrées, et ouvertes chacune par un guichet 
pour les communions; 4° Y église du dehors qui était la seule partie 
où le public fût admis; elle n'avait que dix toises de longueur, 
dont sept seulement pour les fidèles, le reste étant occupé par le 
sanctuaire et enveloppé d'une balustrade G; l'autel était très- 
élevé, adossé à la muraille du chevet, et « son retable, grand, 
magnifique et doré, s'élevait jusqu'à la voûte, » On trouvait 
dans la partie réservée au public deux petites chapelles prati- 
quées dans deux enfoncements latéraux : l'une, à gauche, près 
de la porte publique, et où furent placées les reliques de sainte 
Pérégrine en novembre 1692; l'autre, à droite c", où étaient 
celles de sainte Candide ! . 

L'église, dédiée à la sainte Vierge et à saint Louis, n'avait ni 
tableaux, ni statues, et nulle autre décoration que celle de l'au- 
tel ; elle était tout entière lambrissée et parquetée. Elle prenait 
jour à droite et à gauche par quatorze fenêtres au rez-de-chaussée, 
et autant au premier étage. Sa hauteur n'était originairement que 
de 26 pieds dans le chœur et de 42 pieds dans le chevet; en 

1 Dans cet enfoncement latéral a été placé, en 1835, le tombeau de madame de 
Maintenon. 



DESCRIPTION DE LA MAISON. 03 

1707, on y construisit la voûte cintrée qui existe aujourd'hui, 
et qui donne au chevet 78 pieds, et au chœur 42. 

Nous avons dit qu'il y avait au-dessus du vestibule de l'église 
une grande tribune , dont l'entrée était au premier étage de la 
maison. Elle était coupée en deux parties : celle de droite ren- 
fermait un oratoire (celui de madame.de Maintenon) et une petite 
chapelle e\ dite de la Croix, « artistement faite et très-décemment 
parée, mais qui n'avait qu'une toise en carré. » Dans la deuxième 
se trouvaient les reliques de sainte Victoire , de saint Gyr et de 
saint Just, données par le pape en 4702. 

Revenons au vestibule B qui précédait l'église. Nous avons dit 
qu'au fond de ce vestibule se trouvait un grand escalier s y à 
gauche de cet escalier était un corridor menant aux jardins g* g* ; 
à droite était l'appartement de madame de Maintenon, occupant 
la plus grande partie du rez-de-chaussée de l'aile BC. Louis XIV 
avait destiné à cette dame l'appartement du premier étage, et 
dont nous parlerons tout à l'heure; mais celle-ci voulut en faire 
l'infirmerie des demoiselles, et elle prit pour demeure les quatre 
petites pièces qui se trouvaient au-dessous de cet appartement : 
« elles étaient bien parquetées et lambrissées d'une très- belle et 
propre menuiserie; la première, appelée la bibliothèque i\ ren- 
fermait trois grandes armoires remplies de livres de piété, et encore 
deux grands volumes en vélin, reliés en maroquin du Levant, 
contenant les armes, blasons, et preuves généalogiques de la no- 
blesse des demoiselles; la deuxième /, meublée de deux lits de 
repos et de sièges de damas bleu, avec des housses de serge 
bleue; la troisième, meublée d'un grand lit et de plusieurs sièges 
semblables aux précédents V ; la quatrième, meublée de plusieurs 
sièges semblables, tables et rideaux 1 . » Au delà étaient deux 

1 Nous dirons les transformations qu'a subies cet appartement, qu'on peut appeler 
historique à cause du personnage qui l'a habité et des résolutions qui y ont été 
prises. Aujourd'hui il forme le logement du trésorier de l'École militaire. Il a été 
coupé dans sa hauteur de façon à former un rez-de-chaussée et un entresol; mais il a 
encore ses boiseries anciennes et une partie de l'armoire treillassée en letton qui 
servait de bibliothèque. 



Cl CHAPITRE IV. 

chambres qui furent occupées par mademoiselle d'Aubigné, nièce 
de madame de Maint enon. Les fenêtres de ce modeste appar- 
temenl donnaient sur la cour verte, et l'on y jouissait à travers 
les jardins d'une belle vue. 

Par le grand escalier, l'on arrivait à un vaste palier au pre- 
mier étage , au-dessus du vestibule B , sur lequel se trouvaient : 
1° un appartement de quatre pièces occupant toute l'aile BC, 
servant d'infirmerie aux demoiselles, et « où il y a trente lits à 
piliers et à rideaux rouges très-bien garnis; » au bout de cette 
infirmerie était la chambre des infirmières ; au delà, une petite 
chapelle dédiée à sainte Geneviève 1 ; 2° l'entrée de la grande tri- 
bune de l'église/"; 3° l'entrée d'un vaste appartement réservé 
pour les visites de grands personnages et qui se trouvait au- 
dessus du tour, du dépôt, etc. 

Le même escalier conduisait au deuxième étage, où l'on trou- 
vait à droite, c'est-à-dire au-dessus de l'infirmerie des demoi- 
selles et dans l'aile BG : de grandes salles contenant l'infirmerie 
des Dames, celle des sœurs converses, un supplément d'infir- 
merie pour les demoiselles et la lingerie des infirmeries 2 ; à 
gauche, c'est-à-dire dans Faile AB, le dortoir des Dames, par- 
tagé par un corridor en trente-six cellules qui avaient vue, les 
unes sur la cour du dehors, les autres sur la cour royale; elles 
étaient « toutes très-proprement planchéiées et lambrissées d'une 
belle menuiserie et meublées chacune d'un lit à piliers, avec les 
rideaux violets, et garnies très-proprement d'un bureau de bois de 
noyer qui s'ouvrait en armoire, d'un prie-Dieu, d'une table, 
d'une écritoire, d'une cuvette, pot à l'eau, chandeliers et deux 
chaises de paille, le tout très-propre 3 . » Au bout desdites cellules 
« était un lieu bien fermé o, dans lequel il y avait un petit lit sans 
rideaux et une chaise de paille , appelé la prison. » 

Descendons le grand escalier des Dames et revenons au vesti- 

1 Tout cela forme aujourd'hui l'appartement du général commandant l'École 
militaire. 
a Tout cela forme aujourd'hui la bibliothèque de l'École militaire. 
'■'• Mémoires de Saint-Cyr, p. 187. 



DESCRIPTION DE LA MAISON. 65 

bule précédant l'église en B : à droite de ce vestibule était la salle 
du chapitre ou de communauté m\ qui était ornée d'une boiserie 
sévère avec une grande cheminée sur laquelle étaient un Ecce 
homo de Mignard et les portraits de Louis XIV et de madame de 
Maintenon peints par Ferdinand. Au delà de cette pièce était un 
vestibule m", par lequel on arrivait, d'une part, dans la cour de 
Maintenon , au moyen d'un escalier L à double perron dont nous 
avons déjà parlé; d'autre part, dans la cour royale, par la 
porte X. Au delà de ce vestibule était le réfectoire des dames r\ 
Ces trois pièces avaient devant elles, au midi, la continuation 
du grand corridor o"p", par lequel on arrivait du vestibule de 
l'église au grand escalier des demoiselles s'. Au milieu de ce 
corridor s'ouvrait une porte donnant sur la cour royale, mais 
rarement ouverte, cette cour n'étant presque d'aucun usage. 

Ce grand escalier menait au vestibule des classes E. Ces classes 
occupaient les quatre bras de la croix dans toute la largeur des 
ailes : la classe rouge, au levant, en EH; la classe verte, au 
couchant, en BE; la classe jaune, au midi, en ED; la classe 
bleue, au nord, en EF. Chacune d'elles avait les murailles gar- 
nies de tapisseries de la couleur de la classe et de rideaux de la 
même couleur ; elle renfermait six grandes tables demi-circu- 
laires dont le rentrant était occupé par les maîtresses et le sail- 
lant par les demoiselles, au nombre de huit ou dix. Ces classes 
n'occupaient que les deux tiers environ des quatre vastes pièces 
formées par les quatre bras de la croix; le reste formait de petits 
dortoirs pouvant contenir chacun vingt lits avec deux cellules de 
maîtresses. 

Par le même escalier, on montait au deuxième étage, et l'on 
arrivait au vestibule des dortoirs , vestibule très-spacieux et dans 
lequel fut dressé, comme nous le verrons, le théâtre des repré- 
sentations d'Esther. Les quatre dortoirs étaient disposés comme 
les classes et se trouvaient au-dessus d'elles. Chacun d'eux ren- 
fermait quarante lits et était « coupé d'un bout à l'autre d'une 
cloison contre laquelle sont adossés de part et d'autre deux 



66 CHAPITRE IV. 

rangs de lits à piliers et rideaux de la couleur de la classe , très- 
bien garnis ; les trumeaux des fenêtres de part et d'autre garnis 
de tables, de bancs, et les embrasements desdites fenêtres rem- 
plis de petits coffres servant à mettre le linge et habits desdites 
demoiselles ; au bout de chacun d'eux étaient deux cellules pour 
deux maîtresses , et à chacun des côtés des cheminées où sont 
allumées des lampes qui brûlent pendant toute la nuit. » 

En descendant le grand escalier des demoiselles , on trouvait 
un vestibule E, où étaient : à gauche, le réfectoire F; au fond, la 
continuation du grand corridor o"p'"; à droite, les cuisines y\ 
Le réfectoire des demoiselles occupait toute l'aile EF et renfer- 
mait huit grandes tables : à l'extrémité de chacune d'elles était 
une chaire de menuiserie pour les maîtresses des classes, et à 
l'extrémité du réfectoire une estrade de trois marches avec le 
siège de la dame qui présidait. En outre, il y avait à droite une 
chaire pour celle qui faisait la lecture, et en face d'elle un grand 
tableau de Jésus crucifié. En sortant du réfectoire, on trouvait 
dans le vestibule « deux grands lave-mains de cuivre bronzé 
d'une très-belle structure (e" /""). » 

Dans le grand corridor o ,,, jp , " ? on trouvait à gauche des salles 
de musique et de danse , à droite une porte x 1 donnant entrée 
dans la cour des cuisines , au fond un grand escalier H servant 
à dégager les classes et les dortoirs. Dans la cour des cuisines , 
on trouvait au rez-de-chaussée les cuisines y' , la boucherie , la 
fruiterie, une boulangerie a" y l'apothicairerie K", une cuisine 
pour les infirmeries 0, un réfectoire pour les convalescentes N; 
au premier étage, outre les classes des jaunes et des rouges, les 
lingeries, la roberie , etc.; au second étage des magasins, etc. 
Cette cour avait une porte par laquelle on allait dans une arrière- 
cour précédant les jardins, et où se trouvaient des bûchers N', 
des magasins, etc. 

« Toutes les fenêtres de l'avant-cour et de la cour du dehors et 
autres lieux , ayant rapport à l'extérieur de la clôture , étaient 
garnies de fort barreaux en fer treillissés de fil de laiton. » 



DESCRIPTION DE LA MAISON. 67 

Les jardins ne consistaient d'abord qu'en bouquets de bois, 
en un grand parterre situé devant la cour de Maintenon , avec des 
prairies et des champs cultivés; mais ils furent dessinés et arrangés 
en 1G98 par Mansard. « Ce fut lui, disent les Dames, qui or- 
donna les bosquets et les cabinets, qui fit planter des arbres 
fruitiers dans les carrés qui sont au bas du jardin, où l'on ne 
recueillait auparavant que du foin; il perça aussi dans le bois 
plusieurs allées; il fit mettre de la charmille dans les endroits 
trop clairs et tout autour du bois , enfin il rendit notre jardin si 
agréable que le roi le trouva fort à son gré. Ce fut lui qui donna 
des noms à toutes les allées et aux cabinets du jardin, et il les 
écrivit de sa main avec un crayon sur le plan. Yoici comme il 
les nomma : allée de Versailles, allée Solitaire, la Grande-Allée, 
allée des Réflexions, allées Royale, du Passage, du Cœur, bois 
de l'Église, allée de l'Institutrice, cabinet des Jeux, salle de la 
Récréation, cabinet de la Fontaine, cabinet de Recueillement, 
allée de la Ferme, allée de l'Examen, allées des Rouges, des 
Vertes, des Jaunes, des Bleues, allées du Milieu, des Légumes, 
Découverte, de la Plaine, bois de la Jeunesse, cabinet du Repos, 
allée des Dames, cabinet Solitaire, allée du Noviciat, allées du 
Pavillon, Sombre, Circulaire, des Plans, Brute, de la Symétrie, 
de la Perspective , banc de madame de Maintenon [ . » La plus 
remarquable de ces allées était celle de Versailles; elle partait des 
talus du grand parterre, et allait jusqu'au mur de clôture du le- 
vant : là était une porte (aujourd'hui bouchée), qui communi- 
quait avec la grille du parc de Versailles par une allée extérieure. 
Cette allée était souvent suivie par le roi, soit à son arrivée, soit 
à son départ, sa voiture restant ou venant le chercher à la petite 
porte , car elle n'entrait jamais dans la clôture. 

A l'extrémité sud-est des jardins, dans leur partie la plus élevée, 
et avoisinant le chemin de Versailles, était un petit bâtiment tout 
à fait isolé, à un seul étage, qui servait d'infirmerie pour les 

1 Mémoires de Saint-Cyr, ch. xxv. 



68 CHAPITRE IV. 

maladies commùnicables et principalement pour la petite vérole, 
qui faisait à cette époque de grands ravages. On y trouvait une 
petite chapelle dédiée à saint Roch l . 

Entre le chevet de l'église et le pavillon du couchant de la fa- 
çade méridionale, derrière le bâtiment des prêtres de la maison, 
se trouvait le cimetière, qui s'étendait jusqu'au mur de clôture; 
derrière ce mur était la rue du village, qui menait à la ferme 
dépendante de la maison royale. Près du cimetière étaient une 
vaste buanderie bâtie en 4 728 et la pompe alimentant d'eau toute 
la maison. 

La superficie totale des bâtiments et jardins était de 1 6 hectares 
1 6 ares. 



1 On ne peut le voir sur notre plan. L'infirmerie de Saint-Roch, aujourd'hui agran- 
die, est l'infirmerie de l'École militaire. 



CHAPITRE V. 



PREMIERES ANNEES DE LA MAISON DE S.VINT-CYR. •— REPRESENTATIONS 
DE LA TRAGÉDIE d'eSTHER. 



Les cinq ou six premières années de l'institut de Saint-Louis 
furent des années d'essai et d'expériences, après lesquelles les 
constitutions ayant été modifiées, et une réforme apportée dans 
la maison, qui devint un monastère régulier, l'établissement 
prit la forme définitive qu'il a gardée jusqu'à sa destruction. Nous 
attendrons donc l'époque de cette réforme pour donner un 
aperçu des constitutions, du gouvernement, de l'éducation de 
Saint-Cyr, et nous allons exposer sur-le-champ les causes qui 
ont amené ce grand changement. 

Nous avons vu que la première pensée des fondateurs avait 
été de faire une institution tout à fait nouvelle et humaine, éloi- 
gnée des conditions d'existence et des pratiques des maisons 
religieuses, où les demoiselles ne fussent élevées que pour le 
monde. « Nous voulions, disait madame de Maintenon, une 
piété solide, éloignée de toutes les petitesses de couvent, de 
l'esprit, de l'élévation, un grand choix dans nos maximes, une 
grande éloquence dans nos instructions , une liberté entière dans 
nos conversations, un tour de raillerie agréable dans la société, 
de l'élévation dans notre piété, et un grand mépris pour les pra- 
tiques des autres maisons \ » 

D'après cela, on régla les différents exercices des demoiselles 
de telle façon qu'on leur laissa une sorte de liberté noble dans 
leurs études, leurs récréations, leurs rapports entre elles et avec 
les Dames. Tout devait être digne, aisé, riant, naturel dans 

1 Lettres édifiantes, t. m, p. 072. — Lan^iot, t. r r , p. 470. 



70 CHAPITRE V. 

l'éducation donnée à Saint-Cyr : piété, écrits, maintien, lan- 
gage. Point de minuties et d'inutilités ; point de dévotion étroite 
et fâcheuse; point de rigueurs et de répréhensions vulgaires. On 
leur permit des lectures honnêtes et agréables ; on leur apprit à 
écrire des lettres de ce style noble et galant qu'avaient Voiture 
et Balzac; on les excita à ne parler que de choses d'esprit et 
sur des sujets élevés; on les habitua à une tenue distinguée et à 
la grâce que n'exclut pas la modestie; on ne dédaigna pas, on 
soigna munie leur beauté, «qui est aussi, disait madame de 
Maintenon, un don de Dieu; » on leur permit une sorte de 
recherche et d'innocents caprices dans leur toilette, en les lais- 
sant ajouter quelque parure à leurs habits, des cordelières à 
leur ceinture, des perles et des rubans dans leurs cheveux. 
Madame de Maintenon aimait à voir ses chères filles ainsi belles, 
parées, un peu coquettes, et même elle y contribuait en leur 
donnant ces petits ornements à profusion ; « si bien qu'il y en 
avait, disent les Dames, qui étaient toutes garnies de rubans à 
la tête et au reste de leur habillement ! . » En un mot, madame 
de Maintenon, pleine des souvenirs des hôtels d'Albret et de 
Richelieu, « dont elle avait peine, disait-elle dans sa vieillesse, à 
perdre le ton, » aurait voulu que Saint-Cyr continuât les tradi- 
tions de ces salons illustres , où les sentiments pieux et les belles 
manières étaient également cultivés. «C'est dans cette vue, dit 
Languet, qu'elle s'appliquait à former l'esprit des demoiselles 
pour tous les exercices propres à leur inspirer cette politesse que 
le monde exige, et qui n'est point incompatible avec la piété. 
Elle prenait soin de leur taille, de leur air, de leur démarche, 
de leurs ouvrages , de leurs jeux même et de leurs conversa- 
tions. Elle ne pouvait souffrir en elles la hauteur, Fétourderie, 
la vanité, la paresse et l'humeur, et elle voulait que la raison les 
dominât en tout. C'était à la raison qu'elle les ramenait toujours 
dans ses avis et ses répréhensions, et c'était à former leur rai- 

1 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xvm. 



REPRÉSENTATIONS D'ESTHER. 71 

son que tendaient les divers exercices qu'elle avait prescrits. 
Conduire nos filles à la vertu par de beaux sentiments, disait- 
elle, tel doit être l'esprit dominant de l'éducation donnée à 
Saint-Cyr, où les demoiselles doivent être élevées chrétienne- 
ment, raisonnablement et noblement. C'était son terme, mais 
elle en développait le sens de manière à exclure tout ce qui 
pouvait inspirer à ces jeunes filles une fierté vaine et pleine 
d'orgueil; elle renfermait son idée dans la noblesse des senti- 
ments, la générosité, le désintéressement, la probité, la com- 
passion pour les petits et les pauvres, la douceur, l'affabilité l . » 
Enfin , elle donnait pour dernier stimulant à cette belle éducation 
les sentiments d'honneur et de reconnaissance qu'elle éveillait en 
elles par ces paroles : 

« Des personnes élevées aux frais de la patrie doivent con- 
stamment la servir par la pratique de toutes les vertus; une 
demoiselle élevée à Saint-Cyr devient comptable à l'État d'un 
pareil honneur, et pour répondre à cet engagement elle ne doit 
jamais en perdre le souvenir. » 

Ce plan d'éducation était, comme on le voit, très-beau et très- 
séduisant , mais difficile et plein de dangers : aussi ne réussit-il 
pas complètement, et fut-on obligé de l'établir sur des bases 
plus sévères; mais la postérité n'a point à s'en plaindre, car il 
amena des amusements et des solennités qui rendent à jamais 
Saint-Cyr illustre et recommandable dans l'histoire littéraire de 
la France. 

On sait quelle passion la société du dix-septième siècle avait 
pour les belles conversations et les beaux écrits; on sait combien 
le jugement se formait, l'esprit se polissait dans ces salons où 
les La Fayette et les Sévigné tenaient école de goût, et ont tant 
travaillé, sans le savoir, au perfectionnement de notre langue. 
Madame de Maintenon y avait tenu un trop beau personnage 
pour dédaigner, malgré son horreur des frivolités mondaines, les 

1 Languet, t. i er , p. 382 et 418. — Mémoires Je Saint-Cyr, p. 496. 



72 CHAPITRE V. 

agréments do L'esprit, la culture des lettres, son goût pour cette 
belle langue qu'elle parlait avec tant de charme, qu'elle écrivait 
avec tant de simplicité et de naturel, qui, elle aussi, avait été 
l'une des causes de sa fortune. Elle voulait donc que ses chères 
filles connussent la langue française, non dans ses subtilités gram- 
maticales et ses perfections d'orthographe , mais dans ses tours 
fins, naïfs, gracieux, dans sa clarté et son abondance, « dans la 
valeur des mots et le pourquoi des phrases. » Aussi elle se plai- 
sait à les faire parler, à les faire écrire; elle les reprenait sur le 
style, sur les pensées, sur la prononciation; elle s'efforçait de 
leur inspirer son propre langage, « langage doux, juste, en bons 
termes, dit Saint-Simon, et naturellement éloquent et court. » 
« On leur fait faire entre elles, dit Racine, sur leurs principaux 
devoirs, des conversations ingénieuses qu'on leur compose exprès, 
ou qu'elles-mêmes composent sur-le-champ; on les fait parler sur 
les histoires qu'on leur a lues, ou sur les importantes vérités 
qu'on leur a enseignées; on leur fait réciter par cœur et déclamer 
les plus beaux endroits des meilleurs poètes ' . » Enfin , mettant à 
profit leurs heures de récréation, madame de Maintenon venait 
s'asseoir auprès d'elles dans les jardins, et là elle leur ouvrait 
l'esprit et cultivait leur mémoire par de jolis traits, des détails 
édifiants ou instructifs sur sa propre vie ou sur la cour, des mots 
spirituels, de beaux vers. De cette passion à leur apprendre la 
langue des Bossuet et des Corneille naquirent Esther et Athalie, 

Madame de Brinon , quoique bonne religieuse , était une sorte 
de femme savante ayant peu de jugement et une grande opinion 
d^lle-même. Comme elle connaissait les Pères de l'Église, et 
qu'elle avait une facilité extrême, soit à parler, soit à écrire, 
elle faisait elle-même des sermons, des explications de l'Évan- 
gile, des histoires de piété, même des vers sur des sujets reli- 
gieux. DèsNoisy, et surtout pendant le carnaval de 1688, pour 
amuser les demoiselles , elle leur fit déclamer des scènes de tra- 

1 Préface ù'Esther. 



REPRÉSENTATIONS D'ESTHER. 73 

gédie sur des sujets pieux, scènes qu'elle avait faites elle-même, 
dont le sujet était très-édifiant, mais aussi la poésie digne du 
fouet de Despréaux. Madame de Maintenon, dont les oreilles et 
le goût étaient également blessés, lui conseilla de laisser ces 
ouvrages et de prendre plutôt quelques belles pièces de Corneille 
et de Racine , « choisissant celles qui lui sembleraient assez épu- 
rées des passions dangereuses à la jeunesse l . » On prit Cinna, 
Andromaque^ Iphigénie, et quelques-unes des bleues les décla- 
mèrent devant leurs compagnes. Les vers romains du grand 
Corneille furent assez mal interprétés, mais les vers harmonieux 
du tendre Racine furent récités avec tant d'âme, et les demoi- 
selles entrèrent si bien dans l'esprit des personnages, que ma- 
dame de Maintenon en écrivit au poëte : « Nos petites filles ont 
joué hier Andromaque, et l'ont jouée si bien qu'elles ne la joue- 
ront plus ni aucune de vos pièces. » 

Cependant elle pensait « que ces sortes d'amusements sont bons 
à la jeunesse , qu'ils donnent de la grâce , ornent la mémoire , 
élèvent le cœur, remplissent l'esprit de belles choses; » elle les 
croyait d'ailleurs propres « à retirer ses chères filles des con- 
versations qu'elles ont entre elles, et à amuser les grandes qui, 
depuis quinze ans jusqu'à vingt, s'ennuyent un peu de la vie de 
Saint-Cyr. » Enfin, « nous voulions, ajoutait-elle, que les de- 
moiselles ne fussent pas si neuves quand elles s'en iraient, que 
le sont la plupart des filles élevées dans les couvents, et qu'elles 
sussent des choses dont elles ne seraient point honteuses dans le 
monde 2 . » 

D'après cela, elle demanda à Racine « s'il ne pourrait pas faire 
sur quelque sujet de piété et de morale une espèce de poème, 
où le chant fût mêlé avec le récit, le tout lié par une action qui 
rendît la chose plus vive et moins capable d'ennuyer 3 . « La 

1 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xiv. 

2 Lettre à madame du Pérou, dans les Mémoires, chap. xxvm. — Lettres édi- 
fiantes, t. m, p. 672. 

:; Préface d'Esther. 

10 



7i CHAPITRE V. 

pièce, disait-elle, serait uniquement pour Saint-Cyr et ne serait 
nullement connue du public. » Cette demande jeta Racine dans 
un grand embarras : il était aimé de madame de Maintenon et 
voulait lui plaire; mais ayant abandonné le théâtre et la poésie, 
il craignait de hasarder sa gloire avec une tragédie de couvent, 
un amusement de petites filles. Il alla consulter Despréaux, qui 
décida brusquement qu'il fallait refuser. Mais , après réflexion , 
tenté d'essayer son génie dans des voies nouvelles, il trouva 
l'histoire d'Esther, qui lui parut « pleine de grandes leçons d'a- 
mour c}e Dieu et de détachement du monde au milieu du monde 
même. » — «Je crus, ajoute-t-il, que je trouverais assez de facilité 
à traiter ce sujet; d'autant plus qu'il me sembla que, sans altérer 
aucune des circonstances tant soit peu considérables de l'Écriture 
sainte, je pourrais remplir son action avec les seules scènes que 
Dieu lui-même, pour ainsi dire, a préparées ' . » Il fit le plan avec 
quelques scènes et les montra à son ami, qui l'exhorta à conti- 
nuer ce travail avec autant de zèle qu'il avait mis à l'en détour- 
ner. Alors il alla lire ces fragments à madame de Maintenon. 
« Celle-ci en fut charmée, et sa modestie ne put l'empêcher de 
trouver dans le caractère d'Esther et dans quelques circon- 
stances de ce sujet des choses flatteuses pour elle. La Vasthi avait 
ses applications, Aman des traits de ressemblance, et indépen- 
damment de ces idées, l'histoire d'Esther convenait parfaitement 
à Saint-Cyr. Les chœurs que Racine, à l'imitation des Grecs, 
avait toujours eu en vue de remettre sur la scène , se trouvaient 
placés naturellement dans Eslher, et il était ravi d'avoir eu cette 
occasion de les faire connaître et d'en donner le goût 2 . » 

Racine continua son ouvrage avec les avis de madame de Main- 
tenon, à qui il lisait chaque scène à mesure qu'il la composail. 
Quelques mois après, la pièce était faite, et l'on se disposa à la 
jouer. Racine, avec l'aide de Boileau, choisit les demoiselles qui 
devaient être actrices, les forma à la déclamalion, et finit par les 

1 Préface d'Esther. 

2 Souvenirs dp madame de Caylus. 



REPRÉSENTATIONS DEST11ER. 75 

amener à une perfection que personne n'espérait. Voici les noms 
de ces demoiselles , qui sont restées presque toutes à Saint-Cyr 
comme Dames de Saint-Louis. 

Mademoiselle de Veillane faisait Esther : « elle avait bien de 
l'esprit et une figure convenable à ce personnage , » disent les 
Mémoires des Dames. Mademoiselle de Lastic faisait Assuérus : 
suivant madame de Maintenon , « elle était belle comme le jour. » 
Mademoiselle de la Maisonfort faisait Élise : » c'était la sœur 
cadette de cette chanoinesse à qui madame de Maintenon avait 
confié le soin des classes; «le roi la distinguait, disent les Mé- 
moires, à cause de sa grâce extrême et de sa jolie voix. » Ma- 
demoiselle de Glapion faisait Mardochée : c'était une grande et 
belle personne de seize ans, d'un esprit élevé, qui devint su- 
périeure de la maison de Saint-Louis, l'amie et la confidente 
de madame de Maintenon et dont nous aurons souvent à parler. 
Racine avait hésité pour ce rôle entre plusieurs demoiselles : à 
a fin il découvrit mademoiselle de Glapion, que sa modestie 
et sa grande piété faisaient tenir à l'écart, et elle entra si par- 
faitement dans son personnage qu'il dit tout joyeux à madame 
de Maintenon : «J'ai trouvé un Mardochée dont la voix va jus- 
qu'au cœur. » Les rôles d'Aman, de Zarès, d'Idaspe furent rem- 
plis par mesdemoiselles d'Abancourt, de Marsilly, de Mornay, 
qui étaient « des personnes pleines d'agrément. » Les chœurs, 
dont la musique était de Moreau , musicien de la communauté, 
furent conduits par mesdemoiselles de Ghampigny, de Beaulieu , 
de Lahaye, « qui ont été toutes trois Dames de Saint-Louis, disent 
les Mémoires, où elles ont bien employé ce talent à chanter les 
louanges de Dieu. » Enfin le prologue fut fait tout exprès pour 
madame de Caylus , fille du marquis de Villette ! , cousine de 

1 M. de Villette était le fils de cette sœur de Constant d'Aubigné qui recueillit 
madame de Maintenon à son retour d'Amérique. Il était lieutenant général de marine 
et eut trois enfants : le comte de Murçay, lieutenant général, tué à la bataille de 
Turin; le chevalier de Murçay, colonel de dragons, tué à la bataille de Steinkerke, 
enfin madame de Caylus. Le marquis de Villette était protestant. Madame de Main- 
tenon, après lui avoir demandé vainement sa fille pour la faire élever auprès d'elle, 



76 CHAPITRE V. 

madame de Maintenue , qui l'appelait sa nièce et « l'aimait à ne 
pouvoir se passer d'elle. » Cette jeune dame, alors âgée de dix- 
sept ans, avait été élevée successivement dans les maisons de 
Rueil , de Noisy, de Saint-Gyr, et était mariée depuis près de 
trois ans au comte de Caylus. Elle avait assisté aux lectures de 
Racine dans la chambre de madame de Maintenon, et savait par 
cœur toute la pièce, de sorte qu'elle fit dans la suite presque 
tous les rôles et principalement celui d'Esther, « à mesure qu'une 
des actrices se trouvait incommodée. » « Jamais, dit Saint- 
Simon , un visage si spirituel , si touchant, si parlant; jamais une 
fraîcheur pareille; jamais tant de grâce ni plus d'esprit; jamais 
tant de gaieté et d'agréments; jamais créature plus séduisante. 
Elle surpassait les plus fameuses actrices à jouer des comédies ; 
elle s'y surpassa à celle d'Esther devant le roi. » 

Madame de Maintenon, depuis qu'elle était en crédit, avait essayé 
de détourner Louis XIV de ses fêtes ruineuses en lui procurant 
des amusements moins coûteux, en même temps a qu'elle lui faisait 
trouver du plaisir en de bonnes choses, » et elle l'avait en vue 
en faisant travailler Racine sur le sujet d'Esther. C'est pourquoi, 
voulant lui montrer cette pièce et que tout y fût agréable et sui- 
vant ses goûts de magnificence, elle fit faire pour les actrices des 
habits à la persane, ornés de perles et de diamants qui avaient 
jadis servi au roi dans ses ballets; tout cela lui coûta plus de \ 4,000 
livres. Elle fit aussi peindre des décors par Borin, le décorateur 
des spectacles de la cour, et fit venir les musiciens du roi pour les 
exercer sur la musique de Moreau, et Nivers, l'organiste de la 



dans la religion catholique , se décida à un acte qui lui a été vivement reproché : 
pendant un voyage maritime de Villette, elle fit enlever l'enfant et la garda près 
d'elle. Elle demanda pardon à son cousin de cette violence dans les termes les plus 
touchants, le suppliant de lui laisser faire la fortune de ses enfants et sa propre for- 
tune au moyen de sa conversion. Villette, après beaucoup d'emportements et de ré- 
sistance, finit par céder, se fit catholique, ainsi que ses enfants, et devint même à 
son tour un ardent convertisseur. Madame de Caylus fut demandée par les plus 
grands seigneurs de la cour, entre autres par le marquis de Boufflers. Madame de 
Maintenon refusa ces riches partispar modestie, et donna malheureusement à sa 
nièce un très-mauvais mari, dont elle fut obligée de se séparer. 



REPRÉSENTATIONS DESTIlEli. 77 

maison, pour accompagner sur le clavecin. Enfin, on dressa par 
son ordre un théâtre dans le vestibule des dortoirs, qui se trou- 
vait au deuxième étage du grand escalier des demoiselles. Ce 
vestibule, très-spacieux, fut partagé en deux parties, l'une pour 
la scène , l'autre pour les spectateurs ; et l'on construisit le long- 
dès murs deux amphithéâtres : l'un, assez petit, pour y placer la 
communauté; l'autre, plus grand, pour y placer les demoiselles : 
les rouges, sur les gradins d'en haut; les vertes, au-dessous 
d'elles; les jaunes, au-dessous des vertes, et les bleues en bas; 
entre les deux amphithéâtres étaient des sièges pour les personnes 
du dehors. Le tout était éclairé par des lustres de cristal. Le bruit 
de ces apprêts se répandit à la cour et dans Paris, et l'on n'y 
parla bientôt plus « que de la pièce que les petites filles devaient 
jouer devant le roi 1 . » Mais, en même temps, ces préparatifs et 
la dissipation qui en fut la suite vinrent s'ajouter aux causes de 
désordre qui existaient déjà dans la maison et qui obligèrent à 
la réformer. Nous remettons à parler de ces causes de désordre 
dans le chapitre suivant ; disons seulement que madame de 
Brinon ne vit pas les représentations d'Esther, et qu'à cette 
époque elle était disgraciée et avait quitté Saint-Cyr. 

Madame de Maintenon fit d'abord jouer Esther devant elle et 
quelques amis particuliers, afin de donner de l'assurance aux 
demoiselles. Ces répétitions réussirent; alors, croyant que tout 
était digne d'être montré au roi, elle le pria de venir à Saint-Cyr 
pour voir Esther. 

Louis XIV arriva pour ce spectacle le mercredi 26 janvier \ 689, 
à deux heures de l'après-midi; il n'avait avec lui que le dauphin, 
le prince de Condé et peu de suite. Il entra d'abord dans la salle 
de communauté, où les religieuses étaient assemblées, et leur té- 
moigna le plaisir qu'il aurait à les voir au spectacle à' Esther. Lors- 
qu'il fut monté dans le vestibule du théâtre, il regarda avec satis- 
faction les demoiselles qui étaient rangées sur leurs bancs, et s'étant 

1 Lettre de madame de Sévimc du 31 décembre 1688* 



78 CHAPITRE V. 

mis à sa place avec madame de Maintenon , qui avait un fauteuil 
un peu en arrière pour être à portée de répondre à ses questions , 
le spectacle commença. Les demoiselles, quoique un peu trem- 
blantes, remplirent leurs personnages « avec autant de grâce que 
de modestie et de piété l ; » les beaux vers de Racine , dans ces 
bouches si pures, semblaient avoir plus de charme; les chœurs 
firent beaucoup d'effet; « enfin, dit Dangeau, tout réussit à mer- 
veille. » Le roi fut enchanté d'un spectacle si nouveau, de cette 
poésie si parfaite, de ces allusions délicates à lui-même, à la 
grande guerre qu'il venait d'entreprendre, à la fondation de 
Saint-Cyr 2 . Il en témoigna son contentement aux Dames de Saint- 
Louis, aux charmantes filles de Sion, et au pieux Racine, qui, 
après avoir guidé derrière la scène ses jeunes actrices , s'en était 
allé à la porte de la chapelle étouffer devant Dieu la joie et l'or- 
gueil dont il se sentait gonflé. 

Revenu à Versailles, le roi ne fit plus que parler d'Esther; 
et il en montra un tel enchantement que madame la dauphine, 
le duc d'Orléans, les princes de la maison royale et les plus grands 
seigneurs lui demandèrent à voir cette merveille, dont on faisait 

1 Préface d'Esther. 

2 Ici , loin du tumulte , aux devoirs les plus saints , 
Tout un peuple naissant est formé par mes mains : 
Je nourris dans son cœur la semence féconde 

Des vertus dont il doit sanctifier le monde. 
Un roi qui me protège , un roi victorieux 
A commis à mes soins ce dépôt précieux ; 
C'est lui qui rassembla ces colomrjes timides , 
Éparses en cent lieux, sans secours et sans guides : 
Pour elles , à sa porte , élevant ce palais , 
11 leur y fit trouver l'abondance et la paix. 
(Prologue.) 

Dans un lieu séparé de profanes témoins , 

Je mets à les former mon étude et mes soins ; 

Et c'est là que, fuyant l'orgueil du diadème , 

Lasse de vains honneurs et me cherchant moi-même, 

Aux pieds de l'Éternel je viens m'humilier 

Et goûter le plaisir de me faire oublier. 

Acte I er , scène i re . 



REPRÉSENTATIONS D'ESTIIER. 79 

déjà grand bruit dans les sociétés de Paris l . Il consentit à leur 
faire ce plaisir et les amena trois jours après à une deuxième re- 
présentation ; mais comme ce spectacle semblait uniquement fait 
pour les gens de dévotion , il y amena aussi plusieurs personnes 
d'église, entre autres huit jésuites et l'illustre madame de Mira- 
mion 2 . « Aujourd'hui, dit madame de Maintenon, nous jouons 
pour les saints. » Ce fut madame de Gaylus qui fit Esther : « toutes 
les Champmeslé du monde, dit l'abbé de Choisy, n'avaient pas les 
tons ravissants qu'elle laissait échapper en déclamant 3 . » L'effet 
en fut prodigieux sur ce parterre d'élite, sur ces esprits nourris 
de la lecture et des images de la Bible , qui voyaient exposées ses 
beautés dans leur simplicité antique et dans le langage le plus 
harmonieux. Le roi et ceux qui l'avaient accompagné s'en retour- 
nèrent charmés. Alors les princes firent partout de si beaux éloges 
de ce spectacle que tous les courtisans demandèrent à le voir. Le 
roi promit à plusieurs de les y mener, « ce qui mit une telle ému- 
lation de curiosité et même une telle jalousie entre tous les 
grands, qu'il trouva bon, pour les contenter tous, de les y amener 
tour à tour. » — « Et il ne fut pas fâché, ajoutent les Mémoires des 
Dames, d'avoir cette raison pour voir plusieurs fois cette pièce, 
où il prenait toujours un nouveau plaisir. » Il y eut ainsi cinq 
représentations nouvelles, où les demoiselles continuèrent à bien 
jouer, aidées de -Racine et de Boileau, qui venaient leur faire 
répéter leurs personnages et qui se tenaient derrière le théâtre 
pendant le spectacle. «Elles avaient d'ailleurs, dit la religieuse 
qui nous a laissé ces charmants détails, elles avaient bonne envie 

1 « On a représenté à Saint-Cyr la comédie ou tragédie d'Esther. Le roi l'a 
trouvée admirable; M. le prince y a pleuré. Racine n'a rien fait de plus beau ni de 
plus touchant : il y a une prière d'Esther pour Assuérus, qui enlève. J'étais en peine 
qu'une petite demoiselle représentât ce roi : on dit que cela est fort bien. » (Lettre 
de madame de Sévigné à madame de Grignan du vendredi 28 janvier 4689.) 

2 Lettre de madame de Sévigné du 31 janvier 1689. —Madame de Miramion, 
que madame de Sévigné appelle une mère de l'Église, était la femme la plus célèbre 
de Paris par sa piété, sa charité, et le grand nombre de fondations utiles qu'elle a 
faites. 

3 Mémoires de Choisi), t. uni, p. 298, de la Collection Petitot. 



80 CHAPITRE V. 

de faire honneur à leurs maîtres et que le roi et madame de 
Maintenon fussent contents; elles y allaient môme si simplement 
que quelques-unes, dans la peur de manquer, se mettaient à 
genoux derrière le théâtre et disaient des Veni, Creator, afin 
d'obtenir de ne pas broncher; et je crois que Dieu, qui voyait 
leur innocence et leur bonne intention, avait leur prière agréable, 
car elles jouaient si naturellement et de si bonne grâce, sans 
hésiter le moins du monde , qu'on eût dit que ce qu'elles disaient 
coulait de source 1 . » 

Ces cinq représentations eurent lieu les 3 , 5 , 9 , \ 5 et \ 9 fé- 
vrier 2 : elles eurent pour spectateurs tout ce qu'il y avait alors 
de plus illustre par la naissance, les dignités, l'esprit, les ver- 
tus, des évêques, des magistrats, des saints, des beaux-esprits, 
Bossuet, le père de La Chaise, le président Lamoignon, madame 
de Sévigné, madame de Coulanges, etc. ((Comme cette pièce 
était pieuse, disent les Dames de Saint-Cyr, les gens d'une pro- 
fession grave ne faisaient pas de difficulté de demander à y venir; 
il y eut plusieurs évêques et des ecclésiastiques très-vertueux à 
qui le roi l'accorda; d'autres qu'il y convia; d'autres aussi à qui 
madame de Maintenon fut bien aise de faire ce plaisir. » — 
« Elle y fait aller, dit madame de Sévigné, tous les gens d'une 
profonde sagesse; par exemple, Racine lui parla de M. de Pom- 
ponne; elle fit un cri, le roi aussi, et Sa Majesté lui ordonna d'y 
aller 3 . » Une place à ce pieux spectacle était briguée comme 
une marque de haute faveur; les ministres mêmes en étaient im- 
portunés; et «un divertissement d'enfants, dit Racine, devint le 
sujet de l'empressement de toute la cour. » « On y porta, ajoute 
madame de La Fayette, un degré de chaleur qui ne se com- 
prend pas; car il n'y eut ni petit ni grand qui n'y voulût aller; 
les ministres, pour faire leur cour en allant à cette comédie, 

1 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xiv. 

2 Le 3 février, le roi, à la prière de Racine, donna aux Dames de Saint-Cyr un pri- 
vilège pour faire imprimer Esther, avec défense aux comédiens de mettre cette pièce 
sur le théâtre. Madame de Maintenon en refusa la dédicace. 

'■'' Madame de Sévigné, lettre du i février IG89. 



REPRÉSENTATIONS D'ESTHER. 81 

quittèrent les affaires les plus pressées l . » Les seules personnes 
qui y allèrent avec regret, et l'évitèrent autant qu'elles purent, 
lurent les Dames de Saint-Louis : excepté celles qui gardaient les 
demoiselles, elles se tinrent comme cachées dans les tribunes de 
la chapelle , ou dans la salle de communauté , et il fallut l'ordre 
exprès du roi pour les faire venir au spectacle d'Esther. 

Malgré le monde qui assista à ces représentations, tout s'y 
passa avec beaucoup d'ordre. «Madame de Maintenon, disent 
les Dames de Saint-Cyr, faisait faire une liste de tous ceux qui 
devaient entrer, qu'on donnait à la portière 2 , afin qu'elle n'en 
laissât pas passer d'autres; et quand le roi était arrivé, il se 
mettait à la porte en dedans, et, tenant sa canne haute, pour 
servir de barrière, il demeurait ainsi jusqu'à ce que toutes les 
personnes conviées fussent entrées; alors il faisait fermer la 
porte. Il en a toujours usé de même toutes les fois qu'il nous 
faisait l'honneur de venir ici; et, dans ces occasions là, il ne 
faisait guère entrer de monde de sa suite, ayant une grande 
attention à nous garantir du désordre que cause la multitude; il 
voulait que les gens de sa maison se tinssent dans les vestibules 
ou autres lieux publics, proche celui où il était, sans oser dire 
un mot à personne... Depuis le vestibule d'en haut jusqu'à la 
porte de clôture, c'est-à-dire l'escalier des demoiselles , le grand 
corridor, l'escalier des Dames, tout était éclairé aux bougies. 
Quant au théâtre, madame de Maintenon y avait mis un grand 
ordre : comme il était à un bout du dortoir des jaunes, les 
actrices avaient tout ce dortoir pour se tenir prêtes à représenter 
quand il était temps : il y avait du feu et toutes les choses néces- 
saires. La maîtresse générale des classes les gardait avec les 

1 Mémoires sur la cour de France, p. 1:28. 

- C était madame de Gauthier : « elle était d'une figure et d'une modestie qui plai- 
sait fort au roi, aussi bien que sa politesse dont il la loua plusieurs fois. » (Mémoires 
le Saint-Cyr, chap. xvi.) Presque toutes les premières Dames de Saint-Louis étaient 
remarquables par leur beauté. Madame de Maintenon voulait qu'elles n'eussent aucun 
défaut corporel , ni rien dans leur personne qui put déplaire ou répugner aux enfants 
qu'elles élevaient. 

11 



Si CHAPITRE Y. 

autres maîtresses , afin qu'il ne se passât rien qui ne fut dans 
Tordre; et M. Racine y était aussi pour les faire aller et venir sur 
le théâtre quand il fallait : sa conduite était si sage , qu'en un 
besoin il aurait bien valu une maîtresse l . » 

La plus brillante des représentations d'Esther fut la quatrième, 
celle du o février. Jacques II, roi d'Angleterre, venait d'être 
renversé du trône par son gendre, Guillaume d'Orange; il s'était 
réfugié en France, où Louis XIV lui avait donné à Saint-Ger- 
main une magnifique hospitalité, en attendant qu'il lui fournît 
des troupes et des vaisseaux pour reconquérir son royaume. Il 
fut convié avec la reine sa femme à venir à Saint-Cyr. Louis XIV, 
avec sa courtoisie ordinaire, vint l'y attendre accompagné d'une 
nombreuse cour : il le reçut dans la salle du chapitre , lui mon- 
tra la maison, et lui expliqua les intentions de la fondation sans 
éveiller beaucoup l'attention de ce monarque « qui paraissait 
insensible à tout ; » enfin il le mena à la représentation d'Esther. 

« Nous vîmes alors, disent les Dames, trois têtes couronnées 
dans notre maison, et presque tous les princes et princesses du 
sang. Les actrices, animées par de si augustes spectateurs et 
l'empressement qu'on mettait à les voir, en prirent une nouvelle 
émulation et eurent un succès surprenant. La musique ne fut 
pas un des moindres agréments de la pièce; car, outre que nous 

1 Mémoires de Saint-Cyr, ch. xvi. — « Il arriva un jour que mademoiselle de la 
Maisonfort hésita un peu en jouant son rôle. Racine, qui était toujours derrière le 
théâtre et fort attentif au succès de la pièce, s'en aperçut et en fut ému. Aussi, quand 
mademoiselle de Maisonfort sortit de dessus le théâtre, il lui dit d'un air fâché : Ah! 
mademoiselle, qu'avez-vous fait? Voilà une pièce perdue. Elle , sur le mot de pièce 
perdue, croyant qu'elle l'était en effet par sa faute, se mit à pleurer. Lui, qui, avec 
tout son esprit, ne laissait pas de faire quelquefois des traits de simplicité , était peiné 
de Tavoir contristée, et craignant, comme elle devait retourner sur le théâtre, qu'il 
ne parût qu'elle avait pleuré, voulut aussi la consoler, et, pour essuyer ses larmes, il 
tira son mouchoir de sa poche et l'appliqua lui-même à ses yeux, comme on fait aux 
enfants pour les apaiser; lui disant des paroles douces, afin de l'encourager, et que 
cela ne l'empêchât pas de bien achever ce qu'elle avait encore à faire. Malgré cette 
précaution, le roi s'aperçut qu'elle avait les yeux un peu rouges, et dit : La petite a 
pleuré. Quand on sut ce que c'était et la simplicité de M. Racine, on en rit et lui- 
même aussi, qui, n'ayant en tête que la pièce , avait fait cette action sans penser 
le moins du monde à ce qu'elle avait de peu convenable. » 



REPRÉSENTATIONS D'ESTIIER. 83 

avions de belles voix , les instruments des musiciens du roi en 
relevaient l'harmonie. Le roi avait donné pour ce jour-là quelques- 
unes de ses musiciennes des plus sages et des plus habiles pour 
mêler avec les demoiselles , afin de fortifier le chœur des Israé- 
lites : on les habilla comme elles à la persane, ce qui aurait du 
les confondre avec les autres; mais ceux qui ne les connaissaient 
pas pour être de la musique du roi les distinguaient fort bien 
pour n'être pas de nos demoiselles, en qui on remarquait une 
certaine modestie et une noble simplicité bien plus aimable que 
les airs affectés que se donnent les filles de cette sorte... Tout le 
monde convint que l'opéra et la comédie n'approchaient pas de 
ce spectacle. D'un côté on voyait sur le théâtre de jeunes demoi- 
selles bien faites, fort jolies, qui représentaient parfaitement bien, 
qui ne disaient que des choses capables d'inspirer des senti- 
ments honnêtes et vertueux , et dont l'air noble et modeste sans 
affectation ne donnait aux spectateurs que l'idée de la plus 
grande innocence. Si l'on tournait la tête de l'autre côté, on 
voyait cette multitude de demoiselles, rangées pour ainsi dire en 
pyramides, très-proprement mises dans leurs habits de Saint- 
Cyr, qui, avec les rubans de chaque couleur qu'elles portent, 
faisaient une diversité agréable; pour ce qui est de la place du 
milieu, on y voyait les rois et tout ce qu'il y avait de plus grand 
à la cour *. » 

Cette représentation mit le comble à la renommée d'Esther. 
Les esprits les plus austères y applaudirent, et l'illustre Pom- 
ponne en fut content au dernier point: « Racine s'est surpassé, 
disait-il; il est pour les choses saintes comme il était pour les 
profanes. La sainte Écriture est suivie exactement ; tout y est 
beau; tout y est grand, tout y est traité avec dignité 2 . » Cepen- 
dant l'on commençait à trouver quelque inconvénient dans ces 
spectacles, car madame de Caylus cessa, après cette représenta- 



1 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xvi. 

2 Lettre de madame de Sévigné, du 7 février 168!). 



SI CHAPITRE V. 

tion, d'y figurer : « elle faisait trop bien, dit madame de Sévi- 
gné, elle était trop touchante; on ne veut plus que la simplicité 
loute pure de ces petites âmes innocentes 1 . » 

La dernière des représentations à'Esther, pendant l'année 1 689, 
eut lieu le 19 février. Parmi les spectateurs illustres se trouvaient 
Bossuet et madame de Sévigné : cette dame avait longtemps solli- 
cité cette faveur auprès de madame de Maintenon par ses amies 
mesdames de Coulanges et de Chaulnes; « mais la presse est 
devenue si extrême, dit-elle, que je ne croirai y aller que quand 
je serai partie. » Laissons-lui raconter cette journée, et comment 
« elle y fit sa cour plus agréablement qu'elle ne l'eût jamais 
pensé. » 

« Nous allâmes samedi à Saint-Cyr, madame de Coulanges , 
madame de Bagnols , l'abbé Testu et moi. Nous trouvâmes nos 
places gardées : un officier dit à madame de Coulanges que ma- 
dame de Maintenon lui faisait garder un siège auprès d'elle ; vous 
voyez quel honneur. Pour vous, madame, me dit-il, vous pou- 
vez choisir. Je me mis avec madame de Bagnols au second rang, 
derrière les duchesses. Le maréchal de Beïlefonds vint se mettre 
par choix à mon côté droit; et devant c'étaient mesdames d'Au- 
vergne , de Coislin et de Sully. Nous écoutâmes, le maréchal et 
moi, cette tragédie avec une attention qui fut remarquée, et de 
certaines louanges sourdes et bien placées, qui n'étaient peut-être 
pas sous les fontanges de toutes les dames. Je ne puis vous dire 
l'excès de l'agrément de cette pièce: c'est une chose qui n'est pas 
aisée à représenter et qui ne sera jamais imitée ; c'est un rapport 
de la musique, des vers, des chants, des personnes, si parfait 
et si complet, qu'on n'y souhaite rien; les filles qui font des rois 
et des personnages sont faites exprès : on est attentif et on n'a 
point d'autre peine que celle de voir finir une si aimable pièce ; 
tout y est simple, tout y est innocent, tout y est sublime et tou- 
chant : cette fidélité de l'histoire sainte donne du respect ; tous 

1 Lettre du M février 4f>89. 



REPRÉSENTATIONS D'ESTHER. 8S 

les chants convenables aux paroles qui sont tirées des psaumes 
ou de la Sagesse et mis dans le sujet sont d'une grande beauté 
qu'on ne soutient pas sans larmes; la mesure de l'approbation 
qu'on donne à cette pièce, c'est celle du goût et de l'attention. 
J'en fus charmée et le maréchal aussi, qui sortit de sa place 
pour aller dire au roi combien il était content et qu'il était auprès 
(Tune dame qui était bien digne d'avoir vu Esther. Le roi, avec 
un air d'être chez lui, qui lui donnait une douceur trop aimable, 
vint vers nos places , et après avoir tourné, il s'adressa à moi et 
me dit : Madame, je suis assuré que vous avez été contente. Moi, 
<uns m'étonner, je répondis : Sire, je suis charmée, ce que je 
sens est au-dessus des paroles. Le roi me dit : Racine a bien de 
l'esprit. Je lui dis : Sire, il en a beaucoup; mais en vérité ces 
jeunes personnes en ont beaucoup aussi : elles entrent dans le 
sujet, comme si elles n'avaient jamais fait autre chose. Ah! 
pour cela, reprit-il, il est vrai. Et puis Sa Majesté s'en alla et 
me laissa l'objet de l'envie : comme il n'y avait quasi que moi de 
nouvelle venue, le roi eut quelque plaisir de voir mes sincères 
admirations sans bruit et sans éclat. M. le prince et madame la 
princesse vinrent me dire un mot; madame de Maintenon un 
éclair: elle s'en allait avec le roi. Je répondis à tout, car j'étais 
ou fortune '. » 

Ce jour-là même, en arrivant à Versailles, le roi apprit la mort 
subite de la jeune reine d'Espagne, sa nièce, fille du duc d'Or- 
léans, qui, dit-on, fut empoisonnée. Cette mort fit cesser tous 
les divertissements de la cour, et par conséquent les représenta- 
lions d' Esther. 

Pendant le carême de cette année , Racine fit pour Saint-Cyr 
quatre cantiques tirés de l'Ecriture sainte, « qui auraient été plus 
utiles aux demoiselles, dit son fils, si la musique avait répondu 
aux paroles; mais le musicien qui avait mis en chant les chœurs 
d' Esther n'avait pas le talent de Lulli 2 . » Le roi fit cependant 

1 Lettre du 21 février 1689. 

! Mémoires mr la Vie de Racine, par son fil-. 



86 CHAPITRE V. 

plusieurs fois exécuter ces cantiques devant lui, et le roi et la 
reine d'Angleterre y vinrent avec lui pour les entendre. Les de- 
moiselles lui récitèrent aussi une ode de mademoiselle Deshou- 
lières o sur le soin que le roi prend de l'éducation de sa noblesse 
dans les places et à Saint-Cyr, » laquelle avait remporté le prix 
à l'Académie française l . Enfin on chanta devant lui une cantate 
à la louange de madame de Maintenon, que celle-ci ne voulut 
entendre qu'une seule fois, mais qu'on exécuta assez souvent 
après sa mort : les vers en sont fort médiocres et d'un auteur 
inconnu; la musique est de Nivers et ne vaut guère mieux que 
les paroles 2 . 

Dans cette année le roi vint souvent à Saint-Cyr : « il visitait 
les classes, voyait la communauté, allait dans le jardin et don- 
nait partout beaucoup de marques de bonté... Les classes le sui- 
vaient ou se tenaient à son passage pour avoir l'honneur de le 
voir. Dans ces occasions, et pour lui marquer leur attachement et 
leur reconnaissance, elles se mettaient à chanter d'elles-mêmes, 
comme par un mouvement subit , des chants à sa louange, entre 
autres : 

Qu'il règne, ce héros, qu'il triomphe toujours! 
Qu'avec lui soient toujours la paix et la victoire ! 
Que le cours de ses ans dure autant que le cours 

De la Seine et de la Loire ! 
Qu'il règne, ce héros, qu'il triomphe toujours! 
Qu'il vive autant que sa gloire 3 ! 

1 C'est la première pièce des Œuvres de mademoiselle Deshoulières Tl y eut un 
grand nombre d'autres poésies publiées à l'occasion de la fondation de Saint-Cyr. On 
faisait grand cas, dans cette maison, d'un morceau de Y Histoire de Louis XIV en 
vers, par Regnier-Desmarets, secrétaire perpétuel de l'Académie française, surtout 
à cause de l'approbation qu'y avait donnée Louis XIV. Nous insérons ce morceau 
dans l'appendice sous la lettre C. 

2 Cette cantate est dans le manuscrit n° 2423 de la bibliothèque de Versailles, et pro- 
venant de la collection musicale des Dames de Saint-Cyr (volume in-4° oblong, sans 
titre, et ayant sur le verso : Classe bleue)] nous la donnons dans l'appendice sous la 
lettre D. 

3 Ces vers sont de Quinault, dans l'idylle de la Paix, qui fut chantée pour la pre- 
mière fois dans l'orangerie de Sceaux, en 1685; la musique est de Lulli. On les 
trouve dans le manuscrit n° 2423 déjà cité, où ils forment l'un des concerts d'un opéra 
de la Vertu, arrangé par Nivers. 



REPRÉSENTATIONS D'ESTHER. 87 

a Ce fut mademoiselle de Beaulieu qui entonna ce chœur avec 
sa belle voix; toutes celles de sa classe continuèrent, à quoi le 
roi eut la bonté de faire attention d'un air gracieux et de leur en 
témoigner sa reconnaissance '. » Nous verrons que les prologues 
des opéras de Quinault, qui sont, comme l'on sait, des cantates 
à la louange de Louis XIV, furent, en retranchant les parties inu- 
tiles ou dangereuses , le fonds de l'instruction musicale donnée à 
Saint-Cyr. 

Dès les premiers jours de l'année 1690, les représentations 
iVEsther recommencèrent; elles eurent lieu les 5, 10, 19, 23 et 
30 janvier, 3 et 1 février; le succès n'en fut pas affaibli. Le roi y 
prit le même plaisir, ainsi que sa famille; il amena, comme l'an- 
née précédente, les dames et les seigneurs de sa cour, et avec 
eux « bon nombre de fameux jésuites qui le demandèrent, entre 
lesquels étaient les pères Bourdaloue, Delarue, Gaillard. » Il fut 
si content des éloges qu'ils donnèrent à ce spectacle qu'il invita 
Racine à faire pour l'année suivante une autre pièce sur quelque 
sujet religieux. Racine, qui n'avait pensé, en faisant Esther, qu'à 
composer une sorte de poëme convenable seulement, à cause du 
mélange du chant et du récit, à des jeunes filles, voulut justifier 
les applaudissements trop faciles qu'on lui avait donnés par une 
œuvre plus sérieuse, plus parfaite, et il se mit à faire Athalie; 
mais ce chef-d'œuvre de la scène française n'eut pas les mêmes 
honneurs, la même fortune q\ïEsther, et les dernières représen- 
tations de l'année 1 690 marquent l'époque où finirent ces amu- 
sements trop détournés de leur but et où fut introduite à Saint- 
Cyr une réforme qui donna à l'institut de Saint-Louis sa constitution 
définitive. 

1 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xm. 



CHAPITRE VI. 



DR LA REFORME FAITE A SAINT-CYR. — FIN DES REPRESENTATIONS THEATRALES. — 
( II VNGEMENTS DANS L'ÉDUCATION DES DEMOISELLES. — ÉTABLISSEMENT DES PRETRES 
DE SAINT-LAZARE. 



Madame de Maintenon, épouse et confidente du roi, et qu'on 
croyait toute-puissante sur son esprit, était, depuis son élévation, 
entourée de courtisans et de flatteurs; mais, comme leurs séduc- 
tions grossières avaient difficilement prise sur sa solidité, c'était 
à ses œuvres, à ses entours, à ses familiers qu'ils s'adressaient. 
Saint-Cyr fut donc, dès sa création, l'objet de louanges outrées 
et d'adulations infinies, et non-seulement la fondation elle-même, 
mais ses habitants et principalement les demoiselles. Ces éloges, 
la magnificence de l'œuvre elle-même, le voisinage de Versailles, 
les visites du roi, la présence presque continuelle de la fonda- 
trice enflèrent le cœur de ces jeunes filles et les remplirent d'or- 
gueil, de vanité, d'amour du monde; elles s'imaginèrent être de 
la cour; elles rêvèrent mariages, grandeurs, richesses; leurs fa- 
milles, avec tous les préjugés et l'ignorance des provinces, les 
nourrirent de ces espérances, croyant qu'il suffisait d'approcher 
de la favorite pour avoir part à la manne des munificences 
royales. Dans la maison, elles ne trouvèrent presque personne 
qui leur ôtât ces illusions : les prêtres qu'on avait attachés à 
Saint-Cyr comme confesseurs, par ambition ou par légèreté, 
flattèrent leurs goûts de dissipation et leurs idées glorieuses ; les 
dames qu'on avait admises pour aider dans les classes ne leur 
donnèrent qu'une instruction mondaine, jusqu'à leur inspirer les 
railleries , les conversations précieuses et les tons de l'hôtel de 
Rambouillet , jusqu'à leur donner à lire les comédies de Molière 
et les romans de mademoiselle de Scudéry, jusqu'à leur faire 



RÉFORME DE SAINT-CYR. 89 

écrire sur madame de Maintenon et les dames de la cour de ces 
portraits mythologiques qui étaient alors si fort à la mode. Quant 
aux religieuses, la plupart de celles qui s'étaient présentées du 
dehors « étaient venues sans vocation pour être connues de ma- 
dame de Maintenon , dans l'espérance qu'elle leur ferait d'autre 
bien que d'être Dames de Saint-Louis 1 , » et l'on fut contraint de 
les congédier. Les autres étaient presque des enfants, ignorantes, 
sans expérience, n'ayant qu'une piété mal éclairée avec des idées 
fausses sur la vie qu'elles avaient embrassée; de plus, n'étant pas 
attachées indissolublement à l'institut, elles pouvaient être tentées 
de jeter un regard de regret sur ce monde qu'elles n'avaient pas 
connu et qui venait à elles; enfin, elles s'étaient laissé éblouir 
par les grandeurs de la fondation, les louanges du roi et de 
toute la cour; elles en avaient pris des manières de chanoinesses 
et de dames importantes , et quelques-unes portaient au chœur 
leur long manteau, leur croix d'or, leurs gants de moire avec 
des gestes et des airs qui, sans blesser la modestie, n'étaient 
point de l'humilité chrétienne. 

Chez leur supérieure, madame de Brinon , cet orgueil était 
poussé jusqu'à l'excès : accablée d'imprudentes faveurs par ma- 
dame de Maintenon, qui lui fit donner des pensions pour elle, 
des places pour ses parents; regardée affectueusement par le roi, 
qui l'appela plusieurs fois dans son cabinet; adulée par les 
grands, correspondant avec les ministres, elle se crut un per- 
sonnage dans l'État et en perdit la tête : on la vit prendre des 
airs de princesse et de protectrice, faire des dépenses folles, se 
donner un appartement somptueux, avoir une cour de demoi- 
selles favorites, mécontenter la maison par ses inégalités et ses 
préférences, la faire trembler par ses tons de hauteur et de com- 
mandement. Enfin, étant allée aux eaux de Bourbon pour sa 
santé, elle poussa le ridicule jusqu'à se faire envoyer des dépu- 
tai ions, donner des placets, rendre des honneurs par les corps 

1 Mémoires d^ Saint-Cyr, ohap. xii. 

12 



00 CHAPITRE VI. 

des villes où elle passa; et, à son retour, elle critiqua et changea 
tout ce que madame de Maintenon avait fait à Saint-Cyr en son 
absence. 

Il faut ajouter que non-seulement prêtres, Dames, supérieure 
avaient contribué au mal, mais aussi madame de Maintenon. 
D'abord, elle avait traité en favorite madame de Brinon et lui 
avait laissé une liberté dont elle abusa; ensuite, elle avait pris, 
pour conduire un établissement si difficile, des religieuses trop 
jeunes, mal instruites, comprenant peu le but de l'institut el 
plus occupées de leur salut que de l'éducation des filles qui leur 
étaient confiées; enfin, elle avait contribué à l'enivrement des 
demoiselles en les gouvernant avec une familiarité trop indul- 
gente, en leur donnant une éducation trop élevée, trop mon- 
daine, trop éloignée de ces pratiques de couvent qu'elle raillait 
sans cesse; elle y avait encore contribué en procurant à quel- 
ques-unes de riches mariages, en appuyant les demandes de 
leurs parents, enfin en donnant tant de pompe et en amenant 
tant de monde aux représentations à'Eslher. 

Elle s'aperçut promptement de ses erreurs, en conçut un vif 
chagrin et essaya d'y remédier : «Prêchez nos religieuses, écri- 
vait-elle à l'abbé Gobelin, sur l'orgueil, les hauteurs, la fierté. Je 
suis persuadée que mon exemple a beaucoup contribué à intro- 
duire cet esprit dans la maison; mais, avec la même sincérité que 
je m'en reconnais coupable, je vous dis que je ne l'ai jamais 
poussé si loin. Je pourrais en dire des particularités qui étonne- 
raient tout l'orgueil renfermé dans Versailles. J'ai refusé de faire 
des chanoinesses par aversion pour l'orgueil de cet état-là, et 
j'ai fait pis : il n'y en a point en Allemagne avec lesquelles il y 
ait plus de ménagements à garder qu'avec quelques Dames de 
Saint-Louis. Dieu pardonne ceux qui y ont répandu cet esprit! 
Dieu me fasse la grâce de le détruire par mon exemple 1 ! » 

Quant aux demoiselles, voici ce qu'elle écrivait aux Dames : 

1 Lettre du 20 février 1689. 



KEFORME DE SAINT-CYR. 91 

c< La peine que j'ai sur les filles de Saint-Cyr ne se peut répa- 
rer que par le temps et par un changement entier de l'éducation 
que nous leur avons donnée jusqu'à cette heure. Il est bien juste 
que j'en souffre, puisque j'y ai contribué plus que personne. Mon 
orgueil s'est répandu par toute la maison, et le fonds en est si 
grand qu'il l'emporte même par-dessus mes bonnes intentions. 
Dieu sait que j'ai voulu établir la vertu dans Saint-Cyr, mais j'ai 
bâti sur le sable. J'ai voulu que nos filles eussent de l'esprit, 
qu'on élevât leur cœur, qu'on formât leur raison; j'ai réussi dans 
ce dessein : elles ont de l'esprit et s'en servent contre nous; 
elles ont le cœur élevé et sont plus fières et plus hautaines qu'il 
ne conviendrait de l'être aux plus grandes princesses. A parler 
selon le monde, nous avons formé leur raison et fait des discou- 
reuses, présomptueuses, curieuses, hardies; c'est ainsi qu'on réus- 
sit quand le désir d'exceller nous fait agir. Une éducation simple 
et chrétienne aurait fait de bonnes filles qui seraient devenues de 
bonnes femmes, et nous avons fait de beaux esprits que nous- 
mêmes, qui les avons formés, ne pouvons souffrir. Nous avons 
voulu éviter les petitesses des couvents et Dieu nous punit de 
cette hauteur. Il n'y a pas de maison au monde qui ait tant besoin 
d'humilité que la nôtre. Sa situation si près de la cour, sa 
grandeur, sa richesse, sa noblesse, l'air de faveur qu'on y res- 
pire, les caresses d'un grand roi, les soins d'une personne en 
crédit, l'exemple de vanité et de toutes les manières du monde 
qu'elle vous donne malgré elle et par la force de l'habitude , tous 
ces pièges si dangereux nous devaient faire prendre des mesures 
toutes contraires à celles que nous avons prises l . » 

Madame de Maintenon, malgré son caractère mesuré et sa fer- 
meté d'esprit, n'était pas exempte des défauts de son sexe; avec 
sa vive imagination, elle s'engouait et se dégoûtait facilement 
des personnes, s'exagérait le mal comme le bien, et mettait à ce 
qu'elle voulait accomplir une opiniâtreté allant quelquefois jus- 

1 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xvm. — Languct, t. I er , p. 364. — Lettres édi- 
fiantes, t. vi. [). 2!o. 



:».' CHAPITRE VI. 

qu'à la dureté. Résolue de faire une grande réforme à Saint-Cyr, 
elle y porta un zèle qui touchait à la passion, et commença par la 
supérieure. 

Dès Noisy, elle s'était aperçue de ses défauts : voyant que 
madame de Brinon inspirait aux novices « son esprit de grandeur 
et ses idées de dames importantes ' , » qu'elle voulait éviter aux 
demoiselles le travail des mains, qu'elle usait souvent les jour- 
nées en cérémonies inutiles , qu'elle se croyait en tout « non dans 
une école mais dans un cloître 2 , » elle lui témoigna ses craintes 
et lui donna des avis, mais avec des ménagements qui allaient 
jusqu'à la prière, pour ne pas blesser sa dignité de supérieure. 
Madame de Brinon n'en ayant tenu aucun compte , elle commença 
à croire que cette religieuse serait un obstacle à ses desseins : 
a La maison ne peut être gouvernée, dit-elle, par deux personnes 
qui pensent si différemment. » Lorsqu'elle la vit, « au lieu d'in- 
spirer aux Dames la perfection religieuse et le détachement du 
monde , » leur donner le mauvais exemple de son luxe et de sa 
vanité, elle voulut la frapper d'un avertissement sévère et lui 
retira le gouvernement temporel de la maison. Ce coup ne fit 
qu'aigrir cette femme hautaine : elle dédaigna ouvertement les 
ordres de la fondatrice, se retrancha derrière les constitutions et 
son autorité de supérieure perpétuelle , refusa d'écouter les aver- 
tissements de l'évêque de Chartres et chercha même à se faire un 
parti parmi les demoiselles. « Alors tout alla si mal que madame 
de Maintenon crut un moment qu'il faudrait abandonner son 
œuvre. » Puis elle résolut de couper court au mal par un acte 
de rigueur et d'autorité qui inspirât la crainte même aux Dames 
de Saint-Louis. 

Le 1 décembre 1 688 , une lettre de cachet arriva à la supé- 
rieure portant ordre de sortir sur-le-champ de Saint-Cyr et de se 
retirer dans un couvent. Madame de Brinon stupéfaite partit 
sans dire un mot à personne , s'en alla à Paris dans l'hôtel de 

1 Lettre du 10 octobre 1 685, t. i er des Lettres édifiantes^ 

2 Lettres édifiantes, t. v, p. 671; 



RÉFORME DE BAINT-CVR. 93 

Guise, d'où elle envoya sa démission; puis elle se relira dans 
l'abbaye de Maubuisson, dont elle ne sortit plus. Madame de 
Maintenon adoucit cette disgrâce par des dons et des caresses; et, 
comme elle aimait encore cette dame qu'elle jugeait seulement 
impropre à l'institut de Saint-Louis, elle resta pendant toute sa 
vie en correspondance avec elle , spécialement pour lui donner 
des nouvelles « de l'accroissement de l'arbre qu'elle avait planté l . » 

Les demoiselles virent avec regret le départ de cette supé- 
rieure, qui favorisait si étourdiment leurs goûts de dissipation; 
les Dames en furent consternées et craignirent pour elles-mêmes. 
Madame de Maintenon vint les consoler et les rassurer : « elle 
nous dit, racontent les Mémoires de Saint-Cyr, « que voulant 
établir cette maison dans une exacte régularité, elle avait craint 
que madame de Brinon n'y entrât pas avec assez de zèle; qu'elle 
avait été excellente dans le commencement de l'établissement 
pour lui aider à mettre les choses au point où elles étaient; mais 
que chacun ayant son don et sa mesure, elle ne l'avait pas crue 
si propre à les conduire à la perfection où elle les désirait; qu'une 
autre de ses raisons était de voir comment la maison serait gou- 
vernée par une supérieure de notre corps , et par les autres Dames 
pendant qu'elle vivait; que cela n'aurait pas été possible avec 
madame de Brinon, qui était accoutumée à tout conduire avec 
une grande autorité 2 . » 

Madame de Loubert, l'une des élèves de Noisy, gouverna 
provisoirement la maison; elle n'avait que vingt -deux ans, et 
avait servi pendant plusieurs années de secrétaire à madame 
de Maintenon; elle était d'ailleurs aimée de tout le monde à 
cause de sa modestie et sa douceur. Quelques mois après ( 1 9 
mai 1689) elle fut élue supérieure, conformément aux consti- 

1 Madame de Brinon, avec sa grande activité d'esprit , continua à jouer un rôle 
dans les affaires religieuses ; ce fut elle qui servit d'intermédiaire à Bossuet et à 
Leibnitz pour le fameux projet de réunion des protestants d'Allemagne à l'Église 
catholique; c'était à elle que les lettres des deux grands hommes étaient adressées, 
et elle se mêla ardemment de la discussion. 

2 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xvi. 



94 CHAPITRE VI. 

tutions. Cette première élection se fit avec une grande pompe , 
ainsi que l'installation de la nouvelle supérieure, confuse de tant 
d'honneurs. Le roi lui-même vint le soir à la porte du jardin, et 
complimenta cette dame ainsi que la communauté, qui avait fait 
un choix si conforme à son inclination; et à cette occasion il 
donna à la maison, pour en orner la salle capitulaire, les tableaux 
dont nous avons parlé dans la description de cette salle. 

Cependant l'esprit mondain de la maison ne fut pas corrigé 
par le départ de madame de Brinon, et les représentations 
iVEsthcr^ qui eurent lieu à cette époque, ne firent que l'aug- 
menter. Madame de Maintenon n'avait pas eu d'abord l'intention 
de donner ses demoiselles en spectacle devant toute la cour; elle 
ne voulait que les montrer au roi et à quelques vieux seigneurs 
de sa plus étroite société. Nous avons vu comment le roi avait 
fini, comment elle-même avait été conduite, malgré elle, à me- 
ner à Saint-Cyr, selon l'expression de Saint-Simon, toute la 
France. « Cette afïluence du plus beau monde, disent les Dames 
de Saint-Louis , les applaudissements que nos demoiselles en 
avaient reçus, la fréquentation des gens du bel esprit, leur 
avaient beaucoup enflé le cœur, et donné une telle vivacité de 
goût pour l'esprit et les belles choses, qu'elles devinrent fières, 
dédaigneuses, hautaines, présomptueuses, peu dociles, à quoi 
contribua encore beaucoup madame de la Maisonfort, chanoi- 
nesse qui était maîtresse des bleues... Il n'était plus question 
entre elles que d'esprit et de bel esprit; on se piquait d'en avoir 
et de savoir mille choses vaines et curieuses; on méprisait les de- 
moiselles qui étaient plus simples et moins susceptibles de ce 
goût. Une grande partie des bleues étaient devenues ridicules et 
insupportables par cette haute opinion qu'elles avaient d'elles- 
mêmes, et ce goût s'était communiqué à la communauté f . » 
a Saint-Cyr est présentement à la mode, » disaient-elles, et elles 
croyaient que le monde entier avait les yeux sur elles. Elles en 

1 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xvm. 



FIN DES REPRÉSENTATIONS THÉÂTRALES. 95 

vinrent à ne plus vouloir chanter à l'église « pour ne pas gâter 
leur voix avec des psaumes et du latin ■ . » Enfin, malgré le soin 
que le roi apportait dans le choix des courtisans qu'il amenait à 
Saint-Cyr, malgré l'œil sévère qu'il avait constamment sur eux, 
quelques-uns y vinrent moins pour le spectacle lui-même que 
pour la brillante jeunesse qu'ils y voyaient. Il ne se passa rien 
de répréhensible, pas même une parole, « mais il y eut, dit notre 
historienne, des actrices qui plurent assez à quelques particuliers 
de considération pour leur faire naître l'envie de les épouser. Ce 
fut là que commença l'inclination de M. de Villette pour made- 
moiselle de Marsilly, qu'il épousa 2 ; plusieurs autres en eurent 
pour mademoiselle de Choiseul, et l'un d'eux devint son époux; 
plusieurs encore pour mademoiselle de Saint-Osmane , qui de- 
puis eut une mauvaise conduite 3 ; et j'ai ouï dire à madame de 
Maintenon que la jeunesse et l'innocence de nos demoiselles 
étaient un grand charme; que les hommes en sont d'ordinaire 
fort touchés , et que d'y ajouter les grâces que donnent les ajus- 
tements et une belle déclamation pouvait beaucoup exposer les 
demoiselles \ » 

Aussi ces représentations ne furent pas approuvées de tout le 
monde , et madame de Maintenon en avait elle-même des scru- 
pules et des doutes de conscience. Les plus fameux jésuites, 

1 Madame de Maintenon écrivit à ce sujet à la classe bleue : « On prétend que 
vous ne voulez point chanter les chants d'église, et que vous désespérez M. Nivers. 
Il [l'est pas possible qu'avec la piété que vous paraissez goûter, vous ne soyez pas 
ravies de chanter les louanges de Dieu, et de lui rapporter la gloire d'un talent qu'il 
vous a donné, et que je le prie de tout mon cœur que vous n'employiez jamais en 
rien qui ne soit pour sa gloire. Vous chantiez si bien les chants d'Esther ; pourquoi 
ne voulez-vous pas chanter les psaumes? Serait-ce le théâtre que vous aimeriez, 
et n'ètes-vous pas trop heureuses de faire le métier des anges? » (Lettre du 10 dé- 
cembre 4 G89, dans le t. n des Lettres édifiantes.) 

- Ce M. de Villette était le père, devenu veuf, de madame de Caylus. Mademoi- 
selle de Marsilly était une personne pleine d'esprit et d'agréments : elle épousa, en 
secondes noces, le fameux lord Bolingbroke , et joua un rôle assez important dans la 
société du dix-huitième siècle. 

3 Mademoiselle de Saint-Osmane avait figuré dans les actrices d'Esther. Elle était 
d'une beauté ravissante. Elle finit par se retirer comme religieuse dans un couveni 
de la Provence . où elle mourut saintement. 

4 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xvm. 



96 CHAPITRE VI. 

Bossuet, Fénelon, l'abbé Cobelin et plusieurs autres prêtres 
d'une grande vertu avaient excusé ces amusements; mais d'au- 
tres et principalement Hébert, curé de Versailles, homme très- 
austère et très-éclairé ! , refusèrent d'y assister et les blâmèrent 
hautement. « Ces divertissements, disaient-ils, doivent être pros- 
crits de toute bonne éducation; ils exposent à toutes les tenta- 
tions et excitent toutes les passions... Les filles sont destinées à la 
retraite et leur vertu est d'être timides. , . Tous les couvents ont les 
yeux sur Saint-Cyr; ils vont suivre son exemple , et au lieu de 
former des novices, ils dresseront des comédiennes. » Les jansé- 
nistes, les gens de dévotion outrée, les beaux esprits jaloux de 
la gloire de Racine , ceux qui n'étaient pas admis à ces spectacles, 
en écrivirent des lettres dont quelques-unes devinrent publiques, 
et où l'on disait » qu'il était honteux à madame de Maintenon de 
faire monter sur le théâtre, et d'exposer aux regards avides de 
la cour des demoiselles rassemblées de toutes les parties du 
royaume pour recevoir une éducation chrétienne, et que c'était 
mal répondre à l'idée que Saint-Cyr avait fait concevoir 2 . » On 
en vint à blâmer l'institution elle-même, qui, « trop voisine de la 
cour, n'était faite que pour mettre le désordre et l'ambition dans 
le cœur des jeunes filles. » « De songer, écrivait madame de La 
Fayette, que trois cents jeunes filles qui y demeurent jusqu'à 
vingt ans et qui ont à leur porte une cour de gens éveillés, sur- 
tout quand l'autorité du roi n'y sera plus mêlée, de croire, dis- 
je , que des jeunes filles et des jeunes hommes soient si près les 
uns des autres sans sauter les murailles, cela n'est presque pas 
raisonnable 3 . » Les ennemis de madame de Maintenon dirent, les 
uns, qu'elle n'avait rendu Esther publique qu'à cause des louan- 
ges qu'on lui donnait dans cette pièce; les autres, que, n'ayant 
pu se faire reine , elle voulait se faire sainte. Enfin, en Hollande, 
dans cette officine de pamphlets, de calomnies et d'injures contre 

1 Prêtre de la mission, depuis évèque d'Agen. 

2 Souvenirs de madame de Caylus. 
■'• Mémoires sur la cour de France, 



RÉFORME DE SAINT-CYR. 97 

Louis XIV, on osa imprimer que « Saint-Cyr était un sérail que 
la vieille sultane avait préparé au moderne Àssuérus. » 

Ces outrages, ces blâmes, ces avis émurent moins madame de 
Maintenon que ses propres réflexions sur le danger de ces spec- 
tacles, et que les observations d'un prêtre qui avait sa plus 
absolue confiance. Ce prêtre était «l'abbé Desmarets, homme de 
condition et de distinction, très-savant, très-pieux et très-zélé; il 
demeurait au séminaire de Saint-Sulpice, et s'occupait du matin 
au soir à toutes les fonctions ecclésiastiques; il prêchait, confes- 
sait, catéchisait, dirigeait, allait visiter les malades et les prison- 
niers , donnait tout son bien aux pauvres , pendant qu'il se refu- 
sait tout à lui-même 1 . » Sur la renommée de sa vertu, madame de 
Maintenon l'envoya chercher dans sa retraite pour faire des con- 
fessions extraordinaires à Saint-Cyr 2 . Desmarets ne vint qu'avec 
répugnance , et dès ses premières visites, il s'alarma de l'éducation 
mondaine de cette maison, et surtout des représentations d'Es- 
ther : « ce spectacle , tout saint et tout innocent qu'il paraissait , 
était, selon lui, un piège tendu à ces filles, à qui les applaudis- 
sements du roi et de la cour devaient inspirer la vanité, l'amour 
du monde et toutes ses suites 3 . » «Plus cela est beau et singulier, 
ajoutait-il, plus cela est dangereux. » Et il conseilla à madame 
de Maintenon de faire cesser ces spectacles, « lui faisant un grand 
scrupule des maux qui pourraient en arriver 4 . » 

Madame de Maintenon n'eut pas de peine à être convaincue; 
mais quand elle parla au roi de finir ces divertissements, il s'y 
refusa opiniâtrement. Aussi on laissa Racine achever Athalie, et 
on fit apprendre la pièce aux demoiselles; mais on la joua sans 



1 Mémoires de Saint-Cyr, chai», xv. 

2 Manseau, qui l'alla chercher, « fut fort étonné de ne voir dans sa chambre, pour 
tous meubles, qu'un méchant lil, une chaise de paille, un pupitre sur lequel il y avait 
la sainte Bible, et une carte de Jérusalem attachée à la muraille ; le plus bel orne- 
ment de cette chambre était un clavecin dont il jouait quelquefois pour se délasser 
l'esprit. » {Mémoires de Saint-Cyr, chap. xn.) 

3 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xvm. 
* Ibid. 

43 



98 CHAPITRE VI. 

pompe, sans théâtre, sans décorations, dans la classe bleue, les 
actrices n'ayant que leurs habits de Saint-Cyr auxquels elles trou- 
vèrent moyen d'ajouter quelques perles, quelques rubans. Il n'y 
eut de spectateurs que le roi, madame de Maintenon, le roi et la 
reine d'Angleterre, avec cinq ou six autres personnes dont était 
Pénelon. Cette représentation se fit le 5 janvier \ 691 . Le succès en 
fut grand, mais ne fut pas celui d'Esther : on trouva la pièce plus 
terrible que gracieuse, froide, dépourvue d'intérêt, ne roulant 
que sur le sort d'un enfant. Madame de Maintenon fut presque 
seule à dire que « c'était la plus belle qu'on eût jamais vue. » 

Après cette représentation, le roi céda aux prières de cette 
dame et résolut de ne plus troubler, par ces sortes de divertisse- 
ments, la régularité de la maison ainsi que la réforme qu'on 
commençait à y introduire. Il déclara donc que ni lui ni personne 
de la cour ne viendrait aux spectacles de Saint-Cyr, lesquels se 
passeraient dorénavant devant les demoiselles seules et la com- 
munauté. Madame de Maintenon fit à ce sujet les recommanda- 
tions les plus sévères : « Renfermez, disait-elle, ces amusements 
dans votre maison et ne les faites jamais en public sous quelque 
prétexte que ce soit. Il sera toujours dangereux de faire voir à 
des hommes des filles bien faites et qui ajoutent des agréments à 
leurs personnes en faisant bien ce qu'elles représentent. N'y souf- 
frez donc aucun homme, ni pauvre, ni riche, ni vieux, ni jeune, 
ni prêtre, ni séculier; je dis même un saint, s'il y en a sur la 
terre l . » Néanmoins , l'année où fut représentée Aihalie et les 
deux suivantes , le roi demanda à madame de Maintenon que les 
demoiselles vinssent quelquefois à Versailles pour jouer, sans ap- 
pareil, dans sa propre chambre, en présence des princes du sang 
et de quelques seigneurs de distinction. Ces représentations se 
firent comme il l'avait demandé. Les demoiselles étaient ame- 
nées dans les carrosses du roi et gardées par des dames delà cour, 
pieuses et âgées; elles jouaient sans autre parure que leur habit 

1 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xxyiii. 



RÉFORME DE SAINT-CYR. 99 

ordinaire , et l'effet qu'elles produisaient n'en fut pas refroidi. « On 
trouva même, dit notre historienne, que la simplicité de leur 
habit ne gâtait rien et qu'il avait son agrément. On alla ainsi à 
Versailles en différents temps, tantôt pour Athalie, tantôt pour 
Esther, puis encore pour Jonathas, dont un nommé M. Duché était 
l'auteur 1 . » Quant aux spectacles de Saint-Cyr, ils ne cessèrent 
point, mais devinrent rares : « on jouait quelquefois dans la classe 
bleue pour quelques dames que madame de Maintenon amenait 
et qu'elle voulait amuser agréablement; mais on ne jouait plus du 
lout avec appareil ni en autre habit que celui de Saint-Cyr 2 . » 

A l'imitation de Racine, qui s'était dégoûté de faire de nou- 
velles pièces, quelques mauvais poètes se mirent à dépecer la 
Bible en tragédies religieuses, et l'on représenta ainsi, à Saint- 
Cyr, où « elles y furent ensevelies, » le Jonathas dont nous ve- 
nons de parler, YAbsalon et la Débora du même auteur, la 
Judith de Boyer, outre qu'on y chanta ou récita des odes sa- 
crées, des stances chrétiennes et d'autres poésies, œuvres mé- 
diocres et oubliées des abbés de Choisy et Testu, de J.-B. Rous- 
seau, etc. 

Racine conserva toute sa vie l'amitié de madame de Maintenon 
et des Dames de Saint-Louis : il resta en correspondance avec elles 
et continua de venir à Saint-Cyr, « pour s'humilier au pied de l'au- 
tel, dans ce dernier théâtre de sa gloire. » Il venait surtout aux cé- 
rémonies de profession des nouvelles religieuses, et il ne manqua 
pas d'assister aux prises de voile des actrices &' Esther. Pour le 
pieux disciple de Port-Royal, ces filles nobles aui ensevelissaient 
dans l'éternel oubli du cloître leur jeunesse, leur nom, leur 
beauté, étaient un spectacle toujours nouveau qui le plongeait 
dans des ravissements et des méditations où « l'on le voyait fon- 
dre en larmes. » Aussi « il a laissé à Saint-Cyr, raconte son fils, 
une mémoire chérie et respectée à cause de l'admiration qu'eu- 
rent toutes les Dames pour la douceur et la simplicité de ses 

1 Mémoires de Saint-Cyr, chap. win. 

2 Ibid. 



4 00 CHAPITRE VI. 

mœurs. J'eus l'honneur d'entretenir quelques-unes de celles qui 
le virent alors : elles m'en parlèrent avec une espèce d'enthou- 
siasme et toutes me dirent : « Vous êtes fils d'un homme qui 
avant un grand génie et une grande simplicité L . » A l'époque de 
sa dernière maladie, et encore bien qu'il fût tombé dans la dis- 
grâce du roi, madame de Maintenon fit faire des prières pour 
l'illustre poète, et lorsqu'il mourut, elle raconta aux demoiselles 
ses derniers moments et en fit un sujet d'instruction : « Il vous 
aurait édifiées, disait-elle, si vous aviez vu son humilité et son 
repentir. » 

La fin des spectacles publics de Saint-Cyr fut le premier acte 
de la réforme de l'Institut de Saint-Louis ; le deuxième fat le chan- 
gement introduit dans l'éducation des demoiselles. 

« Il faut reprendre notre établissement par ses fondements , 
écrivait madame de Maintenon, et le bâtir sur l'humilité et la 
simplicité; il faut renoncer à nos airs de grandeur, de hauteur, 
de fierté, de suffisance; il faut renoncer à ce goût de l'esprit, à 
cette délicatesse, à cette liberté de parler, à ces murmures, à ces 
manières de railleries toutes mondaines , enfin , à la plupart des 
choses que nous faisions.... Nos filles ont été trop considérées, 
trop caressées, trop ménagées; il faut les oublier dans leurs clas- 
ses, leur faire garder les règlements de la journée et ne pas leur 
parler d'autre chose 2 . 

» Que dans les réprimandes qu'on leur fait, on les ménage 
moins sur les termes; qu'on les reprenne sévèrement sur les fa- 
çons de parler hautaines, sur la liberté de faire des questions à 
leurs maîtresses; qu'on les tienne le plus souvent en silence qu'il 
se pourra; que, dans aucun cas, les maîtresses ne se familiari- 
sent point avec elles, je dis avec les plus raisonnables même, 
j'expérimente tous les jours combien cela les a gâtées.... Je vou- 
drais qu'on leur retranchât le plus de rubans qu'il se pourra; 
qu'on les laisse manquer de perles et de cordelières; que, sous 

1 Mémoires sur la Vie de J. Racine, t. n, p. 187. 

2 Languet, t. i er , p. 305. 



RÉFORME DE SAINT-CYR. 401 

prétexte du froid, on ferme leur manteau le plus qu'il se pourra; 
qu'on ne soit pas si soigneux de leur donner des habits neufs et 
qu'on les laisse un peu éguenillées, quoiqu'on ne retranche rien 
sur le soin de leur taille \ » 

Dans son ardeur de réformation, madame de Maintenon ne 
s'arrêta pas là : elle en vint à réprouver ce qu'elle aimait le 
plus, la conversation, les lettres, les belles lectures : « On écrit 
trop à Saint-Cyr, disait-elle, on ne peut trop en désaccoutumer 
nos demoiselles. Il vaut mieux qu'elles n'écrivent pas si bien que 
de leur donner le goût de l'écriture, qui est si dangereux pour 
des filles... N'en faites pas des rhétoriciennes ; ne leur inspirez 
pas le goût de la conversation. Elles s'ennuieront à mourir dans 
leurs familles : qu'elles aiment le silence; il convient à notre 
sexe... Ne leur montrez plus de vers : tout cela élève l'esprit, 
excite l'orgueil , leur fait goûter l'éloquence et les dégoûte de la 
simplicité; je parle même de vers sur de bons sujets : il vaut 
mieux qu'elles n'en voient point 2 ... » Enfin elle résuma toute sa 
pensée dans ces paroles, qui devinrent la base de l'éducation de 
Saint-Cyr : 

« Apprenez-leur à être extrêmement sobres sur la lecture , à 
lui préférer toujours l'ouvrage des mains, les soins du ménage, 
les devoirs de leur état. Elles ont infiniment plus de besoin d'ap- 
prendre à se conduire chrétiennement dans le monde, et à gou- 
verner les familles avec sagesse que de faire les savantes et les 
héroïnes. Les femmes ne savent jamais qu'à demi, et le peu 
qu'elles savent les rend communément fières, dédaigneuses, 
causeuses et dégoûtées des choses solides \ » 

Ces prescriptions furent exécutées. On enleva aux demoi- 
selles tous leurs manuscrits, sur quelque matière que ce fût; 
on ne leur fit plus les instructions que dans des livres de piété, et 
d'une façon fort simple; on leur retrancha toutes les recherches 

1 Languet, t. i* p. 366. 

2 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xvm. — Languet, t. i cr , p. 366. — Lettres édi- 
fiantes, t. v, p. 236. 

3 Lettres édifiantes, t. ni, lettre xc.vi e . 



*02 CHAPITRE VI. 

de toilette; on leur interdit toute lecture mondaine : on les obli- 
gea à dos travaux manuels plus fréquents; enfin on s'attacha en 
toutes manières à les abaisser et à leur faire perdre cette haute 
idée qu'elles avaient d'elles-mêmes. « Elles furent, comme on 
peut le croire, disent les Dames, consistées de cette réforme : 
les plus sages se contentèrent d'en être très-sérieuses, sans dire 
mot; les moins dociles murmurèrent un peu; mais on rabattit 
bientôt ces saillies de jeunesse \ » 

Cependant l'on poussa les choses si loin qu'on tomba d'une ex- 
trémité dans une autre, et les demoiselles devinrent si innocentes 
que mademoiselle de Saint-Étienne, la maîtresse des jaunes, di- 
sait en riant à madame de Maintenon : « Consolez-vous, madame, 
nos filles n'ont plus le sens commun. » Celle-ci revint bientôt de 
cette exagération : « son intention n'était pas qu'on tînt toujours 
les demoiselles dans ce grand abaissement, et elle prit ensuite le 
milieu entre donner trop de matière à l'orgueil et les tirer de la 
grande ignorance où sont les filles qui n'ont rien vu qu'un cou- 
vent, ou rien entendu que des leçons de catéchisme et la Vie des 
saints. Elle voulait donc qu'on leur dît et qu'on leur lût autre 
chose, pourvu que ce fût sans affectation 2 . » Elle redoubla alors 
de vigilance et d'assiduité aux classes, et fut presque deux ans 
à les suivre du matin au soir. « Je l'ai vue souvent arriver, dit 
notre historienne, avant six heures du matin, afin d'être au lever 
des demoiselles, et suivre ensuite toute leur journée en qualité de 
première maîtresse, pour pouvoir mieux juger de ce qu'il y avait 
à faire et à établir. Elle aidait à peigner et à habiller les petites, 

1 Le manuscrit de la Bibliothèque nationale (supplément F. 2094), qui porte le 
litre de Mémoires sur la maison i^oyale de Saint-Louis, raconte à ce sujet une anec- 
dote assez étrange : « Trois des bleues (qui le croirait?), piquées des recherches que 
leur maîtresse faisait de leurs lettres et manuscrits, résolurent de l'empoisonner avec 
de la ciguë' qu'elles mirent dans son potage et dans sa salade. La maîtresse n'y 
toucha pas ce jour-là; elles recommencèrent; il en arriva de même. Elles en res- 
tèrent là. Un an après deux de ces demoiselles étant sorties de la maison, l'une 
d'elles raconta le fait à madame de Brinon, qui en instruisit madame. On fit de celle 
qui restait un exemple capable d'effrayer les plus déterminées; après quoi, on la 
chassa. » 

2 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xvm. 



RÉFORME DE SAINT-CYR. 403 

passait deux ou trois mois de suite à une classe, y faisait observer 
l'ordre de la journée, leur parlait en général et en particulier, 
reprenait l'une, encourageait l'autre, donnait à d'autres les 
moyens de se corriger. Elle avait beaucoup de grâce à parler 
comme à tout ce qu'elle faisait : ses discours étaient vifs, sim- 
ples, naturels, intelligents, insinuants, persuasifs. Je ne finirais 
pas si je voulais raconter tout le bien qu'elle fit aux classes dans 
ces temps heureux '. » 

Le troisième acte de la réforme de Saint-Cyr fut l'introduction 
de piètres réguliers comme chapelains et confesseurs. On avait 
vu l'inconvénient de ces prêtres mondains qui n'étaient attachés 
à l'établissement par aucun lien, et qui, au lieu de conduire 
leurs pénitentes dans des voies de spiritualité, cherchaient seu- 
lement à profiter de leur position pour obtenir quelque bénéfice. 
Les jésuites, ayant appris ce projet de changement, firent tous 
leurs efforts pour obtenir la direction de Saint-Cyr; mais ma- 
dame de Maintenon avait une aversion marquée pour cet ordre 
remuant et ambitieux, surtout à cause des idées de dévotion 
facile que le père de La Chaise inspirait au roi 2 ; elle ne voulait 
pas d'ailleurs que « sa maison se trouvât engagée dans les que- 
relles de la société, soit avec les autres ordres religieux, soit 
avec les solitaires de Port-Royal 3 . » Par le conseil de l'abbé Des- 
marets, elle s'adressa à la congrégation des prêtres de Saint- 
Lazare, fondée par saint Vincent de Paul, qui avait pour objet 
principal de faire des missions aux pauvres des campagnes. Ces 
prêtres desservaient déjà la paroisse de Versailles, les Invalides 
et toutes les maisons royales, et leur régularité, leur sagesse, 
leur modestie, leur amour de l'obscurité étaient connus de 
toute la France. Ils repoussèrent d'abord avec effroi la charge de 
conduire des religieuses, et surtout des filles de la noblesse; 



1 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xxvi. 

2 Voir ses lettres au cardinal de Noailles, où elle no cesse de railler le bon père 
de sa répugnance pour les dévots. 

:j Languet, t. i er , p. 330. 



i04 CHAPITRE VI. 

niais le roi, après avoir lui-même discuté leurs raisons, les ayant 
pries de céder à ses instances, ils l'acceptèrent. Par un traité 
conclu entre la communauté do Saint-Louis et la congrégation 
de Saint-Lazare, il fut décidé que le supérieur général de ladite 
congrégation serait dorénavant et à perpétuité le supérieur spi- 
rituel de Saint-Cyr, sous les ordres de l'évêque de Chartres; que 
six des prêtres de Saint-Lazare, avec quatre frères pour les servir, 
seraient établis à Saint-Cyr pour y faire le service divin, les 
confessions, les prédications, et même des missions dans les 
terres de la communauté. On leur donna 400 livres de pension 
à chacun, et on fit pour les loger un grand bâtiment qui allait 
de l'église du dehors au pavillon de l'évêque de Chartres, à la 
place où se trouvaient les écuries de madame de Maintenon et 
les logements des jardiniers. Derrière ce bâtiment on leurfit un 
petit jardin qui touchait le cimetière; mais comme il était insuf- 
fisant, on leur donna plus tard comme lieu de promenade une 
maison avec jardin sise à Fontenay-le-Fleury, village distant 
d'un quart de lieue de Saint-Cyr, et placé dans une situation 
très-solitaire et très-pittoresque. De cette maison dépendait un 
petit oratoire dédié à saint Jean, et qui est encore aujourd'hui 
un lieu de fêtes et de pèlerinages l . 

Les prêtres de Saint-Lazare furent établis à Saint-Cyr le 9 août 
1 G91 : ils étaient complètement séparés des Dames et des de- 
moiselles, ne les voyaient jamais qu'au confessionnal, les ren- 
voyaient toujours, s'ils en étaient consultés, aux constitutions, aux 
règles , à la supérieure , se réservant seulement les péchés et ne 
se mêlant jamais du gouvernement de la maison. Aussi sont-ils 
restés jusqu'à la fin de la maison dans la plus complète obscurité, 
uniquement occupés des fonctions sacerdotales et n'ayant donné 
à la communauté que de bons exemples. 

Le quatrième acte de la réforme, celui qui compléta et con- 

1 Les missionnaires de Saint-Lazare témoignèrent leur reconnaissance à madame 
de Maintenon par une pièce de poésie en vingt-six couplets sur l'air des Folies d'Es- 
patjnti, très-édifiante et très-naïve sans doute, mais qui témoigne peu du talent lit- 
téraire de ces bons prêtres. On la trouve dans les Mémoires de Saint-Cyr. 



RÉFORME DE SAINT-CYR. >I05 

solida les autres, fut la transformation de la communauté de 
Saint-Louis en un monastère régulier; mais avant de raconter ce 
grave changement, il nous faut parler des deux faits principaux 
qui le préparèrent, je veux dire l'union à la maison de Sàint-Cyr 
de la manse abbatiale de Saint-Denis, la nomination de l'abbé 
Desmarets à l'éveclié de Chartres. 



U 



CHAPITRE VII 



TRANSFORMATION DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS EN MONASTERE REGULIER. 



Nous avons dit que Louis XIV, en dotant la maison de Saint- 
Louis, lui avait attribue les revenus de la manse abbatiale de 
Saint-Denis; mais comme un tel changement ne pouvait se faire 
sans l'autorisation du saint- siège, il avait demandé au pape 
Innocent XI l'extinction du titre d'abbé de Saint-Denis et l'union 
de ses biens à la maison de Saint-Cyr. Le pape était alors en que- 
relle ouverte avec le roi de France, à cause de la fameuse dé- 
claration du clergé de 1 682 : il refusait des bulles d'institution 
aux évêques nommés par le roi; il avait excommunié son am- 
bassadeur; il était l'un des promoteurs de la ligue d'Augsbourg ! . 
Aussi il refusa d'abord son consentement, en disant que la 
maison de Saint-Cyr n'était pas régulière et que le changement 
demandé était une véritable sécularisation d'un bien ecclésias- 
tique; puis il le donna, mais en demandant pour droit d'amor- 
tissement une somme de 180,000 livres. Les choses de cette 
époque nous sont déjà si étrangères que nous devons rappeler à 
nos lecteurs que la cour de Rome , à chaque vacance des béné- 
fices ecclésiastiques, percevait sur le revenu un droit qu'on ap- 
pelait annate 3 et que, lorsqu'elle autorisait l'extinction d'un de 
ces bénéfices, pour la dédommager des annates qu'elle perdait, 
elle percevait un droit plus considérable, dit d'amortissement. 
C'était ce droit que le pape estimait à 180,000 livres. Louis XIV, 
en considération de la fondation de Saint-Cyr et de l'utilité dont 

1 Voir mon Histoire des Français, t. m, p. 292 de la neuvième édition. 



LA MAISON DE SAINT-LOUIS CHANGÉE EN MONASTÈRE. 107 

elle devait être pour la religion, demanda de ne rien payer. Inno- 
cent XI refusa, et l'affaire resta en suspens jusqu'à sa mort (août 
IG89). Son successeur fut Alexandre VIII, élu par l'influence de 
la France ; il se hâta d'accorder à Louis XIV la concession qu'il 
demandait, c'est-à-dire l'exemption de tous droits 1 , et il fit de 
l'union de la manse de Saint-Denis à la maison de Saint-Cyr le 
gage de la réconciliation du saint-siége avec le Fils aîné de 
l'Église. A cet effet, il envoya à madame de Maintenon un bref 
où il disait « qu'il voulait donner cette grâce à sa seule considé- 
ration, à cause de l'estime qu'il faisait de sa personne et de sa 
vertu, afin de contribuer au grand bien que la piété et la magni- 
ficence du roi venaient de faire à la France par l'établissement de 
Saint-Cyr " 2 . » 

Louis XIV fut si content de cette nouvelle, qu'il vint l'annon- 
cer lui-même aux Dames de Saint- Louis. 11 en prit occasion de 
leur expliquer ses volontés sur la maison qu'il avait fondée : 
ce Mes intentions sont droites, dit-il, je n'ai eu en vue dans tout 
cet établissement que la gloire de Dieu, le bien du royaume et le 
soulagement de la noblesse. Je vous conjure de seconder mes 
vues en vous affermissant de plus en plus dans la vraie piété et 
dans toutes les vertus et les observances de votre institut. Alors 
je n'aurai aucune inquiétude sur la bonne éducation des demoi- 
selles et sur les soins que vous devez en prendre. Le principal 
de cette œuvre est que toutes les Dames soient bien enracinées 
dans la perfection de leur état, ou du moins qu'elles ne cessent 
d'y tendre. — Il est impossible, dit madame de Maintenon, qu'elles 
ne soient pas d'excellentes Dames de Saint-Louis, après de si so- 
lides instructions. — Je ne suis pas assez éloquent, reprit le roi, 
pour les bien exhorter; mais j'espère qu'à force de leur bien ré- 
péter les motifs de cette fondation, je les persuaderai et les en- 

1 Lettre du duc de Chaulnes, du 16 décembre 1689, à madame de Maintenon, 
dans les Mémoires de Saint-Cyr. 

2 Bref d'Alexandre VIII, du 18 février 1691 (archives de la préfecture de Ver- 
sailles.— Ce pontife envoya Tannée suivante un autre bref à madame de Maintenon, 
que nous donnons a l'appendice sous la lettre E. 



<08 CHAPITRE Vil. 

gagerai à y être toujours fidèles. Je n'épargnerai ni mes visites 
ni mes paroles, pour peu que je les croie utiles à produire ce 
bel effet. — Vous ne devez pas, Sire, vous repentir de toute la 
dépense que vous avez faite pour cette fondation, puisqu'elle 
tourne si heureusement à la gloire de Dieu. — Bien loin de m'en 
repentir, si c'était à recommencer, je le ferais encore du meilleur 
de mon cœur. — Ce qui doit faire grand plaisir à Votre Majesté, 
reprit madame de Maintenon, c'est que le plus grand nombre des 
jeunes personnes qui passeront ici vivra et mourra dans l'inno- 
cence, et que quantité se consacreront à Dieu pour toute leur 
vie. — Ah! dit le roi, si je pouvais en donner autant à Dieu que 
je lui en ai ravi par mes mauvais exemples l ! » 

Cependant l'union de la manse de Saint Denis à Saint-Cyr exi- 
geait un grand nombre de formalités et de procédures. Le pape, 
en adressant ses bulles à l'archevêque de Paris, ne cacha pas son 
regret d'unir un bien ecclésiastique à une maison séculière, et en 
ordonnant l'enquête voulue par les canons , il témoigna l'espoir 
qu'elle pût servir à transformer la maison en monastère régulier. 
Cette enquête fut faite par le nonce du pape et l'évêque de 
Chartres , et douze personnes de distinction y furent appelées en 
témoignage : ce furent les évêques de Meaux (Bossuet), d'Aleth 
et d'Auxerre , les abbés de Fénelon et de Langeron , précepteur 
et sous-précepteur des petits-fils du roi, les ducs de Beauvilliers, 
de Gesvres et de Noailles, les intendants des finances (depuis mi- 
nistres) Lepelletier et Pontchartrain , etc. Ils déposèrent « qu'ils 
considéraient la maison de Saint-Louis comme tout ce qui se 
pouvait faire de plus avantageux et de plus grand pour les filles 
de pauvre noblesse; que ces jeunes plantes, se répandant ensuite 
dans les différents états de la vie, porteraient partout l'exemple et 
les préceptes d'une conduite vraiment chrétienne ; qu'un ouvrage 
si saint ne pouvait être affermi sans un revenu fixe ; que les bien 
de la manse abbatiale de Saint -Denis seraient mieux employés à 

1 Languet, t. i er ; p. 440. — Manuscrit de la Bibliothèque nationale (supplément, 
F. 2094). 



LA MAISON DE SAINT-LOUIS CHANGEE EN MONASTERE. 109 

l'éducation de la noblesse française qu'à l'utilité d'une seule per- 
sonne, etc. 1 » Après cette enquête, le roi donna des lettres 
patentes portant confirmation de la bulle d'union, lesquelles 
furent registrées le 21 novembre \ 692 2 . 

Cette affaire fit penser sérieusement à la transformation de la 
maison de Saint-Louis en monastère; mais ce fut principalement 
à l'abbé Dcsmarets que fut due cette transformation. 

L'abbé Desmarets avait pris, par sa rigoureuse vertu et sa piété 
sévère, un ascendant marqué sur madame de Maintenon. « C'é- 
tait, dit Saint-Simon, un grand homme de bien, d'honneur, de 
vertu, théologien profond, esprit sage, juste, net, savant d'ail- 
leurs, et qui était propre aux affaires sans pédanterie, sachant 
vivre et se conduire avec le grand monde, sans s'y jeter et sans 
en être embarrassé 3 . Madame de Maintenon demanda à Louis XIV 
de le nommer évêque de Chartres. La roi y consentit : « il n'avait 
jamais vu l'abbé Desmarets; personne à la cour ne savait son 
nom; il n'y eut donc que les honnêtes gens qui applaudirent à ce 
choix; quant à l'élu, il en fut véritablement affligé 4 , » et n'ac- 
cepta que sur les supplications de madame de Maintenon, qui lui 
remontra tout le bien qu'il pouvait faire à Saint-Cyr, et par Saint- 
Cyr à toute l'Église. 

Le sacre du nouvel évoque ne put se faire que deux ans après, 
à cause des différends de Louis XIV avec la cour de Rome. Cette 
cérémonie eut lieu à Saint-Cyr, et se fit avec beaucoup d'éclat et 
de pompe. Les prélats consacrants étaient l'archevêque de Paris 
(Harlay de Champvallon), l'évoque de Meaux (Bossuet), et l'évoque 
(F Amiens (de Broue 5 ). « Nos belles voix s'y firent remarquer, 
disent les Mémoires, entre autres mesdemoiselles de Beaulieu, 

1 Languet, i er , p. 441 . 

- Voir les pièces aux archives de la préfecture de Versailles. 

y Mémoires, t. vu, p. 402. 

4 Lettre de madame de Maintenon du 6 juin 1690. 

5 « Ce dernier avait eu l'évêché d'Amiens bientôt après un sermon qu'il fit ici k 
jour de la Saint-Louis : je ne veux pas dire que ce soit ce sermon qui lui ait valu un 
évêché, mois ceux qui pouvaient parvenir à ces dignités étaient bien aises de se 
faire connaître à madame de Maintenon. » [Mémoires de Saint-Cyr, chai), xix.) 



110 CHAPITRE VII. 

do La Haye, de Champigny, qui avaient brillé à la tragédie 
d'Esther; le chant fui trouvé très-beau par toute l'assemblée : il 
était de la composition de M. Nivers, organiste de la chapelle 
du roi et le nôtre, et maître de la musique de la reine 1 . » 

Cependant l'abbé Gobelin était devenu vieux, malade et inu- 
tile à madame de Maintenon. « Il prit une si grande crainte de 
moi, raeonlc-t-elle, il me traita avec tant de respect, il m'em- 
barrassa si fort par la contrainte que mon élévation lui donnait, 
que, de continuelles infirmités se joignant à toutes ces raisons, 
je fus obligée de me priver de ses conseils. » Elle hésita alors, 
pour la direction de sa conscience, entre le père Bourdaloue, 
l'abbé de Fénelon et l'évoque de Chartres. Bourdaloue était venu 
quelquefois prêcher à Saint-Cyr, et y avait produit autant d'effet 
qu'à la chapelle de Versailles ou aux Jésuites de la rue Saint- 
Antoine : madame de Maintenon s'adressa d'abord à lui; mais 
après qu'il lui eut écrit quelques lettres d'une grande sagesse, et 
qui furent conservées par les Dames 2 , il lui déclara qu'à cause 
de ses sermons il ne pourrait la voir que tous les six mois. Elle 
renonça donc « à ce saint et savant prédicateur, en redoublant 
d'estime pour lui; » et alors elle pensa à l'abbé de Fénelon. 
L'auteur du Traité de l'Éducation des Filles avait été consulté par 
madame de Maintenon sur les constitutions de Saint-Cyr; elle 
l'avait souvent appelé dans cette maison pour y faire des prédi- 
cations; elle lui avait demandé des instructions spéciales poul- 
ies demoiselles et dont celles-ci faisaient des manuscrits 3 . C'était 



1 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xix. 

2 Elles sont dans le recueil des Lettres édifiantes et dans la collection de La- 
beaumelle. 

a Voici un morceau de ces instructions où il glorifiait les vertus de la primitive 
Église comme un modèle que Saint-Cyr devait imiter. 

« On se taisait, on priait, on travaillait sans cesse des mains, on obéissait aux pas- 
teurs; point d'autre joie que celle de notre bienheureuse espérance pour l'avènement 
du grand Dieu de gloire; [joint d'autres assemblées que celles où l'on écoutait les pa- 
roles de la foi; point d'autre festin (pic celui de l'Agneau suivi d'un repas de charité; 
point d'autres pompes (pie celles des fêtes et des cérémonies; point d'autres plaisirs 
(pie celui de chanter les psaumes et les sacrés cantiques; point d'autres veilles que 



LA MAISON DE SAINT-LOUIS CHANGÉE EN MONASTÈRE. III 

le saint de la cour; il dirigeait la conscience des dames les plus 
vertueuses, et il exerçait sur madame do Maintenon, comme sur 
toutes les personnes qui l'approchaient, un charme tout-puissant 
par sa piété si douce et si tendre, son éloquence pénétrante sur 
les choses saintes, la finesse de son esprit, la richesse de son ima- 
gination, la grâce et l'attrait de ses manières et de toute sa per- 
sonne , enfin par sa vertu si pure et si solide qu'au milieu des 
écueils les plus grands elle ne fut jamais soupçonnée. Madame 
de Maintenon avait fortement contribué à le faire nommer pré- 
cepteur des enfants de France; mais il désirait diriger la con- 
science de cette dame, espérant arriver par elle jusqu'aux conseils 
du roi, car il se croyait des talents d'homme d'État, et il avait 
en effet sur la politique des vues , sinon praticables , au moins 
fort étendues. Il s'empressa donc de répondre à ses ouvertures , 
et il lui envoya plusieurs écrits sur la manière dont elle devait 
se conduire dans le poste où la Providence l'avait placée, écrits 
séduisants par le raffinement du style, la souplesse des pensées 
et la délicatesse des éloges. Madame de Maintenon en fut d'abord 
charmée; puis, avec sa solidité ordinaire, elle s'inquiéta de l'af- 
fection que lui inspirait ce directeur qui la conduisait au ciel par 
un chemin semé de fleurs; elle s'en inquiéta davantage lorsque, 
dans un avis qu'elle lui avait demandé sur ses défauts , il lui 
donna des conseils à l'égard du roi où le caractère et la personne 
de Louis XIV étaient traités sans ménagement, en même temps 
que l'ambition et les vues politiques du précepteur du duc de 
Bourgogne étaient à peine dissimulées *. Elle cessa de lui de- 
mander des conseils, mais elle ne put s'y résoudre sans se faire 
violence : elle continua de le voir, de l'appeler à Saint-Cyr, de 
l'y faire régner par ses écrits qui passionnaient les Dames et leurs 
élèves, enfin de lui marquer en tout une affection pleine d'estime. 

celles où l'on ne cessait de prier. beaux jours! quand vous reverrons-nous? qui me 
donnera des yeux pour voir la gloire de Jérusalem renouvelée? C'est à Saint-Cyr que 
ce bonheur est réservé , et la peinture que je viens de faire doit être la règle des 
demoiselles. » (Lettres édifiantes, t. vi, p. 227.) 
1 Languet, t. i« r , p. 175. 



112 CHAPITRE VIL 

Alors elle se tourna vers Desmarets, homme froid, sec, aus- 
tère, dont l'extérieur était propre à éloigner, qui ne mettait 
ni grâce ni élégance dans ses instructions, mais qui lui parut 
si sage qu'elle le crut l'homme marqué de Dieu pour elle et pour 
Saint-Cyr. L'évêque de Chartres refusa d'abord et n'accepta que 
sur les instances de ses amis : alors elle en fit « le dépositaire de 
son cœur et de son àme, pour qui elle n'eut jamais rien de caché. 
Elle l'approcha du roi pour contre-balancer le père de La Chaise 
et les jésuites, qu'elle n'aimait pas, dans la distribution des béné- 
fices, et elle l'avança jusqu'à ce point qu'il devint le confident de 
leur mariage : il en parlait et en écrivait souvent au roi, le louant 
d'avoir une épouse si accomplie 1 . » 

L'influence qu'exerça Desmarets sur madame de Maintenon 
et sur Saint-Cyr fut très -grande, mais non pas de tous points 
heureuse. Cet homme, d'une charité et d'une austérité vraiment 
évangéliques, avait, quoi qu'ait dit Saint-Simon, un esprit étroit 
et des vues bornées : c'était plutôt un vertueux moine qu'un 
grand prélat. Il s'attacha trop à faire de madame de Maintenon 
une sorte de religieuse uniquement occupée de son salut et de 
celui du roi, passant toute sa vie tantôt en pratiques de piété, 
tantôt en discussions d'affaires ecclésiastiques; il en fit trop l'in- 
strument du clergé, « la femme d'affaires des évêques, » et une 
sorte de « mère de l'Église. » De même pour Saint-Cyr : au lieu 
de voir dans cette maison, comme l'avait vu Louis XIV, un éta- 
blissement non moins utile à l'État qu'à la religion, il n'y vit 
qu'un couvent qu'on devait rendre aussi régulier et plus parfait 
que tous les autres, et presque uniquement un séminaire à former 
de saintes religieuses. 

C'est dans cette pensée qu'il travailla à changer la maison de 
Saint-Louis en monastère de l'ordre de Saint-Augustin. 

Dès l'origine de sa fondation, madame de Maintenon avait 
pensé à ne mettre à Saint-Cyr que des religieuses engagées par 

1 Saint-Simon, t. vu, p. 402, 



LA MAISON DE SAINT-LOUIS CHANGÉE EN MONASTÈRE. 113 

des vœux, solennels; elle y pensa davantage lorsqu'elle vit les 
défauts de l'éducation donnée aux demoiselles, et qu'elle re- 
connut que l'établissement manquait par la base, c'est-à-dire 
par l'Institut même des Dames de Saint-Louis. C'est alors que 
Desmarets lui représenta que les personnes qui étaient chargées 
de mettre en pratique la fondation pouvaient seules lui donner 
de la stabilité; que cette stabilité ne pourrait être obtenue avec 
les vœux simples, qui laissaient une porte ouverte à l'inconstance 
de l'esprit humain, et donnaient naturellement aux Dames, sur- 
tout quand elles venaient à hériter de leurs parents, des tenta- 
tions de changement et de retour dans le monde ; qu'il arriverait 
souvent que les meilleures d'entre elles, mécontentes de la vie 
imparfaite qu'elles menaient dans une maison séculière, la quit- 
teraient pour une vie plus stable, plus austère et plus contem- 
plative dans de vrais monastères, et qu'on perdrait ainsi des filles 
propres aux classes et si difficiles à former; qu'il fallait les at- 
tacher par des liens indissolubles à la maison, pour qu'elles pus- 
sent faire tout le bien qu'on attendait d'elles avec un dévouement 
entier; enfin, leur imposer à perpétuité le devoir de l'éducation 
des demoiselles, pour que cette éducation devînt aussi parfaite 
que possible. Madame de Maintenon goûta ces raisons, mais 
elle en avait d'autres plus humaines et qui regardaient la sûreté 
du temporel. Elle craignait qu'à la mort de Louis XIV cette 
fondation si grande et si richement dotée , la dernière en ce genre 
qu'aient faite les rois de France, ne fût attaquée par les nom- 
breux ennemis de sa faveur, qu'elle ne fût mal défendue par 
les parlements, surtout si le relâchement venait à s'y intro- 
duire, sous le prétexte qu'elle n'appartenait pas à un ordre 
régulier, et qu'enfin elle ne fût abolie. SainWCyr avait déjà l'appui 
de la noblesse, elle voulut lui donner l'appui du clergé, ce qui, 
avec la royauté qui l'avait fondé, le mettait sous la protection 
des trois puissances de l'État : on avait là-dessus l'exemple de 
plusieurs abbayes qui avaient traversé sans ébranlement toutes 
les révolutions. Elle croyait donc que si l'on transformait Saint- 

15 



m CHAPITRE VIL 

Cyr en couvent régulier, on lui donnerait les conditions d'exis- 
tence, les immunités, l'indépendance et la stabilité dont jouissaient 
les biens de l'Eglise dans le royaume très-chrétien. 

Nonobstant ces graves considérations, madame de Maintenon 
hésita : le premier état de la fondation convenait mieux à ses 
habitudes du monde, à la tournure de son esprit et au plan d'édu- 
cation qu'elle avait d'abord formé. Elle savait d'ailleurs le chagrin 
.qu'elle ferait aux Dames de Saint-Louis par ce changement si 
dur et si imprévu pour elles. A sa demande, l'évêque de Chartres 
consulta plusieurs ecclésiastiques de grande vertu , le supérieur 
de Saint-Lazare, les abbés Tiberge et Brisacier, supérieurs des 
Missions-Étrangères et confesseurs extraordinaires de la maison de 
Saint-Louis, Tronçon, curé de Saint-Sulpice, etc. Ils furent tous 
d'avis d'exiger des Dames des vœux solennels et d'unir Saint-Cyr 
à l'un des ordres institués dans l'Église. Alors madame de Main- 
tenon en parla au roi; mais celui-ci résista* : « il n'avait pas voulu , 
disait-il , faire des religieuses; il n'aimait ni l'habit ni les manières 
des couvents ; le monde regarderait ce changement comme une 
inconstance de gens qui ont mal pris leurs mesures, on rirait 
d'eux. » Madame de Maintenon ne le combattit pas; « avec cette 
indifférence apparente, dit Languet, et cette soumission résignée 
qui plaisent toujours à ceux qui ont l'autorité, elle lui laissa le 
loisir de réfléchir sur les motifs qu'elle lui avait exposés *, » et 
néanmoins lui conseilla de prendre l'avis de l'évêque de Meaux et 
d'autres gens de bien. Louis le fit et les trouva tous du sentiment 
de madame de Maintenon , principalement pour ce qui regardait 
l'affermissement du temporel de la fondation. Alors il donna son 
consentement, mais en disant que « c'était contre son inclination 
et sous la condition qu'on ne changerait rien au costume des 
Dames; qu'on n'ajouterait rien à leurs obligations; enfin, que la 
maison, tout en faisant partie d'un ordre régulier, garderait son 
existence et ses constitutions particulières. » — « On dira que nous 

1 Languet, t. 1 er , p. 448. 



LA MAISON DE SAINT-LOUIS CHANGÉE EN MONASTÈRE. 115 

avons mal pris nos mesures, ajouta-t-il , mais il n'importe : il 
faut aller au plus grand bien, et laisser juger aux hommes ce 
qu'il leur plaira l . » 

Cependant le bruit du changement projeté avait couru à Saint- 
Cyr et excité l'inquiétude de la communauté; mais on n'en 
parlait encore qu'en secret, lorsque l'évêque de Chartres arriva 
dans la maison et appela successivement toutes les Dames auprès 
de lui pour les instruire de la résolution qu'on avait prise et 
savoir le sentiment de chacune d'elles en particulier. « Il nous 
parla à toutes, les unes après les autres, racontent les Mémoires, 
nous fit voir le peu de fond qu'il y avait à faire sur nos vœux 
simples, les raisons qu'on avait de nous en demander de solen- 
nels; déclarant d'ailleurs qu'on ne voulait contraindre personne, 
et que nous étions libres ou de rester à Saint-Cyr comme nous 
étions, ou d'aller dans d'autres couvents, ou de rentrer dans le 
monde ; que dans tous les cas le roi pourvoirait à notre subsis- 
tance par une dot ou une pension. » Les pauvres Dames interro- 
gées ainsi à l'improviste, l'une après l'autre, sans avoir le loisir 
d'une réflexion, donnèrent leur consentement, quelques-unes 
sans hésiter, la plupart avec répugnance ; une seule sur vingt- 
cinq demanda à se retirer. « L'évêque écrivait nos réponses , 
ajoute notre historienne, et nous les fit signer; puis il nous imposa 
le silence, ne voulant pas que nous nous communiquassions ce 
que nous lui avions dit. Il nous exhorta fort à nous tranquilliser, 
et s'en alla nous laissant assez pensives. » 

A travers les réticences pleines de douceur et d'humilité que 
renferment les Mémoires des Dames, on voit clairement qu'elles 
furent très-affligées et du changement qu'on avait résolu, et du 
consentement qu'on venait de leur surprendre : « elles n'avaient 
pas prévu, pensaient-elles, en s'engageant six années aupar- 
avant, qu'on put jamais leur demander davantage; » elles se 
voyaient exposées à recommencer un noviciat, c'est-à-dire un 

' Mémoires de Saint-Cyr. chap. \ix. — Manuscrit (supplément F. 2094) do la 
Bibliothèque nationale. 



116 CHAPITRE VII. 

examen pénible qui pouvait aboutir à un renvoi; elles étaient 
pauvres, orphelines, sans appui, et n'avaient que le choix ou 
de quitter le magnifique asile où elles se trouvaient si heureuses, 
ou d'y rester à des conditions mortifiantes. Ces réflexions des 
Dames de Saint-Louis causèrent dans la maison un trouble d'au- 
tant plus grand, qu'à cette époque Saint-Cyr était devenu le 
centre et le refuge du quiétisme, hérésie dont nous aurons à faire 
l'histoire, et qui compliqua l'œuvre si difficile de la réforme. 

Aussi madame de Main tenon vint à son tour exhorter ses chères 
filles. Elle leur dit que l'établissement étant fait uniquement pour 
les demoiselles , on n'y avait ajouté des religieuses que pour leur 
servir de mères et de maîtresses; que les devoirs qu'imposaient 
ces titres devant être perpétuels, on n'avait pas trouvé de moyen 
plus propre à fixer leur tendresse et leur zèle que de leur deman- 
der des vœux solennels. « Mais en vous faisant religieuses , 
ajouta-t-elle , on a compris que vous seriez entièrement diffé- 
rentes des autres , et l'on vous déchargera de la grande quantité 
de prières et d'austérités qui pourraient vous détourner de votre 
bonne œuvre. » 

Les Dames ne répondirent à cette exhortation qu'en tâchant 
de « calmer leur inquiétude par la résignation à la volonté de 
de Dieu et l'abandon à la Providence. » — « Avec une docilité que 
le roi trouva admirable , dit l'une d'elles, car il sentait que cela 
devait nous faire bien de la peine, » elles se soumirent à faire un 
noviciat nouveau, sous la promesse qu'elles seraient consultées 
sur leur vocation après un espace de six mois, et qu'il leur serait 
permis de présenter des observations sur tous les changements 
proposés. Alors elles adressèrent une supplique au pape pour le 
changement de l'Institut de séculier en régulier (27 août \ 692) l . 
Le pape donna son consentement et chargea l'évêque de Chartres 
de l'exécution (30 septembre). Le roi, par ses lettres patentes 
du 13 novembre 1692, ayant approuvé le bref pontifical , l'évê- 

1 Archives de la préfecture de Versailles. 



LA MAISON DE SAINT-LOUIS CHANGÉE EN MONASTÈRE. \\ï 

que de Chartres fit la visite de la maison pour s'assurer qu'elle 
était capable de renfermer une communauté régulière (221 no- 
vembre) ! ; et, après cette visite, il érigea la maison de Saint-Louis 
en monastère régulier de Tordre de Saint- Augustin (1 er décembre). 
Alors la supérieure et les officières, avec une humilité parfaite 
et en se mettant à genoux devant la communauté, donnèrent leur 
démission. On fit venir du couvent de Sainte-Marie de Chaillot, 
qui appartenait à l'ordre de la Visitation, fondé par saint Fran- 
çois de Sales, la supérieure et deux religieuses dudit couvent : la 
supérieure 2 , pour gouverner temporairement la maison de Saint- 
Louis; les deux religieuses, pour conduire le noviciat. Ces reli- 
gieuses furent reçues en grande cérémonie par toute la maison; 
on les logea dans l'appartement réservé; madame de Maintenon 
céda son logement pour y établir le noviciat, et elle alla habiter 
la salle de communauté. Toutes les Dames de Saint-Louis , en 
plein chœur et devant les demoiselles assemblées, se dépouil- 
lèrent de leur grand manteau, de leur voile, de leur croix 
d'or, et à genoux, prirent humblement l'habit des novices. On 
admit avec elles au noviciat six demoiselles et six sœurs con- 
verses. Alors les pauvres filles furent soumises à l'exercice de 
toutes les vertus et de toutes les pratiques du cloître , à l'obéis- 
sance la plus absolue, aux travaux les plus rebutants de la 
maison, aux humiliations les plus propres à faire mourir l'or- 
gueil , à toutes les marques du plus entier renoncement au monde 
et à soi-même. Les religieuses de Chaillot ne leur épargnèrent 
aucune épreuve, aucune austérité, et madame de Maintenon ne 
chercha point à tempérer l'observation de toutes ces petitesses, 
de toutes ces misères monacales qui lui paraissaient maintenant 
indispensables pour arriver à la stabilité; elle espérait, en leur 

1 Nous insérons dans l'appendice à la lettre F le procès-verbal de cette visite , au 
moyen duquel nous avons pu rétablir le plan détaillé de la maison de Saint Louis : 
nous l'avons trouvé dans les archives de la préfecture de Versailles. 

3 Elle se nommait Anne Priolo et était fille de Benjamin Priolo , secrétaire du duc 
de Longueville, qui a écrit en latin une histoire très-estimée des troubles de la mino- 
rité de Louis XIV, sous ce titre : Benjamini Prioli ab excessu Ludovici XIII de rébus 
Gallicis historia. Venise, 4 vol. in-i°. 



IIS CHAPITRE VII. 

faisant « immoler ce qu'il y a de plus cher en l'homme, sa liberté 
et sa volonté 1 , » plier leur esprit, leur raison, toutes leurs fa- 
cultés à remplir leur vocation, enfermer leurs idées dans une 
seule idée, le devoir de l'éducation des demoiselles, qui devait 
absorber toute leur vie et d'où dépendait leur salut, enfin donner 
à la maison de Saint-Louis le corps d'institutrices le plus dévoué, 
le plus uni, le plus parfait. 

Les nouvelles novices se montrèrent, dans cette dure épreuve, 
d'une docilité angélique et qui témoigne que madame de Main- 
tenon s'était exagéré leurs défauts et les vices de l'institution : 
« Nous les avons trouvées, écrivirent les religieuses de Chaillot, 
bien différentes du portrait qu'on nous en avait fait. Nous en 
avions même grand'peur, car nous croyions trouver des filles 
fières, enflées de leur faveur, qui se piquaient de bel esprit, 
accoutumées à faire des discours étudiés. Nous pouvons assurer 
que, bien qu'elles ne fussent pas cloîtrées, elles ne laissaient pas 
de remplir les pratiques essentielles de la vie religieuse; car il 
est certain qu'il n'y a point de communauté, même parmi les 
régulières, qui vive dans une plus grande séparation du monde. 
Elles allaient rarement au parloir, et n'y allaient que pour leurs 
plus proches parents et pour peu de temps; elles ne parlaient 
quasi jamais aux personnes qui entraient chez elles, et elles évi- 
taient tellement leur rencontre, qu'elles passaient pour farouches. 
Elles étaient simples et sans hauteur, et nous ne concevons pas 
ce qui a pu donner lieu à ce qu'on nous avait dit. Dans le temps 
qu'on y jouait les tragédies ÏÏEsther et à'Athalie devant le roi et 
toute la cour, elles se retiraient dans les tribunes pour prier 
Dieu. Il fallut un ordre exprès du roi pour les y faire venir, et 
on remarqua qu'elles y avaient les yeux baissés, et que la plu- 
part y faisaient oraison ou disaient leur chapelet 2 . » 

Cependant on avait chargé les abbés Tiberge et Brisacier de 
revoir les constitutions pour les accommoder aux nouvelles obli- 

1 Constitution II e , art. 1 er . 

2 Lan?uot, t. I er , p. 1G0. 



LA MAISON DE SAINT-LOUIS CHANGEE EN MONASTÈRE. 149 

gâtions de l'Institut; quand l'évêque de Chartres eut approuve 
leur travail, on le donna à lire et à commenter au noviciat, 
pour que, rien n'étant fait que du consentement des Dames, elles 
pussent le suivre avec plus d'amour et de fidélité, « puis demeurer 
fermes et ne rien innover, quand bien même il serait meilleur l . » 
Tous les articles furent ainsi expliqués en présence de madame de 
Maintenon, librement discutés par tout le noviciat, mis aux voix 
et adoptés 2 . On fit de même pour les règlements explicatifs des 
constitutions, Y ordre des classes, écrit tout entier par madame de 
Maintenon, les règlements des diverses charges, les règlements 
des conseils et des offices, le livre des usages, etc. Quand tout 
cela eut été adopté : « Il ne vous manque plus rien pour votre 
instruction et votre sanctification , leur dit la fondatrice. Faites 
donc de l'Évangile, de votre règle, de vos constitutions, de vos 
règlements, de votre cérémonial, de vos usages et des conseils 
qui vous ont été donnés , comme un rempart qui vous défende 
à jamais de l'esprit du monde, de toute nouveauté et de toute 
doctrine étrangère 3 . » 

En définitive , les constitutions furent plus sévères qu'elles ne 
l'étaient auparavant; elles imposèrent aux Dames plus de prati- 
ques et de mortifications ; elles leur donnèrent une vie plus péni- 
ble, plus minutieusement occupée, où elles ne s'appartenaient 
pas un seul instant, et pour laquelle il fallait une vocation bien 
déterminée; néanmoins, elles ne renfermaient aucune obligation, 
aucune austérité qui fût nuisible à l'éducation des demoiselles; 
malgré la tristesse et la froideur monacales dont elles semblent 
pleines, elles établirent si fortement l'Institut des Dames de Saint- 
Louis, elles lui donnèrent de telles conditions de discipline, de 
liberté et d'égalité chrétienne , qu'elles ont eu la gloire de vivre 
autant que les ordonnances civiles de Louis XIV : les unes et les 
autres ne sont mortes qu'avec la monarchie. 

1 Lettre du il octobre 4693. 

2 Mémoires de Saint-Cyr, cliap. xxn. 

3 Lettres édifiantes^ t. Tj p. 68?. 



180 CHAPITRE VIL 

Madame de Maintenon demanda au roi d'appuyer de sa pré- 
sence et de sa parole les changements proposés. Louis XIV ne 
regardai! comme au-dessous de lui aucun détail de la maison 
de Saint-Cyr ; il vint donc encourager les Dames dans leurs épreu- 
ves; il s'entretint avec elles ainsi qu'avec les religieuses de 
Chaillot, leur recommandant « l'humilité, qui est le propre de leur 
état, » les exhortant à observer la régularité et à ne prendre 
que de bons sujets. Mais dans le récit un peu puéril que les Dames 
nous ont laissé de cette visite, on sent qu'il voyait le change- 
ment avec froideur, qu'il n'y avait donné son consentement qu'à 
regret; enfin, et quoique les choses de religion fussent alors des 
sujets ordinaires d'entretien, qu'il était embarrassé de parler de 
vertus de couvents et de règlements de religieuses. La vérité 
est que madame de Maintenon , en mêlant la personne royale ati 
petit événement du changement de Saint-Cyr en monastère, lui 
faisait perdre quelque chose de sa grandeur et qu'en donnant 
aux Dames de Saint-Louis un prédicateur en broderies, ainsi 
qu'elle appelait Louis XIV dans cet entretien , elle rapetissait le 
prince qui était en ce moment contre la moitié de l'Europe le dé- 
fenseur du catholicisme et du droit divin des rois. 

Pendant l'année du noviciat, madame de Maintenon se chargea 
de tout le gouvernement de la maison, et principalement des 
classes; mademoiselle Balbien, dont elle avait fait la gouvernante 
de sa nièce, fut établie supérieure de toutes les personnes sécu- 
lières et de toute l'administration extérieure; des filles de la com- 
munauté de Y Instruction de la rue Saint-Maur furent appelées pour 
être chargées du soin des demoiselles. Au bout de six mois 
d'épreuves, vingt des anciennes Dames de Saint-Louis décla- 
rèrent qu'elles voulaient continuer le noviciat; trois autres se 
retirèrent dans d'autres couvents; l'ancienne supérieure, l'humble 
madame de Loubert , persista dans ses vœux simples et resta dans 
cet état à Saint-Cyr; une cinquième rentra dans le monde et 
épousa un magistrat du Dauphiné. L'année étant achevée, celles 
qui étaient restées au noviciat furent successivement admises à 



LA MAISON DE SAINT-LOUIS CHANGÉE EN MONASTÈRE. 121 
faire profession, six le 11 décembre 1G93, sept le 1 er janvier, 
deux le 3 mars, une le 29 avril , cinq le 9 décembre 1 G94, etc. l . 

Au commencement de l'année 1694, la maison reprit son an- 
cienne forme avec plus de régularité. On fit élection d'une nou- 
velle supérieure, qui fut madame de Fontaines, et d'autres om> 
cières ; madame de Maintenon fut de nouveau déclarée supérieure 
honoraire , tant au spirituel qu'au temporel ; enfin les religieuses 
de Chaillot se disposèrent à quitter Saint-Cyr, excepté la maîtresse 
des novices , qui y resta encore pendant deux ans. Le roi vint 
consacrer de sa présence et de ses exhortations cet achèvement 
de la réforme : après avoir entendu les vêpres en grande céré- 
monie, sa musique étant dans l'église du dehors, il se rendit 
dans la salle de communauté , fit ses remercîments aux sœurs de 
Chaillot et ses compliments à la nouvelle supérieure, puis il 
dit : 

« Je vous recommande la fermeté à faire observer tout ce qui 
vient d'être établi , et d'accompagner cette fermeté d'une grande 
douceur. J'espère que les Dames feront toujours connaître, par 
leur soumission et leur obéissance, que c'est de bon cœur, et 
avec une pleine liberté, qu'elles se sont consacrées à Dieu, et 
qu'elles ne se contenteront pas d'être seulement de profession, 
mais qu'elles seront de cœur de très -parfaites religieuses; car il 
faut que chacun s'efforce d'arriver à la perfection de son état, 
et surtout les personnes qui, comme vous, mesdames, en font 
une étude particulière... Représenter son avis, et ensuite se sou- 
mettre, soutenir ce qui a été réglé contre son propre sentiment, 
quitter tout pour ne jamais quitter les demoiselles, voilà vos 
maximes. 

» Dans cette même conversation, ajoute l'historienne de Saint- 
Cyr, le roi nous recommanda expressément de bien prendre 

1 Voici leurs noms : Mesdames du Pérou, de Saint-Aubin, de Saint-Pars, de Gau- 
tier, de Fontaines, du Tour; mesdames de Buthery, de Roquemont, de Blosseville, 
de Veiihant, de Jas, de Montalembert, de Berval; mesdames de Radouay et de 
Montaigle; madame de la Maisonfort; mesdames de Bouju, de Sailly, de Fort, de 
Runcourt et de Champigny. 

16 



4-22 CHAPITRE Vil. 

garde au bon choix des sujets que nous admettrions à l'avenir, 
et répéta plusieurs fois : Il ne faut qu'un mauvais esprit pour 
gâter tout le bien qu'on a établi ici, et peut-être pour le détruire 
entièrement. N'ayez jamais de complaisance sur cet article, ni 
égard, ni considération : un mauvais esprit me fait peur par- 
tout l . )) 

A la suite de la réforme des constitutions, le roi décida par la 
déclaration du 3 mars 1694 : 4° que le nombre des religieuses, 
dames ou sœurs converses, serait porté de soixante à quatre- 
vingts , sans que néanmoins le nombre des dames professes ou 
novices pût dépasser quarante ; %° que les places de Dames de 
Saint-Louis qu'on avait dû donner en partie, faute de sujets, à 
des personnes étrangères à la maison, seraient dorénavant réser- 
vées toutes aux demoiselles de Saint- Cyr. Les autres articles 
portaient dispense des messes nombreuses ordonnées par les 
lettres patentes; règlement des preuves de noblesse que devaient 
fournir les demoiselles; règlement du conseil du dehors, des 
fonctions de l'intendant, et de toute l'administration du tem- 
porel. Cette administration était devenue importante par les 
acquisitions en fonds de terre, qui avaient été faites d'après les 
intentions de la fondation ; ainsi les Dames étaient devenues pro- 
priétaires des terres de Bucq, de Magny, de Yalery, de Guyan- 
court, de Redon, de Gomberville, de Voisins, etc. , terres dont 
elles échangèrent la moitié avec le roi contre le duché de Che- 
vreuse, et après l'acquisition desquelles elles ne reçurent plus 
que 21,000 livres de rente du trésor royal. 

Ces changements furent complétés quelques années après : 
1° par une augmentation de dotation de 30,000 livres à prendre 
sur les tailles de la généralité de Paris l , « augmentation jugée 
nécessaire, disent les Dames, pour nous aider à soutenir les 
charges de notre maison, qui sont beaucoup plus grandes qu'on 
n'avait cru au commencement de notre établissement 2 ; » %° par 

1 Languct, t. i, p. 475. — Mémoires de Saint-Cyr, chap. xxm. 

2 Déclaration du 20 mars U>98. 



LA MAISON DE SAINT-LOUIS CHANGÉE EN MONASTÈRE. 123 

une fondation spéciale de 60,000 livres à prendre annuellement 
sur les tailles de la généralité de Paris, et destinée à fournir aux 
demoiselles sortant de Saint-Cyr une dot de 3,000 livres, outre 
leur trousseau et leurs frais de voyage, afin de faciliter leur éta- 
blissement, soit par mariage, soit dans un couvent. Pour éviter 
que cette somme ne fût détournée de sa destination par les pa- 
rents des demoiselles, il fut réglé que celles-ci, à leur sortie de 
Saint-Cyr, étaient émancipées, et pouvaient disposer de leur dot, 
comme elles l'entendaient, sans l'agrément de leurs pères, mères 
ou tuteurs l . 

Ces ordonnances royales furent les derniers incidents de la ré- 
forme opérée à Saint-Cyr; nous pouvons donner maintenant un 
aperçu des constitutions et de l'éducation de cette maison. 

1 Cette somme de 3,000 livres n'était pas immuablement donnée à toutes les de- 
moiselles : comme il en sortait quelquefois par année plus de vingt, on la diminuait 
d'autant pour donner une dot à toutes, ou bien on l'augmentait pour les plus pauvres 
au moyen des épargnes que faisaient les Dames; c'étaient les conseils du dedans 
et du dehors qui réglaient cette répartition. 



CHAPITRE VI11. 



CONSTITUTIONS DE LA MAISON DE SAINT-CYR. 



La communauté de Saint-Louis se composait, comme nous 
venons de le voir, d'après la déclaration du 3 mars 1694, de 
quatre-vingts personnes, dont quarante Dames professes ou no- 
vices, choisies exclusivement parmi les demoiselles élevées à 
Saint-Cyr. 

Les postulantes ne pouvaient entrer au noviciat avant l'âge de 
dix-huit ans, et les novices faire profession avant l'âge de vingt 
ans. Les unes et les autres n'étaient admises au noviciat et à la pro- 
fession que par élection faite dans les assemblées capitulaires 
et après un examen de l'évêque et du supérieur spirituel, qui 
avait pour objet non leur savoir, mais leur vocation : « Une fille 
humble, intérieure, obéissante, disait madame de Maintenon, 
sera plus propre aux demoiselles qu'une autre qui serait savante 
dans toutes les bienséances du monde : les talents sont moins 
nécessaires à Saint-Cyr que la vertu l . » On apprenait aux novices, 
outre les pratiques de la vie religieuse, les matières de l'ensei- 
gnement avec quelques notions de médecine et de chirurgie 2 ; et 
« l'on ne devait recevoir à la profession aucune fille qui n'eût 
une inclination particulière pour les classes et qui ne s'y portât 
avec une grande ardeur \ » Après leur profession, les religieuses 

1 Lettres édifiantes } t. v, p. 4 36. 

2 La plupart des Dames savaient saigner. L'une des mères de l'Institut, madame 
de Radouay, était physicienne et chimiste, et Louis XIV lui fit faire un laboratoire 
que Labcaumelle dit avoir vu en 1731. Nous parlerons ailleurs de la science et des 
talents de madame de Glapion. 

3 Lettres édifiantes, t; v, p. 989. 



CONSTITUTIONS DE LA MAISON DE SAINT-CYR. 123 

restaient encore pendant quatre années sons la direction de Ja 
maîtresse des novices, et ce n'est qu'après cette deuxième 
épreuve qu'elles étaient vocales^ c'est-à-dire qu'elles avaient voix 
aux élections et assemblées capitulaires. 

Les Dames de Saint-Louis devaient passer toute leur vie à 
Saint-Cyr; elles n'en sortaient jamais, môme dans le cas de la 
plus mauvaise santé; elles ne pouvaient quitter cette maison pour 
aller dans d'autres couvents, même de l'ordre de Saint- Augustin. 
Toute communication avec le dehors leur était interdite; elles 
devaient éviter le commerce des parloirs, n'y aller qu'à regret, 
avec une ou deux compagnes, s'interdire l'usage des lettres, et 
n'en envoyer ou n'en recevoir que par les mains de la supé- 
rieure. Elles ne pouvaient admettre dans leur clôture que les 
princes de la famille royale et les évêques. Quelques visiteurs de 
distinction pouvaient être logés dans la cour du dehors, mais sans 
y être nourris; jamais les Dames n'ont donné à personne ni un 
repas ni une collation : «On ne peut réussir en tout, disait ma- 
dame de Maintenon à ce sujet; l'instruction est notre fort, notre 
faible est l'hospitalité. » Les Dames se servaient elles-mêmes, man- 
geaient dans un réfectoire commun et couchaient dans un dor- 
toir partagé en cellules, dont nous avons dit la disposition et 
l'ameublement. 

Les quarante Dames se partageaient les charges de la maison, 
qu'on divisait en grandes et petites. 

Les grandes charges , dites aussi à' officier es ou de conseillères ^ 
étaient celles de la supérieure, de l'assistante, de la maîtresse 
des novices, de la maîtresse générale des classes, de là déposi- 
taire. Ces charges étaient données à l'élection. 

La supérieure avait le gouvernement général de la maison sous 
la surveillance, pour le spirituel, de l'évêque de Chartres et 
du supérieur de Saint-Lazare, pour le temporel, d'un con- 
seiller d'État nommé par le roi et d'un conseil qu'on appelait 
conseil du dehors. Elle présidait au chœur, au réfectoire, au cha- 
pitre, aux élections; elle proposait les candidatures pour les 



126 CHAPITRE VIII. 

charges d'officières, nommait directement aux petites charges, 
réglait le service des sœurs converses, donnait les dispenses et 
permissions; elle avait la correspondance avec l'évêque de Char- 
tres et le conseiller d'État, signait tous les actes, tenait l'une 
des trois clefs des archives et du coffre à l'argent, etc. Elle 
devait donner l'exemple de l'observation des règlements, évitant 
toute distinction dans sa nourriture, son ameublement, ses ha- 
bits , faire aimer son autorité par un mélange de fermeté et de 
douceur, se rendre capable de passer du commandement à 
l'obéissance , enfin « être comme l'âme dans un corps qu'elle 
anime, soutient et conduit 1 . » D'ailleurs les constitutions auto- 
risaient les religieuses à recourir à l'autorité du roi et de l'évêque 
de Chartres si la supérieure venait à violer les règlements. 
« N'élisez pas vos supérieures , disait madame de Maintenon , 
parmi les zélées et les austères, mais parmi celles qui ont simple- 
ment l'esprit droit, modéré, sage et doux 2 . » 

La supérieure était élue pour trois ans et pouvait être réélue; 
mais au bout de cette deuxième triennalité, elle n'était rééligible 
qu'après les trois années d'exercice de la supérieure qui lui avait 
succédé. Aucune religieuse ne pouvait être nommée supérieure 
qu'à l'âge de quarante ans et après huit ans de profession 3 . 
L'élection n'était pas directe : le supérieur spirituel assemblait 
d'abord les cinq officières avec les trois plus anciennes professes; 
ces huit religieuses formaient une liste de candidates , lesquelles 
étaient proposées au choix des vocales. Tous les suffrages étaient 
donnés au scrutin secret. Ce système d'élection réussit si parfai- 
tement qu'il ne donna jamais à Saint-Cyr que des supérieures 
remarquables par leur caractère et leur vertu, et que l'Institut 
de Saint-Louis n'a pas cessé pendant un siècle d'être bien gou- 
verné. 

V assistante était l'adjointe ou la suppléante de la supérieure 

1 Constitutions de Saint-Cyr. 

2 Lettres édifiantes, t. v, p. 452. 

:J II v eut de nombreuses dispenses d'âge dans les commencements de la fondation. 



CONSTITUTIONS DE LA MAISON DE SA1NT-CYR. 127 

dans toutes ses fonctions. Elle tenait l'une des trois clefs des 
archives et du trésor. 

La maîtresse des novices était chargée de disposer à la vie reli- 
gieuse les demoiselles qui aspiraient à être Dames de Saint- 
Louis. 

La maîtresse générale des classes était, comme son titre l'in- 
dique, la directrice de l'enseignement; elle avait sous ses ordres 
les maîtresses des classes, qui devaient s'inspirer de son esprit , 
gouverner d'après ses instructions, lui renvoyer la conduite des 
enfants, lui faire prononcer les grâces et les punitions. Mais ses 
fonctions ne se bornaient pas aux classes et à en maintenir les 
règlements; elle était, à proprement parler, la supérieure des 
demoiselles, leur intendante, leur chargée d'affaires, ayant à 
gouverner, sous l'autorité de la supérieure, tout ce qui se rap- 
portait à elles, soit au dedans, soit au dehors : études, nourri- 
ture, habillement, dot, même le choix qu'elles devaient faire d'un 
état de vie. « C'était, disait madame de Maintenon, leur protec- 
trice, leur avocate, leur procureur : leur protectrice en veillant 
dans la maison ou dans le conseil pour leurs intérêts , en épar- 
gnant pour augmenter leur bien, en empêchant, autant qu'elle 
le pouvait, qu'on détourne leur fonds, en faisant leur condition 
la plus avantageuse; leur avocate , en soutenant leurs droits et 
parlant pour elles et en leur faisant donner tout ce que la supé- 
rieure a ordonné pour leur nourriture, habits, meubles, commo- 
dités ; leur procureur, en plaçant leur argent, en le faisant valoir, 
en écrivant pour elles en toute occasion l . » 

Cette charge, comme on doit le penser, ne pouvait être rem- 
plie que par des religieuses aussi distinguées par leur caractère 
que par leurs talents : aussi toutes celles qui ont laissé un nom 
à Saint-Cyr, mesdames de La Maisonfort , du Pérou, de Glapion, 
de Berval, etc., l'ont exercée, et c'était le chemin ordinaire de la 
supériorité. 

1 Lettres et avis de madame de Maintenon aux religieuses de Saint-Louis sur 
les devoirs de leur état et le gouvernement des classes, p. 180, 



118 CHAPITRE VIII. 

La dépositaire avait, sous l'autorité de la supérieure et de l'in- 
tendant, le maniement général des recettes et des dépenses de la 
maison. Elle recevait les revenus, signait les quittances, donnait 
à l'économe l'argent de la dépense journalière et à l'intendant les 
sommes à payer au dehors, entretenait la correspondance avec 
les receveurs et fermiers, gardait les registres, titres, actes et 
autres papiers de la maison. Elle rendait compte mensuellement 
pour la dépense journalière au conseil du dedans, et annuellement 
pour la dépense générale à l'assemblée capitulaire et au conseil 
du dehors; elle avait, outre la clef du dépôt, l'une des trois clefs 
des archives et du trésor. 

L'assistante, la maîtresse des novices, la maîtresse des classes 
et la dépositaire étaient élues pour trois ans, mais elles pouvaient 
être continuées autant de fois que la communauté le jugeait à 
propos , et l'on a souvent vu à Saint-Cyr des religieuses exercer 
les grandes charges pendant trente ou quarante ans et jusqu'à 
leur mort. Quand l'une de ces charges devenait vacante, la supé- 
rieure proposait une liste de trois candidates sur laquelle le cha- 
pitre des vocales faisait son choix. 

La supérieure et les quatre officières composaient le conseil du 
dedans , lequel s'assemblait tous les quinze jours et traitait de 
toutes les affaires de la maison , sauf des plus importantes, qui 
étaient réservées aux assemblées générales ou capitulaires. Ce 
conseil ordonnait toutes les dépenses ordinaires; mais il ne pou- 
vait arrêter un marché qui dépassait 500 livres sans l'approba- 
tion du conseil du dehors. Toutes les décisions y étaient prises à 
la pluralité des voix. Dans les cas graves, l'évêque de Chartres 
et le conseiller d'État y assistaient. Madame de Maintenon, sur- 
tout dans les premiers temps de la fondation, manqua rarement 
d'y donner son avis. 

Les petites charges étaient à la nomination directe de la supé- 
rieure, qui devait néanmoins prendre l'avis du conseil du dedans. 
Les principales titulaires étaient : 

1° Les maîtresses des classes. C'était le corps enseignant pro- 



CONSTITUTIONS DE LA MAISON DE SA1NT-CYK. 129 

prement dit. Elles étaient chargées de l'instruction, de la con- 
duite et de la surveillance des demoiselles en tous lieux et dans 
tous leurs exercices, c'est-à-dire qu'elles les suivaient à l'église, 
aux classes, dans les jardins, qu'elles mangeaient avec elles au 
réfectoire, qu'elles couchaient près d'elles dans les dortoirs l , se 
levant même la nuit pour faire des visites; en outre, elles les 
instruisaient en toutes choses : religion, grammaire, musique, 
danse, etc. Les demoiselles étant partagées, comme nous le ver- 
rons tout à l'heure, en quatre classes, et chaque classe en cinq 
ou six bandes de huit ou dix élèves, il y avait une première maî- 
tresse à chaque classe, trois deuxièmes maîtresses aux cinq ou 
six bandes, outre deux ou trois grandes demoiselles qu'on pre- 
nait pour assistantes. Les classes et le soin direct des demoiselles 
occupaient donc près de la moitié des Dames professes ou novices. 
C'était le plus souvent en passant par là qu'on arrivait aux grandes 
charges; c'était aussi là que se réfugiaient celles qui les quit- 
taient, car dans l'Institut de Saint-Louis on montait, on descen- 
dait tour à tour, apprenant ainsi également à obéir et à com- 
mander. « Comme l'éducation des demoiselles , disaient les 
constitutions, est la principale fin de la maison et l'objet du vœu 
qui la distingue de tous les autres instituts, on choisira pour ce 
saint emploi des personnes bien remplies de l'esprit de leur voca- 
tion, qui joignent à des talents naturels un grand fonds de grâce 
et de vertu et qui, en formant l'esprit et l'extérieur des enfants, 
leur inspirent doucement et efficacement la piété 2 . » 

2° La maîtresse du chœur était chargée de conduire l'office 
divin, soit pour le chant, soit pour les cérémonies. 

3° V économe était chargée de faire toute la dépense de la mai- 
son, tant pour la nourriture que pour les habits et les bâtiments; 
elle recevait l'argent de la dépositaire et rendait ses comptes à 

1 Nous avons vu dans la description de la maison que les cellules des maîtresses 
des classes étaient dans les dortoirs des demoiselles. « Je regarde cette obligation , 
leur disait madame de Maintcnon, comme une si grande austérité, que je voudrais 
qu'il ne s'en pratiquât guère d'autres chez vous. » 

2 Constitution io e , art. 4. 

17 



430 CHAPITRE VIII. 

la supérieure, au conseil du dedans et aux assemblées capi- 
tulâmes. 

4° La secrétaire tenait la plume aux conseils et aux assemblées; 
elle avait le registre des délibérations, rédigeait les procès- ver- 
baux des élections et des professions , enfin avait le sceau pour 
les expéditions de la maison. 

5° La portière avait l'inspection de tout le dehors de la maison; 
elle ouvrait et fermait les clôtures, recevait les étrangers, les 
lettres, les messages, etc. Elle avait sous ses ordres des sœurs 
converses, dites tourieres, chargées de répondre à toutes les de- 
mandes du dehors. 

6° La sacristine avait l'intendance de l'église, des confessions, 
des communions , etc. 

Il y avait, en outre, une maîtresse générale des ouvrages pour 
tous les travaux d'aiguille, qui étaient grands et nombreux, une 
maîtresse générale des habits pour le soin et les travaux relatifs 
aux vêtements, une maîtresse du linge, une dépensière, chargée 
spécialement des réfectoires; une garde-meubles , une infirmière 
générale , une maîtresse de V apothicairerie , une bibliothécaire , etc. 
Comme on le voit, les quarante religieuses avaient toutes des 
fonctions spéciales et étaient continuellement occupées, ^t leur 
nombre aurait été insuffisant si elles n'avaient été aidées par un 
certain nombre de demoiselles et par les sœurs converses. 

Il y avait quarante sœurs converses , dont vingt seulement 
étaient professes ou novices; les vingt autres étaient de simples 
sœurs qui ne faisaient pas de vœux, étaient astreintes aux règle- 
ments, portaient l'habit de religieuse, mais pouvaient être ren- 
voyées à la volonté de la supérieure. Les converses qui avaient 
fait profession ne pouvaient jamais être chargées de l'éducation 
des demoiselles; mais on leur confiait ordinairement quelques- 
unes des petites charges. Des autres sœurs, il y en avait huit 
employées aux classes, quatre à l'infirmerie, deux aux portes, et 
les autres aux cuisines, réfectoires, buanderie, apothicairerie, etc* 
Aucune n'était attachée au service particulier des Dames. « 11 



CONSTITUTIONS DE LA MAISON DE SAINT-CYR. \U 

\ a u t mieux, leur disait Louis XIV, que les Dames se servenl 
elles-mêmes que d'être servies. L'obéissance sied mieux aux reli- 
gieuses que le commandement. En faisant ce qu'auraient fait les 
converses, vous pratiquerez une vertu de plus. » — « Les sœurs 
converses, disait madame de Maintenon, sont religieuses : regar- 
dez-les et traitez-les comme vos sœurs. N'ayez pas envers elles 
une conduite de maîtresses à l'égard de domestiques : la religion 
égale tout. Il n'y a de différence que dans les emplois : elles doi- 
vent faire la lessive et les autres gros ouvrages, comme vous 
faites le catéchisme aux demoiselles ! . » 

Outre le conseil du dedans, dont nous avons parlé, il y avait des 
assemblées capitulaires, où assistaient toutes les religieuses vocales 
pour les affaires importantes, la réception des novices, les élec- 
tions, les professions, les comptes généraux du temporel, etc. 

Enfin il y avait un conseil du dehors, qui était composé : d'un 
conseiller d'État nommé par le roi , d'un avocat au parlement 
de Paris, de l'intendant du temporel de la maison de Saint- 
Cyr, ces deux derniers nommés par le conseil du dedans; 
l'évêque de Chartres pouvait y assister. Ce conseil s'assem- 
blait tous les huit jours à Paris, chez le conseiller d'État, qui 
en était le président : il avait uniquement l'inspection et le con- 
trôle sur l'administration du temporel, sans pouvoir rien ordon- 
ner que du consentement des Dames. L'intendant y rendait 
compte de toutes les affaires relatives à l'administration. La place 
de président du conseil du dehors fut occupée d'abord par Pont • 
chartrain, contrôleur général des finances; puis, en 1699, par 
Chamillard, qui s'en démit quand il fut chargé des ministères de 
la guerre et des finances; puis, par Voisin, qui garda cette place 
même lorsqu'il fut ministre et jusqu'à sa mort. Après lui, elle fut 
occupée par le duc de Noailles, le maréchal de Villeroy, le pré- 
sident d'Ormesson, etc. Pour Chamillard et Voisin, ce fut le che- 
min par lequel ils arrivèrent au ministère. « On n'était pas fâché 

1 lettres édifiantes, t. v, p. SG7. 



132 CHAPITRE VIII. 

en ce temps-là, disent naïvement les Dames, d'être de notre con- 
seil du dehors, à cause de la relation que cela donnait à la cour 
et qu'on regardait la faveur de madame de Maintenon comme 
un moyen d'avancer sa fortune : c'est pourquoi on se faisait un 
mérite auprès d'elle des bons offices qu'on nous rendait et des 
attentions qu'on avait pour nous l . » 

Tel était le gouvernement de la maison de Saint-Cyr. Les con- 
stitutions s'attachèrent non-seulement à en régler et ordonner 
les diverses parties, mais à inspirer aux Dames l'esprit de la 
fondation en leur rappelant leurs devoirs de tous les jours, la 
perfection à laquelle elles devaient tendre, les vertus particulières 
à leur état, c'est-à-dire l'humilité, « source de tout le bonheur 
de la vie religieuse , » la modestie , « qui calme toutes les pas- 
sions, » l'amour du travail et de la régularité, et surtout les 
obligations qui découlaient de leur quatrième vœu. « Les Dames, 
disaient les constitutions, regarderont le vœu par lequel elles se 
sont consacrées à l'éducation des demoiselles comme l'article le 
plus essentiel de leur vocation, comme la fin qu'on s'est proposée 
dans leur établissement, comme l'emploi qui les distingue de 
toutes les autres communautés, enfin comme la plus importante 
et la plus indispensable de leurs obligations particulières. 

» Pour s'appliquer comme elles le doivent à l'accomplissement 
de ce vœu sacré, elles n'oublieront rien de ce qui peut les rendre 
capables d'un si saint exercice , et elles tâcheront de se perfec- 
tionner en esprit de grâce dans leurs talents et dans la manière 
de se bien acquitter des emplois qui leur seront confiés. 

» Elles comprendront que cette éducation s'étend à tous les 
soins qu'on peut prendre des enfants pour leur corps et pour leur 
âme, c'est-à-dire à les nourrir, les élever, les instruire, les for- 
mer, et les conduire jusque dans l'état de vie où il plaira à Dieu 
de les appeler 2 . Quel fruit ne fera pas dans tout l'État l'édu- 
cation de deux cent cinquante demoiselles, qui ayant connu 

1 Mémoires de Saint-Cyr, ch. xxvm. 

2 Constitution 5 e . 



CONSTITUTIONS DE LA MAISON DE SAINT-CYR. 133 

ici l'amour de Dieu et le bonheur qu'il y a de le servir, porte- 
ront cet esprit dans tant de pays et de familles l ! » 

Les constitutions furent commentées article par article dans les 
règlements, qui entrèrent dans les détails nécessaires pour l'ordre 
des exercices, les offices, les travaux, les repas, les dortoirs, les 
récréations. Voici ce que disait le règlement de l'éducation des 
demoiselles : 

« Comme l'éducation des demoiselles est la fin particulière de 
l'Institut des religieuses de Saint-Louis, elles comprendront que 
c'est à cela que se doivent rapporter tous leurs emplois , et pour 
ainsi dire toutes les actions de leur vie ; qu'elles sont obligées 
de quitter toutes les autres fonctions plutôt que de négliger cette 
éducation , dont elles sont si étroitement et si indispensablement 
chargées; qu'encore qu'elles portent le nom de maîtresses à 
l'égard des demoiselles, et qu'elles soient établies en effet pour 
les gouverner et pour les conduire, elles doivent néanmoins se 
regarder au fond du cœur et devant Dieu comme leurs servantes , 
prêtes à leur rendre, quand il le faudra, les services les plus 
pénibles et les plus abjects; enfin, que dans l'intention de leur 
fondateur, elles ne sont entrées et ne demeurent dans la maison 
que pour aider les demoiselles , vivant, pour ainsi parler, à leurs 
dépens , et ne subsistant que sur un bien qui a été donné pre- 
mièrement et principalement pour elles. 

» Elles donneront à l'éducation des demoiselles toute l'étendue 
qu'elle doit avoir, et ne négligeront rien de ce qui est propre à 
les former à la piété, aux bonnes mœurs, à la bienséance, au 
travail et à la science de toutes les choses qui leur conviennent; 
tout cela cependant dans les justes bornes que la prudence 
demande, et d'une manière qui ait rapport à l'état de pauvreté où 
elles sont nées et où elles doivent peut-être retourner. 

)) Mais ce qu'elles doivent observer sur toutes choses, c'est de 
se tenir dans une entière séparation à l'égard des demoiselles, 

1 Languet, t. n. p. 849. 



131 CHAPITRE VIII. 

jusqu'à ne leur pas dire une parole sans nécessité et sans per- 
mission, à moins que leur devoir ne les y engage; se ressouve- 
nant que rien ne serait plus contraire à l'esprit de leur vocation, à 
leur repos et au dégagement de cœur où elles doivent vivre, 
comme aussi au véritable bien des demoiselles et à l'autorité qu'il 
faut avoir pour les gouverner, que de contracter avec elles des 
amitiés et des liaisons, et de se laisser aller à quelque sorte de 
familiarité et d'amusement 1 . » 

Madame de Maintenon ne se contenta pas des prescriptions 
contenues dans les constitutions et les règlements, elle voulut 
expliquer elle-même à ses chères filles la grandeur et la sainteté 
de leur vocation, et c'est pour cela qu'elle écrivit F Esprit de 
l'Institut des fdles de Saint-Louis, petit livre plein de raison et de 
piété, qu'elle fit lire et approuver par Louis XIV 2 , et qu'on im- 
prima en tête des constitutions, pour que chaque religieuse pût 
le méditer à toute heure. Il fut même rendu public ainsi que les 
constitutions et les règlements, pour que toutes les maisons d'édu- 
cation pussent y chercher des enseignements 3 . On y sent à cha- 
que ligne le bon sens exquis, qui était la qualité principale de 
madame de Maintenon, et l'enthousiasme plein de foi que lui 
inspirait son œuvre. 

» Il n'y a, dit-elle, aucun institut de filles si propre que le vôtre aux 
grands desseins de Dieu. Vous devez former d'excellentes vierges 
pour les cloîtres, et de pieuses mères de famille pour le monde. 
En sanctifiant ainsi les deux principaux états de votre sexe, vous 
contribuerez à établir le vrai règne de Dieu pour tous les états 
et pour toutes les conditions; car on sait combien une mère de 
famille a de part à la bonne éducation de ses enfants; combien 
une femme prudente et vertueuse peut insinuer la religion dans 

1 Règlement v, p. 19. 

2 A la fin de ce petit traité on lit : « J'ai lu ce traité, qui explique parfaitement les 
intentions que j'ai eues dans la fondation de la maison de Saint-Louis; je prie Dieu 
de tout mon cœur que les Dames ne s'en départent jamais. Louis. » 

■'' Paris, Jean Anisson, 1699 et 1700. 



CONSTITUTIONS DE LA MAISON DE SAINT-CYR. 135 

le cœur de son mari ; combien une bonne maîtresse de pension- 
naires dans un couvent peut faire de bien sur les jeunes filles 
qu'elle gouverne. Il y a donc dans l'œuvre de Saint-Louis, si elle 
est bien faite , et avec l'esprit d'une vraie foi et d'un véritable 
amour de Dieu, de quoi renouveler dans tout le royaume la 
perfection du christianisme. 

» Pour réussir dans ce pieux dessein du roi votre fondateur, 
attachez-vous à inspirer aux demoiselles la crainte et l'amour de 
Dieu , moins par de beaux discours que par le silence , le recueille- 
ment, la modestie et la pratique des vertus pénibles. 11 faut 
qu'elles travaillent, qu'elles obéissent, qu'elles soient sobres, 
qu'elles ignorent le monde, qu'elles soient savantes dans la science 
de Dieu. Ne craignez point que des filles instruites avec cette 
simplicité soient incapables de vivre dans le monde : quand une 
lille aura bon sens a\ec une grande piété, elle sera bonne pour 
tout, elle sera fidèle à tous ses devoirs, et elle mettra en œuvre 
tout ce qu'elle aura de talents naturels pour se façonner... 

» Il ne vous est pas permis, mes chères filles, de vous 

regarder comme celles pour qui la maison est faite. Tout est 
aux jeunes demoiselles; la fondation est uniquement pour leur 
éducation; vous n'y êtes que pour elles; regardez-vous donc 
comme leurs servantes en Jésus-Christ. Vous n'avez droit de 
subsister dans la maison des demoiselles qu'autant que vous les 
servirez, que vous les instruirez, que vous les édifierez, que 
vous les sanctifierez. En vous regardant ainsi comme étant des- 
tinées de Dieu à leur service, vous ne devrez jamais vous regar- 
der comme maîtresses et propriétaires des grands biens attachés 
à leur maison. Le roi votre fondateur a ôté ces biens ou au peuple 
de son royaume, ou à l'Église qui les possédait. Il a donc pris 
ces grands biens sur des peuples pauvres et chargés et sur 
l'Eglise, qui tient en dépôt le patrimoine des pauvres, pour une 
œuvre très-sainte. Comment des filles qui ont fait vœu de pau- 
vreté oseraient -elles dissiper ce bien consacré pour contenter 
leurs fantaisies et pour se rapprocher du luxe du siècle ?..* 



136 CHAPITRE VIII. 

)> Travaillez sans cesse et faites travailler les demoiselles, 

mais à des ouvrages utiles à la maison , qui épargnent la dépense 
des ouvriers et leurs entrées dans la clôture... Votre journée est 
partagée en ces trois fonctions : \ ° vos exercices de piété et l'office 
du chœur tel qu'il est établi dans la maison , et que vous ne ferez 
jamais ni plus long, ni plus pompeux; 2° l'éducation des demoi- 
selles, qui est l'unique lin de votre établissement; 3° le travail 
des mains , pom* épargner le fonds des demoiselles et pour les 
accoutumer à une vie laborieuse. Voilà le plan de la vôtre, et 
vous ne vous en formerez jamais d'autre. . . 

» Votre régularité doit être d'autant plus exacte et sévère, 

que si jamais vous vous relâchiez , vous n'avez point les mêmes 
ressources que les autres communautés pour vous relever. Vous 
êtes à la porte de Versailles , exposées aux plus violentes tenta- 
tions et aux engagements les plus insensibles... Dès que votre 
maison cessera d'édifier et de se soutenir dans une fervente régu- 
larité, elle ne peut éviter de faire des maux infinis et de devenir 
scandaleuse... Ayez un air simple , religieux et monastique, con- 
traire à toutes les politesses mondaines. Rendez vos parloirs 
inaccessibles à toutes visites superflues. Ne craignez pas d'être un 
peu sauvages, mais ne soyez pas fières. Cachez vos demoiselles 
encore plus que vous , et si vous êtes obligées de les montrer, 
que ce soit toujours en votre présence... » 

Les constitutions, les règlements, l'Esprit de Vinstitut ne suffi- 
rent pas au zèle de madame de Maintenon. « Outre ces instruc- 
tions générales, dit Languet de Gergy, elle ne cessa d'en don- 
ner de particulières à celles des religieuses qui s'adressaient à 
elle pour lui ouvrir leur cœur et la consulter. On a ainsi une 
multitude de lettres que les Dames de Saint -Louis avaient gardées 
soigneusement pour leur édification, et qui sont dignes d'être 
lues et admirées \ Il semble que ce soit madame de Chantai par- 

1 Voici ce qu'on lit à ce sujet dans les Mémoires de Saint-Cyr, ch. xxv et xxvm : 
«Dans ce temps (1696) nous rassemblâmes les lettres que madame de Maintenon 
avait écrites à chacune de nous en particulier sur différents sujets très-utiles à la 



CONSTITUTIONS DE LA MAISON DE SAINT-CYR. 137 

lanl aux filles de saint François de Sales, qui composaient sa 
société naissante. Elle entrait dans le détail des défauts, des 
vices, des imperfections de ses filles; elle leur parlait en parti- 
culier, elle les encourageait, les reprenait, les consolait selon 
leurs besoins, leurs dispositions; son ton était assaisonné de cette 
douceur modeste, de cette franchise et de ces grâces qui ne la 
quittaient jamais l , » 

Dans ces instructions, elle ne cessait pas d'avoir Saint-Cyr en 
vue, et si elle voulait que les Dames atteignissent la perfection, 
c'était pour assurer l'avenir de la fondation : « Je demande à 
Dieu tous les jours, dit-elle, que Saint-Cyr soit détruit si les 
Dames ne sont des saintes, puisqu'il est comme impossible que 
vous remplissiez les desseins de votre institution si vous n'êtes 
parfaites. Toute la France est intéressée à votre conservation, 
tant que vous ferez votre devoir dans l'éducation des demoiselles. 
Au contraire, tout le monde demandera que votre maison soit 
détruite, si par votre irrégularité et votre négligence cette bonne 
éducation dégénère 2 . » 

Elle craignait surtout qu'à l'exemple de tant de couvents où 
le travail des mains n'était qu'une distraction, les Dames ne 

maison et à notre perfection. Nous pensâmes qu'il était bon que ces lettres ne ser- 
vissent pas seulement à celles à qui elles étaient adressées , mais encore à toute la 
communauté; pour cela nous en fîmes faire des copies qu'on fit relier en plusieurs 
livres qu'on mit dans une armoire dans la salle de communauté, afin que toutes les 
pussent lire et se remplir des instructions merveilleuses qu'elles renferment, soit sur 
la vie intérieure et spirituelle, soit sur les devoirs de notre institut, qui y sont très- 
bien et très-nettement expliqués, aussi bien que les intentions des fondateurs. Toute 
la communauté entra si parfaitement dans les intérêts du bien public sur cela , qu'il 
n'y eut personne qui ne donnât de bon cœur ce qu'elles avaient de lettres ou d'écrits 
de madame de Maintenon, celles même qui les regardaient directement, où il y avait 
des avis et même des répréhensions que d'autres moins simples et moins zélées n'au- 
raient pas données si volontiers. ...Nous mîmes aussi au net le recueil des entretiens 
que nous avions eus avec madame de Maintenon sur l'esprit dans lequel nous devions 
entendre nos obligations, et surtout celles qui regardent les classes et la manière de 
bien élever les demoiselles. Nous les montrâmes à madame de Maintenon , qui les 
lut d'un bout à l'autre, y mit bon et une apostille à chaque cahier, par laquelle elle 
adopte tout ce qui y est contenu et le reconnaît pour avoir été dit par elle et être de 
son esprit. a 

1 Tome I er , p. 345. 

2 Lettres édifiantes, t. v, p. 97$. 

18 



138 CHAPITRE VIII. 

vinssent à regarder l'éducation des demoiselles comme une simple 
occupation; que ne voyant qu'elles-mêmes dans la fondation, 
elles crussent avoir rempli les intentions de leur fondateur en 
passant doucement leur vie en prières. Aussi elle ne passait pas 
de jour sans leur répéter : « Qu'elles devaient aux demoiselles 
tous leurs soins, toute leur application, tout leur temps; qu'elles 
avaient fait vœu non-seulement de les instruire, mais de les 
élever; et que ce terme comprend les devoirs des mères envers 
leurs enfants. » — « L'éducation des demoiselles est le spirituel 
de votre maison, disait-elle, tout doit y céder. Il faut que tout 
manque, même les offices, plutôt que cet endroit-là... Le roi 
et l'Etat vous les ont confiées, moi j'en charge votre conscience, 
vous en répondrez devant Dieu l . » 

1 Extrait des Écrits de madame de Maint enon aux religieuses de Saint-Louis , 
p. 445. — Recueil d'avis, t. n, p. 163. — Lettres édifiantes, t. m. — Languet . 
t. i, p. 302. 



CHAPITRE IX. 



DE L EDUCATION DONNEE A SAINT-CY». 



D'après ce que nous venons de voir des constitutions de l'In- 
stitut de Saint-Louis , on doit préjuger ce qu'était l'éducation 
donnée à Saint-Cyr. 

Le roi nommait lui-même et directement aux places d'élèves. 
Madame de Maintenon s'abstenait de s'y intéresser, « voulant 
lui en laisser tout le plaisir; » et il était interdit aux Dames d'y 
prendre aucune part et d'avoir aucune relation avec les fa- 
milles. Les demandes étaient adressées au roi, qui les renvoyait 
au conseiller d'État chargé de l'administration de Saint-Cyr, et 
celui-ci lui présentait tous les six mois la liste des demandeurs , 
a\ec un rapport sur les services de chacun d'eux, et des attes- 
tations de leur mauvais état de fortune données par l'évêque et 
l'intendant de la province. Les demandes que le roi accueillait 
étaient envoyées à la supérieure de Saint-Cyr, avec ordre de rece- 
voir les demoiselles nommées quand elles auraient fait leurs 
preuves. C'était d'Hozier, le généalogiste de la cour 1 , qui véri- 
fiait les preuves de noblesse, d'après le règlement de 1694, et 
aux frais de la maison de Saint-Louis 2 ; et c'était sa femme qui 

barge de généalogiste resta dans la même famille jusqu'à la révolution, et 
en 1789 c'était encore un d'Hozier qui vérifiait les titres de noblesse des demoiselles 
admises à Saint-Cyr. 

1 « Afin , disent les Mémoires, de donner aux familles les moyens de profiter de la 
grâce qu'on leur faisait... Nous avons eu des demoiselles qui ont prouvé jusqu'à 
quinze ou seize filiations. Il n'en a presque pas passé ici qui n'ait été en état de faire 
des preuves au-dessus de quatre degrés. Nous en avons eu des meilleures maisons 
de France... » [Mémoires, ch. m.) Voici quelques-uns des noms qu'on trouve dans 
les registres mortuaires de Saint-Cyr : de Boulainvilliers , de Chailly, de Montalem- 
bert, de Polignac, de Riencourt, de La Rochefoucauld, de Boufflers, de Menou, de 



140 CHAPITRE IX. 

était chargée, avec le médecin de la maison, de l'espèce de 
visite médicale qu'on faisait subir aux demoiselles 1 . Quand l'une 
et l'autre avaient donné leur certificat, la supérieure renvoyait 
toutes les pièces au contrôleur général des finances, qui, après 
avoir vérifié les attestations de l'évêque et de l'intendant, faisait 
expédier le brevet définitif d'admission 2 . 

Les demoiselles entraient dans la maison depuis l'âge de sept 
ans jusqu'à l'âge de douze ans; elles y restaient jusqu'à vingt 
ans, sans jamais sortir que par des permissions rares et spé- 
ciales, ne pouvant être visitées par leurs parents que pendant 
les octaves des quatre grandes fêtes de l'année. Elles se le- 
vaient à six heures, entendaient la messe à huit, travaillaient 
jusqu'à midi, où elles dînaient, étaient en récréation jusqu'à 
deux heures, travaillaient jusqu'à six et se couchaient à neuf 
heures. Elles étaient partagées, suivant leur âge, en quatre classes, 
et dans chaque classe, d'après leur instruction, en cinq ou six 
bandes de huit ou dix élèves, occupant chacune une table de tra- 
vail. Jusqu'à l'âge de dix ans, elles étaient dans la classe rouge, 
et elles y apprenaient à lire , écrire , compter, les éléments de 
la grammaire, le catéchisme et des notions d'histoire sainte. A 
Tàge de onze ans, elles passaient dans la classe verte et y appre- 
naient les mêmes choses avec la musique et des notions d'histoire, 
de géographie et de mythologie. A l'âge de quatorze ans, elles 
passaient dans la classe jaune, où l'instruction roulait principale- 
ment sur la langue française, la musique, la religion; on leur 
donnait aussi quelques leçons de dessin, et on leur apprenait à 
danser. A l'âge de dix-sept ans, elles passaient dans la classe 
bleue, où l'instruction ne roulait plus que sur la langue et la 



Choiseul, de Coigny, de Lubersac, de Calonne, de Fontangesj de Quélen, de Cha- 
bannes, de Conflans, de Bouille , de la Galissonnière , de llédouville , de Novion, de 
SaimVRuth, de Puységur, de Saint-Aulaire , etc., etc. 

1 On ne recevait rigoureusement aucune fille qui eût quelque difformité ou infirmité 
notable. 

2 Nous donnons dans l'Appendice, à la lettre G, le règlement d'admission à Saint- 
Cyr pour 4784. 



ÉDUCATION DONNÉE A SA1NT-CYR. 141 

musique, mais où l'éducation morale était développée jusqu'à la 
perfection. 

Ce plan d'études, quoique supérieur à celui des couvents de 
cette époque, n'était ni très-varié, ni très -étendu, si l'on regarde 
aux douze années que la plupart des demoiselles devaient passer 
dans la maison, si l'on regarde surtout aux cinquante ou soixante 
demoiselles de la classe bleue , qui devaient être fort difficiles à 
occuper; mais il faut ajouter «qu'on préférait élever leur cœur 
que de leur donner des connaissances vaines sur des sujets 
variés, » et que les trois parties principales de l'instruction, c'est- 
à-dire la religion , la musique et les travaux manuels , prenaient 
la plus grande partie du temps. 

L'instruction religieuse consistait, outre le catéchisme, en 
exhortations, lectures, entretiens. «On tâche, disait madame de 
Maintenon , de leur inspirer une piété solide, accommodée aux 
différents états où il plaira à Dieu de les appeler. On les élève 
en bonnes chrétiennes, mais en séculières, sans exiger d'elles 
des pratiques de couvent. — Vos filles en savent assez, disait-elle 
aux Dames, quand elles savent observer les commandements de 
Dieu et de l'Église. Ne les pressez pas trop sur la piété, con- 
tentez-vous de les instruire et de les édifier; c'est à Dieu à 
faire le reste 1 .» Et afin de leur rendre l'instruction religieuse 
plus agréable, elle avait composé pour les demoiselles des dialo- 
gues et entretiens sur divers points de conduite, de morale 
et de religion. «Ces conversations, dit Languet, pleines d'es- 
prit, de sentiment, de reparties vives et agréables, sont pré- 
parées pour chaque classe et proportionnées à l'âge des enfants. 
Le roi et les princes qui l'accompagnaient dans ses visites à 
Saint-Cyr goûtaient beaucoup ces exercices, et madame de 
Maintenon en prépara quelques-uns , où elle faisait entendre aux 
uns et aux autres de bonnes vérités. » Rien ne plaisait davantage 
aux demoiselles, qui les récitaient avec beaucoup de naturel et 

1 Règlements et mages des classes, par madame de Maintenon, p. 28. — Recueil 
d'avis, t. h, p. 82 et 132; 



1*2 CHAPITRE IX. 

composèrent elles-mêmes quelques-unes de ces conversations. De 
même, madame de Maintenon, qui avait une imagination iné- 
puisable pour ôter à l'enseignement ses aspérités, fit écrire des 
histoires sur des sujets utiles ou édifiants par l'abbé Testu, l'abbé 
de Choisy, Duché, etc., « histoires bien choisies, disait-elle, qui 
en divertissant de jeunes personnes, ne leur laissent dans l'esprit 
que des choses vraies ou raisonnables.» 

La musique était le principal des amusements de Saint-Cyr, et 
le seul des talents d'agrément pour lequel on montra de la pré- 
férence. Ou sait que Louis XIV l'aimait passionnément, et qu'il 
ne passait guère de jour sans entendre ou ses violons ou ses 
chanteuses; aussi voulut-il que les demoiselles fissent de cet art 
une étude particulière. Madame de Maintenon ne s'y opposa pas : 
elle avait pourtant peu de goût et d'estime pour la musique , et si 
elle disait que les chœurs d'Esther la ravissaient en extase, c'était 
moins pour le chant lui-même que pour les sentiments exprimés 
par le poète; mais elle crut que la musique ferait trouver au roi 
quelque distraction à Saint-Cyr, en même temps qu'elle ren- 
drait moins monotone l'éducation de cette maison. Toutes les 
demoiselles apprenaient donc la musique; toutes celles qui 
avaient de la voix apprenaient à chanter; enfin on montrait le 
clavecin à celles qui avaient des dispositions particulières. Les 
livres de musique de Saint-Cyr, qui sont aujourd'hui conservés 
à la bibliothèque de la ville de Versailles l 9 témoignent que cette 
étude, au moins pour l'époque, y était fort étendue. En effet on 
y trouve : 1° des chants et motets d'église composés par Nivers; 
ils avaient été approuvés par l'évèque de Chartres, avec dé- 
fense d'y rien changer à l'avenir, a étant persuadé, dit-il aux 
Dames, que vous ne devez pas employer à apprendre de nou- 
veaux chants le temps que vous avez promis à Dieu de consacrer 
à l'éducation des demoiselles 2 . » — « Madame de Maintenon, 

1 Ils sont au nombre de quarante-deux , dont près de moitié se composent d'exem- 
plaires de la musique iïEsther. Il y a en outre une centaine d'exemplaires de la Mé- 
thode de Denis, qui appartenaient aux élèves. 

2 Lettre du 1 er novembre 1702. 



ÉDUCATION DONNÉE A SA1NT-CYR. 143 

ajoutent les Mémoires de Saint- Cyr, voulut expressément qu'on 
observât dans les chants d'église une grande simplicité, sans une 
recherche trop curieuse et d'un goût trop délicat. » Mais cette 
simplicité, avec des voix fraîches, pures, pleines d'innocence, 
avait des agréments et une harmonie toute céleste ; elle ravissait 
Louis XIV, ainsi que les courtisans de Versailles qui venaient 
entendre les offices de Saint- Cyr, souvent moins par dévotion 
que par curiosité. — 2° Les chœurs d'Esther et d'Athalie, œuvre 
de Moreau, et, comme l'on sait, peu digne de la poésie de Ra- 
cine; les chœurs de Jonathas et de Jephté, œuvre de Moreau et 
de Nivers l ; les Cantiques de Racine , œuvre de Moreau; les Stances 
chrétiennes de Vabbé Testu, œuvre d'Oudot; des motets de Lulli, de 
Campra, de Clérambault, de Bernier, de Gouperin, de Desmarets, 
des cantiques spirituels, des idylles religieuses pour les princi- 
pales fêtes, quelques menuets, etc. — 3° Des morceaux choisis 
des opéras d'Atys, de Thésée, de Roland, de Cadmus, de Belle- 
rophon, d'Armide, etc., musique de Lulli, paroles de Quinault. 
La plupart de ces morceaux sont des chants à la louange du roi, 
et ont été arrangés, épurés et augmentés à l'usage des demoi- 
selles 2 . Les autres chants à la louange du roi sont des con- 
certos, qui ont pour titre ordinaire : Temple de la paix, et sont 
l'œuvre deDubuisson, Clérambault, Campra, etc. Enfin il y avait 
encore quelques cantiques qu'on chantait dans les classes 3 . En 

1 L*oriy;inal de la musique de Jonathas est à la bibliothèque de Versailles. 

2 Ainsi le prologue d'Âtys : «En vain j'ai respecté la célèbre mémoire.,. » a été 
arrangé par Kivers, et Ton y a ajouté : 

« Vous de qui l'innocente et la noble jeunesse 
S'élève au pied du thrône à l'ombre d'un grand roy, 
Voulez-vous recueillir les fruits de sa largesse, 
Du roy de l'univers apprenez bien la loy. 
Voyez de Maintenon la modeste sagesse, 
Imitez ses vertus, son air, sa politesse, 
Sa rare piété, sa prudence, sa fo\ . 
Ne demandez au ciel ni grandeur, ni richesse, 
De qui le faux éclat rend nos yeux éblouis; 
Mais par des va;u\ ardents et remplis de tendresse, 
Abrégeant vos souhaits, demandez-lui sans cesse 
Pour vous, pour nous, pour tous, qu'il conserve Louys. 
• : Voir à l'Appendice H celui qui a pour titre l'Éducation de Saint-Cyr. 



144 CHAPITRE IX. 

général, les paroles de toute cette musique sont très-médiocres : 
la bergerie y domine comme dans la plupart des poésies du temps , 
avec quelques fades descriptions naturelles. Quant à la musique 
elle-même, elle est d'une grande simplicité, naïve, facile, mais 
languissante et monotone; elle n'a pour accompagnement que des 
violons et des flûtes. La plupart des Dames jouaient du clavecin, et 
quelques-unes du violon; elles ont composé quelques morceaux 
de musique assez médiocres; celles dont les noms sont restés 
sont, outre les cantatrices à'Esther que nous avons citées, mes- 
dames du Han, de Mussan, de Cambis, etc. \ Nous aurons occa- 
sion de citer quelques-unes des pièces qu'on chantait à Saint-Cyr. 

Louis XIV, pour récompenser les demoiselles du plaisir qu'il 
trouvait à leurs chants, leur donnait quelquefois l'agrément des 
musiciens de sa chambre. Ainsi, aux fêtes de Noël, il faisait 
venir sa musique pour jouer, dans la salle de communauté, 
des symphonies religieuses. Ce fut en 1695 qu'il leur donna, 
pour la première fois, ce spectacle. « Nous eûmes alors, racon- 
tent les Dames, le plaisir d'entendre la plus belle symphonie du 
monde ; notre salle était pleine des plus habiles musiciens qu'eût 
Sa Majesté; il y avait des basses, des violes, des flûtes longues, 
des violons, des hautbois, un beau basson, et autres. On croyait 
être au ciel, et y entendre la musique des anges 2 . » 

D'autres fois, il leur faisait entendre les trompettes, timbales, 
tambours et fifres dont on se sert dans les troupes à la guerre. 
« On les faisait entrer, dit notre historienne, dans la cour royale; 
les trompettes et les timbaliers étaient à cheval , les tambours et 
les joueurs de fifre à pied. Toutes les demoiselles se tenaient 
aux fenêtres, depuis le premier étage jusqu'au haut; la commu- 
nauté était au rez-de-chaussée. Ces musiciens, avec les officiers 
qui les commandaient, firent deux ou trois fois le tour de la 



1 Un des volumes de la bibliothèque de Versailles, n° 2409, porte sur son titre : 
« Ce livre a été donné par notre mère du Han à ma sœur de Mussan en 1736 ; noté 
par l'une et par l'autre. » 

- Mémoires dp Saint-Cyr, eh. xxix. 



ÉDUCATION DONNÉE A SAINT-CYR. 145 

cour, gravement, en jouant des airs guerriers; les trompettes à 
part avec les timbaliers, les tambours et les fifres ensemble. Ce 
fut un plaisir fort majestueux et agréable l . » 

L'instruction manuelle était fort étendue à Saint -Cyr, surtout 
pour les jaunes et les bleues : on y apprenait à coudre, à broder, 
à tricoter, à faire de la tapisserie; on y faisait tout le linge de 
la maison, de l'infirmerie, de la chapelle, les robes et vêtements 
des Dames et des élèves, etc. Jamais les demoiselles n'étaient 
oisives; et madame de Maintenon leur donnait l'exemple à ce su- 
jet, elle qui avait toujours un morceau d'ouvrage à la main dans 
le carrosse du roi, dans son appartement, devant les ministres. 
Mais a point d'ouvrages exquis, disait-elle, et d'un trop grand 
dessin; point de ces colifichets en broderies ou au petit métier qui 
soient inutiles : il faut des occupations plus solides et plus im- 
portantes" 2 . » Enfin les religieuses et les sœurs converses étant 
insuffisantes pour l'instruction et le service de la maison, les de- 
moiselles étaient ordinairement appelées à les aider, « Les demoi- 
selles, écrivait madame de Maintenon, apprennent tout les unes 
aux autres, et les maîtresses n'ont qu'à être présentes, et voir si 
tout se fait. Cette occupation , bien loin de les fatiguer, leur fait 
plaisir, et leur ôte tout ennui. En formant les autres, elles se 
forment elles-mêmes, et deviennent d'excellentes mères de fa- 
mille 3 . » D'après cela, on choisissait dix des bleues ou des jaunes 
qu'on décorait du ruban couleur de feu, et qui aidaient les maî- 
tresses dans les classes des rouges et des vertes; on en prenait 
encore vingt autres qu'on décorait du ruban noir, et qu'on appe- 
lait les Filles de madame de Maintenon : elles aidaient soit les maî- 
tresses des classes, soit la supérieure et les offîcières de la maison, 
et rendaient de si grands services, que madame de Maintenon 
n'a jamais cessé de recommander aux Dames de conserver ce 
précieux corps , qui était ordinairement la pépinière de la com- 

1 Mémoires de Saint-Cyr. chap. x\ix. 

2 Lettres édifiantes, t. v, p. .'333. 
:j Recueil d'avis, p. 809. 

19 



146 CHAPITRE IX. 

munauté. ce Celles qui méritaient cette distinction, ajoute Languet, 
étaient au plus haut degré de considération parmi les demoiselles, 
et l'on a toujours eu à louer celles-ci de la soumission qu'elles ont 
pour les noires qu'on établit au-dessus d'elles '. » A leur sortie de 
la maison , on leur donnait une dot plus forte qu'aux autres de- 
moiselles. En outre, certaines élèves pouvaient être employées à 
L'infirmerie , à la lingerie , à la roberie , et même à seconder les 
sœurs converses pour desservir le réfectoire, balayer les dortoirs, 
nettoyer les classes. C'étaient d'ailleurs les plus grandes demoi- 
selles qui aidaient à habiller les plus petites; elles faisaient leurs 
lits, et leur apprenaient tout ce qu'elles devaient savoir. « Il faut 
les mettre à tout, disait madame de Maintenon, et les faire tra- 
vailler aux ouvrages pénibles pour les rendre saines, robustes et 
intelligentes. Si ces soins eussent pu compatir à ce qu'elles ont 
à faire, j'aurais consenti qu'elles eussent fait elles-mêmes tout 
le service de la maison; mais il faut qu'elles ne travaillent hors 
de leurs classes qu'autant qu'elles le peuvent sans nuire à leur 
instruction, qui doit passer avant toute chose 2 . » Aussi, dans cer- 
taines circonstances, comme exercice, comme récompense, 
comme mesure d'ordre , on employait toute une classe ou quel- 
ques bandes à nettoyer, laver, blanchir l'infirmerie, à ranger le 
garde - meuble , le réfectoire, la sacristie, à balayer à fond toute 
la maison; et tous ces travaux devaient se faire en silence 3 . 
«Employez-les, disait madame de Maintenon, au service de la 
maison sans scrupule; tout ce que vous leur ferez faire à Saint- 
Cyr sera toujours peu de chose , en comparaison de ce qu'elles 
feront ailleurs 4 . — Rendez-les ménagères et laborieuses. Ne leur 
permettez que très-rarement les veilles et les jeûnes; mais tâchez 
de les faire travailler à tout ce qui se présente. Faites-leur des 
entreprises là -dessus, des tâches, des journées ; rien ne leur est 



1 Languet, t. 1. — Lettres édifiantes, t. v, p. 717. 

2 Lettres édifiantes, t. v, p, 399. 
a Ibid., p. 279 . 

*Ibid., p. 20. 



ÉDUCATION DONNÉE A SA1NT-CYR. 147 

meilleur et pins convenable à leur fortune l . — Que les maîtresses 
n'oublient rien pour les empêcher d'être délicates; qu'elles man- 
gent de tout, qu'elles soient sobres ", qu'elles soient couchées et 
assises durement, qu'elles ne s'appuient jamais, qu'elles ne se 
chaulïent que dans le grand besoin, qu'elles se servent les unes 
les autres, qu'elles balayent et fassent les lits : elles en seront plus 
fortes, plus adroites et plus humbles 3 . » 

Mais en voulant qu'elles fussent habituées à une vie dure, 
elle ne voulait pas qu'elles manquassent de rien et qu'on les fît 
travailler « par un mauvais esprit de lésine et de ménage. » — 
u Ne souffrez jamais, disait-elle, que les demoiselles soient négli- 
gées. 11 faut qu'elles servent la maison; mais il faut aussi qu'elles 
soient servies en tout. N'épargnez rien pour leur âme, pour 
leur santé et pour leur taille. Elles sont pauvres et apparemment 
elles le seront toujours : élevez-les donc dans l'état où il a plu 
à Dieu de les mettre; mais n'oubliez rien pour sauver leur âme, 
fortifier leur santé, conserver leur taille... Point d'économie in- 
discrète : ne conservez des pratiques de l'épargne que ce que la 
prudence exige pour en inspirer l'esprit à des filles nées sans 
biens et qui ne doivent rien ignorer de ce qui peut servir à se 
bien conduire dans la pauvreté... Si l'économie est nécessaire, 
qu'elle tombe sur vous qui êtes religieuses, et non sur les demoi- 
selles. C'est vous qui avez fait vœu de pauvreté : dans les temps 
ralamiteux, que les demoiselles ne mangent du pain bis qu'après 
que vous en aurez mangé du noir \ » 

A Saint-Cyr on ne connaissait d'autres récompenses que des 
placée d'honneur et quelques rubans; « point d'éloges, point 
d'admirations, disait madame de Maintenon : c'est une nourri- 



1 Lettres édifiantes, t. v, p. 24. 

2 La nourriture de Saint-Cyr était saine et abondante; mais, excepté dans les cas 
proscrits par les médecins, les Dames et les demoiselles ne buvaient que de l'eau. 
{[{apport médical de l'abbé Tessier en 1784, manuscrit de la bibliothèque de Ver- 
saillt - 

5 Recueil d'avis , t. n, p. 8."). 

4 Lettres édifiantes, t. v. p. I54 et si.",. — Lan_niet, t. i. p. W6. 



lis CHAPITRE IX. 

ture dont on ne tàte guère ici. » On n'y connaissait aussi d'au- 
tres châtiments que des blâmes privés ou publics : « notre 
maxime est de toujours commencer par la douceur. » Pour les 
fautes graves, on appelait les jeunes filles à être réprimandées 
devant le chapitre; mais alors on les y préparait en secret, « la 
réprimande étant assez fâcheuse par elle-même sans y ajouter 
la confusion. » Point de distinctions entre elles, si ce n'est celles 
que donnait le mérite; on y était « sans égard au plus ou moins 
de naissance ni aux protections qu'elles pourraient avoir, ni aux 
agréments naturels \ » — « Je vois avec un extrême plaisir, écrivait 
madame de Maintenon, que, malgré le respect, la reconnaissance 
et la sincère affection que vous avez pour le roi, vous ne distin- 
guez point les filles que vous tenez directement de sa main; j'ai 
même le plaisir de voir mes parentes oubliées , et que vous ne 
comptez ni protection, ni recommandation, ni élévation de nais- 
sance, mais leur seule vertu et leurs plus grands besoins 2 .» 
Enfin les demoiselles ne pouvaient être renvoyées de la maison 
que pour des cas graves, par l'ordre du roi et sur la plainte de 
la supérieure assistée du conseil de dedans. « Ces cas étaient, 
suivant madame de Maintenon, un esprit imbu de quelque nou- 
veauté en matière de religion ; un esprit corrompu qui gâtait les 
autres, une révolte qui irait à ne pas subir les pénitences qu'on 
jugerait à propos de leur donner 3 . » 

On ne forçait pas leurs talents; on les habituait à s'instruire 
les unes les autres; on tendait en tout à les remplir de senti- 
ments élevés. Voici ce qu'écrivait à ce sujet madame de Main- 
tenon à l'abbesse d'un couvent qui devint la succursale de Saint- 
Cyr, et dont nous parlerons plus tard : 

« Une fille de douze ans répond au catéchisme à une qui en 
a sept, comme elle ferait à la supérieure, et elles apprennent 
toutes les unes des autres tout ce qu'elles savent; car en tout 

1 Règlements et usages des classes, par madame de Maintenon , p. 28. 

2 Lettres édifiantes, t. VI, p. 30. 

3 Jbid., t. v. p. 407. 



ÉDUCATION DONNÉE A SAINT-CYR. 149 

on inspire la raison, en leur montrant la petitesse qu'il y aurai! 
à ne pas vouloir profiter de ce qu'une autre sait, parce qu'on a 
quelques années de plus. On leur donne toujours les choses pour 
ce qu'elles sont, la piété au-dessus de tout, la raison ensuite, 
les talents pour ce qu'ils valent : on ne récompense point celles 
qui en ont, on n'estime que la vertu et la sagesse; on aime celles 
qui excellent dans quelques parties, mais sans en faire des pro- 
diges, et l'on trouve que les autres en savent assez. En les 
louant de bien réciter des vers ou d'avoir chanté avec goût, on 
leur dit que les plus impures actrices d'opéra s'en acquittent 
mieux qu'elles, et l'on aime autant celles qui n'ont aucune de 
ces qualités extérieures... Ayez de la raison, et vous en inspirerez 
aux enfants : c'est là l'essentiel de l'éducation. Qu'elles vous 
voient en tout justes, désintéressées, donnant autant de soin à la 
plus choquante qu'à la plus aimable. Les enfants voient fort bien 
les vices ou les vertus de leurs maîtresses. Il faut parler à une 
lille de sept ans aussi sensément qu'à une de vingt : c'est en 
exigeant beaucoup de leur raison qu'on en hâte les progrès l . » 
Malgré ces appels à la raison, la vie de Saint-Cyr n'était pas 
triste pour les demoiselles. « Je ne crois pas, disait madame de 
Maintenon, qu'il y ait de jeunesse qui se divertisse plus que la 
nôtre, ni d'éducation plus gaie. » Elle était sans cesse à leur in- 
venter des amusements, à leur faire de petits dons, à leur pro- 
curer de ces petits plaisirs si chers à l'enfance; elle assistait 
ordinairement à leurs jeux : « Si j'ai fait du bien à Saint-Cyr, 
disait-elle, c'est par l'assiduité aux récréations. C'est là ce qui 
met l'union dans une maison et en ôte les partialités; c'est là ce 
qui lie les maîtresses avec leurs élèves; c'est là qu'une supé- 
rieure se fait goûter et épanouit le cœur de ses filles en leur 
donnant quelques plaisirs ; c'est là qu'on dit des choses édifiantes 
sans ennuyer, parce qu'on les mêle avec de la gaieté; c'est là 
qu'en raillant on jette de bonnes maximes 2 . » 

1 Lettres édifiantes, t. vu, p. 464. 

2 ïbiil., f. v. p. 453 et S94. 



150 CHAPITRE IX. 

Dans ces récréations, qui se passaient ordinairement sous les 
beaux quinconces qui ombrageaient la maison, madame de 
Maintenon était continuellement entourée par les demoiselles, et 
surtout par les plus folles et turbulentes : a Je ne hais pas trop, 
disait-elle, ce qu'on appelle de méchants enfants, c'est-à-dire 
enjoués, glorieux, vifs, un peu volontaires et têtus, parce que 
ces défauts se corrigent par la raison et la piété. » — «Elle a tou- 
jours fort aimé les enfants, ajoute Languet, et à les voir dans leur 
naturel ; et les enfants sentaient si fort cette bonté qu'elles étaient 
plus libres avec elle qu'aucune personne. » Elle n'était jamais im- 
portunée des demoiselles, ni de leur bruit, ni de leurs jeux : 
« Rien ne m'est plus cher que mes enfants de Saint-Cyr, disait- 
elle; j'en aime tout, jusqu'à leur poussière l . >? Elle ne se las- 
sait pas, en tout temps, en tout lieu, de parler à toutes ou à 
chacune, de les exhorter et de les reprendre en public ou en 
particulier; elle voulait qu'elles lui écrivissent leurs chagrins, 
leurs doutes, leurs espérances; elle leur écrivit elle-même un 
monceau de lettres où se déploie avec une variété infinie de 
formes et une ressource inépuisable de pensées cet esprit si net, 
si pratique, si sensé que Louis XIV qualifiait justement de soli- 
dité. Aussi l'on peut dire que l'éducation donnée à Saint-Cyr était, 
suivant l'expression de l'évêque de Chartres, « le chef-d'œuvre 
de la réflexion et de l'expérience. » Pendant douze années les 
jeunes filles étaient instruites, formées, dirigées, encouragées, 
corrigées en toutes choses et à toute heure par des institutrices 
saintement dévouées à cette œuvre, qui ne les perdaient pas de 
vue un seul instant, qui les suivaient partout, qui variaient 
leurs soins, leurs instructions, leur vigilance, d'après les carac- 
tères, les âges, les circonstances. Aussi sur deux à trois mille 
demoiselles qui furent élevées à Saint-Cyr pendant cent ans et 
qui se dispersèrent dans toute la France pour y embrasser les 
états les plus différents, aucune, excepté les actrices d'Esther, 

1 Languet, t. i. p. 102. 



ÉDUCATION DONNÉE A SAINT-CYR. 151 

n'a laissé un nom; vertus, talents, beauté, esprit, tout a été en- 
seveli clans la même obscurité où sont restées elles-mêmes leurs 
saintes institutrices : c'est le plus grand éloge qu'on puisse faire 
tle l'éducation donnée dans la maison royale de Saint-Cyr. 



CHAPITRE X. 



LE QllliTISME A SAINT-CYll. 



Noire époque a peine à comprendre que le dix-septième siècle, 
si grand dans toutes les choses de l'intelligence, ait pu se pas- 
sionner pour des questions théologiques qui nous semblent au- 
jourd'hui oiseuses, même puériles, et que des hérésies aussi 
abstraites que fastidieuses aient produit tant d'agitations, de 
querelles et de haines. C'est que notre époque fait consister pres- 
que uniquement la fonction de l'homme dans l'amélioration ma- 
térielle, la recherche de l'utile, le progrès industriel, et que le 
siècle de Descartes et de Fénelon, sans dédaigner cette face de 
l'activité humaine, regardait l'exercice pur et désintéressé de 
l'esprit, la recherche de la vérité, la contemplation du beau et 
du bon comme la plus noble fonction de l'homme, la plus grande 
de ses jouissances, sa mission première, et qui le rapproche de 
Dieu; enfin, et comme le dit Bossuet, « on reconnaissait dans les 
opérations intellectuelles un principe et un exercice de vie éter- 
nellement heureuse , et comme le plus grand malheur, le temps 
où l'on tiendrait tout dans l'indifférence, excepté le plaisir et les 
affaires. » 

De plus, la société du dix-septième siècle étant entièrement 
et fondamentalement chrétienne, la pensée ne trouvait ses prin- 
cipaux aliments que dans le domaine des idées religieuses, 
et la discussion ne pouvait s'exercer que sur des questions théo- 
logiques; mais comme il y avait alors plénitude, et pour ainsi 
dire surabondance de croyance, l'esprit humain, entraîné par la 
ferveur de la foi, pouvait aller jusque hors du sens commun et 



LE QUIÉTISME A SAINT-CYR. 153 

de la route légitime, pour tâcher, par des voies nouvelles et 
extraordinaires, d'arriver à une perfection fantastique et imagi- 
naire. 

Enfin, la société du dix-septième siècle était, comme l'on sait, 
amoureuse de finesses de langage et d'abstractions intellectuelles : 
il était donc facile au bel esprit d'envahir les choses de religion, 
de mettre du précieux et du raffiné jusque dans les croyances, 
de subtiliser môme sur les sentiments de l'Évangile; et c'est 
ainsi qu'il arriva à la pieuse folie du quiétisme. 

On entend par quiétisme l'état de repos absolu et de perfection 
idéale d'une âme qui s'absorbe dans l'amour de Dieu, amour pur 
el désintéressé, qui n'est « ni dégradé par la crainte des châti- 
ments, ni animé par l'esprit des récompenses,» qui n'a pas 
besoin d'oeuvres, et vit uniquement de contemplation. C'est une 
doctrine qui, au premier coup d'œil, semble tout évangélique, et 
qui est faite pour séduire les âmes tendres, les cœurs pleins de 
foi et d'amour, surtout les femmes pieuses et avides d'une spi- 
ritualité imaginaire; mais il n'en est guère de plus dangereuse, 
et qui conduise même plus rapidement à l'immoralité. En effet, 
en excluant l'activité chrétienne, la pratique des bonnes œuvres, 
l'accomplissement des devoirs, même la prière, la méditation et 
l'usage des sacrements, c'est-à-dire tout ce qui fait du christia- 
nisme la religion de l'humanité et de la civilisation, elle substi- 
tue au travail perpétuel qui est toute la vie chrétienne une or- 
gueilleuse indifférence à tout, une quiétude oisive et coupable, 
des étais d'oraison, qui sont la mort de l'âme et le sommeil de l'in- 
telligence; enfin des contemplations inertes, égoïstes, qui peuvent 
devenir déréglées. 

Le quiétisme eut pour principal apôtre une jeune veuve, ma- 
dame Guyon, femme de beaucoup d'esprit et de mœurs irrépro- 
chables, mais d'une exaltation voisine de la démence. Ses doc- 
trines ayant paru suspectes à l'archevêque de Paris, elle fut 
arrêtée par ordre de ce prélat et mise dans un couvent. Elle fut 
rendue à la liberté par l'entremise de madame de La Maisonfort, 

20 



154 CHAPITRE X. 

sa cousine, et qui intéressa à sa délivrance madame de Mainte- 
non; mais ce fut sous la condition qu'elle ne se mêlerait plus de 
donner à personne des règles de perfection pour la vie intérieure. 
Elle n'en fit rien, et trouva des disciples parmi les dames les plus 
vertueuses de la cour, qui brûlaient d'être comptées parmi « les 
grandes âmes, les âmes d'élite et de choix; » elle tint à Paris 
dos assemblées secrètes où des personnes qualifiées assistaient, 
même de savants prêtres qui l'entendaient avec étonnement par- 
ler des choses les plus sublimes. De ces derniers était l'abbé de 
Eénelon, alors précepteur des enfants de France, qui semblait 
tout disposé, par l'effusion de son cœur et la subtilité de son 
esprit, à adopter les erreurs de madame Guy on; il devint en effet 
son plus zélé disciple , et de concert avec madame de La Maison- 
fort, il demanda à madame de Maintenon de la laisser venir à 
Saint-Cyr. 

Madame de Maintenon, avec sa tête froide et sa piété solide, 
n'était nullement faite pour les illusions du quiétisme; elle se 
moquait même souvent de tout ce qui était mysticisme, extase, 
contemplation , et elle disait à ce sujet : « Dieu nous garde des 
spirituelles de travers, c'est ce qu'il y a de pis. » Néanmoins elle 
se laissa prendre au langage extraordinaire de madame Guyon, 
au récit arrangé de ses malheurs, à sa manière si séduisante dépar- 
ier de Dieu. Elle la laissa venir à Saint-Cyr, et même y demeurer 
quelques jours; Fénelon l'y rencontra, et tous deux remplirent 
la maison de leurs doctrines et de leurs écrits mystiques. 

Saint-Cyr semblait être l'asile naturel du quiétisme, avec ses 
jeunes religieuses, ayant toute la ferveur et la simplicité d'un 
institut naissant, avec ses demoiselles nourries de bel esprit et 
avides de perfection : toutes ces imaginations tendres, rêveuses, 
solitaires, devaient embrasser avec passion ces maximes si 
attrayantes de l'abandon total, de la résignation inerte, de l'union 
absolue ; tous ces jeunes cœurs devaient être heureux de se con- 
sumer dans l'amour parfait, dans l'amour pur et désintéressé de 
Dieu. « Rien n'est plus propre à séduire de jeunes filles, écrivait 



LE QUIÉTISME A SAINT-CYR. 15b 

madame do Maintenon , que de leur proposer une piété qui 
(I un côté retranche toute contrainte et tout assujettissement, cl 
d'un autre côté nourrit l'amour-propre en les assurant qu'elles 
sont des âmes de premier ordre, el fort au-dessus de ces âmes 
misérables, auxquelles les vertus d'une piété commune sont 
nécessaires l . » 

« Madame Guyon, disent les Mémoires de Saint-Cyr, charma 
nos Dames par son esprit et par ses discours de piété, qui parais- 
saient ne tendre qu'à ce qu'il y a de plus parfait; elles crurent 
\ sentir une onction et un accroissement d'amour de Dieu qui leur 
donna une haute idée de sa sainteté. Mais dans ces commence- 
ments , c'était un mystère enfermé entre cinq ou six de nos 
Dames; car, selon madame Guyon, il n'y avait que des âmes 
choisies qui fussent capables d'entendre la vraie manière de 
s'unir à Dieu telle qu'elle l'enseignait; pour la mieux inspirer, 
elle donna à ces Dames les livres dont elle était Fauteur, les 
porta à les distribuer et à communiquer ainsi sourdement des 
unes aux autres la nouvelle spiritualité... Sa dévotion fut bien- 
tôt regardée comme le vrai chemin de la perfection, en sorte 
que celles qui n'avaient pu encore y atteindre en étaient fort 
humiliées 2 . » 

La plus remarquable des disciples de madame Guyon fut ma- 
dame de La Maisonfort. C'était une demoiselle d'une ancienne et 
pauvre famille du Berry, qui, dès son enfance, avait été nommée 
chanoinesse dans l'abbaye noble de Poussay en Lorraine. Elle 
a\ ait beaucoup de vivacité et d'imagination, un esprit tourné aux 
choses abstraites, un goût extrême de spiritualité, une instruc- 
tion très-variée, une âme ardente, énergique, inquiète, qui se 
voilait sous un extérieur enjoué et même étourdi; un cœur 
tendre et généreux, le goût et les manières du plus grand monde, 
une démarche pleine de noblesse, une beauté médiocre et pour- 
tant pleine d'agréments. Elle avait vingt-quatre ans lorsqu'elle 

1 Lettre à madame du Pérou , dans Languet, t. n , p. 562. 
- Mémoires, ch. xx. 



156 CHAPITRE X. 

vint à Paris (4684) pour tâcher de se placer honorablement auprès 
de quelque princesse, et fut présentée par l'abbé Gobelin à ma- 
dame de Main tenon, qui lui proposa de venir à Noisy en qualité 
de maîtresse des demoiselles. Elle y consentit, espérant que ce 
serait un commencement de fortune, mais en témoignant sa répu- 
gnance pour la vie religieuse et en annonçant qu'elle se retire- 
rait dès qu'on n'aurait plus besoin d'elle. A Noisy, puis à Saint- 
Cyr, elle fit des prodiges, et madame de Maintenon, qui se laissait 
prendre aisément à des dehors séduisants et aux agréments de 
l'esprit, conçut pour elle la plus vive affection : elle en fit son amie 
et sa confidente; elle lui communiquait toutes ses pensées; elle 
lui écrivait dans les termes du plus tendre abandon; elle était en 
admiration devant ses talents et ses grâces : « Quel véritable pré- 
sent vous m'avez fait en me donnant la chanoinesse, écrivait-elle 
à l'abbé Gobelin, et quel dommage qu'elle n'ait pas de vocation ! » 
Néanmoins ce fut madame de La Maisonfort qui contribua le plus 
à donner aux demoiselles le goût du bel esprit, de la poésie et des 
vanités mondaines ; ce fut elle qui leur fit lire les romans et les 
poètes. « Elle crut faire merveille, disent les Mémoires, de leur ap- 
prendre quelque chose de l'antiquité, comme les fables des fausses 
divinités, les histoires profanes, les philosophes et choses sembla- 
bles l , » Malgré cela, les services qu'elle rendit dans les classes 
furent tels, joints aux malheurs de sa famille, que le roi lui donna 
une terre de 1,000 écus de revenu. Alors de grands partis se 
présentèrent : elle les refusa, soit par amour de l'indépendance, 
soit par inquiétude d'esprit, soit par envie de demeurer à Saint- 
Cyr. Elle y faisait en effet une sorte de personnage, étant aimée 
et considérée du roi et vivant avec madame de Maintenon dans 
la plus intime familiarité; elle y plaisait à tout le monde par ses 
talents, son bon cœur, sa gaieté, ses entretiens, tantôt sur les 
grands écrivains du temps et principalement sur les auteurs de 
Port-Royal, tantôt sur les saints contemplatifs qui ont recherché 

1 Lettres édifiantes. 



LE QUIÉTISME A SAINT-CYR. 157 

la perfection de la vie chrétienne, comme sainte Thérèse et saint 
François de Sales. Nulle ne loua Esther avec plus de goût : aussi 
Racine aimait-il à discourir avec elle, non-seulement sur la poésie, 
mais sur les choses saintes, et c'était alors un charme d'entendre 
l'un et l'autre. Nulle n'écoutait les instructions de Fénelon avec 
plus de ravissement, et celui-ci la regardait comme une de « ces 
âmes d'élite capables des mystères de la plus sublime dévotion. » 
Cependant madame de La Maisonfort n'était à Saint-Cyr que sur 
le pied d'une maîtresse séculière, en dehors de la communauté; 
or madame de Maintenon, pensant qu'une femme de ce talent et 
de ce caractère était la supérieure de Saint-Louis qu'elle n'avait 
pas trouvée en madame de Brinon, aurait désiré la garder comme 
religieuse , pour que , après sa mort , elle pût consolider son 
œuvre. « Elle lui en jetait donc des paroles selon les occasions 
et la faisait sonder par des personnes de confiance; » mais cette 
âme étrange et pleine de contrariétés était tourmentée non-seu- 
lement par « une aversion naturelle pour tout engagement quel 
qu'il fût, )) non-seulement par le regret et le désir du monde, 
mais par le mal qui avait tué l'auteur des Provinciales : le doute 
venait de temps en temps la jeter dans des troubles sans fin. 
Elle l'étouffait dans les extases de l'amour divin; mais alors 
« elle portait son vol si haut que nul ne la pouvait suivre : » 
aussi elle embrassa avec chaleur les idées de madame Guyon, 
« ses élans, ses mouvements subits, ses renoncements, ses aban- 
dons, » toute cette poésie mystique si bien faite pour cette ima- 
gination ardente, pour ce cœur agité; « elle s'engoua de cette 
sainte persécutée pour la justice par les conversations qu'elle 
eut avec elle et leur fréquent commerce de lettres; » elle reçut de 
Fénelon, qui était son directeur « et qu'elle aimait très-tendrement 
en Jésus-Christ, » des manuscrits sur la vie intérieure si abstraits, 
si obscurs, que l'auteur lui-même les jugeait dangereux pour des 
lecteurs vulgaires; elle les propagea, elle les commenta aux 
Dames de Saint-Cyr, ainsi que les livres de madame Guyon; enfin 
elle acheva d'égarer son esprit dans ces pieuses exaltations» 



158 CHAPITRE X. 

a Sur ces entrefaites, dit l'historienne de Saint-Cyr, elle crut 
sentir de la vocation pour notre Institut, elle qui jusque-là n'avait 
songé qu'à se retirer quand madame deMaintenon aurait pourvu 
à sa fortune. » C'était Fénelon, dont la parole pleine d'onction 
avait tout pouvoir sur elle, qui l'avait exhortée à chercher un 
apaisement à ses agitations, à ses désirs du monde dans la vie re- 
ligieuse : « elle ne trouverait le calme, disait-il, que lorsqu'elle 
serait dans le fond de cet abîme où l'on commence à prendre 
pied. » Madame de Maintenon, dès les premiers mots qu'on lui 
en dit, mit un empressement extrême à acquérir pour l'Institut 
de Saint-Louis une femme d'un si grand mérite, qu'elle aimait 
comme si elle eût été sa fille. Celle-ci en fut très-ilattée ; mais 
quand il fallut prendre une résolution, elle retrouva ses doutes, 
ses incertitudes, ses répugnances, et fit bien des consultations à 
l'abbé de Fénelon, à l'évêque de Chartres, ainsi qu'aux abbés 
Tiberge et Brisacier. A la fin madame de Maintenon la fit ré- 
soudre de s'en rapporter à la décision des quatre prêtres que 
nous venons de nommer. Ceux-ci s'assemblèrent à Saint-Cyr et 
y tinrent longuement conseil , pendant que madame de La Mai- 
sonfort était à genoux devant le Saint- Sacrement, fondant en 
larmes et dans la plus grande agitation; puis ils décidèrent « que 
ses difficultés ne venaient que d'une conscience trop timide dont 
il était bon de l'affranchir; que cette disposition ne la rendrait 
que plus fidèle à ses devoirs et ne devait pas l'empêcher de faire 
des vœux; enfin que Dieu l'appelait à le servir comme Dame 
de Saint-Louis 1 . » En apprenant cette sentence, et encore bien 
qu'elle n'eût à faire que des vœux simples, elle tomba évanouie 
et pensa mourir de douleur. Néanmoins elle obéit et demanda le 
noviciat; on la reçut avec joie : « Madame deMaintenon, racontent 
les Dames, en fit une fête particulière ce jour-là, et crut avoir 
fait la plus grande acquisition du monde. Je remercie Dieu, lui 
disait-elle, de ce qu'il fait pour vous et pour nous : vous allez 

1 Mémoires, cl), xx. 



LE QUIÉTISME a SAINT-CYR. 1!j9 

donc trouver la paix 1 !... » Pendant son noviciat elle donna des 
marques touchantes d'humilité, de simplicité et d'obéissance, 
sans rien perdre de ses agréments : «Notre chanoinesse, écrivait 
madame de Maintenon, est plus dévote, plus abstraite, plus 
aimable , plus étourdie que jamais. » Mais elle continua aussi à 
propager les doctrines du quiétisme avec tant de zèle que madame 
de Maintenon s'en alarma : «Ne répandez pas, lui dit-elle, les 
maximes de M. de Fénelon devant des gens qui ne les goûtent 
point. Quant à madame Guyon, vous l'avez trop prônée; mais 
il ne lui convient pas non plus qu'à moi qu'elle dirige nos Dames. 
Tout ce que j'ai vu d'elle m'a édifiée; mais il faut conduire cette 
maison par les règles ordinaires et simplement... — Vous êtes 
destinée, lui disait-elle encore, à être la pierre fondamentale 
de Saint-Cyr; vous devez soutenir un jour ce grand bâtiment par 
votre régularité et par vos exemples. Mais ne soyez pas si vive : 
vos discours jettent le trouble dans l'esprit de nos Dames. Ou je 
me trompe fort, ou vous prenez la piété d'une manière trop spé- 
culative 2 ... )) 

Cependant son aversion pour la vie religieuse reprit le dessus, 
et madame de Maintenon ainsi que Fénelon eurent de la peine à 
lui faire achever son sacrifice. Aussi au bout d'un an de novi- 
ciat , l'évêque de Chartres la dispensa (4 février \ 692) d'une 
plus longue épreuve 3 : il l'autorisa à prononcer ses vœux, et, 
^ur sa demande, il désigna l'abbé de Fénelon pour faire la céré- 
monie. Ce fut donc entre les mains de ce saint prêtre qu'elle fit 
profession le 1 er mars 1692. Fénelon prononça à ce sujet sur le 
bonheur de la vie religieuse un sermon qui ravit toute l'assis- 
tance : quant à la professe , elle paraissait plus morte que 
vive. Madame de Maintenon ne put contenir sa joie, et elle la 
félicita de son sacrifice dans les termes les plus tendres : « Que 
vous êtes heureuse, ma chère fille, lui dit-elle, de vous ap- 

1 Mémoires, ch. \x. — Lettre du 10 décembre 1690. 

? Lettres édifiantes, t. ni. 

J Voir l'acte aux archives de la préfecture de Versailles. 



460 CHAPITRE X. 

partenir, de pouvoir vous offrir et de pouvoir vous donner! » 
A peine madame de La Maison fort était-elle engagée par ses 
vœux que ses troubles recommencèrent, surtout ses regrets du 
monde, son goût pour les choses d'esprit et le beau langage, à 
ce point qu'elle ne voulut plus se confesser aux missionnaires de 
Saint-Lazare, à cause de leur simplicité, et qu'on obtint de 
l'évêque de Chartres que l'abbé de Fénelon serait seul chargé de 
sa conscience. Madame de Maintenon lui prodigua les exhorta- 
tions, les consolations avec une grande effusion de <:œur et en 
employant toutes les ressources de son esprit. Il n'est rien de 
plus intéressant que les lettres qu'elle lui écrivit à cette époque; 
mais malheureusement les Dames de Saint-Cyr ne les ont pas 
toutes conservées et ont entièrement anéanti les réponses. Dans 
ces lettres, elle lui rappelle « que sa vie doit être cachée, mor- 
tifiée, pure, privée de tous les plaisirs; que si elle ne se repent 
pas du parti qu'elle a choisi, elle doit le prendre avec ses austé- 
rités et ses sûretés ; qu'elle doit renoncer à la tendresse de son 
cœur, à la délicatesse de son esprit, et se dépouiller d'un reste 
d'orgueil , qu'elle se déguise à elle-même sous le goût des choses 
spirituelles... Vous ne devez plus avoir ce goût, mais vous devez 
encore moins chercher à le satisfaire avec un confesseur. Le plus 
simple est le meilleur pour vous, et vous devez vous y sou- 
mettre en enfant. Comment surmonterez-vous les croix que Dieu 
vous enverra dans le cours de votre vie, si vous vous dégoûtez 
d'un homme parce qu'il n'est pas aussi sublime que Racine?... 
Vous auriez eu plus de plaisirs dans le monde, et, selon les appa- 
rences, vous vous y seriez perdue. Jouissez donc du bonheur 
de la sûreté... Pourquoi Dieu vous a-t-il donné tant d'esprit et de 
raison? Croyez-vous que ce soit pour discourir, pour lire des 
choses agréables, pour juger des ouvrages de prose et de vers, 
pour comparer les gens de mérite et les auteurs? Ces desseins 
ne peuvent être de lui. Il vous en a donné pour servir à un 
grand ouvrage établi pour la gloire et le bien de l'État. Tournez 
vos idées de ce côté-là : elles sont aussi solides que les autres sont 



LE QUIÉTISME A SAINT-CYR. 164 

frivoles. Tout ce que vous avez reçu est pour le faire profiter : 
vous eu rendrez compte. » 

Enfin elle lui écrivit cette lettre d'une éloquence pénétrante, 
l'une des plus belles pages qui soient dans notre langue : «... Que 
ne puis-je vous faire voir l'ennui qui dévore les grands , et la 
peine qu'ils ont à remplir leurs journées ! Ne voyez-vous pas que je 
meurs de tristesse dans une fortune qu'on aurait eu peine à ima- 
giner, et qu'il n'y a que le secours de Dieu qui m'empêche d'y 
succomber? J'ai été jeune et jolie, j'ai goûté des plaisirs, j'ai été 
aimée partout; dans un âge un peu plus avancé, j'ai passé des 
années dans le commerce de l'esprit, je suis venue à la faveur; 
et je vous proteste, ma chère fille, que tous les états laissent un 
vide affreux, une inquiétude, une lassitude, une envie de con- 
naître autre chose, parce qu'en tout cela rien ne satisfait entière- 
ment. On n'est en repos que lorsqu'on s'est donné à Dieu; alors 
on sent qu'il n'y a plus rien à chercher, et qu'on est arrivé à ce 
qui seul est bon sur la terre... » 

Dans son trouble d'esprit , on pourrait presque dire dans son 
désespoir, madame de La Maisonfort se jeta plus avant que jamais 
dans les rêveries du quiétisme ; elle en devint le docteur et l'apôtre 
à Saint-Cyr, et se fit comme une secte et un parti des Dames et 
demoiselles qui avaient embrassé ces erreurs. «Ces Dames, ra- 
conte notre historienne, avaient de la froideur, de l'éloignement 
et même un peu de mépris pour celles qui n'étaient pas de leur 
causerie , une grande indépendance des supérieurs et des direc- 
teurs, beaucoup de présomption et d'orgueil; celles qui prati- 
quaient cette spiritualité se croyaient des âmes privilégiées et fort- 
au-dessus des autres; elles n'assistaient au sermon que le moins 
qu'elles pouvaient, disant que cela ne fait que distraire, que Dieu 
seul suffit, et ayant mille travers de cette nature... Presque toute 
la maison devint quiétiste. On ne parlait plus que de pur amour, 
d'abandon, de sainte indifférence, de simplicité, laquelle on 
mettait à se bien accommoder en tout pour prendre ses aises, à 
ne s'embarrasser de rien, pas même de son salut. Delà vint cette 

21 



IM CHAPITRE X. 

prétendue résignation à la volonté de Dieu, qu'on poussait à con- 
sentir aussi franchement à sa damnation qu'à vouloir être sauvée; 
c'était en cela que consistait le fameux acte d'abandon qu'on 
enseignait, après lequel on n'avait plus que faire de se mettre en 
peine de son sort pour l'éternité... Ces façons de parler étaient si 
communes, que les rouges mêmes les tenaient; jusqu'aux sœurs 
converses et aux servantes, il n'était plus question que de pur 
amour. Et il y en avait qui, au lieu de faire leur ouvrage, pas- 
saient leur temps à lire les livres de madame Guyon, qu'elles 
croyaient entendre 1 . » 

L'évêque de Chartres fut averti de ces nouveautés, et il en 
parla à madame de Maintenon, qui fut toute surprise « de voir 
que ce qu'elle avait trouvé si bon fût traité d'erreur. » Comme 
madame Guyon se gardait bien de parler avec elle d'extases, de 
visions et de toutes ses extravagances mystiques, elle ne voyait 
aucun mal dans ses livres, qu'elle lisait avec plaisir; de même, sans 
goûter les exaltations de madame de La Maisonfort, elle croyait 
que sa spiritualité était la même que celle de M. de Fénelon , dont 
elle aimait tant les écrits, qu'elle les donnait aux Dames pour su- 
jets de méditation. Dès les premiers mots de Desmarets, elle ouvrit 
les yeux, le laissa maître de rechercher et poursuivre l'erreur à 
Saint-Cyr, et sacrifia sur-le-champ madame Guyon, qu'elle éloi- 
gna de cette maison. L'évêque assembla les Dames, leur montra 
le danger du quiétisme, les rappela à la pratique des vertus 
ordinaires, et leur ordonna de lui remettre les livres de ma- 
dame Guyon. Quelques-unes se rendirent avec docilité; d'autres 
parurent moins prêtes à céder, mais sans témoigner de répugnance 
ouverte; quant à madame de La Maisonfort, elle résista. Depuis 
qu'elle était si avancée dans les erreurs du quiétisme, « elle mé- 
prisait les observances, n'aimait pas à se gêner, et, sous prétexte 
d'abandon total à Dieu , ne s'assujettissait volontiers à aucune 
règle : son directeur et madame de Maintenon avaient peine à la 

i Mémoires de Saint-Cyr, chap. xxix. 



LE QUIÉTISME A SAINT-GYR. 163 

ramener à ses devoirs. » De plus, c'était le temps où se faisait 
la réforme de l'Institut, et où l'annonce des vœux solennels avait 
jeté tant de trouble dans la maison. La Maisonfort, quoiqu'elle 
fût entrée au noviciat, ne se cacha pas de témoigner son mépris 
pour les nouvelles constitutions, blâmant les vœux solennels, 
annonçant l'intention de n'en point faire, enfin en parlant tout 
haut et fort mal, même devant l'évêque de Chartres et madame 
de Ma intenon, Celle-ci fut indignée de tant de témérité; mais 
elle avait une grande faiblesse pour cette fille, dont elle estimait 
trop haut l'esprit et les talents. Fénelon, sur qui rejaillissait Je 
blâme d'une telle conduite, apaisa sa colère, contraignit la reli- 
gieuse à des protestations d'obéissance, à une soumission ab- 
solue pour les nouvelles constitutions, enfin, la détermina à faire 
des vœux solennels; mais ce ne fut pas sans combats ni sans lar- 
mes (19 avril 1 694). 

Madame de Maintenon haïssait les disputes religieuses, et 
voulait les éviter à son institut : elle avait l'exemple de Port- 
Royal, lancé au plus fort de la tourmente, et des malheurs des 
filles de cette maison; elle consulta séparément Bossuet, Bonr- 
daloue, l'évêque de Chàlons (M. de Noailles), et plusieurs antres 
prélats et saints personnages : ils furent unanimes à condamner 
les maximes et les pratiques du quiétisme. Alors elle engagea 
madame Guyon à s'exiler, et lui interdit tout commerce avec 
Saint-Cyr. Elle crut qu'avec la retraite de cette dame, avec les 
vœux solennels et les obligations sévères qu'imposaient les nou- 
velles constitutions, il ne serait plus question de quiétisme dans la 
maison. Mais madame de La Maisonfort resta en correspondance 
avec Fénelon; les autres Dames que ce prêtre dirigeait dans les 
voies de la spiritualité continuèrent à partager ses idées, et formè- 
rent une division funeste dans la communauté. De plus, madame 
Guyon ne cessa point son commerce de lettres avec Saint-Cyr : on 
les lisait en secret et pendant la nuit; on en multipliait les copies; 
on se communiquait ses manuscrits les plus mystiques; les esprits 
se montaient contre la persécution et les persécuteurs; enfin, La 



164 CHAPITRE X. 

Maisonforl pril sur la communauté un ascendant qui semblait 

faire d'elle une autre supérieure. 

Fénelon, inquiet de la disgrâce de madame Guyon et du discré- 
dit qui en retombait sur lui, demanda que les livres de cette dame 
fussent soumis à un examen. Les évêques de Meaux et de Châlons 
et M. ïronson , supérieur de Saint-Sulpice, tinrent à ce sujet, 
à Issy, des conférences, où lui-même fut admis en protestant de 
sa soumission parfaite à la décision qui serait prise; mais il se 
montra dans la discussion moins juge que partie ; il défendit les 
doctrines de madame Guyon avec une ardeur extrême, et lors- 
que la commission, après huit mois d'examen, les condamna 
dans un formulaire en trente -quatre articles, il signa ce formu- 
laire en déclarant que c'était « non par persuasion, mais par 
déférence » (10 mars 1695) l . 

Ce fut dans ces circonstances que madame de Maintenon , qui 
n'avait jamais douté de la pureté des doctrines de Fénelon, 
sollicita le roi de lui donner l'archevêché de Cambrai. Louis XIV 
aimait peu ce précepteur de ses petits -fils, qu'il appelait « le 
plus bel esprit et le plus chimérique de son royaume; » mais il 
ne connaissait pas l'inanité et l'opiniâtreté de ses opinions mys- 
tiques. Il nomma Fénelon archevêque. Le nouveau prélat, pour 
marquer à madame de Maintenon sa reconnaissance, demanda 
que son sacre se fît à Saint-Cyr, « dans ce lieu si précieux et si 
peu accessible, » dit Saint-Simon; et, pour témoigner la pureté 
de sa doctrine, il pria Bossuet, « ce dictateur de l'épiscopat, » 
de lui donner la consécration. La cérémonie eut lieu le 1 juin 
1695; elle fut très-pompeuse, mais, pour ainsi dire, secrète, 
tant madame de Maintenon eut soin d'en écarter la foule. « Elle 
y assista, dit Saint-Simon, avec sa petite et étroite cour intérieure ; 

1 II instruisit madame de La Maisonfort de tout ce qui se passait à Issy, et lui en- 
voya les articles à mesure qu'on les arrêtait. « Comme cette fille , dit Languet , avait 
l'esprit pénétrant, elle sentit bientôt qu'il y avait de la différence entre les articles 
et les maximes que Fénelon lui avaient débitées. Elle lui fit ses objections, aux- 
quelles il répondit avec la dextérité d'un homme qui d'une part craignait de paraître 
s'éloigner des articles d'Issy, et de l'autre ne voulait pas se contredire lui-même. » 
Tome ii, p. 585.) 



LE QUIÉTISME A SÀINT-CYR. 165 

personne d'invité et portes fermées à l'empressement de faire sa 
cour '. » Les trois petits-fils du roi furent les spectateurs avec 
le duc de Beauvilliers, le petit cercle des amis dévoués de Fénelon, 
et les évêques de Chàlons et d'Amiens , qui assistaient le prélat 
consacrant. Quant aux Dames et aux demoiselles, elles n'y par- 
ticipèrent que par leurs chants d'église , et entendirent à peine 
le bruit de cette pompe; mais elles furent ravies de l'élévation 
d'un homme qu'elles vénéraient comme un saint, et n'en devin- 
rent que plus hardies à manifester leurs sentiments. 

L'évêque de Chartres crut nécessaire de faire une visite nou- 
velle à Saint -Cyr : il y trouva les écrits de madame Guyon 
très-répandus, blâma sévèrement la désobéissance des religieuses, 
^ isita leurs cellules, la bibliothèque, les classes, enleva rigoureu- 
sement tous les livres et manuscrits qui lui parurent dangereux, 
et ordonna même qu'on lui remît ceux de Fénelon. Toutes les 
Dames obéirent, excepté madame de La Maisonfort, qui sup- 
plia madame de Maintenon de les lui laisser. Mais celle-ci lui 
écrivit : 

« Pourquoi faut-il que vous les gardiez, et croyez-vous sou- 
tenir cette singularité? Vous savez que nous les avons montrés 
malgré lui et ce que votre imprudence et la mienne ont fait là- 
dessus. Il nous a dit et écrit plusieurs fois que ces écrits n'étaient 
point propres à toutes sortes de personnes et qu'ils pouvaient 
devenir très-dangereux; qu'il les avait faits pour chaque parti- 
culière à qui il répondait et sans y apporter aucune précaution. 
Vous êtes convenue en plusieurs occasions qu'ils ont fait du mal, 
parce qu'on ne les entendait pas ou qu'on les prenait par parties 
sans examiner le tout ensemble. Je suis assurée qu'il voudrait 
qu'ils ne fussent pas chez nous 2 . » La Maisonfort obéit; mais 
madame de Maintenon commença à se refroidir pour elle, et le 
qtriétisme continua à troubler sourdement Saint-Cyr. 

Les évêques de Meaux et de Châlons avaient publié, chacun 

1 Mémoires, t. i, p. 31 G. 

- Relation du quiétisme, par Phelipeaux , p. \'\'\. 



MW CHAPITRE X. 

dans son diocèse , uno ordonnance pour la condamnation des 
doctrines examinées dans les conférences d'Issy. Fénelon ne les 
Imita point, et sembla rétracter l'approbation qu'il avait donnée au 
formulaire. Alors Louis XIV commença à s'occuper de la que- 
relle. 11 n'était pas savant dans les choses de religion; mais les 
discussions théologiques avaient causé tant de maux qu'il avait 
horreur des nouveautés en matière de foi : toute dissidence lui pa- 
raissait un crime d'Etat; il y voyait un égal danger et pour son 
autorité et pour la paix du royaume : aussi était-ce moins par 
zèle religieux que par raison politique qu'il poursuivait avec une 
rigueur implacable non-seulement les hérétiques déclarés, comme 
les protestants, mais ceux qui tendaient à le devenir, comme les 
jansénistes. Les maximes du quiétisme ne lui paraissaient que des 
hallucinations de femme malade, et madame de Maintenon ayant 
essayé de lui lire quelques lignes de madame Guyon , il avait 
haussé les épaules en disant : « Ce sont des rêveries. » Mais il 
savait qu'avec le caractère de notre nation, il n'est pas d'idée, si 
folle et si chimérique qu'elle soit, qui ne trouve des partisans, qui 
ne tende même à se transformer en fait; et le quiétisme commençait 
en effet à troubler la cour, le clergé, les provinces. Il crut couper 
court au mal en faisant arrêter et emprisonner madame Guyon. 

Les partisans du quiétisme ne furent pas effrayés de cet acte de ri- 
gueur, et pour ne parler que de Saint-Cyr, le trouble y devint tel, 
que madame de Maintenon pria Bossuet d'y venir pour « ramener 
doucement les esprits sans les aigrir. » En effet, l'illustre prélaty vint 
faire deux longues conférences (5 février et 7 mars 1 696) où il traita 
à fond « les dogmes affreux de l'indifférence pour le salut éternel 
et de l'oraison passive. » A l'issue de ces conférences, chacune des 
Dames proposait au prélat ses difficultés, et il ne dédaignait pas, 
avec son langage noble, familier, persuasif, de dissiper leurs 
doutes, d'éclairer et de rassurer leurs consciences; aussi presque 
toutes furent touchées et déplorèrent humblement entre ses mains 
leurs égarements; mais madame de La Maisonfort et deux autres 
professes de la première fondation, mesdames du Tour et de 



LE QUIÉTISME A SAINT-CYR. 107 

Monlaigle, refusèrent de se rendre. La première ne craignit pas 
d'engager la controverse avec l'aigle de Meaux, et elle la soutint 
avec une ardeur et une force qui tirent l'étonnement de madame 
de Maintenon et de toute la communauté ; elle obtint même d'avoir 
une entrevue particulière avec le prélat, et cette conversation 
Taxant vivement remuée, elle reçut de M. de Cambrai la défense 
d'en avoir d'autres. Fénelon, en effet, s'était vu avec chagrin 
dépossédé de sa royauté de Saint-Cyr par les conférences de 
Bossuet ; il s'en plaignit à madame de Maintenon et lui reprocha 
« son excès d'ombrage et d'effroi. » — a Si vous m'eussiez parlé à 
cœur ouvert et sans défiance, lui dit-il, j'aurais mis en paix les 
esprits échauffés de Saint-Cyr et les aurais mis dans une parfaite 
docilité sous la conduite de leur saint évêque. » Malgré la dé- 
fense de M. de Cambrai, madame de La Maisonfort demanda à 
exposer ses doutes dans un écrit que nul ne lirait que Bossuet 
lui-même, non plus que les réponses, et elle fit passer cet écrit 
bien cacheté par les mains de madame de Maintenon. L'abbé Phe- 
lipeaux , dans sa Relation du quiétisme (t. I, liv. n, p. 161), 
ainsi que Languet de Gergy, dans ses Mémoires sur la maison de 
Saint-Cyr (t. II, p. 597), nous ont conservé des extraits de cet 
écrit et des réponses de Bossuet , et Ton est étonné de la subtilité 
d'argumentation, de la décomposition d'idées, de l'érudition va- 
riée de cette femme extraordinaire, comme aussi de l'inanité de 
ses abstractions orgueilleuses, de ses suppositions impossibles, de 
ses aspirations à une perfection imaginaire : il n'est rien de plus 
oiseux , de plus subtil , de plus vaporeux dans tout le quié- 
tisme; il n'est rien aussi de plus fin, de plus pur, de plus délicat. 
Bossuet eut besoin de toute sa lucidité puissante pour lui ré- 
pondre, et souvent, au lieu de discuter, il se contentait de dire : 
« Il faut entendre cela sainement , » ou bien : « Il faut entendre 
cela avec un grain de sel. » En réalité, toutes ces abstractions ne 
méritaient d'autre réponse que le mot charmant de madame de 
Sévigné : « Épaississez-moi la religion , qui s'évapore toute à 
force d'être subtilisée. « Quoi qu'il en soit, madame de La Mai- 



168 CHAPITRE X. 

sonforl fut ébranlée, et, « croyant que le plus sûr était de s'atta- 
cher aux sentiments de M. de Meaux, elle prit ce parti sans cesser 
pourtant de goûter M. de Cambrai l . » 

Cependant Bossuet avait résumé toute la doctrine de l'Église 
sur le quiétisme dans un livre plein de la philosophie chrétienne 
la plus substantielle et la plus sensée; c'était Y Instruction sur les 
états d'oraison, dans laquelle se trouvait commenté le formulaire 
d'Issy. Avant de le rendre public, il l'envoya aux théologiens qui 
avaient signé ce formulaire; MM. deNoailles etTronson l'approu- 
vèrent; mais Fénelon refusa même de le lire, et se hâta de pu- 
blier, en réponse à cet ouvrage, son Explication des maximes des 
saints sur la vie intérieure, livre déplorable, où il reproduit et dé- 
fend les erreurs de madame Guyon non en théologien, mais en so- 
phiste, avec tant de souplesse, de raffinement et d'obscurité, dans 
un style si entortillé, si faux, si diffus, qu'on y méconnaît et le 
beau génie, et le cœur droit, et la vertu sans tache, et la plume 
élégante de l'archevêque de Cambrai. La religion chrétienne, si 
réelle, si pratique, si humaine, se transforme dans ce livre en 
une sorte de mysticité nuageuse, subtile, abstraite, à l'usage de 
quelques initiés, seuls capables de cette piété distinguée,, de cette 
croyance de précieuses; nulle part le quiétisme n'y apparaît plus 
antipathique au caractère , au bon sens , il faut dire même à la 
langue de la France. 

Bossuet jeta l'alarme sur cette incroyable aberration d'un 
grand esprit; alors la lutte s'engagea entre les deux évêques, 
lutte très -grave, car sous l'apparence d'une rêverie de femme 
en démence que combattait une orthodoxie rigoureuse, c'était la 
lutte de la tradition catholique, du bon sens chrétien, de l'esprit 
d'ordre, de méthode et de clarté, contre l'innovation chimérique, 
les oiseuses recherches de l'imagination, les aspirations fantasti- 
ques, les vaines tensions, les rêves tentateurs et les grâces fardées 
du bel esprit. Tout le monde s'en mêla, surtout les jansénistes, 

1 Relation du quiétisme, t. i, liv. n, p. 170. 



LE QUIÉTISME A SAINT-CYR. I GO 

qui voyaient derrière ces subtilités dangereuses la morale relâ- 
chée des jésuites; Nicole, Racine, Despréaux y prirent la plume; 
mais nul ne traita plus justement et plus durement Fénelon que 
l'abbé de Rancé, l'austère réformateur de la Trappe : « Si M. de 
Cambrai a raison, dit-il, il faut brûler l'Evangile, et se plaindre de 
Jésus-Christ, qui n'est venu au monde que pour nous tromper. » 

Nul ne sortit sans blessure de cette lutte, ni Fénelon, dont le 
livre fut condamné par le pape, mais qui tomba avec tant de 
grâce et de candeur, qu'il fit repentir ses adversaires de leur 
victoire; ni Bossuet, qui poursuivit avec un acharnement pas- 
sionné ce qu'il appelait le fanatisme de son confrère; ni madame 
Ao Main tenon, qui abandonna son ami avec une faiblesse déplo- 
rable, et crut sa conscience tranquille derrière l'autorité de 
l'Église; ni Louis XIV, qui, regrettant « d'avoir exposé ses petits- 
fils au danger d'un tel instituteur, » lui enleva l'éducation des 
princes, l'exila dans son diocèse, chassa de la cour ses parents 
cl ses amis, enfin ne souffrit jamais que son nom fût prononcé 
devant lui. 

Madame de Maintenon eut sa part de cette colère. Le roi ne 
la ménagea pas sur son amitié aveugle pour Fénelon, et lui re- 
procha « de lui avoir fait nommer évêque un homme qui pouvait 
former dans sa cour un grand parti.» Il douta d'elle, et « ses re- 
proches furent si amers, qu'elle avoua n'avoir jamais été si près 
de la disgrâce l . » Ce fut le seul nuage qui troubla cette union de 
trente ans ; mais il fut assez fort pour que madame de Maintenon en 
tombât malade, et qu'elle se crût voisine de sa fin. Alors l'évêque 
de Chartres intervint et écrivit au roi : « Rendez votre confiance 
à cette excellente compagne, pleine de l'esprit de Dieu, de ten- 
dresse et de fidélité pour votre personne; je connais le fond de 
son cœur, et vous suis garant qu'on ne peut vous aimer plus 
tendrement ni plus respectueusement qu'elle vous aime. Elle ne 
vous trompera jamais, si elle n'est trompée elle-même. » Louis XIV 

1 Languit, t. n, p. 216. 

22 



170 CHAPITRE X. 

se radoucit, et allant voir madame de Maintenon malade : 
«Eh bien! dit-il, il faudra donc vous voir mourir pour cette 
affaire-là ! » 

Saint-Cyr se ressentit de cette querelle. Le livre des Maœimes 
des saints avait ranimé chez les Dames le quiétisme : « elles se 
guindaient à des subtilités impraticables et mettaient M. de 
Cambrai au rang des saints qui ont souffert pour la justice. » 
Quand elles virent sa disgrâce, son exil, les poursuites com- 
mencées à Rome contre lui, elles furent accablées de dou- 
leur; madame de La Maisonfort accusait Bossuet de mauvaise 
foi, parce que plusieurs saints avaient professé les opinions que 
Ton condamnait; elle ne parlait plus que de martyre, et elle mit 
dans sa résistance un emportement qui acheva de consumer 
cette âme passionnée. Elle avait alors perdu toute sa beauté, et 
pâle, maigrie, tourmentée de précoces infirmités, elle ne sem- 
blait plus que l'ombre d'elle-même; mais sa parole restait la 
même ainsi que son ardeur, et elle avait gardé tout son ascen- 
dant sur les humbles filles, qui l'écoutaient inquiètes, irrésolues 
entre l'obéissance et la révolte. Madame de Maintenon s'efforça 
par ses instructions, ses prières, même ses menaces, d'abattre 
ce mauvais esprit; «mais elle ne gagna rien sur mesdames du 
Tour et de La Maisonfort, qui étaient comme les chefs du parti et 
semblaient avoir un bandeau sur les yeux. » L'évêque de Char- 
tres en fut alarmé : ce considérant qu'il était important que les 
Dames de Saint-Louis n'eussent aucun sentiment particulier sur 
la foi, que leurs opinions erronées feraient le plus grand mal 
à la noblesse qu'elles élevaient, et qui porterait ces nouveautés 
dans les couvents ou dans les familles, il demanda à ma- 
dame de Maintenon d'éloigner de la maison les plus suspectes 
et les plus opiniâtres. » Celle-ci eut beaucoup de peine à s'y dé- 
terminer, et elle tempéra auparavant toutes sortes de moyens 
pour faire rentrer les Dames en elles-mêmes; mais le roi ayant 
voulu savoir ce qui s'était passé à Saint-Cyr au sujet du quiétisme 
et quels progrès y avait faits l'erreur, il fallut tout lui dire. 



LE QU1ETISME A SAINT-GYR. 171 

Aussitôt ce prince comprit qu'il fallait couper dans le vif et 
écarter sans délai celles des Dames qui auraient encore de l'atta- 
chement pour l'erreur; et il se prononça sur-le-champ contre 
l'aucienne amie et confidente de madame de Maintenon, « celle 
qui avait fait le plus d'éclat, celle qui avait montré le plus de ré- 
sistance et dont il craignait les liaisons avec l'archevêque de 
Cambrai 1 . » Le 7 août 1698, deux lettres de cachet arrivèrent 
pour mesdames de La Maisonfort et du Tour. Elles reçurent cet 
arrêt avec fermeté, dans la persuasion qu'elles souffraient pour 
la bonne cause, et elles se disposèrent à partir. Cependant elles 
passèrent toute la nuit à pleurer dans la chambre de la supérieure. 
Le lendemain au matin, sans que personne les vit, elles sortirent 
par la porte du jardin, où deux carrosses les attendaient, et fu- 
rent conduites, madame du Tour aux Filles de la Visitation de 
Grenoble, madame de la Maisonfort aux Filles de la Visitation de 
Meaux. C'était cette dame elle-même qui avait demandé à se re- 
tirer dans ce couvent pour s'y mettre sous la direction de Bossuet :. 
elle pensait avoir l'estime du grand prélat qui pourrait peut-être 
adoucir ou faire cesser sa disgrâce. 

Le départ des deux religieuses jeta la consternation dans la 
maison, car ces deux Dames, si supérieures aux autres par leurs 
talents, étaient unies à toutes par les liens de l'amitié; les de- 
moiselles, qui portaient à madame de La Maisonfort une affection 
voisine de l'admiration, en furent désolées. «Toutes les Dames 
pleuraient et craignaient pour elles-mêmes : voyant que les vœux 
solennels qu'on avait faits pour plus grande solidité n'exemptaient 
pas des lettres de cachet, elles s'imaginaient qu'il ne fallait plus 
compter sur rien 2 .» Madame de Montaigle ne cacha pas son 
sentiment sur cette persécution, et elle le dit en tels termes que 
le lendemain une troisième lettre de cachet l'envoya aux Filles de 
Notre-Dame de Chàteaudun. Madame de Loubert, l'humble fille 
qui avait voulu rester obscure dans ses vœux simples, était 

1 Languet, t. n, p. 620. — Mémoires de Saint-Cyr, eh. xxw 

2 Mémoires de Saint-Cyr, ch. \xv. 



179 CHAPITRE X. 

L'amie particulière des Dames renvoyées : elle fut si triste, si 
agitée de leur départ, qu'elle crut, vu la singularité de sa posi- 
tion, que de pareilles rigueurs allaient l'atteindre. Elle demanda 
à s'en aller; on le lui accorda avec regret, et elle se retira aux 
Ursulines de Poissy. 

Madame de Maintenon vint consoler et rassurer la commu- 
nauté. « Elle n'était pas moins éplorée que nous, disent les Da- 
mes, et s'était fait une extrême violence en souscrivant à la con- 
damnation des exilées. » — « Vous ne pleurerez jamais tant vos 
sœurs, leur dit-elle, que je les pleure depuis quatre ou cinq ans 
et encore plus depuis quatre ou cinq mois que je voyais qu'il fau- 
drait venir à ce qui s'est fait. Je les aimais par inclination et par 
estime, les voyant très-vertueuses; mais je dois préférer le bien 
de la maison à toute autre considération l , » 

Mesdames du Tour et de Montaigle restèrent dans les couvents 
qu'on leur avait assignés, et elles y montrèrent tant de vertu 
qu'elles en devinrent les supérieures. Madame de La Maisonfort 
ne s'accommoda pas des Filles de la Visitation et passa dans un 
couvent d'Ursulines de la même ville. Elle n'avait pas compté 
en vain sur la bonté de Bossuet : ce grand homme lui témoigna 
l'intérêt le plus paternel; il la prit sous sa direction, et s'arrachait 
assidûment à ses occupations et à ses études pour répandre des 
consolations dans le cœur de cette simple religieuse, dont l'esprit, 
le langage, l'ardeur l'étonnaient. Au reste, jugeant que le quié- 
tisme, comme opinion privée, présentait peu de dangers, il ne 
changea rien aux pratiques de piété que Fénelon lui avait pres- 
crites. Madame de La Maisonfort continua dans sa retraite à être 
une sorte de personnage, considérée de tous, en commerce de 
lettres avec des gens de la cour, mais étant principalement en 
correspondance avec M. de Cambrai , pour lequel son affection 
et sa vénération ne furent jamais altérées, et qui accueillait les 
moindres de ses nouvelles avec un empressement plein de ten- 

1 Languet, t. n, p. 634. — Mémoires de Saint-Cyr^ ch. xxv. 



LE QUIÉTISME A SAINT-CYR. 173 

dresse. Les choses changèrent pour elle à la mort de Bossuet 
1704). Elle était devenue si infirme qu'elle avait à peine le souf- 
fle; « mais comme la vivacité de son esprit la consumait, » elle se 
jeta dans les discussions théologiques que souleva le jansénisme 
à la fin du règne de Louis XIV; et, soupçonnée de partager ces 
opinions nouvelles, elle fut contrainte par le cardinal de Bissy, 
successeur de Bossuet, de s'en aller aux Bernardines d'Argen- 
teuil. Elle quitta encore ce nouvel asile, et l'on ignore dans quel 
cloître, dans quel désert allèrent s'éteindre des facultés si belles, 
tant d'imagination, tant de vertus, une vie qui pouvait être si 
calme et qui fut tant tourmentée. 

Cependant le roi savait combien les religieuses exilées étaient 
regrettées à Saint-Cyr. Comme il avait à cœur de préserver la 
maison de tout ce qui ressentait l'erreur, il crut nécessaire d'écrire 
à la communauté la lettre suivante, qui est datée du fameux camp 
de Compiègne, le 5 septembre 1698 : 

« L'intérêt particulier que je prends au bien de votre maison 
et la connaissance que j'ai de quel préjudice il serait pour elle 
que les Dames du Tour, de la Maisonfort et de Montaigle, qui 
en sont sorties par mon ordre, y rentrassent quelque jour, m'en- 
gagent à vous déclarer ici que mon intention, en les renvoyant, 
a été que ce fût sans espérance de retour; et pour vous mettre 
à couvert des entreprises qu'elles pourraient faire sur cela à 
l'avenir, par toute mon autorité de roi et de fondateur, je vous 
défends, et à toutes celles qui vous succéderont, de souffrir 
jamais que ces trois dames rentrent parmi vous, sous quelque 
prétexte que ce soit. Je ne doute pas que tous ceux qui vou- 
draient peut-être dans la suite les y faire rentrer ne soient 
arrêtés par une déclaration aussi expresse de ma volonté. » 

Le roi ne s'en tint pas là; de retour de Compiègne, il vint à 
Saint-Cyr accompagné d'une nombreuse cour, entra dans la salle 
de communauté, où toutes les Dames étaient assemblées pour le 
recevoir, s'assit au milieu d'elles, et leur parla de la nécessité 
où il s'était trouvé d'éloigner des religieuses qui avaient du mérite 



174 CHAPITRE X. 

et qui leur étaient chères. 11 leur dit « qu'il en était venu là avec 
peine; mais que la conservation de la pureté de la foi dans cette 
maison l'avait exigé de lui; qu'il n'y avait rien qu'elles ne dussent 
sacrifier et qu'il ne sacrifiât lui-même pour cet objet. 11 ajouta 
qu'il avait toujours eu en recommandation la pureté de la foi 
dans son royaume et le désir d'en écarter toute mauvaise 
doctrine; qu'il avait encore plus de zèle pour l'écarter d'une 
maison qui lui était aussi chère, et qui pourrait infecter tout le 
royaume si l'erreur y prenait racine. » Tout ce discours fut 
écouté dans le plus profond recueillement, « Madame de Mainte- 
non était tout attendrie au souvenir des exilées, et nous aussi, s 
disent les Mémoires des Dames. « Telle fut cette célèbre journée , 
ajoute Languet, où l'on vit Louis XfV, assis au milieu d'une 
nombreuse communauté de religieuses, leur parler avec la ma- 
jesté d'un grand roi et toute la force d'un prédicateur zélé. » 

« Depuis ce temps, on n'entendit plus parler à Saint-Cyr du 
quiétisme : il y fut entièrement éteint 1 .» 

1 Mémoires de Saint-Cyr, ch. xxv. — Languet, t. u , p. 632. 



—■!«<§-] 



CHAPITRE XI. 



SAINT-CYR PENDANT LA GUERRE DE 1688. — VIE DE MADAME DE MAINTENON A SAINT- 
CYR. — LA DUCHESSE DE BOURGOGNE Y EST ÉLEVÉE. — VISITES DU ROI. 



Nous venons de raconter les plus grands orages qu'ait vus 
l'Institut de Saint-Louis : avec les représentations à'Esther et les 
actes de la réforme , ce furent toutes les agitations qui troublèrent 
le calme de cette sainte maison. Pendant ce temps, la France 
luttait contre la moitié de l'Europe; et Louis XIV, défenseur du 
principe catholique 1 , tenait tête à la ligue protestante que diri- 
geait Guillaume d'Orange. Ce fut une guerre longue et terrible, 
où nos armées eurent de grands succès, mais qui épuisa le 
royaume. Saint-Cyr en éprouva le retentissement : les religieuses 
et leurs élèves tressaillirent plus d'une fois à la nouvelle de nos 
batailles; elles ne pouvaient être insensibles à la gloire de nos 
armes , car la plupart avaient été bercées de récits militaires 
dans la maison paternelle; il en était peu qui n'eussent un père, 
un frère, un parent ou dans les escadrons qui gagnèrent les 
batailles de Fleurus et de Neerwinde, ou sur les vaisseaux qui 
vainquirent les Anglais à Beveziers; enfin, à Saint-Cyr, toute 
l'éducation , tous les entretiens , les hymnes mêmes qu'on y chan- 
tait leur rappelaient qu'elles étaient de « race guerrière 2 . » Ma- 
dame de Maintenon était loin d'étouffer ce sentiment chez ses 
chères filles : elle voulait « que le patriotisme fût l'une des ver- 

1 C'est ce que Racine exprimait dans le prologue à'Esther par ces vers : 

De ta gloire animé , lui seul de tant de rois 
S'arme pour ta querelle et combat pour tes droits... 

2 Vovez flans ce chapitre Y Hymne à saint Louis. 



176 CHAPITRE XT. 

tus d'un asile qui devait tout au roi, et qu'on y prît part à tous 
les événements qui intéressaient l'État. » Elle s'empressait donc 
de leur communiquer toutes les nouvelles de la guerre, et « à 
celles qui étaient bonnes, il y avait un cri de joie tout naturel, 
puis des actions de grâces à Dieu. » De son côté, Louis XIV, 
regardant l'Institut de Saint-Louis comme une œuvre qui devait 
attirer la bénédiction céleste sur ses armes, ne manquait pas, à 
l'entrée de chaque campagne, de se recommander aux prières 
des anges de Saint-Cyr : « Priez Dieu pour l'État, leur disait- il 
souvent, et demandez la paix. — Ce qui me plaît dans les Dames 
de Saint-Louis, ajoutait-il, c'est qu'elles aiment l'État, quoi- 
qu'elles haïssent le monde : elles sont bonnes religieuses et 
bonnes Françaises. » Aussi, aux époques les plus solennelles de 
la guerre, quand le Dauphin partit pour faire le siège de Philips- 
bourg, quand Jacques II était sur le point de s'embarquer pour 
l'Irlande, Louis alla à Saint-Cyr et y conduisit ces princes pour 
y implorer « le Dieu des armées au milieu de ces âmes innocen- 
tes, o A chaque nouvelle d'un succès, d'une prise de ville, d'une 
négociation, il leur écrivait, ou à madame de Maintenon, pour 
les inviter à partager sa joie ! ; aussitôt, Dames et demoiselles se 
portaient à l'église pour y entonner les motets pour le roi pen- 
dant la guerre, cantiques souvent chantés dans le tremblement et 
l'inquiétude; car, quelques jours après, arrivaient les nouvelles 
des officiers morts ou blessés , et il était rare que nos victoires 
ne fissent pas quelques orphelines. Alors madame de Maintenon 
venait consoler les pauvres filles, qu'elle gardait pendant quel- 
que temps dans sa chambre, et les assurer que la bonté du roi, 



1 Un assez grand nombre de ces lettres de Louis XIV étaient conservées en ori- 
ginal aux archives de Saint-Cyr. Quelques-unes ont été insérées par les Dames dans 
le recueil des Lettres édifiantes de madame de Maintenon. Elles sont généralement 
très-courtes, n'offrent d'intérêt que par les événements qu'elles rappellent, et se 
terminent ordinairement par des lignes analogues à celles-ci : « Je sens une grande 
joie, que vous partagerez sans doute avec moi.... Je crois que les Dames de Saint- 
Louis ne seront pas fâchées d'apprendre cette nouvelle, qui est très-considérable 
dans cette conjoncture. » (Lettre du 20 juin 1694 et relative à la défaite des Anglais 
dans la rade de Brest.) 



SAINT-CYR PENDANT LA GUERRE DE 1688. 177 

« de ce roi , disait-elle , que nous tenons de la magnificence de 
Dieu, » ne manquerait ni à elles, ni à leurs familles. 

Au commencement de la campagne de 1691, Louis résolut de 
se mettre à la tête de l'armée de Flandre pour faire le siège de 
Mons, et comme madame de Maintenon devait, pendant son ab- 
sence, demeurer à Saint-Cyr, il vint , avant son départ, lui dire 
adieu. Après qu'il fut allé à l'église avec toute la communauté, 
il fut accompagné par elle jusqu'à sa voiture. « Mesdames, leur 
dit-il, je me recommande à vos prières, j'en ai grand besoin; 
être roi est une charge qui expose à bien des fautes; j'espère 
que Dieu écoutera vos vœux.» Et après quelques mots à madame 
de Maintenon : a Adieu, mesdames, je vous laisse ce que j'ai de 
plus cher. » La supérieure (madame de Loubert) ayant dit que 
toute la maison allait redoubler ses prières pour que Dieu lui don- 
nât la victoire : — Non pas tant la victoire, dit-il, que la paix; 
je ne veux que contraindre mes ennemis à la demander ! . » 

Pendant cette campagne, madame de Maintenon, qui depuis 
huit années n'avait pas quitté le roi un seul jour, fut affligée de 
cette séparation : « Faites des aumônes, lui écrivait l'abbé Gobe- 
lin; priez, jeûnez; que votre communauté de Saint- Louis s'ac- 
quitte, par vos ordres, de ces saints exercices; c'est ainsi que 
dans de pareilles occasions en ont usé les Clotilde, les Bathilde, 
les Blanche de Castille , et c'est tout ce que demande la place où 
la Providence vous met 2 . « On sait quel bruit fit le siège de Mons, 
qui fut l'une des grandes opérations militaires de l'époque; toute 
la maison en conçut des inquiétudes continuelles; « le roi, écri- 
vait-on, s'expose comme un jeune fou qui aurait sa réputation à 
établir * ; » et chaque jour des courriers apportaient des lettres 
ou du roi, ou du dauphin, ou du duc du Maine, avec les nou- 
velles du siège. Les Dames de Saint-Cyr s'étaient rendu fami- 
liers tous les termes des ingénieurs pour suivre les opérations do 

1 Journal de Dangeau, août 1691. 

2 Mémoires de Saint-Cyr, Introduction. 

3 Lettre du duc du Maine, dans les Lettres édifiantes, t. ni, p. 163. 

23 



17$ CHAPITRE XI. 

Vauban; elles en parlaient avec le roi Jacques II ou avec la reine 
d'Angleterre, qui, presque tous les jours, venaient mêler leurs 
prières à celles de la communauté; «enfin, dit madame de 
Maintenon, elles en avaient l'âme toute guerrière.» La prise de 
la ville fut annoncée par ces simples mots du roi, qui furent pré- 
cieusement conservés dans les archives de Saint-Cyr : 

<( Ce 9 avril, à une heure et demie du matin. La capitulation a 
été signée ; voilà une grande affaire finie. Remerciez bien Dieu 
des grâces qu'il me fait; je crois que vous le ferez avec plaisir l . » 

Dès qu'il fut de retour à Versailles, il vint à Saint-Cyr pour 
remercier Dieu de sa victoire. Jamais les jeunes filles n'avaient 
chanté l'hymne de Lulli avec un plus beau transport; jamais le 
roi n'avait entendu leurs louanges naïves avec plus de plaisir. Il 
s'entretint familièrement avec les Dames, et comme l'une d'elles 
lui disait qu'il s'était trop exposé pendant le siège : « Je n'ai 
fait que ce que je devais, répondit-il. — Mais le bien de l'État est 
attaché à la conservation de votre personne. — Les places 
comme la mienne ne demeurent jamais vides; un autre la rem- 
plira mieux que moi. » 

L'année suivante (1692), le roi alla faire le siège de Namur. 
Comme il souffrait de la goutte et d'autres infirmités, madame 
de Maintenon le suivit : «Vous me servirez, lui dit -il, si je 
tombe malade; et pour les autres accidents, je m'abandonne à la 
Providence, qui me conservera, si je suis encore nécessaire à la 
France, et qui me prendra, si je suis inutile. » De Dinan, où elle 
séjourna, madame de Maintenon écrivit aux Dames de Saint- 
Louis, avec sa liberté d'esprit et son enjouement ordinaire, tous 
les détails de ce grand siège, « dont le roi, au dire de Saint- 
Simon, était entièrement l'âme 2 . » 

1 Lettres édifiantes, t. m, p. 188. 

2 « Si on pouvait en conscience, écrivait-elle à madame de Veilhant, qui était alors 
tUjK^itaire^ souhaiter une religieuse hors de son couvent, je voudrais vous voir pour 
quelque temps dans les places de guerre par où nous passons présentement; et si on 
pouvait se changer, je prendrais pour ce temps-là cette humeur martiale qui vous 
fait aimer la poudre et le canon» Vous seriez ravie, madame > de ne sentir que le 



SAÏNT-CVR PENDANT LA GUERRE DE 1688. 170 

Après la prise de Naranr, le roi revint à Versailles, et il était 
à peine de retour qu'il apprit la victoire gagnée à Steinkerke par 
le maréchal de Luxembourg. Il vint lui-même en apporter la 
nouvelle à Saint-Cyr et fit chanter un Te Deum, qui fut payé 
comme de coutume par des larmes, car parmi les morts se trou- 
vaient plusieurs personnes de condition, et principalement un 
frère de madame de Caylus, le jeune Villette de Murçay, coldhel 
des dragons de la reine. Le roi s'entretint, selon sa coutume, 
avec les Dames , et comme elles lui rappelaient la glorieuse prise 
de Namur : « Il faudrait plutôt, dit-il en riant, me faire un com- 
pliment de condoléance, car je n'ai pris qu'une ville et M. de 
Luxembourg a gagné une bataille. — Vos généraux, sire, dit 
madame de Loubert , n'agissent que par vos ordres. — Ah ! 
reprit-il , ils font mieux que moi l . » 

La victoire de Neerwinde n'excita pas moins d'émotion à Saint- 
Cyr; aussi le maréchal de Luxembourg était-il en vénération dans 
cette maison, et quand il fut, deux ans après, atteint de la ma- 
ladie dont il mourut, toute la communauté fut pendant huit jours 
en prières pour ce général, « qui gagnait des batailles par habi- 
tude, disait madame de Maintenon, et dont les jours étaient si 
utiles à l'État 3 . » L'humeur française des Dames de Saint-Louis 
était si bien connue, que les ennemis de la France les enveloppè- 

tabac, de n'entendre que le tambour, de ne manger que du fromage, de ne voir que 
bastions, demi-lunes, contrescarpes, et de ne toucher rien dont la grossièreté ne soit 
fort opposée à cette sensualité au-dessus de laquelle vous êtes si élevée par votre 
courage et par vos inclinations. Pour moi, qui suis très-femmelette, je vous donne- 
rais volontiers ma place, pour travailler en tapisserie avec nos chères Dames. J'espère 
que j'aurai cette joie bientôt, et que Namur aimera mieux se rendre que de se faire 
entièrement ruiner... Vous ne pensez qu'à la guerre, et ne me dites pas un mot de 
Saint-Cyr. Je suis trop bonne après cela de vous dire que le roi est en parfaite santé, 
quoique avec un peu de goutte, et que de son lit, où il est retenu depuis deux jours, 
il donne ses ordres pour le siège de Namur, pour que son autre armée s'oppose au 
prince d*Orange, pour que le maréchal de Lorges entre en Allemagne, pour que M. de 
Ccitinat repousse M. de Savoye, que M. de Noailles empêche les Espagnols de rien 
faire, que M. de Tourville batte la flotte des ennemis s'il a le vent favorable, et outre 
ces ordres-là qu'il gouverne tout le dedans de son royaume. Je vous quitte après 
cette peinture, qui doit remplir votre idée. » {Lettres édifiantes, t. vi, p. 541.) 

1 Languet, t. n, p. 775. 

2 Labeaumelle , t. m, p. ii>8. 



480 CHAPITRE XI. 

rent dans les mensonges et les injures qu'ils répandaient contre 
Louis XIV et madame de Maintenon; ils firent même de leur pa- 
triotisme des sujets de satire, et, en 1693, on publia en Hollande 
les Lamentations des Dames de Saint-Cyr sur la reprise de Namur. 

Au milieu de toutes nos victoires, madame de Maintenon ne 
désirait que la paix : c'était son souhait ordinaire; toutes ses 
lettres en parlaient; elle ne cessait d'en entretenir les Dames de 
Saint-Louis. « Je languis, leur disait-elle, de la continuation de la 
guerre , et je donnerais tout pour la paix. Devenez des saintes 
pour nous l'obtenir... Le roi la veut aussi véritablement que moi; 
il connaît la misère de ses peuples; il cherche tous les moyens de 
la soulager. Il n'y a qu'à désirer que Dieu éclaire nos ennemis 
sur la folle assurance qu'ils ont d'abattre la France. On les battra 
partout : c'est la cause de Dieu que le roi défend l . » 

Cette guerre avait en effet épuisé les finances, forcé de créer 
de nouveaux impôts et causé une si grande misère que Vauban 
écrivait, en 4 698, « qu'il y avait un dixième du royaume réduit 
à la mendicité et qui mendiait réellement. » Le peuple, habitué à 
voir dans les favorites du roi des sangsues publiques, trompé 
d'ailleurs par les calomnies des ennemis de la France , attribuait 
une partie de ses maux à madame de Maintenon. a Si vous saviez, 
écrivait-elle aux Dames de Saint-Cyr, tout ce qu'on dit de moi ; si 
je vous montrais tout ce qu'on m'écrit à moi-même! Je reçois tous 
les jours des lettres de ce style : Si je ne suis pas lasse de m'en- 
graisser en suçant le sang des pauvres, et ce que je veux faire du 
bien que j'amasse étant si vieille. D'autres ine donnent avis qu'on 
me doit assassiner... Et pourtant plût à Dieu que je pusse sou- 
lager la misère du peuple autant que j'en suis occupée 2 !... » En 
effet, sa vie presque entière était employée à des chantés : elle 
n'avait que 4,000 livres de pension mensuelle que lui faisait le 
roi et le revenu de sa terre s'élevant à 18,000 livres; tout cela 

1 Lettres édifiantes, t. m, p. 610. — Languet, t. n, p. 648. 

2 Lettre du 40 novembre 1696. — Entretien du 31 décembre 1700, dans le t. iv 
des Lettres édifiantes. 



VIE DE MADAME DE MAINTENON A SAINT-CYR. 181 

était dépensé en aumônes et en actes de bienfaisance. Quand elle 
venait à Saint-Cyr, sa voiture était continuellement entourée de 
malheureux auxquels elle donnait du pain, de l'argent, des 
habits; elle faisait travailler les demoiselles à des vêtements pour 
les femmes pauvres l , et elle en prenait quelques-unes pour vi- 
siter avec elle les malades. Elle avait établi une charité dans 
Saint-Cyr, et en avait fait officières les femmes les plus honnêtes 
de ce village : elle-même avait pris les fonctions de irésorièrc , et 
avait donné celles de sous-trésorière à une demoiselle qui l'ac- 
compagnait dans ses visites. Son grand chagrin était de ne pou- 
voir soulager plus de misères : « Au milieu de cette pompe, disait- 
elle, et de cette incompréhensible élévation que les châteaux en 
Espagne ne sauraient porter plus haut, Dieu a trouvé le secret de 
me laisser une sensibilité qui me fait ressentir les afflictions gé- 
nérales et particulières et entrer dans les peines d'un chacun 
comme si c'étaient les miennes propres , ce qui me rend ma place 
insupportable 2 . » 

Au milieu de ses chagrins , Saint-Cyr était « sa grande conso- 
lation, » et elle n'en parlait qu'avec bonheur : « Vive Saint-Cyr ! 
écrivait-elle; malgré ses défauts, on y est mieux qu'en aucun 
lieu du monde.... Quand il s'agit de Saint-Cyr, il est toujours 
fête pour moi. » Elle quittait avec plaisir ce château de Versailles 
« où elle portait sa croix dans la place la plus singulière et la 
plus enviée 3 ; » cette chambre du roi , « où les grands , disait 
madame de Caylus, faisaient la roue autour de sa niche 4 , toute 
cette cour enfin, « où, disait-elle, les mois deviennent des mo- 
ments, où je vis d'une rapidité qui m'étouffe. » Elle se faisait 

1 II arriva un jour qu'une malheureuse femme qui était de passage à Saint-Cyr 
vint à accoucher dans une grange. Madame de Maintenon l'apprit, et après lui avoir 
fait donner les premiers secours, elle mit toutes les Dames et demoiselles à travailler 
à une layette qui fut faite en trois heures. Elle alla la porter elle-même : « Vous 
venez de faire votre récréation, dit-elle aux demoiselles, je vais faire la mienne. » 

2 Lettres édifiantes, t. v, p. 931. 
:5 Labeaumelle, t. iv, p. 4 66. 

4 Madame de Maintenon était ordinairement assise dans un grand fauteuil en forme 
de niche . et c'était là qu'elle recevait les hommages des courtisans. 



IIS) CHAPITRE XI. 

une sorte de violence pour y retourner : « J'éprouve un senti- 
ment de tristesse et d'horreur à la vue de Versailles : c'est là ce 
qui s'appelle le monde; c'en est le centre; c'est là où toutes les 
passions sont en mouvement, l'intérêt, l'ambition, l'envie, le 
plaisir 1 . » Dès qu'elle voyait les clochers de sa chère Thébaïde , 
« de cet asile de piété que Dieu lui avait donné afin d'y pouvoir 
renouveler ses forces 2 , » elle bénissait le ciel : « Lorsque je vois, 
disait-elle, fermer la porte sur moi en entrant dans cette soli- 
tude d'où je ne sors jamais qu'avec peine, je me sens pleine de 
joie. — Quand me verrai-je à cette grande table, environnée 
de toutes mes filles, où je me trouve plus à l'aise et avec plus 
de plaisir que dans le banquet royal 3 ! » Aussi le contraste des 
orages de la cour avec le calme de Saint-Cyr était pour elle un sujet 
intarissable d'instructions touchantes, « où elle ne respirait que la 
retraite et l'envie de se dérober au monde \ » — « Que ne puis-je, 
disait-elle , faire voir le fond de mon cœur et de mon état à toutes 
les religieuses, afin qu'elles sentent tout le prix de leur vocation ! 
Que ne donnerais-je pas pour qu'elles vissent d'aussi près que je 
le vois de quels plaisirs nous cherchons à abréger le songe de la 
vie ! combien nos jours sont longs, je ne dis pas seulement 
pour les personnes revenues des folies de la jeunesse , je dis pour 
la jeunesse même qui meurt d'ennui, parce qu'elle voudrait se 
divertir continuellement et qu'elle ne trouve rien qui contente ce 
désir insatiable de plaisir. mes chères filles, que vous êtes 
heureuses d'avoir quitté le monde 5 ! » Et elle leur racontait avec 
des tours, des termes, des expressions pleines de charme et d'é- 
loquence, sa vie de Versailles, le vide de ses journées, et com- 
ment, « étant à la place des reines, elle n'avait pas la liberté d'une 
petite bourgeoise 6 . » 

1 Lettres édifiantes, t. vi, p. 85. 

2 Mémoires de Saint-Cyr, Introduction. 

3 Lettres édifiantes, t. vi. — Mémoires de Saint-Cyr, ch. xm. 

4 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xm. 

5 Lettres édifiantes, t. v, p. 41 et 324. 

G Voir à l'Appendice le récit d'une journée de madame de Maintenon à Versailles. 



VIE DE MADAME DE MA1NTEN0N A SAINT-CYR. 183 

C'était avec un vrai bonheur qu'elle retrouvait son petit ap- 
partement, ou, comme disait le roi, sa cellule de Saint-Cyr, ap- 
partement solitaire d'où elle voyait les grands jardins de la 
maison, d'où elle entendait le bruit de ses chères enfants, où 
elle pouvait se recueillir, méditer, être avec elle-même. C'est là 
qu'elle fit, c'est là qu'elle répétait souvent dans le- secret de son 
cœur cette belle prière, qui semble l'écho de l'harmonieuse 
prière à'Esther : 

«Seigneur mon Dieu, vous m'avez mise dans la place où je 
suis; je veux adorer toute ma vie l'ordre de votre providence sur 
moi, et je m'y soumets sans aucune réserve. Donnez-moi la grâce 
de l'état où vous m'avez appelée; que j'en supporte chrétienne- 
ment la tristesse, que j'en sanctifie les plaisirs, que j'y cherche 
en tout votre gloire. Remplissez-moi de la sagesse et de tous les 
dons de votre esprit qui me sont nécessaires dans le poste avancé 
où vous m'avez attachée ; faites fructifier les talents qu'il vous a 
plu de me donner; vous qui tenez en vos mains le cœur des 
princes, ouvrez celui du roi afin que j'y puisse faire entrer le 
bien que vous désirez; donnez-moi de le réjouir, de le consoler, 
de l'encourager et de l'attrister aussi, lorsqu'il le faut pour votre 
gloire; que je ne lui dissimule rien des choses qu'il doit savoir 
par moi et qu'aucun autre n'aurait le courage de lui dire... Que 
je l'aime en vous et pour vous, et qu'il m'aime de même l ! » 

Madame de Maintenon ne restait pas oisive dans son apparte- 
ment : car elle avait sa table continuellement chargée de papiers, 
et elle y faisait sa nombreuse correspondance. Louis XIV avait 
voulu souvent lui donner une maison , c'est-à-dire un aumônier, 
des écuyers, des pages, des secrétaires; elle le refusa : «Je n'ai 
pas voulu me mettre sur ce ton-là, disait-elle, il est au-dessus 
de moi 2 . » Elle se contentait d'avoir auprès d'elle une demoiselle 
de Saint-Cyr qui la suivait à Versailles et dont elle faisait sa com- 
pagnie ordinaire , son secrétaire et sa confidente en beaucoup de 

1 Lettres édifiantes, t. m, p. 460. 

2 Mémoires de Saint-Cyr, Introduction. 



IW CHAPITRE XI. 

choses. Elle lui dictait la plupart de ses lettres pendant qu'elle- 
même filait ou tricotait, et elle la chargeait de répondre aux de- 
mandes vulgaires. C'était une place fort enviée, car elle donnait 
des privautés avec le roi, des relations avec les ministres, et pro- 
curait ordinairement à celle qui l'occupait quelque riche mariage. 
Madame de Maintenon eut ainsi successivement auprès d'elle 
mademoiselle de Loubert, qui devint supérieure de Saint-Cyr; 
mademoiselle de Saint-Étienne, qui mourut Dame de Saint-Louis; 
mademoiselle de Castéja, qui devint madame de Lalande; made- 
moiselle de Tonnancourt, qui fut rendue à sa famille; mademoi- 
selle de Bouju, qui se fit religieuse aux Ursulines de Mantes; 
mademoiselle de Mornanville, qui devint madame deChailly, ma- 
demoiselle d'Osmond, qui devint madame d'Havrincourt; enfin, 
mademoiselle d'Aumale, qui fut sa principale confidente, refusa 
les partis les plus avantageux et resta avec elle jusqu'à sa mort. 
Quant à sa suite , elle se composait seulement d'une femme 
de chambre et de deux domestiques, madame de Maintenon 
prenant tous ses repas avec les Dames et dans leur réfectoire. 

Ce n'était pas uniquement sa correspondance qui l'occupait 
dans son appartement de Saint-Cyr, c'étaient aussi celles des af- 
faires publiques où le roi voulait qu'elle entrât. Il s'y renfermait 
souvent avec elle, loin de ses ministres, de ses courtisans, de sa 
famille, et, dans cette chambre si modeste, il a été donné des 
avis , cherché des moyens , pris des résolutions qui ont influé sur 
les destinées de la France. Madame de Maintenon , nous l'avons 
déjà dit, ne se croyait pas propre aux affaires d'État et ne se 
sentait appelée qu'à faire le salut du roi; mais, excepté le bon 
et simple prêtre qui dirigeait sa conscience dans les premières 
années de sa faveur, tous ceux qui eurent sa confiance , princi- 
palement Fénelon et Desmarets, la poussèrent à s'occuper du 
gouvernement. 

« On dit que vous vous mêlez trop peu des affaires, lui écrivait 
Fénelon; ce qui me parait véritable sur ce sujet, c'est que votre 
esprit en est plus capable que vous ne pensez : vous vous défiez 



VIE DE MADAME DE MAINTENON A SAINT-CYR. 485 

peut-être un peu trop de vous-même , ou bien vous craignez trop 
d'entrer dans des discussions contraires au goût que vous avez 
pour une vie tranquille et recueillie.... Vous ne devez jamais 
vous ingérer dans les affaires d'Etat, mais vous devez vous en 
instruire selon l'étendue de vos vues naturelles; et quand les 
ouvertures de la Providence vous offriront de quoi faire le bien, 
sans pousser trop loin le roi au delà de ses bornes, il ne faut ja- 
mais reculer... Vous devez, sans .vous rebuter jamais, profiter 
de tout ce que Dieu vous met au cœur pour ouvrir les yeux du 
roi et l'éclairer. Au reste , comme le roi se conduit moins par 
des maximes suivies que par l'impression des gens qui l'envi- 
ronnent et auxquels il confie son autorité, le capital est de ne 
perdre aucune occasion pour l'obséder par des gens sûrs, qui 
agissent de concert avec vous pour lui faire accomplir, dans leur 
vraie étendue, ses devoirs dont il n'a aucune idée. Enfin le grand 
point est de l'assiéger, puisqu'il veut l'être; de le gouverner, 
puisqu'il veut être gouverné l . . . » 

L'évêque de Chartres était plus discret, mais aussi plus 
louangeur : « Dieu a mis entre vos mains, disait-il, les intérêts 
de l'Église et de l'État, le salut d'un grand roi, celui des princes 
qui doivent régner après lui... N'usez pas votre crédit aux af- 
faires des particuliers , quelque saints qu'ils soient; réservez-vous 
pour les affaires générales... Je sais que vous ne pouvez pas tout 
faire et que vous ne devez pas faire tout ce que vous pouvez : 
c'est dans les grands intérêts de l'Église et de l'État, lorsque vous 
voyez clairement le bien, qu'il faut employer votre crédit et 
l'user même au service de Dieu, si la nécessité le demandait... 
N'oubliez pas que la religion est le premier mobile des gouver- 
nements heureux : tout doit lui céder... Vous êtes la mère et la 
protectrice des évêques, notre joie et notre gloire, celle qui 
aime uniquement l'Église au milieu du monde, celle que Dieu a 
préposée au soulagement du peuple, à la sanctification du roi, 



Languet, t. i er , p. 176. 

24 



186 CHAPITRE XL 

et pour être à la cour le modèle des grandes vertus, le canal des 
bons conseils l . » 

Madame de Maintenon, quelle que fût sa répugnance à s'occuper 
des affaires, eut donc plus d'une fois à donner son avis sur elles, et 
même, quand le roi le lui demandait, à le donner par écrit. Alors 
elle s'en allait à Saint-Cyr pour s'y recueillir et émettre cet avis 
avec plus de liberté d'esprit. Les Dames de Saint-Louis avaient 
gardé quelques-uns de ces écrits religieux ou politiques : le plus 
intéressant est un mémoire sur la révocation de l'édit de Nantes. 

Cette révocation avait été l'une des causes de la formation de 
la Ligue d'Augsbourg : vers la fin de la guerre et lorsque la mi- 
sère publique forçait Louis XIV à songer à la paix, il chercha 
les moyens de dissoudre cette ligue, et un mémoire, qu'on croit 
être de Yauban , lui fut adressé à ce sujet. Ce mémoire l'enga- 
geait à apaiser les ressentiments des princes protestants en rap- 
pelant les huguenots fugitifs 2 . La résolution du roi était par- 
faitement arrêtée sur ce sujet; néanmoins il communiqua ce 
mémoire à madame de Maintenon et lui demanda son avis. 

La révocation de l'édit de Nantes avait été la pensée politique 
de tout le règne de Louis XIV. C'était une mesure qui paraissait 
inévitable, à laquelle on songeait depuis la fin des guerres civiles, 
qui avait été conseillée et sollicitée par tous les ministres du roi, 
l'assemblée du clergé, les parlements, et même l'opinion publi- 
que : « Ramener les dissidents à l'unité, disait-on, devait être le 
digne ouvrage et le propre caractère de ce règne. » Madame de 
Maintenon n'y eut qu'une part très-indirecte , la part de toute la 
France catholique, c'est-à-dire qu'elle n'eut pas à la conseiller, 
mais qu'elle l'approuva, croyant comme tout le monde que ce 
serait un acte très-louable et de facile exécution 3 . « Le roi , écri- 

1 Lettres édifiantes, t. in, p. 323; et t. v, p. 131 et 752. — Labeaumelle, t. ix, 
p. 101 et 159. 

2 C'était aussi l'opinion de Fénelon : « Le rappel des huguenots en France , quoi- 
que sans exercice public, serait un moyen capable de déterminer les ennemis à une 
paix raisonnable. » (Œuvres de Fénelon, t. m, p. 623, édit. de 1787.) 

3 Voir le fragment de lettre de Voltaire cité page 26. 



VIE DE MADAME DE MA1NTEN0N A SAINT-CYR. 187 

vait-elle le 13 août 1684, a dessein de travailler à la conversion 
entière des hérétiques; il a souvent des conférences là-dessus 
avec M. Le Tellier et M. de Châteauneuf, où Ton voudrait me 
persuader que je ne serais pas de trop. M. de Chàteauneuf a 
proposé des moyens qui ne me conviennent pas : il ne faut pas 
précipiter les choses ; il faut convertir et ne pas persécuter... Le roi 
est prêt à faire tout ce qui sera jugé le plus utile au bien de la 
religion. Cette entreprise le couvrira de gloire devant Dieu et de- 
vant les hommes ! . » 

On sait comment Louvois outra les volontés de Louis XIV par 
des violences et des atrocités. Madame de Maintenon les blâma : 
« tout en désirant de tout son cœur, disent les Dames, la réunion 
des huguenots à l'Église, elle aurait voulu que c'eût été plutôt 
par la voie de la persuasion que par la rigueur 2 ; » mais elle 
ne put s'y opposer, et fut même contrainte de se taire. « Tout 
est porté à des extrémités déplorables, écrivait-elle à son amie, 
madame de Frontenac; le roi est très -touché de ce qu'il sait, 
et n'en sait qu'une partie. L'on est bien injuste .de m'attribuer 
tous ces malheurs : s'il était vrai que je me mêlasse de tout, on 
devrait bien m'attribuer quelques bons conseils. Il y a quinze 
ans que je suis en faveur; je n'ai jamais nui à personne, et le 
roi m'a souvent reproché ma modération... Ruvigny 3 est intrai- 
table; il a dit au roi que j'étais née calviniste et que je l'avais été 
jusqu'à mon entrée à la cour; ceci m'engage à approuver des 
choses qui sont fort opposées à mes sentiments... — Je gémis, 
écrivait-elle à Fénelon, des vexations qu'on leur fait; mais pour 
peu que j'ouvrisse la bouche pour m'en plaindre, mes ennemis 
m'accuseraient encore d'être protestante , et tout le bien que je 
pourrais faire serait anéanti 4 . » Cependant elle finit par parler au 

1 Labeaumelle, t. n , p. 109. 

2 Mémoires de Saint-Cyr, Introduction. 

3 C était l'un des seigneurs calvinistes les plus influents : il émigra en Angleterre, 
y devint comte de Galloway, et perdit contre le duc d'Orléans la bataille d'Almanza. 

4 Ces accusations de protestantisme , qui se renouvelèrent très-fréquemment , ve- 
naient non-seulement de la religion où madame de Maintenon avait été élevée, mais 



188 CHAPITRE XI. 

roi, et très-fortement, « des rigueurs qui éloigneraient à jamais 
de la vraie religion ceux qu'on y voulait ramener. Mais le roi, 
qui avait beaucoup de zèle et aurait voulu la voir plus animée, 
lui dit : Je crains, madame, que le ménagement que vous vou- 
driez que l'on eût pour les huguenots ne vienne de quelque reste 
de prévention pour votre ancienne religion 1 . » Néanmoins elle 
persista, malgré Louis XIV, à garder ses domestiques, qui étaient 
presque tous huguenots; elle les préserva de toute persécution; 
et quand « le roi, qui a un zèle merveilleux pour la religion, ra- 
contait-elle aux Dames, me pressait ou d'ôter ces domestiques, 
ou de les obliger à rentrer dans le sein de l'Église, je lui disais : 
Laissez-moi faire ; je sais bien par où j'en sortirai; je vous prie, 
que je sois la maîtresse de mes gens 2 . » 

Telle fut la conduite de madame de Maintenon dans cette fu- 
neste révocation de l'édit de Nantes, dont ses ennemis l'ont en- 
tièrement chargée, et l'on comprend que Louis XIV, quand il en 
eut vu les déplorables suites , l'ait consultée sur le rappel des 
huguenots fugitifs. Dans le mémoire qu'elle écrivit à Saint-Cyr 
sur ce sujet 3 , elle déclare que si les choses étaient encore dans le 
même état que lors de l'édit de révocation, il faudrait, sans ba- 
lancer, s'appliquer uniquement avec patience et douceur à con- 
vertir les protestants en les persuadant de la vérité; mais que 
dans l'état où sont les affaires, cette démarche serait regardée 
dans les pays étrangers comme l'effet de la crainte ; que ceux qui 
consentiraient à revenir affaibliraient plutôt l'État par leur mal- 
veillance qu'ils ne le fortifieraient par leur nombre; qu'ils seraient 

des habitudes et de l'extérieur calvinistes qu'elle avait gardés , malgré la pureté et 
l'ardeur de sa foi catholique. Ainsi, et pour ne citer qu'un fait, elle n'aimait pas la 
messe, et avouait qu'elle n'y aurait jamais assisté si elle eût suivi à ce sujet son mau- 
vais penchant. Par contre , elle aimait beaucoup le chant des psaumes; aussi à Saint- 
Cyr, dont l'église se faisait remarquer par sa nudité et sa sévérité puritaines, ce 
n'étaient pas les offices du matin qui étaient célébrés avec pompe , c'étaient ceux 
du soir. 

1 Mémoires de Saint-Cyr, Introduction. — Mémoires de Languet. 

2 Recueil de quelques traits agréables et édifiants de madame de Maintenon avec 
les religieuses de Saint-Louis, t. vu (de la Bibliothèque des Dames), p. 449. 

3 II a été publié exactement par Labeaumelle. 



LA DUCHESSE DE BOURGOGNE A SAINT-CYR. 189 

un danger perpétuel; enfin que les huguenots fugitifs ont montré 
par leur haine contre la France qu'ils sont devenus des étrangers 
pour elle. Mais pour ceux qui sont restés, elle blâme sans détour 
les lois portées contre eux, les communions forcées, l'inquisition 
qui s'étend à tous leurs actes, et elle demande que, sans révoquer 
ouvertement le fatal édit, on leur laisse la liberté secrète de con- 
science en s'appliquant à les convertir avec modération. 

Les protestants durent, en effet, à ces conseils quelques adou- 
cissements dans les rigueurs dont ils étaient l'objet; mais le mé- 
moire de madame de Maintenon n'eut pas d'autre influence sur 
les volontés du roi, ainsi que sur la fin de la guerre. Louis XIV 
parvint plus sûrement à dissoudre la Ligue d'Àugsbourg en fai- 
sant une paix séparée avec le duc de Savoie, et la condition prin- 
cipale de cette paix fut le mariage de la fille aînée de ce prince 
avec le duc de Bourgogne, Ce fut pour la maison de Saint-Cyr 
l'occasion d'une nouvelle renommée. 

Adélaïde de Savoie n'avait que onze ans lorsqu'elle fut amenée 
en France l : madame de Maintenon eut naturellement la charge 
d'achever son éducation, et elle pensa ne pouvoir mieux faire 
que de lui donner l'éducation de Saint-Cyr. Dès les premiers 
jours de son arrivée, elle la conduisit dans cette maison, et pour 
cette première visite , elle lui fit rendre tous les honneurs dus à 
son rang. La communauté, en longs manteaux, la reçut à la 
porte de clôture; la supérieure lui fit un compliment; toutes les 
demoiselles étaient rangées en haie sur son passage jusqu'à 
l'église ; on la mena par toute la maison , et principalement aux 
classes, où des enfants de son âge jouèrent une conversation assez 
ingénieuse pour l'amuser et assaisonnée de louanges délicates. 
La jeune princesse, dont les contemporains nous ont laissé des 
portraits si séduisants, fut enchantée de tout ce qu'elle vit : 
elle en témoigna naïvement son contentement à celle qu'elle ap- 
pelait sa tante, «pour confondre joliment, dit Saint-Simon, le 

1 Elle arriva à Fontainebleau le 5 novembre 4696 et fut mariée en décembre 1697; 
mais elle nhabita avec le duc de Bourgogne que deux ans après. 



190 CHAPITRE XI. 

rang et l'amitié, » et elle lui demanda de revenir. Alors madame 
de Maintenon la mena régulièrement à Saint-Cyr deux ou trois 
fois la semaine pour y passer les journées entières, y suivre les 
exercices des demoiselles et y recevoir toutes les instructions 
qu'on leur donnait. On l'y traitait sans cérémonie, quoique avec 
respect; elle y portait ordinairement l'habit des élèves, et ré- 
pondait au nom de mademoiselle de Lastic, qu'elle avait pris pour 
cacher son rang. « Elle était, disent les Mémoires, bonne, af- 
fable, gracieuse à tout le monde, s'occupant avec les Dames 
des différents offices , avec les demoiselles de tous leurs ouvrages, 
de tous leurs travaux, s' assujettissant avec candeur aux prati- 
ques de la maison, même au silence, faisant elle-même soit à 
l'économie, soit au dépôt, soit à l'infirmerie, mille choses qui, en 
la divertissant, ne laissaient pas que de former son intelligence, 
courant et se récréant avec les rouges dans les grandes allées 
du jardin, allant avec elles au chœur, à confesse, au catéchisme, 
paraissant même au noviciat, dont elle suivait les austères exer- 
cices, même aux assemblées du chapitre, pour qu'elle apprît à 
prendre intérêt à la communauté. « Elle avait pour compagne 
ordinaire mademoiselle d'Aubigné, nièce unique de madame de 
Maintenon, qui devint la duchesse de Noailles, et qui était loin 
de l'égaler pour l'esprit, la grâce et le caractère ; mais elle avait 
principalement pris en affection mademoiselle de Yeldentz 1 et 
mademoiselle d'Osmond 2 . Plusieurs fois elle figura, dans les repré- 
sentations d'Esther, sous le personnage d'une jeune Israélite. 
D'autres fois, elle prenait le costume des Dames, et faisait les 



1 Mademoiselle de Veldentz était la fille d'une princesse allemande qui, ayant été 
ruinée dans la dévastation du Palatinat, s'en vint en France implorer la pitié de ma- 
dame de Maintenon. Celle-ci la secourut, lui fit obtenir une pension du roi et plaça 
ses deux filles à Saint-Cyr. L'une d'elles y resta comme Dame de Saint-Louis. 

2 Mademoiselle d'Osmond servit pendant deux ans de secrétaire à madame de Main- 
tenon, et était aussi remarquable par sa beauté que par sa vertu. A la demande de la 
duchesse de Bourgogne, le roi lui donna une dot de 100,000 livres et la maria au 
marquis d'Ilavrincourt, gouverneur de Hesdin. Madame de Maintenon lui donna, au 
moment de son mariage, des conseils très-remarquables, et que nous avons cités dans 
la préface. 



LA DUCHESSE DE BOURGOGNE A SAINT-CYR. 191 

honneurs de la maison à quelque illustre visiteuse, principale- 
ment à la reine d'Angleterre. Souvent elle s'enfermait avec 
madame de Maintenon dans sa chambre , et lui servait de secré- 
taire. Enfin elle voulut, deux jours après son mariage, se mon- 
trer à ses amies de Saint-Cyr en habit de cérémonie : « elle était 
tout en blanc, et sa robe avait une broderie d'argent si épaisse et 
si massive, qu'à peine pouvait-elle la porter. » Ce fut un jour de 
fête pour toute la maison; on la reçut en grande pompe; une 
grosse cour l'accompagnait. Elle fut conduite à l'église, où l'on 
chanta le Te Deum, et ensuite les demoiselles entonnèrent en son 
honneur un hymne à saint Louis, dont le chœur forme un air de 
triomphe qui avait beaucoup de charme dans leur bouche. Les 
paroles et la musique sont probablement l'œuvre des Dames. 

CHŒUR. 

Monarque éternel de la France , 
Père de nos rois , 
Ici l'innocence 
Fleurit sous tes lois. 
Nous sommes la race 
Des braves soldats 
Que ta sainte audace 
Guidait aux combats. 

UNE VOIX. 

Sur le premier trône du monde 

De nos aïeux tu fus l'appui ; 

Et tes autels sont aujourd'hui 

L'asile où notre espoir se fonde. (Chœur.) 

DEUX VOIX. 

Que tout favorise 

Les augustes nœuds 

Par qui s'éternise 

Ton sang glorieux! (Chœur.) 

UNE VOIX. 

D'un hymen si doux nos neveux 
Attendent des rois qui les rendent heureux. 

DEUX VOIX. 

Répands sur tes enfants des rayons de ta gloire. 
Que le destin du monde en leurs mains soit remis 



192 CHAPITRE XI. 

Par la paix ou par la victoire. 
Qu'aux lois de l'Éternel ils soient toujours soumis; 

Qu'ils détruisent ses ennemis; 
Que leurs vertus retracent ta mémoire! (Chœur.) i 

Madame do Maintenon, en donnant à la duchesse de Bourgogne 
l'éducation do Saint-Cyr, voulut lui inspirer une piété simple et 
droite, de la modestie dans ses goûts, l'éloignement des plaisirs, 
« et toutes les choses qu'on n'apprend pas à la cour. » — « Tra- 
vaillons, disait- elle, à tempérer l'air de grandeur qu'on respire 
à Versailles, afin que la princesse ait de la dignité sans orgueil. » 
Elle voulut encore lui inspirer des habitudes françaises, de l'af- 
fection pour ces familles de la noblesse qui devaient la servir un 
jour, cette générosité, cette douceur, cette compassion pour les 
malheureux que devait lui enseigner la fréquentation de tant de 
filles pauvres et de haute naissance. Enfin elle voulut lui donner 
du goût pour son cher Saint-Cyr, et procurer ainsi à cette maison 
une protection puissante, lorsqu'elle -même ne serait plus. La 
duchesse de Bourgogne acquit dans cette éducation une partie 
de ces qualités dont Saint-Simon nous a tracé le tableau : « Vive, 
douce, accessible, ouverte avec une sage mesure, compatissante, 
peinée de causer le moindre malaise, dignement remplie d'égards 
pour tout ce qui l'approchait, elle faisait les constants délices de 
Versailles... Elle était l'âme de la cour, elle en était adorée. 
Tous, grands et petits, s'empressaient à lui plaire; tout manquait 
à chacun en son absence, tout était rempli par sa présence; ses 
manières lui assuraient tous les cœurs 2 ...» Ce fut à Saint-Cyr 
qu'elle reçut de madame de Maintenon ces maximes de conduite 
qui firent le bonheur de son mariage, qu'elle relisait sans cesse, 
et dont les Dames de Saint-Louis avaient une copie écrite de sa 
main 3 . Aussi elle conserva pendant toute sa vie une vive affection 
pour toutes les habitantes de Saint-Cyr : au milieu des fêtes et 

1 Bibliothèque de Versailles, cahier 2409, portant le nom de madame du Han. 

2 Saint-Simon, t. iv, p. 261, et t. vin, p. 200. 

'■'• Voir à l'Appendice, sous la lettre I, un extrait de ces maximes tirées de Languet, 
t. ii, p. 668. 



LA DUCHESSE DE BOURGOGNE A SAINT-CYR. 193 

dos plaisirs où elle se jeta avec trop d'étourderie, elle regrettait la 
piété u toujours aimable et toujours soutenue » de celte maisou si 
paisible, ces jeux innocents où elle n'était plus princesse, et « ses 
bonnes amies de la classe rouge. » Souvent elle y vint pour se 
jeter au cou de sa tante, lui conter ses chagrins, prier pour sou 
époux, y chercher dans la retraite un peu de calme et de force 
contre les intrigues de la cour. Elle donna aux Dames son portrait 
en costume de Saint-Cyr, et on le plaça dans la salle de commu- 
nauté, à côté de ceux de Louis XIV et de madame de Maintenon. 
Quelquefois elle emmenait à Versailles cinq ou six des bleues 
pour leur faire jouer des scènes (ïAthalie et â'Esther; mais cela se 
passait dans la chambre de madame de Maintenon et fort en par- 
ticulier l . Saint-Cyr prit le plus vif, le plus minutieux intérêt à 
tous les événements de sa vie, à tous ses chagrins, à tousses 
plaisirs, surtout à la naissance de ses enfants, qui fut célébrée par 
des prières, des chants, des feux de joie 2 . Nous verrons quelle 
impression y fit sa mort prématurée. 

Pendant tout le temps où la duchesse de Bourgogne fut élevée 
à Saint-Cyr, Louis XIV prit l'habitude de venir dans cette maisou, 
et peu à peu elle devint sa principale distraction. « Le goût des 
plaisirs, écrivait madame de Maintenon, est éteint dans le cœur 
du roi; l'âge et la dévotion lui ont fait faire des réflexions sé- 
rieuses sur la vanité et le néant de tout ce qu'il aimait au- 
trefois. Il n'assiste aux spectacles et aux fêtes qu'avec répu- 
gnance; il se plaint avec moi de la contrainte que lui impose 
son rang de prendre part à des plaisirs qui n'en sont plus pour 

1 Journal de Dcuujeau, au 27 février 1699. 

2 Ou trouve dans la collection musicale des Dames de Saint-Cyr ce « feu de joye 
du sieur Moreau pour la naissance du duc de Bretagne : » 

Toi qui fais fleurir en Espagne 

Un rejeton des lys françois; 
Toi qui fis succéder les Bourbons au\ Valois, 
Et qui viens de donner un duc à la Bretagne, 
Grand Dieu, fais que ce prince en tout suive tes lois; 

Qu'en tout ton esprit raccompagne; 
Qu'il règne, et des vertus faisant le noble choix , 
Qu'il soit comme Louis le plus parfait des ro's. 



194 CHAPITRE XI. 

lui '. » Presque tous les jours, à l'issue de ses conseils ou de son 
travail avec les ministres, il conduisait sa promenade jusqu'à 
Saint-Cyr pour assister à l'ofîice du soir, et ramener madame de 
Maintenon à Versailles 2 . Ce prince avouait qu'il n'aimait à 
prier que dans cet asile de paix et de pureté : l'ordre, le si- 
lence, le calme de cette maison, le reposait, le charmait, lui 
souriait sans cesse; il se plaisait dans cette église où il trou- 
vait une douceur infinie à voir le recueillement des demoi- 
selles, la gravité des cérémonies, à entendre l'harmonie de ces 
voix innocentes qui, avec les sons de l'orgue, remplissaient la 
voûte. Puis il venait dans la salle de communauté, et conversait 
avec les Dames sur la religion, leurs devoirs, l'éducation des de- 
moiselles, même les affaires générales. Il aimait leur maintien plein 
de candeur, leur esprit d'humilité, leur détachement du monde, 
leurs regards tournés vers la terre. Ces conversations étaient 
ordinairement d'une simplicité qu'on pourrait dire vulgaire, et 
ceux qui aiment à se représenter les rois drapés dans leur gran- 
deur, et comme placés sur un théâtre, n'y retrouveraient le 

1 Labeaumelle, t. h, p. I3i. 

2 Les Dames de Saint-Louis avaient conservé de nombreux billets du roi à ma- 
dame de Maintenon, et qui se rapportent à ces promenades. En voici deux : 

« Je crois que je pourrai aller à complies à Saint-Cyr, si vous l'approuvez, et re- 
venir avec vous en nous promenant. En cas que vous approuviez ma pensée , vous 
ferez trouver quelques Dames pour revenir avec nous , et me manderez en réponse 
de ce billet votre volonté, pour que je m'y conforme. » 2 juillet 1698. 

« J'ai changé de résolution pour ma journée : le beau temps qu'il fait m'empêche 
d'aller à Saint-Germain; je remettrai ce voyage à demain, et pour aujourd'hui je 
dînerai au petit couvert, j'irai à la chasse, et je me rendrai à la porte de Saint-Cyr 
du côté du parc où je ferai traîner mon grand carrosse. J'espère que vous m'y viendrez 
trouver avec telle compagnie qu'il vous plaira. Nous nous promènerons ensemble dans 
le parc, et nous n'irons point à Trianon. En revenant demain de Saint-Germain j'irai à 
Saint-Cyr, au salut, en habit décent, et nous reviendrons ensemble. C'est là ce que 
je crois le mieux. Si vous voulez venir à la porte du jardin ce soir ou que mon car- 
rosse aille vous prendre dans la cour de Saint-Cyr, ordonnez et me le mandez. » 1703. 

La porte de Saint-Cyr dont il est ici question est celle dont nous avons parlé dans 
la description de la maison, et où aboutissait Vallée de Versailles (voir page 67). 
C'est par cette allée que souvent Louis XIV, sortant du salut, allait à pied avec ma- 
dame de Maintenon rejoindre sa voiture, car celle-ci n'entrait pas dans la clôture, par 
respect pour le lieu. On remarquera que c'est par le même sentiment de respect que 
Louis X1Y, dans la lettre que nous venons de citer, étant en habit de chasse, n'entre 
pas dans la maison , et qu'il attend au lendemain pour y aller en habit décent. 



LA DUCHESSE DE BOURGOGNE A SAINT-CYR. 198 

Louis XIV de Lebrun et de Despréaux que dans sa parole sérieuse 
et sa droiture d'esprit l . C'est qu'en effet ce prince était à Saint- 
Cyr ce que nul historien n'a pu le représenter, ce qu'il apparaît 
seulement dans les récits et les traditions des Dames de Saint- 
Louis. Ce n'était plus ce roi que dépeint Saint-Simon , « d'une 
gravité éternelle, qu'on faisait mille efforts pour réjouir, sans y 
réussir que rarement, » ce roi dont le visage reflétait les per- 
pétuels soucis du pouvoir; le Jupiter de Versailles descendait de 
ses nuages et de sa majesté pour devenir un père de famille 
affable, ouvert, familier, qui souriait aux jeux de ses enfants, qui 
s'amusait de leurs naïves réponses , dont les rouges venaient ti- 
midement baiser la main. Souvent le monarque, qui sortait de 
décider des destinées de l'Europe dans une dépêche à Villars ou 

1 Los Ddmcs de Saint-Louis avaient conservé des notes assez détaillées de ces con- 
versations. Nous nous contenterons de citer celle-ci, qui se rapporte à l'année 4G96 : 

« Le roi , étant venu entendre vêpres ici , eut la bonté de venir à son ordinaire dans 
la salle de la communauté. Madame de Maintenon le remercia pour nous de l'honneur 
qu'il nous faisait, parce que c'était une marque qu'il était content de cette maison. 
o Les Dames et la maison, répondit le roi, me plairont toujours tant que le bien s'y 
fera et qu'elle augmentera en vertu. — Le bien y va toujours croissant , répliqua ma- 
dame de Maintenon, et il y a tout lieu d'espérer qu'il y sera bientôt dans sa perfection. 
— Tout ira bien , reprit le roi , tant que les supérieures gouverneront avec sagesse, et 
que les inférieures obéiront exactement. — Vous ne manquez pas d'occasions, sire, 
dil madame de Maintenon, de leur recommander cette vertu. — C'est, repartit le 
roi . qu'il n'y a rien de plus nécessaire pour l'ordre et la paix des sociétés. » 

»> On vint à parler d'une nouvelle fondation : « 11 y a , reprit madame de Maintenon, 
quelque chose de bien plus pressé à faire, c'est de procurer par la paix le repos des 
peuples qui sont foulés et le rétablissement de tant de familles ruinées. — C'est là, 
repondit Sa Majesté, ce qu'un roi doit se proposer : la paix dans son royaume, le 
repos et le soulagement de son peuple ; mais le malheur est qu'avant de pouvoir leur 
procurer ces avantages, on est forcé malgré soi de les fouler. Nous avons assurément 
gi and besoin de la paix , mais d'une bonne paix , que je ne cesse de demander à Dieu, 
qui seul peut changer le cœur de ceux qui s'y opposent. » 

» Madame de Maintenon lui dit en parlant de nos règlements, que l'on dressait 
alors, que l'on ne pouvait dire de qui ils étaient, parce que tout le monde y avait eu 
part, et (pie l'on consultait sur chaque article. «Si cela est, dit le roi, ils ne seront 
pas sitôt finis, parce que, entre un nombre de personnes qui n'ont toutes qu'un même 
but, à peine s'en trouve-t-il deux qui ne pensent différemment. Je les exhorte toutes 
a ne guère faire de difficulté, mais à dire simplement leur sentiment, et à s'en tenir 
ensuite inviolablcmont à ce qui aura été arrêté et décidé, même contre leur avis, 
parce qu'un particulier ne doit pas avoir la présomption de croire son sentiment meil- 
leur que celui du plus grand nombre, et qu'il faut avoir assez de droiture et de pro- 
bité pour faire valoir et soutenir ce qui a été ainsi établi légitimement contre notre 
opinion. » — ' Langue» . I. i , p. i«5.) 



196 CHAPITRE XI. 

à Vendôme, s'arrêtant sous les grands arbres du jardin, prenait 
une petite fille sur ses genoux, lui demandait son nom, et la 
faisait babiller sur ses devoirs ou son catéchisme. 

Les Mémoires des Dames et ceux de Dangeau nous ont con- 
servé les détails d'une de ces soirées de Saint-Cyr. C'était le 
î'<\ mai 1704, après une douce journée de printemps, quand « le 
jardin était dans sa beauté. » Louis XIV trouva toutes les demoi- 
selles, ayant des Heurs dans les cheveux, partagées par bandes, 
qui dansaient au bruit de leurs chants. Pendant toute sa prome- 
nade, il rencontra à chaque allée, à chaque bosquet l'un de ces 
essaims joyeux, dont quelques enfants se détachaient pour lui ré- 
citer un dialogue ou des vers. Enfin, quand le soleil vint à se 
cacher derrière les coteaux boisés de Saint-Cyr, il s'arrêta dans 
le grand parterre d'où l'on jouit de la vue magnifique du val de 
Gallie, du parc de Versailles et des collines de la forêt de Marly; 
les demoiselles se groupèrent autour de la pièce d'eau , dont la 
gerbe étincelait au soleil couchant, et là, a avec des voix qui 
semblaient descendre du ciel , » elles chantèrent un cantique 
dont la première strophe était : 

Du Seigneur troupes fidèles , 
Anges du ciel , veillez tous , 
Veillez, couvrez de vos ailes 
Tn roi qui veille sur nous *... 

Louis ne put entendre ce chant sacré, dont les bois renvoyaient 
l'écho, ces voix si pures au milieu du calme de cette belle soirée, 
sans un visible attendrissement : les yeux tournés au ciel , il 
joignit tout bas sa prière à celle des jeunes filles qui l'entouraient 
comme une pieuse famille. Alors la cloche du soir sonna; tout 
rentra dans le silence : « Bonsoir, mes enfants, dit madame de 
Maintenon, le roi est content de vous.» Et Louis, descendant 
l'escalier du grand parterre, salua les demoiselles et leurs maî- 

1 Ce cantique se trouve dans le manuscrit de la bibliothèque de Versailles portant 
le n" 2409. Le poète et le musicien sont inconnus. 



LA DUCHESSE DE BOURGOGNE A SAINT-CYR. 107 

liesses, qui lui firent une profonde révérence'; puis il s'en 
alla avec madame de Main tenon encore ému, pensif, souriant, 
rejoindre sa voiture qui l'attendait à la porte du jardin, étant 
conduit par la supérieure et quelques Dames, pendant que les 
demoiselles regagnaient silencieusement leurs dortoirs par la 
grille el la cour de Maintenon. 

1 Voyez la gravure : la Maison de Saint-Car vue du côté des jardins. 



CHAPITRE XII. 



SUCCURSALES DE SAINT-CYR. — MARIAGES DES DEMOISELLES. — INSTRUCTIONS 
DE MADAME DE MAINTENON A LEUR ENTREE DANS LE MONDE. 



Quinze années d'expérience avaient fait de Saint-Cyr un éta- 
blissement qui touchait à la perfection, «une école de vertu et 
le séjour des anges, » suivant l'expression de madame des Ursins. 
« ... Autant les demoiselles, disait madame de Maintenon, étaient 
dans le commencement orgueilleuses, hautaines etfières, autant 
elles se distinguent par l'humilité, la douceur, la simplicité. Il 
n'y a pas un seul mauvais esprit parmi elles, et elles se portent 
mutuellement au bien par leurs exemples et leurs discours. » 
Quant aux Dames, « la ferveur dans les prières, l'union dans les 
esprits, la joie dans les récréations, le concert dans les charges, 
tout y est à souhait. On n'a plus de goût pour le monde; les 
parloirs sont déserts; on n'y est plus bel esprit, et l'on y a ac- 
quis le bon goût de la simplicité et de la solidité 1 . » Aussi la 
maison avait-elle déjà un renom de sainteté : les papes lui prodi- 
guaient les lettres apostoliques, les indulgences, les dons pieux; 
les plus grands personnages lui demandaient des prières; les 
plus vertueux prélats sollicitaient d'y faire la cérémonie de leur 
sacre; les plus grands orateurs étaient appelés à y prêcher, et 
Saint-Cyr eut la gloire, après avoir entendu les voix de Bossuet, 
de Fénelon, de Bourdaloue, du cardinal de Noailles, d'entendre 
encore celle de Massillon, dont madame de Maintenon qualifiait 
le talent en disant : « Il a la môme diction dans la prose que Ra- 
cine dans la poésie 2 . » 

1 Lettres édifiantes, t. v, p. 248. — Labcaumellc, t. ni, p. 153. 

2 Elle écrivait de lui en 1704, après qu'il eut fait un sermon sur la pauvreté : 



SU< CURSALES DB SAIN l'-i.YK. 

Grâce à cette belle renommée, le but que s'était proposé la 
fondatrice dans L'établissement de Saint-Cyr commençait à être at- 
teint : «Elevons îles enfants, disait-elle dès les premiers jours à 
madame de Brinon, qui, après nous, multiplient noire éducation. » 

Or la réputation de l'Institut de Saint-Louis s'étendait déjà par 
toute la France et même à l'étranger, a En tous lieux, disent les 
Mémoires îles Dames, on se faisait un honneur singulier de mettre 
des filles à Saint-Cyr, pour qu'elles eussent le bonheur et l'avan- 
tage d'être élevées sous les yeux de madame de Maintenon 1 . » 
A la cour, le roi lui-même prenait plaisir à expliquer les perfec- 
tions de eette éducation, et les plus grands seigneurs sollicitaient, 
mais sans succès, le privilège d'y mettre leurs filles à la condi- 
tion de payer les dots d'autres demoiselles dans d'autres eou- 
vents. Les maisons religieuses qui élevaient des filles soit de la 
noblesse, soit de la bourgeoisie, demandaient qu'on leur donnât 

3 élèves de Saint-Louis pour diriger leurs pensionnaires. Enfin 
les couvents les plus sévères se réjouissaient « qu'on leur débau- 
chât des filles de madame de Maintenon » pour faire profession 
chez eux. a On me demande partout des demoiselles de Saint- 
Cyr, disait celle-ci; nous en avons qui veulent être capucines et 
tilles de l'Ave Maria, d'autres carmélites. Sainte Thérèse s'em- 
pare de nos filles; menons-les à Dieu, n'importe comment" 2 . » 

Quelques-uns de ces couvents que madame de Maintenon 
aida de ses conseils, de son argent, de la protection du roi, de- 
vinrent en quelque façon des succursales de l'Institut de Saint- 
Louis, tant on y suivait scrupuleusement ses maximes et ses 
principes. Les principaux furent : l'abbaye de Gomerfontaine. 
dont était abbesse madame de La Yiefville, élève de Saint-Cyr 
et parente du cardinal de Noaillcs; le prieuré des Bénédictines 
de Bisy, dont était supérieure la sœur cadette de madame de La 

• S'il connaissait Saint-Cyr comme je le connais, il n'aurait pu choisir un sujet plus 
cnu-nable: et s'il avait parle devant le roi et toute la France, il n'aurait pu l'aire un 
plus beau scrm 

1 M • '' Saint- Cyr, chap. ix. 

1 Labeamneile, t. n. p. 21 i et 130. 



MO CHAPITRE XII. 

Maisonfort, l'Elise d'Esther, dont Racine essuyait si naïvement 
les larmes; les Bénédictines de Moret, les Ursulines de Mantes, 
celles de Niort, etc. 

Gomerfontaine fut surtout pour madame de Maintenon un se- 
cond Saint-Cyr : c'était une très-ancienne abbaye, tombée dans 
le désordre et le délabrement, et qu'elle s'efforça de restaurer. 
Dès que madame de La Yiefville en fut nommée abbesse, elle 
y envoya cinq ou six demoiselles comme novices ou religieu- 
ses, et mademoiselle d'Aumale comme maîtresse des pension- 
naires, pour y rétablir l'ordre et la régularité. Le départ de 
cette petite colonie fut un événement : madame de Maintenon, 
devant toute la communauté et les demoiselles, les harangua, 
les embrassa, les conduisit jusqu'à la porte de la maison, en 
leur recommandant de « soutenir l'honneur de Saint-Cyr. » Go- 
merfontaine avait principalement pour pensionnaires des filles de 
la bourgeoisie; or madame de Maintenon, en fondant l'Institut 
de Saint-Louis pour des filles nobles, ne voulait pas exclure les 
autres classes des bienfaits de l'éducation qu'elle y avait établie : 
v( Nous ne nous conduisons pas d'après ces maximes antichré- 
liennes, disait-elle; Dieu n'a fait acception de personne. » Elle 
voulait au contraire que Saint-Cyr devînt le modèle de toutes les 
maisons d'éducation pour les femmes, principalement de celles 
où l'on élevait les enfants de la bourgeoisie. Ainsi elle écrivait à 
l'abbesse de Gomerfontaine : «... Je donnerais de mon sang 
pour communiquer l'éducation de Saint-Cyr à toutes les maisons 
religieuses qui prennent des pensionnaires : elles feraient de plus 
grands biens que nous, parce qu'elles élèvent des filles de la 
bourgeoisie, qui auront de plus grands établissements. » Mais en 
exhortant ces maisons à suivre les maximes de Saint-Cyr, elle 
leur conseillait de les modifier d'après la naissance et la destina- 
lion de leurs élèves : « Il faut, dit-elle à la même abbesse, il faut 
élever vos bourgeoises en bourgeoises. Il ne leur faut ni vers, ni 
conversations; il n'est point question de leur orner l'esprit. Il 
faut leur prêcher les devoirs de la famille, l'obéissance pour le 



MARIAGES DES DEMOISELLES. 201 

mari, le soin des enfants, l'instruction à leur petit domestique, 
la modestie avec ceux qui viennent acheter, la bonne foi dans le 
commerce. Il faut qu'elles édifient leurs parents, leurs amis, 
leurs voisins , qu'elles donnent de bons conseils et de bons exem- 
ples... » Et comme les filles de bourgeois étaient mêlées dans ce 
couvent à des filles de gentilshommes : « Quoique toutes les 
âmes soient également précieuses à Dieu , il faut pourtant que 
l'instruction soit plus étendue pour la fille d'un gentilhomme 
que pour la fille d'un vigneron. Expliquez -leur librement la 
différence des conditions : dites-leur que Dieu est le roi de tous 
les états, que dans le ciel les rangs ne seront marqués que par 
les vertus, et que la plus pieuse de ses sujettes lui est toujours 
la plus agréable. Quand la grande demoiselle peignera la petite 
paysanne, la paysanne servira sans répugnance la demoiselle l . .. » 
D'après le but qu'elle s'était proposé en fondant l'Institut de 
Saint-Louis, madame de Maintenon s'efforçait de placer ses 
chères filles, autant que leur vocation y convenait, plutôt dans 
le inonde que dans les couvents. Elle aurait voulu que les 
vertus de Saint-Cyr, au lieu de s'enfouir dans les cloîtres sans 
utilité pour le prochain, allassent s'épanouir et se féconder dans 
les familles, et elle blâmait sévèrement les Dames qui pous- 
saient leurs élèves à être religieuses. Mais son grand chagrin 
était de voir que la plupart des demoiselles n'avaient d'autre vie 
à prendre, faute de bien, que celle du couvent ou du célibat 
près de leurs parents. Plusieurs avaient fait, grâce à sa protec- 



1 Lettres édifiantes, t. v, p. 623. — Elle en disait autant aux demoiselles de 
Saint-Cyr : 

" Ne comptez pour rien votre noblesse; n'en parlez jamais. A quoi vous servirait- 
elle, si vous n'aviez pas de vertu? n'est-ce pas elle qui fait la vraie noblesse? la 
vertu n'est-elle pas son origine? Ayez des égards pour tout le monde, et même du 
respect pour les personnes d'un certain âge et d'un certain élat, quand bien même 
elles n'auraient pas de naissance ; le monde est plein de ces sortes de personnes, et 
vous verrez, quand vous y serez, que l'on a avec elles les meilleures manières. 
Mettez-vous bien dans l'esprit, une fois pour toutes, que la noblesse n'est rien sans 
mérite, et que c'est au mérite que l'on doit l'honneur, l'estime et le respecl , en qui 
que ce soit qu'il se trouve. » (Instruction aux demoiselles de la classe verte, dans le 
t. v (\r> Lettres édifîaiites, p. 1 1 .) 



ÎÛ2 CHAPITRE XII. 

lion et aux dons du roi, de beaux mariages : ainsi, outre celles 
que nous avons nommées en parlant des représentations d'Es- 
ther, mesdemoiselles de Bellebrunes épousèrent MM. de Forcet 
e( de Mous, fermiers généraux; mademoiselle de Pardaillan, 
M. dé Touvenot; mademoiselle de Lestang, M. de Colombe, 
commandant des gardes marines à Brest; mademoiselle de Brave, 
AI. de Saint-Germain, et elle devint sous-gouvernante des filles 
du duc d'Orléans; mademoiselle Biodos de Casteja, M. de Lalande, 
gentilhomme du duc de Maine, et elle devint sous-gouvernante 
des enfants de France; les deux demoiselles de Normanville, l'une 
le comte de Loubert, l'autre le président de Chailly; les deux 
demoiselles d'Osmond, Tune le marquis de Louvigny, l'autre 
le marquis d'Havrincourt, gouverneur d'Hesdin, colonel du ré- 
giment d'Artois -dragons. D'autres avaient été épousées avec 
leur modique dot par des courtisans ambitieux qui comp- 
taient sur la faveur de madame de Maintenon, ou bien par 
des gens de finance qui espéraient en tirer avantage et se faire 
de la cour : « ces mariages, disent les Dames de Saint-Louis, 
étaient très à la mode en ce temps -là. » Mais en général le 
nombre des filles de Saint-Cyr qui se mariaient convenablement 
était petit ; aussi madame de Maintenon disait avec une tendre 
sollicitude : « Ce qui me manque, ce sont des gendres... Je 
trouve peu d'hommes, mes chères enfants, qui préfèrent vos 
vertus aux richesses qu'ils peuvent rencontrer. » L'augmen- 
tation de soixante mille livres qu'elle obtint en 1698, et qui fut 
destinée exclusivement à former des dots aux demoiselles, re- 
média au mal, mais incomplètement, car il sortait quelquefois 
trente demoiselles par année , et l'on ne pouvait donner trois 
mille livres à chacune d'elles; aussi l'objet continuel des Dames 
était d'augmenter par leurs épargnes la dot des filles ou le nom- 
bre des filles dotées : « c'étaient là les aumônes dont leurs fonda- 
teurs les avaient chargées. » Madame de Maintenon songea plu- 
sieurs fois à doubler ce fonds de soixante mille livres au moyen 
de la sécularisation de quelque bien ecclésiastique; mais Louis XÏV 



MARIAGES DES DEMOISELLES. 2t3 

recula devant la résistance qu'il éprouverait de la part du clergé. 
Klle n'eut pas plus de succès lorsqu'elle lui demanda de sup- 
primer les places de religieuses qui étaient à sa nomination dans 
les abbayes royales, et de consacrer les fonds de ces places à des 
dois de demoiselles. Alors elle se tourna d'un autre côté et lit 
demander aux états d'Artois, de Bourgogne et de Languedoc, 
de faire les fonds des dots des élèves de Saint-Cyr qui, nées dans 
ces provinces, viendraient à s'y marier. Ces états avaient de- 
mandé au roi la fondation de succursales de Saint-Cyr dans leurs 
provinces, en s'engageant à pourvoir en partie aux dépenses de 
ces établissements. Mais les désastres de la fin du règne de 
Louis XIV firent avorter et le projet de ces états et la demande 
de madame de Maintenon. Tout ce qu'elle put faire, en défi- 
nitive, pour assurer le sort d'un plus grand nombre de demoi- 
selles, fut de faire exécuter strictement l'article de la fondation 
qui leur donnait les places de régales dans les abbayes royales, 
et de faire mettre la signature du roi au contrat de celles qui se 
mariaient, honneur qui était toujours accompagné de quelques 
mots précieux de la bouche royale et qui devenait pour l'époux 
un titre perpétuel de recommandation. 

Les noces de quelques-uns de ces mariages se tirent soit à 
Saint-Cyr, dans le dehors de la maison, soit chez M. Chamillard 
à Paris. Madame de Maintenon en faisait les frais; elle accompa- 
gnait alors la bénédiction qu'elle donnait à ses chères filles de 
quelques cadeaux utiles, d'adieux pleins de tendresse et des 
plus sages conseils. « Qu'on voie partout et toujours, leur disait- 
elle, que vous avez été élevée à Saint-Cyr. — Soyez l'exemple 
de votre province ; si vous répondez à l'éducation que vous avez 
reçue ici, vous porterez de grands trésors à votre mari, puisque 
\ous serez pieuse, complaisante, douce, modeste, retirée, ap- 
pliquée à vos devoirs, et imitant le plus que vous pourrez la 
femme forte dont nous avons tant parlé ensemble 1 . » 

Comme sa tendresse pour ses chères filles n'était pas « enfer- 

1 Lettres è '{fiantes, t. v, p. 237. 



&0I CHAPITRE XII. 

mée dans le cloître de Saint-Cyr l , » elle resta en correspondance 
avec quelques-unes, rendit à toutes les services dont elle fut 
capable, lit même des dons d'argent à celles dont les parents 
étaient pauvres. Elle en reçut les marques les plus tendres de re- 
connaissance et de vénération. Rien ne la toucha plus que de 
voir l'une d'elles, mariée en Bourgogne, faire cent lieues dans le 
but unique de lui faire bénir son premier enfant. 

Les instructions de madame de Maintenon « aux demoiselles 
(lui doivent retourner daus le monde » sont très-nombreuses : 
nous nous contenterons de citer celle-ci 2 : 

« Vous croyez peut-être, mes chères filles, que vous avez été 
élevées dans une grande contrainte; vous verrez que la con- 
trainte de Saint-Cyr est bien douce en comparaison de celle du 
monde. 

» Les fautes que l'on fait à Saint-Cyr sont punies par des cor- 
rections de mères envers leurs enfants, et celles qu'on fait dans 
le monde le sont quelquefois par la perte de la réputation. 

» Mais la contrainte où vous êtes élevées n'est pas encore 
assez grande, si elle ne vous rend pas assez timides : la timidité 
est votre unique sauvegarde; vous êtes perdues, si vous êtes 
hardies. 

» Montrez-vous le moins que vous pourrez : fuyez plus que la 
mort le moindre commerce avec les hommes; et si vous vous y 
trouvez de nécessité, que ce ne soit jamais qu'en compagnie 
d'honnêtes femmes. Tremblez dans ces occasions, taisez-vous, 
soyez modestes, ne songez point à montrer de l'esprit; il y en a 
plus à se taire à propos qu'à parler, et il se marque plus par la 
conduite que par la conversation. 

» Les jeunes personnes se font une honte d'être timides et 
s'imaginent qu'on leur croira peu d'esprit et qu'on dira qu'elles 

1 Lettres édifiantes, t. v, p. 543. 

2 Pour la compléter, il faut lire un avis très-détaillé de madame de Maintenon 
a une demoiselle qui sortait de Saint-Cyr et que nous donnons dans l'appendice, à 
la lettre .1 , et la lettre qu'elle écrivit à mademoiselle d'Osmond , devenue madame 
d Havrincourt, et que nous avons insérer dans la préface. 



INSTRUCTIONS A LA SORTIE DE SA1NT-CYR. 205 

ne savent pas se démêler dans le monde. La meilleure manière 
de s'y démêler pour les personnes de notre sexe, c'est d'y être 
embarrassée, do le craindre, d'y parler peu et de le quitter le 
plus tôt qu'on peut. Ne vous fiez point à vos bonnes inclinations, 
à l'éducation que vous avez reçue, à l'éloignement que vous 
sentez pour le mal; fuyez, c'est la seule sûreté pour vous. 

» Les femmes qui se déshonorent n'ont point résolu de se dés- 
honorer; elles y ont été conduites peu à peu et ont commencé 
par des choses qui leur paraissaient innocentes. 

» L'amour du plaisir, l'attachement à la personne qu'on veut 
parer et l'envie de se distinguer, voilà ce qui perd les femmes. 
Vous courrez risque d'être de ce nombre si vous craignez trop 
de vous ennuyer et si vous ne préférez le soin de votre réputa- 
tion à tous les plaisirs. 

» Si vous êtes mariée , soyez par votre conduite plus sage que 
\otre mari. Il y en a qui portent naturellement leurs femmes à 
voir le monde et qui dans la suite en sont au désespoir; il y en a 
d'autres qui montrent leur jalousie à leurs femmes, et ceux-là 
sont les plus commodes , puisqu'il n'y a qu'à se renfermer pour 
leur plaire; et c'est ce qui me fait vous dire d'être plus prudentes 
qu'eux et de prendre le parti de la solitude ; il y en a peu qui 
n'en soient ravis, quoiqu'ils vous disent le contraire. 

» Si votre mauvaise fortune vous met hors d'état d'être habillées 
comme les autres, jetez- vous dans l'extrémité opposée et vous 
mettez dans une si grande simplicité qu'on voie que vous avez le 
courage de vous mettre au-dessus des faiblesses de votre sexe. 

» Il n'y a de vrai mérite ni de véritable vertu, mes chères 
filles , que celle qui est fondée sur la religion , sur la défiance 
de soi-même, sur la fuite des occasions et sur un recours continuel 
à Dieu '. » 

Ces conseils si sages n'étaient pas donnés aux demoiselles seu- 
lement à leur sortie de Saint-Cyr : dès qu'elles arrivaient dans la 
classe bleue, madame de Maintenon les instruisait des devoirs 

1 Lettres édifiantes^ t v, p. '■) \ i 



206 Cil API THE XII. 

d'une femme chrétienne dans le monde, de la sainteté des obli- 
gations et des peines du mariage, leur dissipant toutes les illu- 
sions qu'elles pouvaient avoir à ce sujet, leur citant les exemples 
de leurs compagnes, surtout de celles qui avaient de mauvais 
maris : « Les bons mariages, leur disait-elle, ne sont pas ceux 
où Ton ne souffre rien du tout, mais ceux où il y en a un des 
deux qui souffre de l'autre sans rien dire, ou bien quand ils ont 
assez de vertu pour se supporter tour à tour... Avec un mari, le 
mieux est de ne jamais se plaindre : ce n'est pas par des plaintes 
qu'on les ramène. Il faut avoir assez de sagesse et de vertu pour 
passer entre Dieu et soi ce qu'on peut dérober à la connaissance 
des autres ! . » 

Madame de Maintenon eut beaucoup de peine à décider les 
Dames de Saint-Louis à parler comme elle du mariage, et elle 
leur fit à ce sujet des exhortations très-vives : « La plupart des 
religieuses n'osent prononcer le nom de mariage : saint Paul 
n'avait pas cette fausse délicatesse, car il en parle très-ouverte- 
ment. Je vous ai vu ce faible; je voudrais qu'il fût détruit ici 
pour toujours. C'est un travers qui est insoutenable dans une 
maison comme la vôtre de n'oser y parler d'un état qui est le 
fondement de la société, que plusieurs de vos demoiselles em- 
brasseront, dont vous devez les rendre capables de remplir les 
devoirs, d'un sacrement institué par Jésus-Christ, honoré de sa 
présence , dont les apôtres détaillent les obligations. Il y a cer- 
lainement bien plus d'immodestie à ces façons-là qu'il n'y en a 
à parler de ce qui est innocent et dont tous les livres de piété 
sont remplis. Quand vos demoiselles auront passé par le mariage, 
elles verront qu'il n'y a pas de quoi rire. Il faut les accoutumer 
à en parler sérieusement, chrétiennement et même tristement, 
car c'est l'état où l'on éprouve le plus de tribulations, même 
dans les meilleurs, et leur apprendre que plus des trois quarts 
sont malheureux 2 . » 

i Lettres édifiantes, t. v, p. 108. 

- Ibid.j t. vi , p. 200. — Extrait des écrits de madame de Maintenon, p. 145. 



INSTRUCTIONS A LA SORTIE DE SAINT-CYR. 207 

D'après la sollicitude qu'elle témoignait pour trouver des 
époux à ses filles, madame de Maintenon devait s'inquiéter sur- 
tout du sort des demoiselles qui ne se marieraient pas. Aussi elle 
les entretenait souvent de leur mauvaise fortune et des moyens 
de la supporter, « leur disant que celles qui embrasseraient la 
vie religieuse auraient une existence assurée, mais que la plupart 
des autres seraient empêchées de se marier par leur peu de bien, 
et qu'elles devaient redoubler d'efforts pour vivre honnêtement 
el chrétiennement dans la pauvreté, le célibat étant un état aussi 
triste que dangereux... 

» Vous retournerez la plupart, ajoutait-elle, en sortant d'ici, 
avec un père ou une mère veufs ou infirmes ou bizarres, chargés 
d'enfants dont vous irez augmenter le nombre, passant bien sou- 
vent vos journées à travailler... Il y en aura d'autres, et ce seront 
les plus heureuses^ qui se trouveront dans le fond d'une campagne 
à vivre en ménagères, à veiller sur les domestiques, voir s'ils s'ac- 
quittent bien chacun de leurs fonctions, si le labourage se fait 
bien, s'ils ont soin des bestiaux, et qui enfin souvent seront 
obligées de mettre la main à l'œuvre 1 . » Elle les préparait à la 
vie réelle en leur montrant toutes les misères, toutes les humi- 
liations qu'elles auraient à supporter « dans un temps où l'argent 
fait tout. » — « Faites-vous donc un grand fonds de piété, de vertu 
et de bons principes, pour qu'ils vous soient une ressource au 
besoin dans la suite de votre vie, qui ne sera pas aussi douce et 
aussi unie qu'elle est ici. Vous ne connaissez pas les afflictions, 
mes enfants; mais comptez que vous n'en manquerez pas dans la 
suite 2 ... Abaissez-vous, mes chères filles; Dieu n'a permis le grand 
déchet de la noblesse que pour l'humilier et peut-être pour punir 
quelques-uns de vos ancêtres qui ont abusé de leur autorité et 
de leurs richesses; abaissez-vous donc pour répondre aux des- 
seins de Dieu. Je ne veux pas dire par là de vous abaisser le 
cœur, au contraire; il faut l'avoir rempli d'une bonne gloire et 

1 Lettres édifiantes, t. v, p. G00. 

2 Ibid., p. 249. 



808 CHAPITRE XII. 

bien placée pour no jamais faire de bassesse; mais je vous con- 
jure de prendre des idées du monde qui soient justes et conformes 
à la vérité '. » 

Tel était le langage pénétrant, vrai, persuasif de la fondatrice 
de Saint-Cyr lorsque, dans les classes ou sous les grands om- 
brages du jardin, elle se voyait entourée de jeunes filles, belles, 
rayonnantes de vie et d'espérance, qui l'écoutaient l'œil humide 
et le cœur ému; « douces colombes, lui disait un saint évêque, 
sur les ailes de qui elle devait aller au ciel. » Elle jetait alors 
sur elles des regards profonds et pleins de sollicitude, cherchant 
sur leur visage à deviner leur vie, s'efforçant par ses paroles 
d'assurer leur bonheur, et d'ordinaire elle finissait en appelant la 
bénédiction de Dieu sur elles et sur sa chère maison. 

1 Lettres édifiantes, t. v, p. 662. 



CHAPITRE XIII. 

SAINT-CYR PENDANT LA GUERRE DE LA SUCCESSION 1) ESPAGNE. 

Le testament de Charles II et « les nouvelles grandeurs qu'il 
apporta dans cette grandissime maison de France, » ainsi que 
s'exprime madame de Maintenon, furent accueillis et célébrés 
à Saint -Cyr par de vives démonstrations de joie. La fondatrice 
regarda d'abord ce bonheur inespéré comme une récompense 
de la piété du roi et de sa persévérance dans le bien. Mais 
quand la guerre eut été marquée par de grands revers , quand 
les plans, la sagesse, les efforts de Louis XIY furent continuel- 
lement renversés par une fortune implacable, madame de Main- 
tenon se trouva soumise à de terribles épreuves. Elle avait cru , 
en arrachant le roi à ses désordres, en lui faisant mener une 
vie chrétienne et dévouée au bien de ses sujets, préparer des 
années de félicité au royaume; et depuis le moment de sa faveur, 
la France n'avait, pour ainsi dire, éprouvé que des calamités : 
« elle ne semblait, disait-elle, avoir été placée près du trône de 
Louis XIV que pour assister à l'éclipsé de sa gloire. » Dans ce 
grand mécompte, Saint -Cyr fut son refuge : « jamais, disait- 
elle , mon Saint-Cyr ne m'a été si nécessaire et pour me cacher 
et pour me consoler. » Devant la cour, elle supportait les tribu- 
lations du roi et de l'État avec calme et sérénité; mais elle était 
en secret dévorée de chagrins et avait presque toujours la fièvre. 
Quand elle se sentait épuisée de sa contrainte, elle s'enfuyait à 
Saint-Cyr pour y pleurer librement et épancher ses douleurs dans 
le sein de ses chères filles; surtout auprès de mesdames du Pérou 
et de Glapion, qui étaient, dans ces tristes circonstances, ses con- 
lidentes ordinaires. 

27 



210 CHAPITRE XIII. 

o J'ai sur les peines du roi, des princes, leur disait-elle, j'ai 
sur les malheurs de l'État, un degré de sensibilité que Dieu seul 
connaît... Mon imagination est sans cesse tendue de deuil... J'ai 
toujours à l'esprit l'Espagne presque perdue, la paix qui s'éloi- 
gne de plus en plus, les misères que j'aperçois de tous côtés, 
mille gens qui souffrent sous mes yeux et que je ne puis soula- 
ger... Tout cela m'agite à un point inconcevable, et j'ai le cœur 
si serré que j'ai toujours les larmes aux yeux. Je me dis à moi- 
même : Qui m'assurera que le roi ne répondra pas de tout cela, 
car nous sommes obligés à tout le bien que Dieu demande de 
nous, et nous lui rendrons compte de tout le mal que nous au- 
rions pu empêcher? En vérité, la tête en est quelquefois prête à 
me tourner; je crois que si l'on ouvrait mon corps après ma mort 
on trouverait mon cœur sec et tors comme celui de M. de 
Louvois l . » 

Que de fois, pendant cette fatale guerre, on la vit arriver triste, 
sombre, la tête cachée dans ses coiffes, renfonçant ses larmes! 
Elle descendait de sa voiture, courbée par la douleur plus en- 
core que par les ans, et s'acheminait lentement, silencieusement 
vers son oratoire. La supérieure venait à elle, n'osant l'inter- 
roger : « Dieu nous éprouve encore, » lui disait tout bas madame 
de Maintenon. Aussitôt le bruit d'une nouvelle défaite se ré- 
pandait dans la communauté, et bientôt parmi les demoiselles 
consternées qui toutes, dans le malheur public, avaient quelque 
malheur domestique à craindre. On allait à l'église, on implorait 
les miséricordes de Dieu pour le roi, pour la France, et souvent 
au milieu des prières éclataient des sanglots!... Et combien 
cette désolation devenait plus grande quand le soir le roi venait, 
selon sa coutume, entendre le salut! Louis XIV, portant plus di- 
gnement le malheur qu'il n'avait porté ses prospérités, paraissait 
plein d'une tristesse grave et sereine, plein de la plus humble, 
de la plus constante résignation; il parlait aux Dames de ses 
malheurs avec un visage égal, il les attribuait simplement à lui- 

1 Lettres édifiantes, t. vr, p. 311. 



SAINT-CYR PENDANT LA GUERRE DE LA SUCCESSION D'ESPAGNE. 241 

même, et leur demandait de redoubler leurs prières; puis il 
aimait a s'entourer des rejetons de sa noblesse moissonnée à 
Hochstett et à Ramillies; il s'efforçait de sourire à ces pauvres 
orphelines qui entonnaient en pleurant le cantique royal ; il s'ar- 
rêtait devant chacune d'elles, et d'une voix qui n'était plus calme 
il lâchait de consoler tantôt les filles de d'Aubigny, colonel des 
dragons, de Bernière, major du régiment des gardes, de Cateuil, 
capitaine de dragons, tués à Ramillies; tantôt celles deKercado, 
mestrc de camp du royal-étranger, de Villiers, maréchal de 
camn, de IVEscoubleau, capitaine au régiment de la reine, tués 
devant Turin. « Beaulieu, dit-il un jour à une pauvre fille qui se 
jetait à ses genoux en sanglotant, votre père est mort honora- 
blement à mon service; si mes ministres venaient à l'oublier, 
priez madame de m'en faire souvenir. » Chaque famille de la no- 
blesse eut tant de morts, de blessés, de prisonniers dans cette 
funeste guerre, que Saint-Cyr devint insuffisant pour les places 
demandées, et que, sans l'embarras des finances, on eût porté 
le nombre de ces places à quatre cents, « Le roi, écrivait madame 
de Mainlenon en 1712, est accablé de filles dont les pères ont 
été tués ou estropiés dans ces dernières campagnes. » 

Jamais on ne fit plus de prières à Saint-Cyr : chaque expédi- 
tion, chaque combat, chaque événement de cette guerre fut 
marqué par des messes, des processions, des neuvaines. Pen- 
dant que Louis XIV et ses ministres préparaient les plans de 
campagne et les moyens de vaincre la coalition, madame de 
Maintenon et les Dames de Saint-Louis imploraient sans relâche les 
secours d'en haut, sollicitaient toutes les maisons religieuses de 
faire avec elles un concert de prières, et soulevaient pour ainsi 
dire toutes les âmes pieuses de la France pour forcer la miséri- 
corde de Dieu, « Faites-vous des saintes, leur disait sans cesse 
madame de Maintenon, pour nous obtenir la paix. » 

Ainsi quand, en 1 708, Jacques III tenta un débarquement en 
Lcosse 1 , sa mère le recommanda aux prières des Dames de Saint- 

1 Voir mon Histoire des Français, t. m, p. 395 de l;i 8 ,J édition. 



212 CHAPITRE XIII. 

Cyr en disant « qu'il partait avec des sentiments si chrétiens et 
si pleins d'amour et de reconnaissance pour le roi, qu'elle ne 
pouvait y penser sans consolations ; » et madame de Maintenon 
écrivit à Saint-Cyr et aux principales communautés de Paris : 
« Vous êtes trop bonnes Françaises et trop attachées au roi pour 
ne pas faire toutes les prières possibles en faveur du roi d'Angle- 
terre : son arrivée en Ecosse peut nous donner la paix l . » L'ex- 
pédition échoua, et la veuve de Jacques II remercia les Dames 
de Saint-Louis « de toutes les prières qu'elles avaient faites, leur 
en demandant par charité la continuation , afin d'obtenir de Dieu 
les grâces nécessaires pour profiter d'une si grande épreuve 2 . » 
Dans cette même année, le duc de Bourgogne, avant de partir 
pour prendre le commandement de l'armée de Flandre, se re- 
commanda aussi aux prières des Dames ; et la duchesse de Bour- 
gogne vint plusieurs fois à Saint-Cyr prier des heures entières 
pour la gloire de son époux : elle montrait, dans les circonstances 
périlleuses où se trouvait le pays, disait madame de Maintenon, 
« la dignité de la première femme de l'Etat, les sentiments d'une 
Romaine pour Rome et les agitations d'une âme qui veut le bien 
avec une ardeur qui n'est pas de son âge 3 , » Aussi la défaite 
d'Oudenarde, causée par le mauvais accord du duc de Bour- 
gogne et du duc de Vendôme, fut-elle ressentie par toute la maison 
comme une disgrâce personnelle; la consternation y fut si grande 
que madame de Maintenon crut nécessaire d'écrire aux Dames 
quelques jours après : a Les affaires de Flandre ne sont pas en 
si mauvais état; la plupart de nos troupes dispersées sont re- 
venues; peu de gens sont demeurés sur la place; il y a moins 
de prisonniers qu'on ne disait; mais je crains que la confiance 
outrée de M. de Vendôme ne nous attire encore quelque mal- 
heur''... » 



1 Lettre* édi fiante* , I. VI, p. 4 3 et 15, 

2 lbitL, p. 25. 

s Labeaumelle, i. v, p. 100. 

* Lettre* édifiantes, I. M, p. Kti. 



SAINT-CYR PENDANT LA GUERRE DE LA SUCCESSION D'ESPAGNE. 213 

A l'époque du siège de Lille, toutes ces appréhensions recom- 
mencèrent. « Les prières de quarante heures étaient partout. 
Madame la duchesse de Bourgogne passait les nuits à la cha- 
pelle; à son exemple, les femmes qui avaient leurs maris à l'armée 
ne bougeaient des églises. La frayeur était peinte sur tous les vi- 
sages; et cette horreur dura près d'un mois!,.. Le roi avait écrit 
aux évêques pour qu'ils fissent faire des prières publiques, en des 
termes qui convenaient au danger : on peut juger quelle en fut 
l'impression et l'alarme générale \ » — «Je ne sais pas dissimuler 
avec vous, mes chères filles, écrivait madame de Maintenon, et 
mes lettres ne peuvent vous donner que de la douleur. Je suis 
dans des inquiétudes continuelles sur le dénoûment de la cam- 
pagne. M. le duc de Bourgogne est à la tète d'une puissante 
armée, remplie de bonne volonté; sa situation est bonne, il ne 
manque de rien; mais on prétend qu'il ne saurait revenir en 
France sans donner une bataille, qui me serre continuellement 
le cœur... Notre roi est le seul qui se possède toujours avec la 
même égalité d'humeur, d'esprit et d'occupation... Sa piélé, son 
courage augmentent avec les revers : il ne transpire rien de la 
douleur dont il est déchiré 2 .... Et si vous pouviez voir quels 
sont ses travaux et ses chagrins ! Il est toute la journée dans son 
cabinet à faire des comptes; il ne les quitte point qu'il ne les 
ait achevés, et il ne s'en décharge point sur ses ministres. Il ne 
se repose sur personne du règlement de ses armées, il possède le 
nombre de ses troupes et de ses régiments en détail comme je 
possède les bandes de vos classes. Il tient plusieurs conseils par 
jour, où l'on traite d'affaires fâcheuses, de la guerre, de la fa- 
mine et d'autres afflictions 3 . » 

Comme on le voit, madame de Maintenon, quand elle était à 
la cour, ne manquait pas d'entretenir ses chères filles de tous les 
faits de la guerre; et quand elle était à Saint-Cyr, Louis XIV en 

Saint-Simon, t. vi, p. 333. 
°- Lettres du i août et du 20 octobre 1708. 
■ Lfttrpî édifiantes, t. v. p. Os. 



114 CHAPITRE XIII. 

taisait autant en lui envoyant des billets dont le laconisme et la 
simplicité contrastent avec la grandeur des événements 1 . C'était 
le sujet ordinaire de ses entretiens pendant les récréations : tantôt 
elle leur disait l'allliction du roi à la bataille de Hochstett : « Il 
ne revient point des quinze mille Français qui se sont rendus 
sans tirer un seul coup... Priez Dieu qu'il bénisse ses armes! » 
Tantôt elle leur racontait la défaite de Ramillies : « J'en ai été 
étonnée, frappée, abattue, indignée, pétrifiée dans le premier 
moment; mais je reprends courage et je me trouve un peu petite 
fille d'Agrippa d'Aubigné. » Tantôt elle leur parlait de la bataille 
de Malplaquet, « celte action illustre et malheureuse, » et elle 
leur apprenait les conditions de paix que la haine insensée des 
ennemis de la France avait voulu imposer à Louis XIV, « con- 
ditions qui ont donné, disait-elle, de l'indignation à tout ce qui 
a une goutte de sang français. » C'est à Saint-Cyr qu'elle écrivit 
à son neveu le duc de Noailles, qui commandait vers les Pyrénées : 
« Vous savez la dernière réponse de nos ennemis. Le roi l'a 
entendue non avec l'indignation d'un homme qui se souvient de 
ses anciennes victoires, mais avec le sang- froid d'un homme 
maître de la guerre et de la paix. Nos princes, nos grands sei- 
gneurs n'ont pu se modérer ainsi : je ne les ai jamais vus moins 
courtisans et plus citoyens... Le maréchal d'Harcourt veut qu'on 
s'unisse pour soutenir le roi, et qu'on meure avec la France et 
avec lui; il conseille d'animer le peuple à son devoir par toutes 
sortes de moyens; il veut que tout cède au bien public, et que le 
maître se serve de chacun selon ses talents... Pour moi, j'ai été 
moins vive; je n'ai jamais espéré une paix raisonnable et n'ai 
jamais cru que le roi en acceptât une honteuse. Il faut donc 
songer à la guerre et défendre notre terrain et notre roi jusqu'à 

1 Le 26 mars 1702 , il lui écrit : « Je viens d'apprendre par un courrier venu de 
Calais la mort du prince d'Orange. Les Anglais avaient fait fermer les ports pour la 
tenir secrète. Je vous prie de revenir en hâte à Versailles. » 

Le 1 décembre 171 : « Les ennemis se sont retirés, et le roi d'Espagne est maître 
de Madrid. J'ai cru que vous ne seriez pas fâchée de savoir cette nouvelle, en atten- 
danl que nous sachions un plus grand détail. » 



SAINT-CYR PENDANT LA GUERRE DE LA SUCCESSION D'ESPAGNE. 215 

la dernière goutte de notre sang. Je suis préparée à tout ce qui 
peut nous arriver de pis \ » 

Cependant les rigueurs d'un hiver effroyable , puis les tortures 
de la famine vinrent s'ajouter aux malheurs de la France. « Grand 
nombre de gens qui, les années précédentes, soulageaient les 
pauvres, se trouvèrent réduits à subsister à grand'peine et beau- 
coup de ceux-là à recevoir l'aumône en secret. Il ne se peut 
dire combien d'autres briguèrent les hôpitaux naguère la honte 
et le supplice des pauvres, combien d'hôpitaux ruinés revomis- 
saient leurs pauvres à la charge publique, c'est-à-dire alors à 
mourir effectivement de faim, et combien d'honnêtes familles 
expirantes dans les greniers 2 .... » Le magnifique asile que 
Louis XIV avait bâti aux filles de sa noblesse ne reçut qu'une 
faible atteinte de la calamité publique; aussi les Dames s'effor- 
cèrent de soulager quelques misères en s'imposant toutes sortes de 
privations : elles allégèrent les charges des paysans de leurs 
terres, et en nourrirent un grand nombre, principalement ceux 
de Saint-Cyr; leurs portes étaient continuellement assiégées de 
centaines de malheureux à qui elles distribuaient du pain et des 
habits; les demoiselles prirent part avec joie à toutes ces au- 
mônes en travaillant à des ouvrages qu'elles faisaient dans les 
récréations et même pendant le temps des offices; elles se rédui- 
sirent à ne plus manger que du pain d'avoine, et madame de 
Maintenon leur en donna l'exemple; elles se dépouillèrent de 
leurs rubans et de tout le luxe de leur toilette pour envoyer du 
pain à Gomerfontaine, qui en manquait depuis huit jours, et ma- 
dame de Maintenon pleura en apprenant « l'accueil qu'on avait 
fait à ce pain. » Quand elle partait pour Saint-Cyr, elle remplis- 
sait sa voiture de vivres, d'habits, d'argent, et tout cela était dis- 
tribué avant qu'elle arrivât; elle ne pouvait plus aller qu'au pas, 
tant la foule qui l'entourait en poussant des cris de désespoir était 
grande. Un jour on lui jeta un enfant demi-mort dans son car- 

1 Lettre du 19 juillet 1710, dans Labcaumelle, t. v, p. 158. 
- Saint-Simon; t. vu, p. 105. 



216 CHAPITRE XIII. 

rosse; enfin elle en vint à craindre pour elle-même. « La lamine , 
écrivait-elle, met le peuple dans un mouvement auquel il ne se 
faut pas exposer. Cm voit des gens qui n'entendent plus raison et 
que la nécessité transporte. On en viendra à ne plus pouvoir 
soi tir avec sûreté... Cet état-ci est si violent qu'il ne peut durer... 
Tout est à une extrémité qui me fait espérer que Dieu va y 
mettre la main... Que je suis lasse de mon état! Priez, priez, mes 
tilles, pour que j'aie la force de le soutenir jusqu'à la fin ' ! » El 
la douleur qu'elle avait du mauvais état des atfaires et de la mi- 
sère qu'éprouvait le peuple la fit tomber dans une tristesse et un 
abattement tels qu'on craignit pour sa vie 2 . 

Au milieu de ces calamités la maison de Saint-Cyr fit une 
grande perte : Godet Desmarets, évêque de Chartres, mourut. Il 
ordonna par son testament que son cœur fût apporté à Saint- 
Cyr : ce qui fut exécuté le 30 septembre 1709. Après un pom- 
peux service, on mit ce cœur dans la muraille près du sanctuaire 
du côté droit, avec une épitaphe. M. de Mérin ville , neveu 
du défunt, lui succéda dans le siège de Chartres; et M. de La 
Cliétardie, curé de Saint-Sulpice, devint le directeur de madame 
de Maintenon. 

Ce fut le commencement des funérailles qui mirent le comble 
à la désolation de Saint-Cyr. En 1711, le dauphin mourut; et en 
1712, en moins d'un mois, la duchesse de Bourgogne, le duc 
de Bourgogne, leur fils aîné le duc de Bretagne, furent enlevés 
par une maladie si subite qu'on crut à des empoisonnements. On 
peut imaginer plus facilement que dépeindre la douleur de Saint- 
Cyr à la nouvelle de ces morts précipitées, surtout quand on 
eut à pleurer la duchesse de Bourgogne, « cette gloire de notre 
maison, dit madame de Maintenon, l'œuvre de mes mains, les 
délices de la France. » Elle tomba dans un abattement voisin du 
désespoir : «Quelle ailliction pour le roi! écrivait-elle, je ne 
lui en ai jamais vu une pareille! quelle perte pour le royaume! 

1 Lettres de mai, juillet, septembre 1709, t. vi des Lett. édifiantes, p. 203 et suiv. 

2 Languet, t. n, p. 714. 



SAINT-CYR PENDANT LA GUERRE DE LA SUCCESSION D'ESPAGNE. 217 

quel écrasement pour moi!... Je suis comme hébétée par l'ac- 
cablement de mes peines et de ma tristesse!... Je ne sais vrai- 
ment ce que Dieu veut faire de nous !» Et à ceux qui voulaient la 
consoler : « Laissez-moi, disait-elle, laissez-moi pleurer mon en- 
fant. » Elle ne cessait d'en parler, de raconter aux Dames et aux 
demoiselles les détails de cette mort étrange, la parfaite rési- 
gnation de la princesse et toutes ses qualités. Elle en tomba 
malade et l'on crut qu'elle succomberait à une douleur qu'elle 
porta en effet toute sa vie. Ce fut dans ces circonstances que les 
demoiselles chantèrent en chœur cette prière pour leur institu- 
trice, dont la musique, empreinte de la tristesse et de la gravité 
de l'époque, fut longtemps en honneur à Saint-Cyr. 

Vous qui de l'un à l'autre pôle 
Étendez de vos lois le pouvoir glorieux , 

Dieu puissant, de qui la parole 

Enfanta la terre et les cieux , 
Seigneur, conservez-nous notre unique espérance ; 
Celle qui nous conduit au pied de vos autels 

Est le soutien de l'innocence ; 
Prolongez ses destins , pour le bien des mortels ; 
Et lorsque l'univers suit la trace fidèle 

Que vos lois ont su lui marquer, 
Grand Dieu, du moins-laissez-lui le modèle 

Des vertus qu'il doit pratiquer ] ! 

Madame de Maintenon retrouva des forces pour soutenir le 
monarque en qui reposait le salut de la France; elle en retrouva 
aussi dans son amour pour Saint-Cyr : «Tout manque en moi, 
disait-elle, je m'échappe à moi-même; mais ma sensibilité pour 
Saint-Cyr et mes chères filles vit encore. » Quand tous les sépulcres 
delà famille royale furent fermés, Louis XIV revint dans la maison 
oii avait été élevée l'enfant si chère à sa vieillesse : jusque-là, il 
n'avait pas fait une plainte, montré une larme; mais à Saint-Cyr, 
dans la chambre de madame de Maintenon, dans l'oratoire de cette 
Bdèle compagne, au pied du petit autel de la Croix, les deux 

1 Manuscrit n° 2423 de la bibliothèque de Versailles, p. 901. 

28 



248 CHAPITRE XIII. 

vieillards se soulagèrent, et sans témoins, en silence, libres des 
courtisans et de la pompe royale, ils laissèrent conler et confon- 
dirent leurs pleurs. Louis sortit plus fort, plus résolu de cette 
sainte maison. « Désormais, écrivait madame de Maintenon, la 
France est son unique famille et au moins aussi chère que celle 
qu'il a perdue. » Et c'est après ces épanchements dans la retraite, 
après ces prières résignées dans le sanctuaire, que, se redressant 
dans tout son calme et sa majesté, il conçut ces résolutions et 
donna aux généraux ces instructions si pleines de grandeur qui 
sauvèrent le pays. « Si vous êtes battu, écrivait-il à Villars, j'irai 
moi-même vous secourir, ou mourir avec vous; j'ai l'honneur 
d'être le plus ancien soldat de mon royaume. » 

Quelque temps après le roi ordonna qu'on portât à Saint-Cyr, 
« où l'on avait une grande passion de le voir, » le dernier rejeton 
de la race royale, à peine échappé de la maladie qui lui avait 
enlevé sa famille. On peut se figurer avec quelles larmes, quels 
transports les Dames accueillirent cet enfant de leur chère prin- 
cesse , et quelles ardentes prières furent faites pour sa vie. On le 
mena souvent à Saint-Cyr pour y prendre l'air dans les jardins 
et l'amuser du spectacle des demoiselles, et quand il passa des 
mains des femmes à celles des hommes (1714), la duchesse de 
Ventadour, sa gouvernante, envoya à Saint-Cyr, pour la consa- 
crer à la sainte Vierge, la dernière robe que l'enfant royal avait 
portée, robe brodée par sa mère, et qui fut conservée comme une 
pieuse relique. 

Cependant la guerre continuait et l'on s'attendait à une action 
décisive. Madame de Maintenon en avait la fièvre : « Je crains et 
désire une bataille, disait-elle aux Dames... Dieu veuille enfin 
protéger nos armes! » Tant de constance reçut son prix, et la 
victoire de Denain témoigna que la justice divine était enfin apai- 
sée. Madame de Maintenon se trouvait à Versailles quand la pre- 
mière nouvelle en arriva. « Réjouissez- vous, mes chères enfants, 
écrivit-elle aux Dames; il y a trop longtemps que vous êtes 
tristes, réjouissez-vous! les armes du roi sont à la fin victorien- 



SA1NT-CVR PENDANT LA GUERRE DE LA SUCCESSION DESPAGNE. 219 
ses! » Et quelques heures après : « Nous eoupons les vivres au 
prince Eugène; ou a pris beaucoup plus de butin qu'on n'avait 
cru; nous aurons bientôt les drapeaux. » Puis son enjouement 
revenant avec la victoire : « Il serait bien honteux à vous, mes 
chères filles, de ne pas faire lever le siège de Landrecies à force 
de prières : c'est aux grandes âmes à faire de grandes choses. » 

Enfin la paix d'Utrecht, puis celle de Rastadt, fut signée. Celle- 
ci fut annoncée à Sainl-Cyr par ce billet du roi : 

« La paix n'est pas encore faite, mais elle sera bientôt signée. 
Le prince Eugène est revenu à Rastadt et M. de Yillars y allait 
retourner. On est d'accord de tout et j'ordonne au maréchal de 
signer. J'ai cru que vous ne seriez pas fâchée de savoir cette 
bonne nouvelle quelques heures plus tôt; il ne faut rien dire, si 
ce n'est que le prince Eugène est revenu à Rastadt et que les 
conférences se recommencent. Je ne doute plus de la paix et 
m'en réjouis avec vous. Remercions bien Dieu 1 . » 

Les malheurs de la guerre et les douleurs de la famille royale 
ne furent pas les seules causes du chagrin profond qui portait 
madame de Maintenon à chercher des consolations dans son 
oratoire de Saint -Cyr et dans la conversation de ses chères 
filles; il y en avait un autre qui nous paraît plus étrange et moins 
légitime, qui l'affecta, ainsi que Louis XIV, autant que les au- 
tres, le danger où elle croyait la religion par les progrès du 
jansénisme. 

Le gouvernement royal, tout-puissant, tout obéi qu'il était, 
n'avait pas laissé que d'exciter des pensées d'opposition, de 
sourds mécontentements, même des haines ferventes. Louis avait 
cru se défaire des ennemis de son État en chassant les huguenots; 
mais il en avait trouvé d'autres non moins redoutables et plus 
habiles dans les jansénistes, qui n'étaient pas seulement une secte 
dissidente de l'Église catholique, mais un parti politique se re- 
crutant dans le clergé, la magistrature, la haute bourgeoisie et 
jusqu'au pied du trône du grand roi. 

1 Lettres édifiantes, I. vi. 



2Î0 CHAPITRE XIII. 

Celle opposition présentait sans doute quelque danger dans 
L'état où étaient les affaires et avec une guerre si désastreuse; 
niais les jésuites exagérèrent les opinions indépendantes, les des- 
seins factieux de leurs adversaires : ils accusèrent les jansénistes 
d'être les ennemis de l'autorité et de la combattre soit dans le 
pape, soit dans les évêques, soit « dans les rois, par lesquels ils 
craignaient d'être réprimés l ; » ils les accusèrent de songer à un 
changement dans la succession au trône en faveur du duc d'Or- 
léans. « Ils se promettaient, disaient-ils, de malheureux avan- 
tages de la diminution de la famille royale, et ils ne cachaient 
pas leurs détestables espérances 2 . » Ils effrayèrent ainsi Louis XIV, 
« qui croyait les huguenots et les jansénistes peu différents et 
presque également hérétiques 3 ; » ils lui laissèrent croire que la 
minorité de Louis XV était menacée d'une guerre civile et le 
poussèrent à sévir contre les novateurs. 

Madame de Maintenon, excitée par les jésuites, qu'elle n'aimait 
pas, contre les jansénistes, parmi lesquels elle avait des amis vé- 
nérés, surtout le vertueux cardinal de Noailles, fut tourmentée au 
point d'entretenir journellement de ces tristes querelles la maison 
de Saint-Cyr. Les Dames et les demoiselles furent ainsi mises au 
courant du livre du Père Quesnel, origine ou prétexte de tous 
les troubles; de l'approbation que lui avait donnée le cardinal de 
Noailles, de la constitution du pape contre ce livre, etc. « Elle avait 
un soin particulier, disent les Dames, de nous instruire de tout 
ce qui se passait par rapport à cela, pour nous prémunir contre 
les mauvaises impressions qu'on pourrait vouloir nous donner, et 
elle nous inspirait un vrai zèle pour l'Église, qu'elle ne faisait pas 
consister à discourir sur les matières de religion, nous disant que 
cela n'était nullement convenable à des filles, mais à nous tenir 
bien attachées au Saint-Siège et à en recevoir les décisions avec 
une parfaite soumission. Si vous n'étiez qu'une communauté re- 



1 Lettres édifiantes, t. vi, p. 1M 

2 lbid., p. 477. 

:} Saint-Simon, t. vu, p; 417.- 



SA1NT-CYR PENDANT LA GUERRE DE LA SUCCESSION D'ESPAGNE. 221 

ligieuse, nous disait-elle, je vous laisserais le plus qu'il est pos- 
sible ignorer ce qui se passe dans le monde; mais vous élevez 
des iilles qui y retourneront. Il faut bien leur donner des préser- 
vatifs contre les différents dangers qu'elles y trouveront. D'ail- 
leurs le parti croirait beaucoup gagner en mettant dans le sien 
ce grand nombre de demoiselles qui doivent, en sortant de chez 
vous, remplir les couvents et porter dans toute la France l'instruc- 
tion que vous leur avez donnée l . » 

Nous n'avons pas à raconter les persécutions faites contre le 
jansénisme : c'est la partie la plus triste du règne de Louis XIV, 
c'est aussi la partie la plus triste de la vie de madame de Main- 
tenon , et rien ne saurait excuser l'abandon qu'elle fit alors du 
cardinal de Noailles. L'Institut de Saint-Louis se ressentit de ces 
persécutions : on renvoya des demoiselles suspectes d'appartenir 
au parti par leurs familles; on refusa d'admettre celles dont 
les parents pouvaient être soupçonnés; et les jésuites se trou- 
vèrent ainsi avoir une influence fâcheuse dans les nominations; 
enfin la vie et même l'éducation de Saint-Cyr prirent la teinte de 
la dévotion dans laquelle était tombée madame de Maintenon, 
c'est-à-dire qu'elles devinrent un peu sombres, tristes et inquiètes. 

C'est dans ces circonstances que madame de Maintenon crut 
bon de compléter la réforme de Saint-Cyr en ôtant aux Dames 
leur costume séculier qui était si modeste et si élégant, pour leur 
donner l'habit sévère de l'ordre de Saint- Augustin. « Elle était 
persuadée, disait-elle aux Dames, que l'habit religieux a quel- 
que chose qui inspire de la gravité, du recueillement et du mé- 
pris pour soi-même ; que dans le monde on était toujours en doute 
si elles étaient religieuses ou non; que dans la suite des gens mal- 
intentionnés pourraient les faire regarder comme des filles de 
communauté qu'on peut défaire quand on veut 2 . » Ce changement 

1 Mémoires de Saint-Cyr, ch. xxix. — Lettres édifiantes, t. v, p, 956, et t. vi, 
p. 305. 

2 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xxvin. — L'habit des religieuses de Saint- Au- 
gustin « est d'étamine du Mans ou de serge de Londres noire, suivant les saisons, 
et consiste en une robe et un scapulaire avec deux ceintures, l'une pour attacher la 



8*3 CHAPITRE XIII. 

d'habit se lit le 7 août 1707. Le roi n'y consentit qu'avec une 
grande répugnance, et à la condition que les Dames conserve- 
raient leur manteau et leur croix d'or. 

Les derniers événements de l'histoire de Saint-Cyr pendant le 
règne de Louis XIY furent les maladies qui affligèrent cette 
maison. « La colère de Dieu nous visita aussi, dit l'historienne de 
Saint-Cyr, car nous eûmes jusqu'à cent douze demoiselles dans les 
infirmeries ; » douze moururent en moins de deux mois. Les Dames 
se dévouèrent à les soigner avec une grande vertu, et quelques- 
unes des plus jeunes y succombèrent. Les Mémoires de Saint-Cyr 
citent parmi ces religieuses qui moururent ainsi « dans le baiser 
du Seigneur, » madame de Saint-Périer, qui était maîtresse des 
bleues; madame de Nobleval, qui s'était faite religieuse malgré 
sa famille, laquelle lui préparait un riche mariage et une place à 
la cour; madame de Malvoue, qui sollicita de soigner les malades 
de la petite vérole et fut emportée en quelques heures ; enfin ma- 
dame d'Assy. « C'était un esprit doux et bien fait, un bon naturel 
qui n'avait que de bonnes inclinations; l'innocence et la candeur 
étaient peintes sur son visage, qui, jointes à sa beauté naturelle, 
la rendaient tout aimable. Pendant son agonie, elle devint beau- 
coup plus belle qu'elle n'avait été dans le temps de sa meilleure 
santé, mais c'était une beauté toute céleste qui inspirait de la 
dé^tion, et nous la regardâmes mourir avec ravissement... » 

robe, l'autre qui prend le seapulaire par devant et par derrière. Pour coiffure elles 
ont un bandeau, une guimpe ronde, un petit voile de toile blanche, un autre voile 
d'étaminc noire , et par-dessus un autre grand voile aussi d'étamine légère. » {His- 
toire des ordres monastiques, t. iv, p. 437.) 



mfrg£Z&§<i 



CHAPITRE XIV. 



MORT DE LOUIS XIV. — RETRAITE DK MADAME DE MAINTENON A SAINT-CYR. 

— SA MORT. 



Au mois d'août 1715 le roi tomba malade, et dès les premiers 
jours ou désespéra de le sauver. Madame de Mainteuou avait 
alors quatre-vingts ans, elle était très-infirme et n'avait plus 
toute la fermeté de son intelligence; néanmoins elle le soigna 
avec la plus grande vigilance, « demeurant quelquefois quatorze 
heures de suite près de son lit, y passant encore la nuit sur un 
matelas. Malgré son affliction, elle avait le courage de n'en rien 
laisser paraître devant lui : ce qui ne se pouvait sans qu'elle se 
fit une extrême violence; mais dès qu'elle rentrait chez elle 
elle donnait liberté à sa douleur. Elle parlait souvent au roi avec 
tant de zèle et d'une manière si élevée, que ceux qui l'enten- 
daient étaient ravis d'admiration, et dirent que ce n'était pas une 
femme, mais un ange qui parlait 1 . » ■— 

« Le roi m'a dit trois fois adieu, racontait madame de Main- 
tenon aux Dames de Saint-Cyr : la première, en me disant qu'il 
n'avait de regret que celui de me quitter, mais que nous nous 
reverrions bientôt; je le priai de ne plus penser qu'à Dieu. La 
seconde, il me demanda pardon de n'avoir pas assez bien vécu 
avec moi; qu'il ne m'avait pas rendue heureuse, mais qu'il 
m'avait toujours aimée et estimée également. Il pleurait et me 
demanda s'il n'y avait personne, je lui dis que non; il dit : 
« Quand on entendrait que je m'attendris avec vous, personne 

1 Hémoires àe, Saint-Cyr, chap. \\i\. 



ÎU CHAPITRE XIV. 

n'en serait surpris. » Je m'en allai pour ne pas lui faire de mal. 
A la troisième, il me dit : « Qu'allez-vous devenir, car vous 
n'avez rien? » Je lui répondis : « Je suis un rien, ne vous oc- 
cupez que de Dieu; » et je le quittai. Quand j'eus fait deux pas, 
je pensai que, dans l'incertitude du traitement que me feraient 
les princes, je devais demander qu'il demandât à M. le duc 
d'Orléans d'avoir de la considération pour moi. Il le fit de la 
manière dont le prince le publia sur-le-champ : « Mon neveu, je 
vous recommande madame de Maintenon; vous savez la consi- 
dération et l'estime que j'ai eues pour elle; elle ne m'a donné 
que de bons conseils, j'aurais bien fait de les suivre; elle m'a 
été utile en tout, mais surtout pour mon salut. Faites tout ce 
qu'elle vous demandera pour elle, pour ses parents, pour ses 
amis, pour ses alliés, elle n'en abusera pas; qu'elle s'adresse di- 
rectement à vous pour tout ce qu'elle voudra l . » Enfin, dans son 
testament, il recommanda à son successeur Saint-Cyr et les In- 
valides « comme des établissements trop utiles et trop solidement 
fondés pour souffrir la moindre altération. » — » 

Pendant ce temps la maison de Saint-Louis était dans la conster- 
nation : toute la communauté se tenait à l'église, faisant des prières ; 
« et ce devoir de la plus juste reconnaissance ne cessait ni jour 
ni nuit. » Le 29 août le roi perdit connaissance, et l'on crut qu'il 
n'avait plus que peu d'heures à vivre, « Vous ne lui êtes plus 
nécessaire, dit à madame de Maintenon son confesseur; vous 
pouvez vous en aller. » Et le maréchal de Yilleroy l'exhorta à 
ne pas attendre plus longtemps et à se retirer à Saint-Cyr; il en- 
voya même des gardes du roi pour se poster de distance en dis- 
tance sur la route, et lui prêta son carrosse : « On pouvait 
craindre, lui disait-il, quelque émotion populaire, et le chemin 
ne serait peut-être pas sûr. » Madame de Maintenon, affaiblie et 
troublée par l'âge et la douleur, fit la faute de suivre ce conseil; 
elle n'attendit pas le dernier soupir de son époux, quitta son 
chevet en pleurant et s'en alla à Saint-Cyr. 

1 Mémoires (Je Saint-Cyr, Introduction. 



MORT DU KOI. 225 

Son arrivée y jeta l'alarme, et toute la communauté courut à 
la porte de clôture pour la recevoir. Elle dit en entrant avec 
des sanglots : « Il ne me faut plus que Dieu et mes enfants. » Et 
voulant réunir à la fois tout ce qui pouvait redoubler sa tristesse, 
au lieu de se renfermer, elle demanda à voir toutes ses filles. 
Elles défilèrent devant elle, dans la salle de communauté, toutes 
en pleurs, jusqu'aux plus jeunes : « J'espère, mes chères enfants, 
leur dit-elle, que je vous reverrai sans attendrissement dans la 
suite; mais aujourd'hui il n'y a pas moyen. » 

Cependant le lendemain le roi sortit de son affaiblissement 
et donna quelques lueurs de vie. On avertit madame de Main- 
tenon de retourner auprès de lui; elle le fit à regret, ne croyant 
pas fondée cette espérance. Louis la reconnut, lui dit encore 
quelques paroles, et retomba bientôt sans connaissance; aussi 
vers le soir, voyant qu'elle ne pouvait plus lui être utile, elle re- 
vint à Saint-Cyr et n'en sortit plus. Le roi mourut le lendemain à 
neuf heures du matin. Mademoiselle d'Aumale, aussitôt que la 
nouvelle en arriva à Saint-Cyr, la porta à madame de Main- 
tenon , et pour cela elle lui dit en entrant dans sa chambre : 
u Madame , toute la maison est en prières au chœur. » Celle-ci 
leva les mains au ciel en pleurant et se rendit à l'église, où elle 
assista à l'office des morts. 

Dès que le roi eut expiré, tout ce qu'il y avait de plus grand 
à la cour écrivit à madame de Maintenon ou lui envoya des ex- 
près pour lui faire des compliments. Le duc d'Orléans, devenu 
régent du royaume, se hâta de venir lui-même : on sait quelle 
triste renommée avait ce prince à cause de son impiété et de ses 
débauches; néanmoins il lui avait toujours témoigné une grande 
considération , et disait à ceux qui la calomniaient : « Elle a fait 
du bien à tout le monde tant qu'elle a pu et n'a jamais fait tort 
à personne. » Il trouva madame de Maintenon dans son lit, et eut 
avec elle la conversation suivante, que celle-ci dicta aux Dames 
de Saint-Cyr. 

« Le prince me dit qu'il venait m'assurer de toute la considé- 



W6 CHAPITRE XIV. 

ration que je pouvais désirer. J'ai voulu le remercier; il m'a in- 
terrompu en disant qu'il ne faisait que son devoir, et que je 
savais ce qui lui avait été prescrit par le roi. Je lui dis que je 
voyais avec plaisir la marque de respect qu'il donnait au feu roi 
en me faisant cette visite. Il repartit qu'il n'avait garde d'y man- 
quer par cette raison-là, et qu'il le faisait aussi par son estime 
pour moi. Il me dit qu'il avait pris des mesures pour qu'on me 
donnât exactement ce que le roi me donnait de sa cassette l . J'ai 
répondu qu'on me l'avait appris hier au soir et que je l'en re- 
merciais très-humblement; que c'était trop dans l'état où sont 
les finances et que je n'en désirais pas tant; que d'ailleurs ce 
qu'il me donnerait serait employé à des prières pour obtenir de 
Dieu le secours dont il avait besoin... Je l'ai prié de ne rien 
écouter de tout ce qu'on voudrait lui imposer sur mon sujet; 
que je connaissais la malice des hommes, que je ne pensais qu'à 
me renfermer, et que la seule obligation que je lui avais d'un 
bienfait dont il m'assurait suffisait pour m'engager d'honneur à 
ne jamais rien faire ni dire contre lui; que je ne pensais plus aux 
affaires que pour prier pour le bonheur de la France. 11 m'a 
renouvelé toutes sortes de protestations pour moi et pour Sainl- 
Cyr, et m'a prié de m 'adresser à lui directement. Je lui ai ré- 
pondu que mes plus grandes instances seraient pour achever la 
fondation de Saint-Cyr. » — 

« Après cette conversation, ajoutent les Dames, le régent 
voulut voir toute la communauté, et nous fit l'honneur de 
nous dire : « J'ai demandé à vous voir, mesdames, pour vous 
assurer de la protection que vous trouverez toujours en moi; je 
n'ai rien à vous dire pour vous le persuader; il suffit que le roi 
vous ail recommandées. Je connais le mérite de votre maison si 
utile à la noblesse et à tout le royaume. Pour ce que vous sou- 

1 Le brevet est du 12 septembre. « Le roi ayant été informé que le feu roi a re- 
commandé peu de temps avant de mourir à M. le due d'Orléans ladite dame, qui 
touchait sur sa cassette une somme de i,000 livres par mois, que son désinléresse- 
ment lui a rendue nécessaire, Sa Majesté, pour satisfaire à ses justes intentions, lui 
a accordé et fait don de la somme de 48,000 livres de [tension annuelle. » 



RETRAITE DK MADAME DE MAÎNTENON A SAINT-CYR. :>27 

haiterez et que madame de Maintenon désirera, vous pouvez 
vous adresser à moi, je serai toujours prêt à vous rendre les ser- 
vices qui sont en mon pouvoir. Je viens moi-même vous en as- 
surer. Je me recommande à vos prières pour que Dieu me donne 
la force et les lumières dont j'ai besoin pour soutenir le terrible 
fardeau dont je suis chargé. » Toute la communauté le remercia 
et le reconduisit jusqu'à la porte de clôture \ 

La duchesse d'Orléans, mère du régent, vint quelques heures 
après en grand habit de cour et donna de même à madame de 
Maintenon des marques d'estime et d'amitié. « Je viens mêler 
mes larmes, lui dit-elle, avec celles de la personne que le roi 
que je regrette tant a le plus aimée 2 . » — « Madame de Maintenon 
est un ange, ajoutait-elle, par la manière dont elle avait usé 
de sa faveur et celle dont elle avait parlé au roi dans ses derniers 
moments, aussi bien que par son désintéressement 3 . » La reine 
d'Angleterre vint ensuite : elle l'embrassa tendrement, cardepuis 
son séjour en France elle s'était liée d'une étroite amitié avec 
elle, et toutes deux fondirent en larmes. « Tous les princes et 
princesses se préparaient de même à lui faire visite, mais elle les 
fit remercier, ne voulant plus voir le monde ni en entendre par- 
ler 4 . » Cependant elle consentit à voir le duc du Maine, le ma- 
réchal de Yilleroy et le duc de Noailles; puis elle cessa entiè- 
rement de recevoir des visites. 

Dès les premiers jours de sa retraite à Saint-Cyr, elle congédia 
ses domestiques et se défit de son équipage, « ne pouvant se 
résoudre, disait-elle, à nourrir des chevaux, pendant qu'un si 
grand nombre de demoiselles étaient dans le besoin 6 . » Elle 

1 1/ '-moires de Saint-Cyr, chap. xxix. — Languet, t. h, p. 799. 

2 Mémoires de la princesse palatine , p. IL 

'■' Mémoires de Saint-Cyr, chap. xxix. — C'est cette même princesse quia laissé 
des mémoires où elle ne parle jamais de madame de Maintenon que dans les termes 
les plus cyniques et avec une haine poussée jusqu'à la fureur. 

1 Préface du tome vu des Lettres édifiantes. 

5 Un frère de madame de Glapion lui écrivit « qu'ayant ouï dire qu'elle avait ren- 
voyé tous ses gens, toute la noblesse du royaume devait venir pour la servir, et 
qu'il s'offrait lui-même à commencer, » 



228 CHAPITRE XIV. 

vécut dans son petit appartement, se soumettant, autant que le 
permettait son âge, aux règlements de la maison, suivant les 
exercices de la communauté, allant aux classes «et aux ré- 
créations, dont elle était tout l'agrément, » ne sortant que pour 
se rendre dans le village en compagnie de quelques demoiselles 
afin de visiter les malades et les pauvres 1 , a Son plaisir, disent 
les Dames, aurait été de manger avec nous au réfectoire, comme 
elle avait toujours fait auparavant; mais elle était devenue trop 
incommodée pour y pouvoir dîner, le lieu étant froid et hu- 
mide 2 . » 

Elle passa ainsi près de quatre années dans une retraite pro- 
fonde, ne voyant personne que mesdames de Gaylus et de Dan- 
geau, employant ses journées à la prière, au travail des mains, 
à de bonnes œuvres. Ne pouvant plus que rarement monter aux 
classes, elle avait presque toujours auprès d'elle quelques de- 
moiselles qu'elle instruisait, souvent même un enfant à qui elle 
montrait à lire, ou bien quelques novices qu'elle examinait et 
encourageait 3 . Son plus grand plaisir était dans les charités in- 
nombrables qu'elle faisait et pour lesquelles elle s'imposait même 
des privations; tout son revenu y était employé; elle s'attachait 
principalement à secourir des officiers et des soldats que la fin 
de la guerre avait mis dans le besoin et qui venaient solliciter 
ses secours jusqu'à Saint-Cyr : « Ces pauvres gens de la maison 
du roi , qui ont fait des merveilles , écrivait-elle , me font pitié 
par leur détresse. » 

Les deux personnes qui adoucirent sa retraite et passaient ordi- 
nairement leurs journées avec elle furent mademoiselle d'Au- 
male et madame de Glapion. Nous avons déjà parlé de la pre- 



1 Les registres de baptême de la commune de Saint-Cyr portent que madame de 
Maintenon a été la marraine de plusieurs enfants de pauvres paysans. 

2 Mémoires de Saint-Cyr, chap. xxix. 

3 «M. le maréchal de Villeroy, écrivait-elle, rabattrait bien de l'estime qu'il a 
pour moi s'il me voyait montrer à lire à mademoiselle de La Tour (c'était une élève 
de sept ans qu'elle avait prise chez elle à cause de sa mauvaise santé et qu'elle aimait 
beaucoup), examiner la vocation d'une postulante ou raccommoder mes chemises. » 



RETRAITE DE MADAME DE MAINTENON A SAINT-CVR. 229 

mière; quant à la seconde, que nous avons vue figurer dans les 
actrices d'Esther, c'était une femme d'un esprit élevé, d'un grand 
caractère, d'une plus grande vertu, et qui semblait avoir hérité 
des qualités de l'institutrice de Saint-Cyr l . Madame de Maintenon 
la regardait comme son élève particulière ; elle lui portait une 
affection aussi tendre que celle qu'elle avait eue pour madame de 
La Maisonfort, et elle rappelait les erreurs de celle-ci en disant: 
« Il n'y a que Glapion qui ne m'ait pas trompée. — Ma fille, lu? 
disait-elle un jour, vos défauts seraient les vertus des autres. » 
Elle était savante en médecine, madame de Maintenon lui 
ayant fait apprendre la pharmacie, la botanique, un peu de chi- 
rurgie, et la plupart des demoiselles aimaient mieux se confier à 
elle qu'aux médecins de la maison; elle fut longtemps l'infirmière 
modèle de Saint-Cyr, et se dévoua avec tant de zèle dans les pe- 
tites véroles que sa vie fut souvent menacée. Avec cela elle avait 
les plus nobles manières, un beau langage, « un style si spirituel, 
si poli, et d'une singularité si naturelle, que les personnes du 
goût le plus délicat prenaient plaisir à toutes ses lettres; » enfin 
elle était respectée et aimée des plus grands personnages. Elle 
remplit successivement les principales charges de la maison, et, 
un an après que la veuve de Louis XIV se fut retirée à Saint-Cyr, 
elle fut élue supérieure; ce fut un grand bonheur pour madame 
de Maintenon que de se mettre sous les ordres de « sa fille la plus 
chère et la plus intimement honorée de sa confiance. » 

La fondatrice de Saint-Cyr avait cru trouver dans cette maison 
une retraite où les bruits du monde ne pourraient la troubler; mais 
les affaires publiques vinrent l'y chercher et lui causer des inquié- 
tudes qui furent exagérées par les faiblesses de son grand âge. 

On sait qu'il se fit à la mort de Louis XIV une violente réac- 
tion contre son gouvernement. Saint-Cyr en éprouva le contre- 



1 Voici son portrait d'après une lettre d'une élève de Saint-Cyr citée par Labeau- 
melle : « Elle était grande et bien faite, fort blanche et fort pâle, les yeux bleus 
pleins de feu et d'esprit, le visage long, la bouche agréable, le nez un peu gros, les 
lèvres fort minces. » 



-'30 CHAPITRE XIV. 

coup : plus d'un ministre nouveau blâma celte institution de la 
favorite, qui coûtait tant d'argent et dont l'utilité pouvait être 
mise en question : « Je ne suis pas sans inquiétude, écrivait-elle, 
sur ce qui se passe : la religion, l'État, mes proches, Saint-Cyr 
et moi y avons intérêt... On ne paye d'aucun côté et la dépense 
journalière est forte : nous ne subsistons que par le crédit que 
nous nous sommes acquis en payant comptant jusqu'ici. Il m'est 
revenu que dans le conseil des finances , où l'on demanda les 
20,000 écus que le feu roi a donnés aux demoiselles qui sortent, 
un conseiller s'était récrié en disant qu'un régiment en subsiste- 
rait 1 ... » En effet, Ton cessa de payer pendant quelques années 
les 20,000 écus, et la dot des demoiselles ne put être faite que 
sur les épargnes que les Dames avaient amassées. 

Le gouvernement du régent parut si mauvais à madame de 
Maintenon , surtout quand elle le vit en guerre avec Philippe Y, 
qu'elle crut qu'une grande révolution était prochaine et que la 
France allait être bouleversée : « Je crois déjà voir des barri- 
cades , disait-elle; Dieu nous préserve d'un cardinal de Retz! » 
Et elle poussa la faiblesse jusqu'à dire aux Dames de « s'affec- 
tionner les gens du village pour en être gardées. » — « Votre 
sûreté est de vous les attacher si fort qu'un seul coup de cloche 
les fasse accourir à votre secours. » 

Ce fut au milieu de ces préoccupations que le czar Pierre le 
Grand , qui visitait alors la France , demanda à voir Saint-Cyr et 
sa fondatrice. Madame de Maintenon était malade : « Je n'ai osé 
dire que non, écrivit-elle, et je vais l'attendre sur mon lit. Je ne 
sais s'il faut l'aller recevoir en cérémonie , s'il veut voir la mai- 
son, les demoiselles, s'il entrera au chœur. Je laisse tout au ha- 
sard... Le czar est arrivé à sept heures du soir (10 juin 1717); 
il s'est assis au chevet de mon lit; il m'a demandé si j'étais ma- 
lade; j'ai répondu que oui; il m'a fait demander ce que c'était 
que mon mal : j'ai répondu Une grande vieillesse; il ne savait 
que me dire, et son trucheman (le prince de Kourakin) ne pa- 

l Mémoires, ch. \\\. 



MORT DE MADAME DE MAINTENON. 231 

raissail pas m'eutendre. Sa visite a été fort courte; il a fait ouvrir 
le pied de mon lit pour me voir : vous croyez bien qu'il en aura 
été satisfait l . » 

Le czar visita la maison dans tous ses détails, s'en fit donner le 
plan, s'amusa des jeux des demoiselles, mais ne parut prendre 
qu'un médiocre intérêt à l'institution : elle était d'une société trop 
polie, trop avancée pour convenir au pays sauvage qu'il voulait 
civiliser. 

Depuis cette visite, madame de Maintenon ne fit plus que traî- 
ner une vie languissante. Le duc du Maine, déjà si maltraité par 
le gouvernement du régent, ayant été compromis dans la conspi- 
ration de Cellamare, arrêté et enfermé àDoullens, ce fut pour 
celle que Saint-Simon appelle « sa chère et abandonnée protec- 
trice » la plus sensible affliction et qui lui fut mortelle. « Elle se 
trouva encore mère dans cette circonstance, » dit Languet de 
(iergy, et dès lors la fièvre qui la consumait depuis vingt ans la 
mit dans un tel état de faiblesse, qu'elle cessa de se lever. Néan- 
moins elle vécut encore pendant un mois , voyant approcher sa 
fin avec le calme le plus parfait et la piété la plus fervente : « Elle 
fut près de trois heures à l'agonie, disent les Dames; elle avait 
l'air d'une personne qui dort tranquillement, et son visage pa- 
raissait plus beau et plus respectable que jamais 2 . » Enfin, elle 
expira le lo août 4 719, à cinq heures du soir : alors « ce ne fut 
plus qu'un cri dans toute la maison, dit l'historienne de Saint- 
Cyr, et on peut s'imaginer quelle fut notre douleur de nous voir 
séparées pour toujours de celle qui auparavant faisait après Dieu 
notre bonheur et notre félicité en cette vie. Nous la pleurâmes 
bien amèrement, et tout ce qui rappelle son souvenir nous est 
toujours un grand sujet d'attendrissement 3 . » 

On ouvrit son testament, ou elle faisait seulement quelques legs 
pieux, tout son bien devant appartenir à sa nièce, la duchesse de 

1 Lettre du 1 1 juin 1717. 

2 Mémoires de Saint-Cyr, Introduction! 
:J Ibid., ch. x\\. 



232 CHAPITRE XIV. 

Nouilles : elle y ordonnait, disent les Mémoires, « qu'on l'enterrât 
clans notre cimetière avec les religieuses ; mais on crut n'être pas 
obligé de suivre en ce point les mouvements de son humilité, et 
on jugea qu'il était bien plus à propos de la mettre au milieu de 
nous dans le chœur, pour y recevoir plus fréquemment les mar- 
ques de notre reconnaissance par nos prières, et afin que ce nous 
fut un souvenir perpétuel de tout ce qu'elle nous avait enseigné 
pendant sa vie par ses paroles et ses exemples. On embauma son 
corps et elle demeura deux jours exposée sur son lit, avec un air 
si doux et si dévot qu'on eût dit qu'elle priait Dieu '. » 

Le troisième jour, vers le soir, on l'ensevelit et on la mit dans le 
vestibule du chœur, la communauté rangée autour du cercueil , 
les demoiselles dans le grand corridor, un cierge à la main. L'é- 
vêque de Chartres et cent prêtres de Saint-Lazare, avec tous les 
curés des paroisses voisines, entrèrent par la porte de clôture, et 
lorsqu'ils furent près du vestibule ils entonnèrent les prières des 
morts. Les demoiselles passèrent devant eux et allèrent prendre 
leur rang dans le chœur; on y porta le cercueil dans une marche 
assez lente ; la communauté le suivait et quatre religieuses te- 
naient les coins du drap mortuaire. Le clergé continua de chan- 
ter, « car nous ne chantâmes rien, dit l'historienne de Saint-Cyr, 
et véritablement nous ne l'aurions pas pu , car les sanglots ne 
nous l'auraient pas permis *. » Après les vêpres des morts , on 
descendit le cercueil dans le caveau ; le clergé se retira ; « ensuite 
la communauté et les demoiselles sortirent du chœur plus tristes 
qu'on ne saurait dire 3 . » Le lendemain il y eut un service solen- 
nel; mais on ne dit pas d'oraison funèbre, et Ton se contenta de 
mettre sur la tombe, placée au milieu du chœur, entre les bancs 
des demoiselles etjes stalles des religieuses, une épitaphe faite 
par l'abbé Vertot, où les Dames se plaignirent avec raison de 
voir l'établissement de Saint-Cyr à peine touché \ 

1 Mémoires de Saint-Cyr, ch. xxx. 

2 lbid. 
:J lbid. 

4 Voir cette épitaphe à l'Appendice (K) avec un extrait (L) des registres mortuaires 



MORT DE MADAME DK MAINTENON. 333 

La mémoire de madame de Mainlenon fut si précieusement con- 
servée à Saint-Cyr, qu'à l'époque de la destruction de cette maison 
elle semblait encore y vivre et la gouverner. Son nom, son sou- 
venir, ses pensées, ses écrits y étaient sans cesse invoqués. Tous 
les objets qui lui avaient appartenu devinrent pour les Dames et 
les demoiselles de saintes reliques. Son appartement fut conservé 
tel qu'il était à sa mort , avec son ameublement : « on réserva 
son cabinet, disent les Dames, comme un lieu précieux, dédié 
à sa mémoire; et afin qu'il ne fût pourtant pas inutile, on en 
fit la chambre du conseil, et l'on y mit les portraits du roi notre 
fondateur, celui de Louis XV et de la reine de France, celui 
de madame la dauphine de Savoie, de madame la duchesse 
d'Orléans (mademoiselle de Blois), de madame de Maintenon et 
des autres personnes à qui nous devons en particulier respect et 
reconnaissance l . » Quant à l'humble plaque de marbre noir qui 
marquait le tombeau de madame de Maintenon, c'était le lieu vé- 
néré où les novices allaient prier à la veille de leur profession, 
où les religieuses aimaient à méditer et à chercher des consola- 
tions, enfin où les demoiselles venaient, au moment de leur dé- 
part, faire une dernière prière et s'engager à conserver toute leur 
vie « les maximes et les principes de Saint-Cyr. » 

de la communauté, qui se trouvent aujourd'hui aux archives de la commune de Saint- 
Cyr. 

1 Mémoires de Saint-Ct/r, chap. xxm. 



ag 



CHAPITRE XV. 



LA MAISON DE SAINT-CVR PENDANT LE REGNE DE LOUIS XV. 



Après la mort de madame de Maintenon, l'histoire de l'Institut 
de Saint-Louis perd presque tout son intérêt : elle n'est plus mar- 
quée par aucun événement notable, par aucun grave changement ; 
elle ne consiste plus qu'en visites de princes, cérémonies reli- 
gieuses, prises de voile, élections de supérieures, morts édi- 
fiantes. « A Saint-Cyr, disait la fondatrice quelque temps avant sa 
mort, le souvenir du passé tue le présent; » et, en effet, jusqu'à 
sa destruction, Saint-Cyr vécut et valut moins par lui-même que 
comme une relique vénérée du dix-septième siècle , comme 
l'œuvre du grand règne qui en avait le mieux gardé l'empreinte 
et le caractère. Les ombres de Louis XIV, de madame de Main- 
tenon, de Racine, de Fénelon semblaient planer sur cette maison, 
la protéger et la consacrer; les habitantes de Saint-Cyr les 
croyaient toujours voir présentes au milieu d'elles ; les visiteurs 
n'étaient empressés qu'à rechercher leurs traces; et aujourd'hui 
encore, malgré les transformations et les ruines que l'édifice 
a subies, on ne saurait y mettre le pied sans être pieusement 
pénétré de ces souvenirs; on ne saurait le voir avec son archi- 
tecture grave et monotone, avec sa façade pleine d'une froideur 
solennelle, ses grandes cours, sa chapelle reblanchie, ses armes 
royales mutilées , sans que la pensée évoque avec un respec- 
tueux attendrissement le roi, les grands personnages, les saintes 
femmes qui présidèrent à sa fondation , les quatre ou cinq gêné- 



SAINT-CYR PENDANT LE RÈGNE DE LOUIS XV. 235 

rations de jeunes tilles qui y furent élevées, et tout ce temps de 
grandeur monarchique, le plus glorieux qu'ait eu jamais la France 
et qui est déjà si loin de nous. 

Saint-Cyr, après la mort de madame de Maintenon, subsista 
soixante-douze ans. Le récit de ces années, au moins jusqu'à 
l'époque de la révolution, est généralement plein de stérilité et 
de monotonie, et nous n'aurons plus qu'à y glaner quelques dé- 
tails : car pendant tout ce temps pas un bruit , pas une agitation 
ne troublent le silence et la paix de cette maison; pas une ride 
ne ternit la limpidité de sa vie : il semble qu'il ne sorte de ce 
saint asile que l'harmonie des plus innocentes prières, que le par- 
fum des plus douces vertus. A voir ce calme, à lire les Mémoires 
des Dames } où il se reflète dans toute sa pureté naïve, on éprouve 
une émotion pleine de tristesse en songeant au contraste que 
présentait l'Institut de Saint-Louis, religieusement enveloppé dans 
ses souvenirs, avec les scandales de la cour de Versailles, le 
désordre des hautes classes de l'État, les agitations et les erreurs 
de ce dix-huitième siècle, avide d'incrédulité, impatient de chan- 
gements et qui était dans l'enfantement d'une révolution. 

Pendant les premières années qui suivirent la mort de madame 
de Maintenon , la maison de Saint-Cyr fut heureuse d'avoir à sa 
tète madame de Glapion : « La Providence, qui fait bien toutes 
choses, disent les Mémoires des Dames, permit qu'elle fût en place 
dans un temps où nous avions besoin d'une personne qui sût 
aussi bien qu'elle faire honneur à la maison et la tirer de plu- 
sieurs occasions difficiles que madame de Maintenon nous parait 
de son vivant , mais qu'il a fallu surmonter depuis que nous 
avons perdu ce grand soutien : c'est ce que madame de Glapion 
fit parfaitement avec beaucoup d'esprit et de politesse 1 . » Ces 
occasions difficiles étaient des procès, les payements irréguliers du 
trésor et les sourdes inimitiés de quelques courtisans. 

Les Dames avaient partagé les appréhensions de leur fondatrice 

1 Mémoires de Saint-Cyr, chap. XXXI. 



236 CHAPITRE XV. 

sur la conservation de la maison : elles cherchèrent donc, après 
sa mort , des protecteurs , se recommandèrent surtout au régent 
et au maréchal de Villeroy, et ne furent rassurées que lorsqu'elles 
virent recommencer les visites royales. 

Le 1 9 avril 1 7*20 , Louis XV, alors âgé de douze ans , vint à 
Saint-Cyr, non pour voir la maison, mais pour s'y confesser. 
Après sa confession, qui se fit dans la sacristie du dehors, il se 
plaça à la grille du chœur, accompagné du régent et du maréchal 
de Villeroy, son gouverneur; les Dames s'y présentèrent pendant 
que les demoiselles se tenaient debout à leurs bancs, et le maré- 
chal leur dit « que le roi les assurait de sa bienveillance et de sa 
protection, qu'il aimerait et favoriserait leur maison comme son 
bisaïeul avait fait et qu'il reviendrait les voir. » Quelques jours 
après, le jeune monarque allant à la chasse s'arrêta à la petite 
porte du jardin : les Dames et les demoiselles y coururent et le 
saluèrent des cris de Vive le roi! « Ce cri parut faire plaisir à Sa 
Majesté, et elle se baissa même sur son cheval pour mieux voir 
les demoiselles \ » 

Cette protection que les Dames recherchaient avec tant de soin, 
elles crurent l'avoir retrouvée quand le mariage de Louis XV 
ayant été résolu avec une fille de Philippe V, la jeune infante, 
qui n'avait que six ans, fut amenée en France pour y être élevée 
et que Saint-Cyr fut choisi comme son principal lieu d'éducation, 
ainsi qu'on avait fait pour la duchesse de Bourgogne. L'enfant, 
qui n'était pas belle, mais pleine d'esprit, fut reçue la première 
fois avec le cérémonial ordinaire : compliment de la supérieure, 
Te Deum, danses, jeux des demoiselles; et comme elle se plut 
beaucoup à la compagnie des rouges, avec lesquelles elle se mit 
tout d'abord à danser, elle vint très-souvent à Saint-Cyr avec la 
duchesse de Ventadour, sa gouvernante, y prit part aux exer- 
cices des demoiselles et fit les délices de la maison par ses repar- 
ties piquantes et la naïveté de ses propos. Les Dames, naturelle- 

1 Mémoires th Saint* Cyr^ chap. xxxi. 



SAINT-CYR PENDANT LE REGNE DE LOUIS XV. ïtf 

ment pleines de respect pour le sang de Louis XIV, furent très- 
empressées auprès d'elle, espérant s'en faire une protectrice dans 
l'avenir. 

Après la première visite de l'infante, Saint-Cyr eut la visite so- 
lennelle du roi. Il était accompagnéde plus de deux cents personnes 
et on lui fit la réception la plus pompeuse. Madame de Glapion lui 
adressa un discours où elle rappela en termes pleins de dignité et 
d'émotion « et ce fondateur qui ne dédaignait pas de régler lui- 
même Tordre et l'objet de leurs occupations journalières, et cette 
dauphine qui aima, qui honora de sa plus intime familiarité cette 
maison, où l'on vit croître les qualités qu'elle ne fit que montrer 
un moment à la France, et madame de Maintenon, qui mérita par 
ses vertus de partager avec son roi la gloire d'une œuvre qu'il 
n'eût voulu partager qu'avec elle \ » Le roi vit les demoiselles à 
l'église, dans les classes, aux jardins, il prit plaisir à les regarder 
jouer et danser dans les parterres; mais, en lisant les minutieux 
détails où les religieuses sont entrées sur cette visite, on est sur- 
pris de les voir dépeindre ce roi de douze ans tel qu'il fut plus 
tard, ennuyé, insouciant, plein d'une froideur marquée pour tout 
le monde, excepté pour son précepteur, le cardinal Fleury. 

Trois ans après, le régent mourut (1723). «On peut dire, racon- 
tent les Dames, que nous perdîmes en lui un protecteur rempli de 
bienveillance pour notre maison. Dans les occasions où il s'agis- 
sait de nos droits, il les soutenait comme aurait pu faire le feu 
roi, notre fondateur, et les possédait mieux qu'on n'aurait pu le 
croire. Il louait la conduite que nous tenions de ne nous mêler 
en rien des affaires du monde et de ce que nous parlions toujours 
bien des puissances et du gouvernement de l'État; il disait : « Ces 
dames-là sont sages, elles ont été bien formées, » voulant dire 
que madame de Maintenon nous avait donné un bon esprit et de 
bons principes 2 . » Saint-Cyr ressentit l'effet de cette mort. Pen- 
dant les trois années du ministère désastreux du duc de Bourbon 

1 Mémoires Je Saint~Cyr, chap« xxxi. 
'- Ibid. 



238 CHAPITRE XV. 

la maison ne reçut presque rien des revenus qu'elle avait sur le 
trésor, et rien des 60,000 livres de la dot des demoiselles; la 
communauté s'imposa des privations pour y pourvoir, et néan- 
moins elle dut en renvoyer quelques-unes sans dot. Saint-Cyr 
perdit aussi, sous ce ministère, la gracieuse enfant qu'on y élevait 
pour être l'épouse du roi : on la renvoya en Espagne; et l'on fit 
épouser à Louis XV Marie Leczinska, fille de Stanislas, roi de 
Pologne, lequel avait été détrôné par Pierre le Grand. 

Trois jours après son arrivée à Versailles la reine vint à Saint- 
Cyr (septembre 1725) « et, pour nous faire plus d'honneur et de 
plaisir, disent les Dames, en grand habit, fort parée, et ayant beau- 
coup de pierreries. » C'était alors madame du Pérou, le principal 
auteur des mémoires manuscrits d'où nous tirons tous ces détails, 
qui était pour la cinquième fois supérieure. Elle la reçut avec le 
cérémonial usité et que nous avons déjà décrit. La reine visita 
toute la maison, y prit un grand intérêt, l'assura de sa bienveil- 
lance, et, lorsqu'elle se fut assise dans la salle de communauté, 
elle dit aux Dames « qu'elle voulait être leur supérieure , leur 
seconde fondatrice et remplacer madame de Maintenon. » Celles-ci, 
transportées de joie, se jetèrent à ses pieds en la remerciant. Alors 
elle demanda à avoir dans la maison un appartement pour y faire 
ses retraites; et on lui destina l'appartement réservé qui avait été 
occupé jadis par les religieuses de la Visitation. On y fit, pour 
les gens de son service, une porte qui conduisait dans la cour du 
dehors, de telle sorte que la régularité de la maison ne fut pas 
troublée. 

La protection de la bonne et pieuse reine fut peu efficace pour 
Saint-Cyr; elle était sans pouvoir, et tout ce qu'elle put obtenir 
de l'administration parcimonieuse du cardinal de Fleury fut le 
rétablissement du fonds destiné à la dot des demoiselles. Toute 
son influence se borna aux nominations, le roi se faisant un plai- 
sir de lui en laisser écrire la liste. Quant à continuer l'œuvre et 
le rôle de madame de Maintenon, toute sainte qu'elle était, elle 
s'en reconnaissait incapable; elle se contenta de conseiller aux 



SAINT-CYR PENDANT LE RÈGNE DE LOUIS XV. 239 

Dames de suivre les avis et les instructions de leur institutrice, 
mais elle ne s'occupa ni de la maison, ni des constitutions, ni de 
l'éducation des demoiselles. Elle alla rarement dans les classes, 
et ne regarda Saint-Cyr que comme un couvent ordinaire , où il 
lui était agréable de passer ses journées dans des pratiques de 
dévotion, et où elle trouvait des religieuses qui unissaient une 
grande piété à une grande distinction d'esprit et de manières. Elle 
venait surtout pour jouir des entretiens de madame de Glapion , 
qu'elle aimait très-tendrement et pour laquelle elle n'avait pas de 
secrets. La seule part qu'elle prit aux actes de Saint-Cyr fut de 
donner le voile aux novices, Dames ou converses, qui faisaient 
profession. Son plus grand plaisir était de se promener dans 
les bois de la maison. 

Là se trouvait une petite statue de la Vierge, assez grossière- 
ment sculptée en bois, qui, disait-on, avait fait des miracles dans 
les guerres de religion et qu'avait donnée madame de Bouju , Dame 
de Saint-Louis; on l'avait placée sur un autel rustique, au fond 
d'un bosquet très-touffu, près d'une source d'eau vive qui par- 
courait le jardin. La situation en était solitaire, agréable, propre 
à la méditation; de là l'on voyait les coteaux boisés de Saint-Cyr, 
et au-dessous le clocher de l'abbaye de Notre-Dame-des-Anges, 
celui de la paroisse de Saint-Cyr et les humbles maisons du 
village. C'était là que la reine aimait à s'asseoir et à prier. La 
dévotion qu'elle témoignait à ce petit autel le mit en honneur dans 
la maison : les demoiselles allaient y faire des neuvaines; les Da- 
mes les y conduisaient en procession. C'était un lieu favori de 
promenades , de conversations et de rêveries solitaires , mais qui 
devint funeste à une demoiselle de Saint-Cyr. Celle-ci, qu'on avait 
refusée pour le noviciat à cause de la faiblesse de son esprit et de 
sa santé, s'avisa, sans que personne le sût, de s'en aller, par 
une nuit d'hiver, prier au pied de la petite Vierge du bois. Le len- 
demain matin, on la trouva morte dans la neige. Ses compagnes 
la regardèrent comme une sainte, et pendant plusieurs années 
cette mort fut le sujet des entretiens de Saint-Cyr. 



240 CHAPITRE XV. 

Quelque temps après (1730), la maison fit une grande perte : 
madame de Glapion mourut âgée de cinquante-cinq ans. « Israël 
a perdu sa gloire, dit une des Dames, » et elles crurent avoir vu 
mourir une seconde fois madame de Maintenon. La reine futtrès- 
afifligée de cette mort, et la cour de Versailles, qui avait une 
grande considération pour cette religieuse, prit part à la douleur 
de Saint-Cyr. 

Cependant Marie Leczinska, qui s'efforçait d'imiter madame de 
Maintenon en quelques parties, eut envie de voir jouer Esther 
: 1 73 1 ). Les Daines avaient une grande répugnance pour les spec- 
tacles et ne les donnaient plus que par une sorte de respect tradi- 
tionnel pour leur fondatrice; nonobstant elles s'empressèrent d'y 
préparer les demoiselles , et voici quelles furent les principales ac- 
trices : mademoiselle de Loubert, nièce de l'ancienne supérieure de 
Saint-Cyr, fit Esther; mademoiselle de Gensian, Assuérus; made- 
moiselle Hurault, Aman; mademoiselle de Fleurigny, Zarès, etc. 
On dressa un théâtre dans la classe bleue , et l'on y mit des gra- 
dins pour placer les demoiselles. Les actrices n'eurent d'autre 
costume que leur habit de Saint-Cyr avec quelques dentelles et 
quelques diamants. Elles jouèrent assez bien; mais la reine ne 
parut prendre aucun plaisir à cette représentation et dissimula à 
peine son ennui. «Nous n'en fûmes pas fâchées, disent les Mémoires, 
à cause de l'inconvénient qu'il y a de donner nos demoiselles en 
spectacle. » Depuis cette représentation le goût de la déclama- 
tion théâtrale passa complètement à Saint-Cyr, et on ne joua plus 
Esther que par fragments et entre les demoiselles. 

Les cérémonies religieuses prirent la place de ces divertisse- 
ments profanes, et, malgré les prescriptions de leur institutrice, les 
Dames les firent plus pompeuses et plus longues. L'une de ces 
cérémonies fut celle de la béatification de saint Vincent de Paul , 
fondateur des prêtres de Saint-Lazare, qui se fit avec une grande 
magnificence pendant trois jours et attira la foule de Versailles. 

Depuis que sa fille était devenue reine de France, Stanislas 
î/T'/.inski habitait Je château de Chambord; et comme l'étiquette 



SAINT-CYR PENDANT LE RÈGNE DE LOUIS XV. 2il 

l'empêchait d'aller à Versailles, c'était à Saint-Cyr qu'il venait 
quand il voulait voir sa fille. Auguste II, électeur de Saxe, qui 
occupait le trône de Pologne, étant mort, les Polonais voulu- 
rent avoir un roi national, et ils appelèrent Stanislas. Celui-ci 
accepta leurs propositions et se disposa à se rendre en secret à 
Varsovie. Avant de partir, il voulut donner à la reine sa femme 
un asile voisin de la cour, et vint demander aux Dames de Saint- 
Louis de permettre qu'elle habitât leur maison. Ce fut un grand 
honneur pour elles, mais aussi un grand embarras. Elles donnè- 
rent à la reine de Pologne l'appartement de Marie Leczinska, 
auquel on ajouta plusieurs autres pièces, la grande tribune, 
une partie de l'infirmerie des Dames, etc.; on ferma toute com- 
munication du grand escalier avec l'intérieur de la maison; on 
assigna aux gens de son service tous les bâtiments du dehors. Ce 
fut une cour entière, avec domestiques, chevaux, équipages, qui 
vint s'installer dans la paisible maison de Saint-Louis, et qui 
attira les visites continuelles de la cour de Versailles; la reine 
de France y venait presque tous les jours voir sa mère. Cepen- 
dant, grâce à la vigilance des Dames, les demoiselles se doutè- 
rent à peine de ce monde et de ce bruit. La reine de Pologne les 
vit très-rarement; elle n'était occupée que de dévotions, vivait 
familièrement avec les Dames, et avait avec elles des conversa- 
tions qui donneraient à penser que Saint-Cyr n'était déjà plus 
qu'un couvent ordinaire. Elle y reçut de son époux, qui courait 
alors tant d'aventures, des lettres qu'elle lisait aux Dames, et 
qui excitaient d'ordinaire ses pleurs et sa colère : « Pourquoi 
nous a-t-on engagés dans cette affaire? disait-elle; nous nous 
serions bien passés de cette chienne de couronne 1 . » Cependant, 
ainsi qu'on avait fait du temps de Louis XIV, Saint-Cyr fut en 
prières durant toute cette guerre pour la prospérité de nos armes 
et le salut de Stanislas. 

La reine de Pologne resta trois ans à Saint-Cyr. Stanislas, 

1 Mémoires, ch. xxxvm. — Les lettres du roi de Pologne avaient été conservées 
par les Dames et sont dans leurs Mémoires : elles n'offrent qu'un médiocre intérêt. 

31 



2H CHAPITRE XV. 

chassé de son royaume et n'ayant échappé aux Russes qu'après 
mille dangers, revint en France. Il alla remercier les Dames de 
L'asile qu'elles avaient donné à son épouse, et sa présence fut un 
jour de fête pour la maison. Il la visita en détail, exprima l'in- 
tention qu'il avait eue de faire un établissement semblable en 
Pologne, et donna aux Dames son portrait et celui de la reine. 

Après le départ de sa mère, Marie Leczinska reprit son appar- 
tement de Saint-Cyr et continua d'y venir, mais moins fréquem- 
ment, pour y faire ses dévotions. Tous ses enfants furent succes- 
sivement amenés dans cette maison , pour être montrés aux 
demoiselles et recommandés aux prières des Dames ; leur nais- 
sance y fut célébrée par des fêtes et de grandes joies. Elle aurait 
voulu que ses filles y fussent élevées; mais le cardinal de Fleury 
aimait peu Saint-Cyr : les ennemis "de madame de Maintenon 
avaient jeté des ombres dans son esprit sur l'utilité de cet éta- 
blissement et sur l'éducation qu'on y donnait ; il fit partager ces 
préventions à Louis XV. On disait à Versailles que les demoiselles 
avaient un orgueil de grandes dames avec laroideur des couvents 
et une piété puérile et disgracieuse. Les filles de Louis XV furent 
donc envoyées, non à Saint-Cyr, mais à l'abbaye de Maubuisson, 
où elles reçurent la plus ignorante éducation l . 

La maison de Saint-Louis commença donc à être négligée de 
la cour. La reine elle-même cessa peu à peu d'y venir, à mesure 
que la mort enlevait les Dames de la première fondation, avec 
lesquelles elle aimait à converser. Cependant la maison conserva 
sa renommée, et tous les princes se faisaient un plaisir et un de- 
voir de la visiter : ainsi on y vit souvent le dauphin, le duc d'Or- 
léans, petit -fils du régent, le duc de Penthièvre, fils du comte de 
Toulouse , etc. ; des évêques s'y firent sacrer, des abbesses qui 
avaient été élèves de Saint-Cyr, y reçurent la consécration reli- 
gieuse ; les ambassadeurs et princes étrangers regardaient comme 

1 <.'. Madame Louise m'a souvent répété qu'à douze ans elle n'avait pas encore par- 
couru son alphabet, et n'avait appris à lire que depuis son retour à Versailles. » 
(Mémoires de madame Camp'an.) 



SAINT-CYR PENDANT LE RÈGNE DE LOUIS XV. 243 

une grande faveur d'être admis à la visiter, et sollicitaient à cet 
effet les ministres et l'évêque de Chartres. Enfin les provinces 
continuaient à le regarder comme un établissement modèle, et 
les pays d'états renouvelèrent, mais sans plus de succès, la de- 
mande de succursales. « On ne doit pas s'étonner, dit une lettre 
écrite en 1784, si l'Europe entière, frappée de cette sage insti- 
tution, projeta de la retracer; si l'Allemagne, la Suède, le Da- 
nemark, tentèrent souvent les moyens d'une aussi noble entre- 
prise, et si du temps d'Auguste III, roi de Pologne, Wenceslas 
Rrewuski, premier sénateur du royaume, enchanté d'avoir vu 
dans sa jeunesse la maison de Saint-Cyr, en proposa le plan 
pour qu'on l'exécutât sous les yeux mêmes de la cour. » 

La seule imitation de la maison de Saint-Louis qui réussit et dura 
jusqu'à l'époque de la révolution fut Y Institution de ÏEnfant- 
J( : sus, fondée à Paris par Languet, curé de Saint-Sulpice, frère 
de l'archevêque de Sens dont nous avons souvent cité les mé- 
moires. On y élevait gratuitement, et comme à Saint-Cyr, trente 
à trente-cinq filles nobles complètement dénuées de tout, et 
qu'on occupait plus spécialement de travaux manuels et de soins 
du ménage ; il y avait à cet effet dans la maison une boulan- 
gerie, une basse-cour, une lingerie, une apothicairerie , outre 
une maison de refuge et de travail pour quatorze cents femmes 
pauvres. Les demoiselles sortaient de cette maison avec une 
dot de 1,000 à 1,500 livres. Le revenu avait été fait sur les 
biens du curé Languet et avec les dons recueillis par lui; la 
reine Marie Leczinska y prit une grande part; elle avait même 
mis cette succursale de Saint-Cyr sous sa protection spéciale. 
Languet était lié d'amitié avec les Dames de Saint-Louis, qu'il 
venait souvent visiter; il leur donna une copie en plâtre de la 
fameuse Vierge d'argent qu'il avait fait faire pour son église de 
Saint-Sulpice, et elle fut placée, sous le nom de Notre-Dame-du- 
Kefuge, dans une chapelle rustique qu'on éleva dans le bosquet 
voisin de l'église, et qui fut aussi vénérée que celle de la Vierge du 
petit bois. Enfin, il amena plusieurs fois à Saint-Cyr, pour visiter 



M4 CHAPITRE XV. 

cette métropole, les demoiselles de l'Enfant -Jésus, qui furent 
accueillies par leurs sœurs de Saint-Louis avec une joie extrême 
e4 de naïves réjouissances l . 

La bonne renommée de Saint-Cyr à l'étranger et dans les pro- 
vinces ne fut pas inutile à la conservation de cette maison ; car 
elle avait à la cour de nombreux ennemis, surtout dans l'entou- 
rage de Louis XV. Cependant ce prince, malgré le peu d'affection 
qu'il avait pour l'Institut de Saint-Louis, montra un grand res- 
pect pour l'œuvre de son aïeul. Il n'y vint que très-rarement, 
et ne voulut pas qu'aucune des favorites qui déshonorèrent son 
règne ternît la pureté de cette maison par sa présence ; il imita et 
compléta l'établissement de Saint-Cyr par la fondation de l'École 
militaire (janvier 1751) 2 ; enfin il fit à l'édifice de grandes répa- 
rations matérielles. 

Madame de Maintenon avait souvent regretté d'avoir bâti 
Saint-Cyr dans un endroit froid et marécageux : « J'aurais voulu, 

1 C'est par ces visites que se terminent les Mémoires des Dames de Saint-Cyr, 
ou, plus exactement, de madame du Pérou. Cette dame mourut en 4748, âgée de plus 
do quatre-vingt-deux ans. Voici son acte mortuaire, extrait des registres conservés 
aujourd'hui à la commune de Saint-Cyr : c'est le seul qui renferme un éloge de la 
personne décédée, tant madame du Pérou avait été un personnage important à 
Saint-Cyr : 

« Le lundy quinzième de juillet mil sept cent quarante-huit, est décédée dans cette 
maison de Saint-Louis, à Saint-Cyr, sœur Catherine Travers du Pérou, religieuse du 
chœur* fille de messire Jean Travers des Murs, garde de la manche, et de dame 
Marie Chevalier, son épouse, née en la paroisse de Souancé, diocèse de Chartres, 
ûgée de quatre-vingt deux ans cinq mois , après avoir reçu plusieurs fois les sacre- 
ments de pénitence, d'eucharistie et d'extrême-onction pendant sa maladie, qui a 
été longue, et dans le cours de laquelle elle a continué à donner les grands exemples 
des vertus qu'elle a pratiquées pendant soixante-quatre ans qu'il y a que l'établisse- 
ment est commencé, et où elle a toujours rempli les principales charges, surtout 
celles de supérieure , qu'elle a exercée pendant vingt-quatre ans (voir à l'Appendice M 
la liste chronologique des supérieures de la maison de Saint-Louis), et de maîtresse 
des novices dans les intervalles , et on a toujours vu en elle dans ces différents emplois 
un grand zèle pour la gloire de Dieu et pour la perfection de l'Institut , où elle a eu 
beaucoup de part, ayant travaillé avec feue notre illustre institutrice, qui l'a tou- 
jours honorée d'une grande confiance et faisoit une estime singulière de ses vertus 
et de ses lumières. Son corps a été inhumé le lendemain de sa mort dans le cimetière 
de cette maison avec les cérémonies accoutumées. Fait par nous, Guillaume Des- 
chambes, supérieur de la maison de la congrégation de Saint-Cyr, » etc. 

2 Nous parlerons de cette fondation dans {Histoire de V École militaire de Saint- 
Cyr. 



SAINT-CYR PENDANT LE REGNE DE LOUIS XV. 245 

disait-elle, donner à mes filles une complexion forte et une santé 
\ igoureuse , et le mauvais choix de Mansard m'est un obstacle 
insurmontable. Je ne puis voir la méchante mine d'une de ces 
pauvres enfants sans maudire cet homme. » En effet les mala- 
dies étaient fréquentes à Saint-Cyr; outre la petite vérole, les 
pulmonies, les pleurésies, les dyssenteries enlevaient un grand 
nombre de jeunes filles; en moins de soixante-dix ans (de 1086 
à 1755), sur douze cents demoiselles admises à Saint-Cyr, deux 
cent soixante-quinze y étaient mortes l . 

Vers le milieu du dix-huitième siècle, la situation devint into- 
lérable; les eaux avaient entièrement miné les fondations; les 
caves étaient presque continuellement inondées; l'humidité avait 
pourri toutes les boiseries du rez-de-chaussée, des classes et 
même des dortoirs; quelques parties de la maison, surtout dans 
la cour des cuisines, étaient devenues inhabitables, et les in- 
firmeries, à certaines époques, étaient insuffisantes. Louis XV, 
averti par le conseil du dehors, fit visiter la maison, et sur le 
rapport des architectes , il dit : « Les pauvres Dames ! Il faudra 
donc que je les bâtisse ailleurs. » Mais celles-ci supplièrent 
qu'on les laissât dans l'endroit où les avait mises Louis XIV et 
où reposait leur sainte institutrice. Alors le roi se décida à faire 
entreprendre des travaux de réparation qui durèrent plus d'un 
an et coûtèrent cent cinquante mille livres. On reprit toutes les 
fondations ; on construisit un grand aqueduc autour de tous les 
bâtiments pour enlever l'eau des caves ; on renouvela toutes les 
boiseries; on bâtit, à la place du portique d'honneur, un pavillon 
tout en pierres, destiné à renfermer les archives 2 . 

Louis XV s'occupa aussi d'augmenter les revenus de la mai- 
son. La plupart des demoiselles n'arrivaient qu'à l'âge de douze 
ans, en conséquence il en sortait trente à quarante par année; 

1 La mortalité était moins grande sur les Dames; 94 y firent profession dans le 
même espace de temps : 54 y moururent, mais 12 seulement n'avaient pas dépassé 
trente ans. (Voir à l'Appendice N la liste chronologique des Dames de Saint-Cyr.) 

2 Ce pavillon est aujourd'hui le logement du commandant en second de l'École 
militaire. 



346 CHAPITRE XV. 

et les 00,000 livres des dots étant insuffisantes , les Dames de- 
vaient y pourvoir par leur fonds de réserve qui s'épuisait. Le 
roi leur fit donc plusieurs fois des dons extraordinaires : ainsi, 
en 1706, il leur donna 21,000 livres, qui furent converties en 
contrats sur les aides et gabelles; enfin, en 1709, il publia des 
lettres patentes portant extinction et suppression du prieuré de 
la Saussaye-lez-Villejuif et union de tous ses biens et revenus à 
la maison de Saint-Louis. Ce prieuré était une ancienne lépro- 
serie de fondation royale, qui avait été transformée en couvent 
de femmes et était tombée en décadence : il ne renfermait que 
sept religieuses et jouissait de 1 7,81 9 livres de revenu *. Ge 
fut une augmentation xle biens importante pour la maison de 
Saint-Louis, et dont les Dames témoignèrent au roi leur recon- 
naissance par des prières solennelles; elles en firent aussi leurs 
remercîments au directeur de leur temporel, M. d'Ormesson 2 , 
qui leur avait ménagé ce don, ainsi qu'à M. Berthier de Sau- 
vigny, conseiller d'État, commissaire nommé par le roi pour 
opérer l'union du prieuré à la maison de Saint-Louis. 

Malgré les désordres de la cour de Louis XV, les nominations 
aux places de Saint-Cyr furent généralement faites avec équité et 
suivant les intentions du fondateur : les registres d'entrée ont été 
perdus, mais les registres de la comptabilité des dots existent en- 
core 3 et témoignent que ces places étaient données non à la 
noblesse de cour, trop souvent avide et corrompue, mais à cette 
noblesse de province pauvre, simple, honnête, qui aurait été le 

1 Les lettres patentes sont du mois d'août 4769. Le préambule porte : « Par le 
compte que nous nous sommes fait rendre de l'état des biens et revenus de notre 
maison de Saint-Louis, nous avons reconnu que sa dotation n'avait jamais été 
achevée et que son produit actuel était insuffisant à ses charges ; nous avons en con- 
séquence résolu d'y pourvoir pour soutenir un établissement si utile, l'un des plus 
beaux monuments de la piété du feu roi notre très-honoré seigneur et bisaïeul, et 
pour donner à la noblesse de notre royaume une nouvelle preuve de l'attention con- 
stante que nous avons à venir au secours des familles dont les pères ont employé 
une partie de leur fortune à notre service, » etc. 

2 La maison de Saint-Louis eut, depuis 4732 jusqu'en 4792, trois directeurs tem- 
porels de la famille d'Ormesson. (Voir à l'Appendice O la liste de ces directeurs.) 

:; Ils sont aux archives de la préfecture de Versailles. 



SAINT-CYR PENDANT LE RÈGNE DE LOUIS XV. 247 

salut de la monarchie, si elle eût uni quelques lumières à ses 
solides vertus. Les pères des demoiselles sont presque tous des 
capitaines, des colonels, des brigadiers, des chevaliers de Saint- 
Louis sans fortune; on n'en voit presque aucun décoré de di- 
gnités de cour; quelques-uns à peine ont des titres supérieurs 
à celui d'écuyer ou de chevalier; enfin si l'on trouvait à Saint-Cyr 
des filles portant les noms des familles illustres de la monarchie, 
de celles qui occupaient les grandes charges de l'État, c'est 
qu'elles appartenaient à des branches cadettes ou ruinées. 

11 n'y eut pas moins d'empressement sous Louis XV que sous 
le règne de son aïeul pour obtenir les places de Saint-Cyr, car les 
victoires de Fontenoy et de Raucoux , les batailles désastreuses 
de la guerre de Sept-Ans ne firent pas moins d'orphelines que les 
guerres de Louis XIV; nous ne citerons parmi les demoiselles 
admises à cette époque qu'un seul nom, celui de la nièce de 
dAssas, le glorieux capitaine au régiment d'Auvergne, tué à 
Clostercamp \ Mais en ce temps-là, et la guerre de Sept-Ans en 
fut le triste témoignage, la noblesse avait perdu une partie de ses 
vertus militaires; souvent elle croyait avoir satisfait à son devoir et 
payé sa dette envers ses aïeux en faisant seulement une ou deux 
campagnes , quelquefois même quelques mois de paisible garni- 
son; aussi Louis XV, pour réveiller chez elle l'esprit militaire, 
restreindre le nombre des demandes pour Saint-Cyr et rentrer 
dans les intentions de la fondation, publia, le 1 er juin 1763, des 
lettres patentes qui portaient : 

« A l'avenir, aucune des deux cent cinquante places fondées 

en notre maison de Saint-Cyr ne pourra être accordée qu'à celles 

dont le père ou le grand-père auront servi au moins dix ans dans 

nos troupes, si ce n'est qu'avant ledit temps l'un ou l'autre aient 

été tués à notre service, ou qu'ils l'aient quitté par rapport à des 

blessures ou des infirmités qui les aient empêchés de continuer. » 

1 La nièce de d'Assas mourut à Saint-Cyr le 4 avril 1776, Agée de quinze ans. 
Elle était fille de François d'Assas , seigneur de Gaujac , de Mercou et autres lieux , 
chevalier de Tordre royal et militaire de Saint-Louis , et de Marianne de Ginestoux , 
de la ville du Vkan. 



ns CHAPITRE XV. 

Ce lurent là tous les événements de l'histoire de Saint-Cyr 
pendant le règne de Louis XY. Nous compléterons ces détails 
par le récit d'une visite que fit dans cette maison en 4 769 un 
écrivain célèbre de l'Angleterre, Horace Walpole 1 , qui était 
accompagné des femmes les plus distinguées de la cour de Ver- 
sailles. Elle témoigne que rien n'y avait changé depuis la mort 
de madame de Maintenon , mais qu'on y sentait néanmoins un 
commencement de décadence. 

a La première chose que je désirais voir, écrivait-il à ses amis 
d'Angleterre , était l'appartement de madame de Maintenon ; il 
se compose, au rez-de-chaussée, de deux petites pièces, d'une 
bibliothèque et d'une très-petite chambre à coucher, la même 
dans laquelle le czar la vit et où elle mourut; on a ôté le lit, et la 
chambre est maintenant tapissée de mauvais portraits de la famille 
royale. On ne peut s'empêcher de remarquer la simplicité de 
l'ameublement et l'extrême propreté qui règne partout. Un grand 
appartement qui se trouve au-dessus, composé de cinq pièces, 
et destiné par Louis XIV à madame de Maintenon , sert mainte- 
nant d'infirmerie ; il est rempli de rideaux blancs , fort propre et 
orné de tous les passages de l'Écriture qui pouvaient donner à 
entendre que la fondatrice était reine... L'heure des vêpres étant 
venue, on nous conduisit à la chapelle, et je fus placé dans la 
tribune de madame de Maintenon; les pensionnaires, dont chaque 
classe est conduite par une dame , viennent deux à deux prendre 
leurs sièges, et chantent tout le service. Les jeunes filles, au 
nombre de deux cent cinquante , sont vêtues de noir, avec de 
petits tabliers pareils, qui sont, ainsi que leurs corsets, noués 
avec des rubans bleus, jaunes, verts ou rouges, selon les classes ; 
celles qui sont à leur tête ont pour marque distinctive des nœuds 
de diverses couleurs. Leurs cheveux sont frisés et poudrés. Elles 
ont pour coiffure une espèce de bonnet rond, avec des fraises 
blanches et de grandes collerettes ; enfin leur costume est très- 

1 Horace Walpole, comte d'Orford, était le troisième fils du fameux ministre Ro- 
bert Walpole; il était né en 4717 et mourut en 1787. 



SAINT-CYR PENDANT LE RÈGNE DE LOUIS XV. 249 

élégant. Les religieuses sont tout habillées de noir, avec des 
voiles lie crêpe pendants, des mouchoirs d'un blanc mat, des 
bandeaux et des robes à longue queue. La chapelle est simple, 
mais fort jolie ; au milieu du chœur, sous une dalle de marbre , 
repose la fondatrice.... Madame de Cambis, Tune des religieuses, 
qui sont au nombre d'environ quarante , est belle comme une 
madone. L'abbesse n'a qu'une croix d'or plus grande et plus 
riche qui la distingue des autres; son appartement consiste en 
deux pièces fort petites. Nous vîmes là jusqu'à vingt portraits de 
madame de Maintenon. Le portrait en pied, au manteau royal, 
dont je possède une copie , est le plus souvent répété l ; mais il 
en est un autre dans lequel on la représente vêtue de noir, avec 
une grande coiffure en dentelles , un bandeau et une robe traî- 
nante; elle est assise dans un fauteuil de velours cramoisi; entre 
ses genoux se trouve sa nièce, madame de Noailles , encore 
enfant; dans le lointain on découvre une vue de Saint-Cyr 2 . On 

1 Ce portrait est celui qui fut peint par Mignard en 1 69 i pour la maison de 
Saint-Cyr. Madame de Coulanges écrivait à madame de Sévigné le 29 octobre de 
cette 1 année : « J'ai vu la plus belle chose qu'on puisse imaginer; c'est un portrait de 
madame de Maintenon fait par Mignard. Elle est habillée en sainte Françoise ro- 
maine. Mignard l'a embellie, mais c'est sans fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans 
l'air de la jeunesse; et sans toutes ces perfections, il nous fait voir un visage et une 
physionomie au-dessus de tout ce que l'on peut dire : des yeux animés, une grâce 
parfaite, point d'atours; et avec tout cela aucun portrait ne tient devant celui là. » 

Lettres de madame de Sévigné, t. vi, p. 265 de l'édition de 1843.) Ce portrait ne 
mérite pas tous ces éloges : c'est une des moins bonnes toiles de Mignard. Ma- 
dame de Maintenon est représentée à mi-jambe, robe fond or, manteau doublé 
d'hermine, la main droite sur le cœur, la gauche tenant un livre sur ses genoux, 
La figure est sèche et dure, les draperies lourdes, toute la personne roide, triste et 
san> majesté. On raconte que, lorsque Mignard peignit ce portrait, il demanda à 
Louis XIV s'il donnerait à madame de Maintenon le manteau d'hermine, symbole 
de la dignité royale : «Sainte Françoise le mérite bien, » répondit Louis XIV. Ce 
tableau , a la destruction de la maison de Saint-Louis, devint la propriété de madame 
de Crecy, dernière maîtresse générale des classes; il fut cédé par elle au célèbre 
amateur Quintin Craufurd, et à la mort de ce dernier, en 1820, il fut acheté par la 
liste civile ; il est aujourd'hui au musée de Versailles. Il en existe de nombreuses 
copies. La maison de Saint-Louis en avait trois. Une des moins mauvaises, qu'on 
attribue à Mignard, est à Saint-Cyr, dans l'appartement du général commandant 
l'École militaire. 

2 Ce tableau est celui que nous reproduisons dans la gravure qui est en tête de 
cet ouvrage. On l'attribue à Hyacinthe Rigaud , et il se trouve au musée de Ver- 
sailles, salie de la vaisselle d'or. C'est une peinture assez médiocre, mais qui donne 

n 



•250 CHAPITRE XV. 

nous montra quelques riches reliquaires; ensuite nous fûmes 
conduits dans les salles de chaque classe. Dans la première , on 
ordonna aux demoiselles, qui jouaient aux échecs, de nous 
chanter les chœurs d'Athalic; dans la seconde , on leur fit exé- 
cuter des menuets et des danses de campagne , tandis qu'une 
religieuse , un peu moins habile que sainte Cécile , jouait du 
violon. Dans les autres, elles répétèrent les proverbes ou dia- 
logues qu'avait écrits pour leur instruction madame de Maintenon. 
De là nous visitâmes les dortoirs; puis nous fûmes témoins du 
souper; enfin l'on nous mena aux archives, où nous vîmes des 
volumes de lettres de madame de Maintenon; une des religieuses 
me donna même un petit morceau de papier avec trois pensées 
écrites de sa propre main. Notre visite se termina par le jardin , 
qui a un aspect très-imposant, et où les demoiselles jouèrent 
devant nous à mille petits jeux. Enfin nous prîmes congé de 
Saint-Cyr au bout de quatre heures 1 » 



une meilleure idée de madame de Maintenon que le portrait de Mignard. L'enfant 
qui est auprès d'elle n'est point la duchesse de Noailles , comme le dit Walpole , 
mais la duchesse de Bourgogne. 

1 Lettres d'Horace Walpole, traduites par Charles Malo. Paris, 4818, lettre 423 e , 
p. 39G. 



CHAPITRE XVI. 



LA MAISON DE SÀINT-CYR PENDANT LE REGNE DE LOUIS XVI. — DERNIERES ANNEES 
ET FIN DE L'INSTITUT DE SAINT-LOUIS. 



On sait que vers la fin du dix-huitième siècle tous les pouvoirs 
de l'État étaient en décadence; la royauté par son inertie et ses 
scandales, la noblesse par sa corruption et son orgueil, le clergé 
par son défaut de zèle et de savoir, poussaient aveuglément à la 
ruine de la monarchie. L'Institut de Saint-Louis eut sa part, 
quoique très-faible, de cette décomposition sociale. Les inten- 
tions et les désirs de ses fondateurs n'avaient pas été entièrement 
remplis : il était un soulagement pour la noblesse; il avait 
répandu dans les familles et dans les couvents des filles pieuses 
et saintement élevées; il faisait l'édification et l'honneur de 
l'Église et du pays; mais il n'était pas devenu un séminaire 
d'éducation pour toute la France ; ses bienfaits se trouvaient res- 
treints à un petit nombre de familles et n'avaient pas rendu à la 
noblesse ses vertus militaires; c'était plutôt pour elle un asile de 
bienfaisance qu'un modèle pour toutes les maisons qui élevaient 
des femmes; enfin il n'avait pas, comme l'espérait madame de 
Maintenon, « renouvelé dans le royaume la perfection du chris- 
tianisme. » 

De plus, la maison de Saint-Cyr s'était immobilisée dans ses 
constitutions et les instructions de sa fondatrice : elle les avait 
observées rigoureusement, mais non dans son esprit, qui était 
loin de proscrire le progrès régulier, le changement sage et me- 
suré. La piété était toujours la base de l'éducation, mais elle y 
était trop souvent embarrassée de pratiques et de minuties, et 



252 CHAPITRE XVI. 

quelques Dames, comme l'avait tant appréhendé madame de Main- 
tenon, plus occupées de leur salut que de l'instruction des demoi- 
selles, employaient la moitié de leur temps en oraisons et en mé- 
ditations. Les demoiselles n'en puisaient pas moins à Saint-Cyr de 
très-solides vertus, mais c'étaient trop souvent des vertus sans 
grâce et sans humilité. Quoique l'Institut de Saint-Louis ne fut 
plus une maison favorite et une sorte d'annexé de la cour, il y 
régnait un air de hauteur et d'orgueil que les Dames étaient in- 
capables de réprimer, car elles en étaient elles-mêmes , et pour 
ainsi dire à leur insu , tout empreintes. C'était là ce qui faisait 
dénigrer à Versailles l'éducation de Saint-Cyr, ce qui faisait dire 
à Louis XV dans ce grossier langage qu'il affectait quelquefois : 
a Ces filles sont des bégueules; madame de Maintenon s'est bien 
trompée avec d'excellentes intentions. Elles sont élevées de ma- 
nière qu'il faudrait de toutes en faire des dames du palais, sans 
quoi elles sont malheureuses et impertinentes 1 . » 

Quant à l'instruction, elle n'avait pas varié, et en obéissant 
puérilement à la lettre des règlements, on l'avait laissée ce 
qu'elle était sous Louis XIV. Rien n'avait été changé dans l'ordre 
des classes, dans le régime des études, dans les matières en- 
seignées, et en restant immobile on avait reculé jusqu'au ri- 
dicule. Ainsi en exagérant les recommandations de madame de 
Maintenon sur le bel esprit, on était arrivé à avoir des filles qui 
n'avaient lu , pour ainsi dire , que leur livre d'église et savaient à 
peine leur langue. On les faisait travailler à des ouvrages d'ai- 
guille sur les patrons et les modes du dix-septième siècle. Pas un 
livre de musique nouvelle, à une époque où les œuvres de Ra- 
meau et de Gluck faisaient tant de sensation, n'avait pénétré dans 
la maison. « Il était ridicule, dit madame Campan, d'entendre à 
cette époque les jeunes élèves chanter encore la musique de 
Lui li et de les voir danser le passe-pied et la forlane, vêtues en ha- 
bits retroussés comme du temps de Louis XIV. » De plus on se 
plaignait (mais la faute était au conseil du dehors et au roi lui- 

1 Mémoires de madame Du Hausset, p. 74. 



SÀINT-CYR PENDANT LE REGNE DE LOUIS XVI. 253 

même) que les preuves de pauvreté fussent éludées pour les 
filles des courtisans, qu'on donnai les dots de sortie par faveur, 
que, contrairement à la volonté du fondateur, quelques demoi- 
selles eussent été admises à Saint-Cyr en payant pension. Enfin 
Ton sentait en tout qu'il y avait dans l'Institut de Saint-Louis, 
sinon décadence, au moins affaiblissement l * et rien ne le témoi- 
gna mieux 'que l'accroissement continu des grands biens de la 
maison de Saint-Louis, accroissement qui devint l'objet de re- 
marques fâcheuses à une époque où les richesses ecclésiastiques 
et le désordre des finances de l'État excitaient tant de haines et 
de colères : en effet, il y avait là, on ne saurait le dissimuler, 
un véritable abus. 

Nous avons vu que sous Louis XIV la maison de Saint-Louis 
possédait : 1° M 4,000 livres de revenu provenant de la manse 
abbatiale de Saint-Denis 2 ; 2° 1,600 livres de revenu provenant 
de la terre de Saint-Cyr; 3° 29,250 livres de revenu provenant 
des terres achetées avec les 50,000 livres de rente données pri- 
mitivement en dotation par Louis XIV; que, de plus, elle tirait 
du trésor : 1° 20,750 livres restant de ces 50,000 livres non 
employées en terres; 2° 30,000 livres données à elle en 1698, la 
dotation primitive ayant été reconnue insuffisante 3 ; 3° 60,000 li- 
vres destinées à former des dots aux demoiselles. Total : 255,500 
livres. Le 28 juillet 1 790, les Dames firent une déclaration de leurs 
biens de laquelle il résultait : qu'elles possédaient 368,000 livres 
de revenus en biens immobiliers, outre 120,000 livres qu'elles 
tiraient directement du roi ou du trésor; total 489,000 livres 4 . 

1 On remarqua comme signes de cet affaiblissement certains changements maté- 
riels qui eurent lieu -, à cette époque , dans la maison : ainsi les Dames échangèrent 
leur parloir pour un salon de réception meublé avec somptuosité ; la supérieure se 
logea dans le grand appartement bâti par madame de Maintenon et que celle-ci 
avait transformé en infirmerie ; on transporta l'infirmerie dans l'aile orientale (où 
est aujourd'hui la lingerie de l'École militaire) entre la cour des cuisines et la bou- 
cherie, dans une partie très-malsaine, etc. 

2 Cette manse rapportait, en 1789, 191,000 livres. 
' ; Voir page !22. 

1 Voir Yétaî sommain: des biens et revenus de la maison de §ainl-Louis à l'Ap- 
pendice P. 



25f CHAPITRE XVI. 

Or leurs charges n'avaient augmenté que dans le rapport de la 
valeur de l'argent, puisque le nombre des élèves et des reli- 
gieuses était resté le même , et il y avait dans la maison la même 
sobriété, la même économie 1 , la même sagesse de dépenses 
que du temps de madame de Maintenon. Que faisaient donc les 
Dames de la partie de leurs revenus qu'elles ne dépensaient pas, 
et qui s'élevait annuellement à 50,000 livres 2 ? Elles en acqué- 
raient de nouveaux biens, et c'est ainsi qu'elles étaient arrivées 
à posséder quatorze grandes terres, cinquante-cinq corps de 
ferme, plus de quatre mille arpents de bois, dix-sept maisons, 
quinze moulins, etc., le tout ayant, avec la maison de Saint- 
Louis, une valeur de plus de seize millions 3 . Leur intention était, 
il est vrai, de se donner plus tard, au moyen de leurs grands 
biens, une entière indépendance, c'est-à-dire «de se mettre à 
l'abri des dons que leur faisait le trésor royal; » mais elles n'en 
continuaient pas moins à recevoir ces dons, à une époque où les 
finances de l'État étaient dans le plus grand délabrement, et avec 
des revenus presque doubles de ceux qu'elles avaient sous 
Louis XIV, elles continuaient à élever seulement deux cent cin- 
quante demoiselles, pendant que ces revenus auraient suffi pour 
en élever trois à quatre cents. 

Cette passion d'acquérir qui fait tache dans l'histoire des Da- 
mes de Saint-Louis, devint surtout sensible sous le règne de 
Louis XVI. En 1777, elles obtinrent du roi un don d'argent 
qu'elles employèrent à acheter 3,795 livres de rentes sur l'Hôtel 
de ville de Paris. En 1779, ayant fait un échange de biens avec le 
prince de Conti, qui mit entre leurs mains une somme de 260,000 
livres, elles demandèrent l'autorisation d'acheter une terre avec 



1 Un rapport médical de l'abbé Tessier, membre de l'Académie des sciences, 
en 1784, critique les conditions d'hygiène et de salubrité de la maison de Saint-Cyr, 
et il semble les attribuer à une économie mal entendue. (Manuscrit de la bibliothè- 
que de Versailles.) 

2 Voir Y état des charges et dépenses de la maison de Saint-Louis à l'Appendice Q. 
:j Voir Y état sommaire des biens et revenus de la maison de Saint-Louis à l'Ap- 
pendice P. 



SAINT-CYB PENDANT LE RÈGNE DE LOUIS XVI. 255 

cet argent : le beau comté de Charny en Bourgogne, rapportant 
plus de 24,000 livres de rente , était à vendre au prix de 850,000 
livres, elles l'achetèrent, et, pour le payer, firent un emprunt 
de 500,000 livres qu'elles remboursèrent en moins de dix ans. 
En 1787, le prieuré de Troarn, situé près de Caen, étant tombé 
en décadence, le roi le fit séculariser par le pape; puis il unit et 
incorpora ses revenus, montant à 1 4,000 livres, à la maison de 
Saint-Louis; enfin il l'érigea en chapitre de chanoinesses dont les 
places devaient être données uniquement et exclusivement aux 
('lèves de la maison de Saint-Cyr, « dans la vue, disaient les let- 
tres patentes, de leur procurer un asile contre l'infortune. » Cet 
établissement ne reçut sa sanction définitive qu'en 1789; mais 
les premières opérations des États-généraux en suspendirent 
l'exécution, et une loi du 12 juillet 1790 ayant supprimé les 
chapitres, le projet échoua complètement. Les revenus du prieuré 
de Troarn n'en restèrent pas moins unis à la maison de Saint-Cyr 
et suivirent les destinées des biens de cette maison. 

Enfin le roi et sa famille aimaient à faire passer leurs charités par 
les mains des Dames de Saint-Cyr, sachant qu'elles étaient habiles 
à soulager des infortunes et des misères inconnues, surtout dans 
la noblesse des provinces. « Il est de notoriété publique, dit un 
acte du mois de mai 1793, que feu Capet, sa femme et ses tantes 
versaient fréquemment dans cette maison d'abondantes aumônes, 
dont la distribution était confiée à la sagesse des citoyennes qui 
dirigeaient la maison de Saint-Cyr l . » 

Ainsi qu'on le voit, Louis XYI aimait l'Institut de Saint-Louis 
et le traita avec une grande générosité; mais ce ne fut pas avec 
cette générosité pleine de sollicitude et d'intelligence que lui 
avait témoignée Louis XIV ; il ne songea d'ailleurs à améliorer ni 
ses constitutions intérieures, ni le mode des nominations, ni la 
distribution des dots; il s'occupa seulement d'assurer aux demoi- 
selles, par des lettres patentes du 8 août 1776, le droit d'être 
choisies de préférence pour les places dans les abbayes royales; 

1 Archives de la préfecture de Versailles. 



230 CHAPITRE XVI. 

il lit renouveler et rendre public le règlement pour l'admission 1 ; 
enfin il rendit une ordonnance pour limiter l'âge d'admission à 
dix ans, les Dames s'étant plaintes que les demoiselles n'arri- 
vaient plus qu'à un âge où le caractère est déjà formé et difficile 
à assujettir aux règles : on restreignit ainsi le nombre des sorties 
annuelles, et par conséquent des dots. 

Louis XYI ne vint à Saint-Cyr que très-rarement. Sa seule vi- 
site solennelle fut faite en compagnie de la reine, en 1779 ; et 
Ton chanta alors en grand chœur le fameux motet de Lulli et de 
madame de Brinon. Marie-Antoinette ne montra pas d'affection 
particulière pour Saint-Cyr, mais elle faisait grande estime des 
Dames et de leurs élèves; elle avait même parmi ses femmes 
des jeunes filles de Saint -Louis, et madame Campan raconte 
« qu'elle leur interdisait le spectacle lorsque les pièces ne lui 
paraissaient pas d'une moralité convenable, se regardant avec 
raison comme chargée de veiller aux mœurs et à la conduite de 
ces jeunes personnes 2 . » 

Le seul événement remarquable de l'histoire de Saint-Cyr pen- 
dant le règne de Louis XVI fut la fête séculaire de 4 786 ; l'In- 
stitut de Saint-Louis célébra avec une pompe inaccoutumée l'an- 
niversaire de sa fondation ; les portes restèrent ouvertes pendant 
trois jours à la foule des visiteurs, qui purent pénétrer partout et 
gagner les indulgences accordées par le saint-siége à ceux qui 
honoreraient les reliques de l'église; cent prêtres de Saint-Lazare 
célébrèrent les offices; les paroisses voisines y vinrent en pro- 
cession ; enfin , et pour la première fois , des honneurs publics 
furent rendus à la mémoire de madame de Maintenon , son éloge 
ayant été prononcé dans l'église par un prêtre de la Mission 3 . La 
foule des curieux et des dévots fut grande; mais aucun prince 
de la famille royale ne vint à cette cérémonie. 

1 Voir l'Appendice G. 

2 Mémoire* de madame Campan, t. i, p. 104. 

8 Éloge de madame de Maintenon; discours prononcé à Saint-Cyr le deuxième 
jour de la fête séculaire de 1780, par M. François, prêtre de la Mission. Paris, Hé- 
rissant, 1787, in-8°. 



DERNIÈRES ANNEES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. '257 

« Votre maison ne peut manquer tant qu'il y aura un roi en 
France, » disait madame de Maintcnon à ses chères filles. Saint- 
Cyr en effet devait finir avec la monarchie. Trois ans après cette 
fête où PInstitut de Saint-Louis semblait avoir convié la France à 
voir une dernière fois « cette relique de Louis XIV, » ainsi que 
l'appelle un contemporain, la révolution éclata. 

La maison de Saint-Cyr, grâce aux dons successifs de trois 
rois, grâce à l'administration habile des Dames et de leurs inten- 
dants, était devenue, comme nous l'avons vu tout à l'heure, l'une 
des grandes propriétaires de la France ; mais on sait combien le 
régime de la propriété féodale était facile à l'arbitraire et péné- 
trable à l'abus : les terres de la maison de Saint-Louis ne furent 
exemptes ni de l'un ni de l'autre. Les Dames étaient naturelle- 
ment douces, charitables et bienveillantes : elles faisaient annuel- 
lement 11, 000 livres d'aumônes régulières; elles distribuaient, 
dans le village de Saint-Cyr seulement, 1,000 livres de pain par 
semaine; elles faisaient vivre plus de 2,000 employés de tout 
genre : gardes, messiers, domestiques, etc. ; mais en même temps 
leur administration était régulière, ferme, économique; leurs 
intendants particuliers, receveurs, procureurs fiscaux et autres 
agents exigeaient strictement les droits, fermages et redevances, 
et ils le faisaient souvent avec cette rigueur des subalternes qui 
touche à la tyrannie et excite tant de haines. Aussi il y avait eu 
dans les terres de la maison de Saint-Louis , comme dans toutes 
les terres seigneuriales, des injustices, des vexations, des désor- 
dres; il y avait eu des plaintes, des menaces; et au moment de la 
révolution, un grand nombre des vassaux des Dames de Saint-Cyr 
étaient animés contre elles de ces passions cupides et haineuses 
qui furent, pour la plupart des paysans de la France, tout le sen- 
timent révolutionnaire, et qu'ils dissimulèrent sous les grands 
mots de réforme des abus et d'amour de la liberté. 

Néanmoins la maison de Saint-Louis était tellement endormie 
dans le passé et vivant de la vie du dix-septième siècle, qu'elle 
ne s'aperçut de la révolution, de la tendance des esprits, des 

33 



CHAPITRE XVI. 

dangers qui la menaçaient qu'après les journées de juillet 1789. 
Il y eut alors dans toutes ses terres et jusqu'à ses portes une fer- 
mentation extrême et presque un soulèvement : les paysans s'at- 
troupèrent, s'armèrent; des bandes de vagabonds coupèrent ses 
bois, tuèrent son gibier, et menacèrent ses agents. L'un de ceux- 
ci, le sieur Chastel, receveur des revenus de la maison de Saint- 
Louis dans la ville de Saint-Denis, fut assassiné le 4 août dans une 
émeute 1 . Le village de Saint-Cyr ne fut pas le moins prompt à 
remuer : il s'y forma, dès la fin de juillet, une garde nationale et 
une municipalité qui se montrèrent sur-le-champ animées de 
sentiments hostiles, surtout contre les missionnaires de Saint- 
Lazare. Les Dames s'enfermèrent davantage et redoublèrent leurs 
prières; mais elles ne crurent véritablement au danger et ne com- 
prirent la portée du bouleversement politique qu'aux journées 
d'octobre, quand le bruit des Parisiens violant le château de Ver- 
sailles arriva jusqu'à elles, quand les paysans des campagnes voi- 
sines y répondirent par des cris de joie et des menaces sauvages. 
Cependant la révolution commençait à atteindre directement 
la maison de Saint-Louis : la nuit du 4 août, où l'Assemblée 
nationale abolit tous les droits féodaux, la priva de 100,000 li- 



1 Les Dames firent une pension de 600 livres à sa veuve; mais quand on leur en- 
leva leurs biens, elles furent forcées de suspendre le payement de cette pension. 
Voici en quels termes la dépositaire de la maison de Saint-Louis annonça à la veuve 
Chastel cette triste nécessité, le 3 janvier 1792 : 

« Les événements désastreux qui nous affligent, madame, en ruinant notre maison , 
nous ôtent les moyens de contribuer à votre bien-être , comme nous nous l'étions pro- 
posé. Soyez bien persuadée, je vous prie, que de tous les retranchements que néces- 
site la vente de nos biens, celui qui porte sur vous nous est le plus mortifiant, et 
l'incertitude où nous sommes pour l'avenir ne me laisse pas même la satisfaction do 
pouvoir vous dire que vous n'éprouverez qu'un retard de quelques mois. Au moins je 
vous assure de la part de la mère supérieure et des Dames de son conseil qu'au 
mois de juillet ou même dès le mois d'avril, si notre maison a repris quelque consis- 
tance , nous remplirons avec le plus grand empressement l'obligation que nous avons 
contractée avec vous de si bon cœur. Il m'en coûte infiniment, madame, d'avoir à 
remplir auprès de vous une commission aussi désagréable; tandis que je voudrais 
n'avoir à vous assurer que de la sincérité de mes vœux et de l'inviolable attache- 
ment.... » etc. » Du Ligondès. » 

La Convention eut l'humanité de rétablir la pension de la veuve Chastel dans le dé- 
cret de suppression de l'Institut de Saint-Louis. 



DERNIÈRES ANNÉES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 259 

vres de revenu; le décret du 2 novembre 1789 qui mettait les 
biens ecclésiastiques à la disposition de la nation, celui du 
I3 février 1790 qui abolissait les vœux monastiques et suppri- 
mait les ordres religieux, lui firent craindre non-seulement pour 
ses biens, mais encore pour son existence; enfin elle se crut 
atteinte par le décret du 20 mars qui ordonnait aux municipalités 
de faire l'inventaire des biens mobiliers et immobiliers des cou- 
vents, d'arrêter les comptes et registres , de recevoir la déclara- 
tion de leurs dettes, de dresser un état des religieux ou reli- 
gieuses, et de leur demander s'ils entendaient rester ou non dans 
les maisons de leur ordre. Mais avant que ce dernier décret fût 
mis à exécution, Louis XVI, malgré ses cruelles préoccupations, 
songea à préserver l'œuvre de son aïeul de la tempête révolution- 
naire en faisant une grande concession aux opinions nouvelles : 
le 26 mars \ 790 , une ordonnance parut sous forme d'arrêt du 
conseil , qui abolissait et révoquait les règlements exigeant des 
preuves de noblesse pour l'entrée à Saint-Cyr , entrée qui doré- 
navant serait ouverte à tous les enfants des officiers de terre et 
de mer, sans distinction de naissance 1 . C'était un grave change- 
ment, mais il fut à peine aperçu dans le bouleversement général 
et ne fit sensation qu'à Saint-Cyr. Dès lors l'Institut de Saint-Louis 



1 « Le roi ayant supprimé les dispositions des ordonnances militaires qui exigent 
des preuves de noblesse pour l'admission au grade d'officier dans ses armées de 
terre et de mer, en acceptant l'article de la loi constitutionnelle qui déclare que tous 
les citoyens sans distinction de naissance peuvent être admis à tous les emplois et 
dignités ecclésiastiques , civiles et militaires , Sa Majesté a porté son attention sur 
les établissements de fondation royale destinés à l'éducation des enfants de militaires 
morts ou blessés au service de l'État. Elle a reconnu qu'il était juste de révoquer les 
dispositions des règlements qui exigent des preuves de noblesse pour en procurer 
l'entrée; telles sont notamment les conditions prescrites pour la maison royale de 
Saint Cyr et pour l'École militaire. Sa Majesté a considéré que ces monuments de la 
bienfaisance et de la piété de ses pères n'en deviendraient que plus chers et plus 
utiles à la nation et acquerraient de nouveaux droits à sa protection, si l'entrée en 
était ouverte à tous les enfants de ses officiers de terre et de mer, sans distinction de 
naissance , et dans la seule proportion des services rendus à la patrie par leurs au- 
teurs. A quoi voulant pourvoir, le roi étant en son conseil a aboli et révoqué, abolit 
et révoque les dispositions des règlements qui exigent pour l'entrée à la maison 
royale de Saint-Cyr, a 1 Ecole royale militaire et autres maisons royales d'éducation 
ries preuves de degré do noblesse, etc. Saint-Priest. » 



*60 CHAPITRE XVI. 

devint simplement une maison nationale d'éducation, et les noms 
de Dames et de Demoiselles paraissant des appellations féodales 
contraires au régime nouveau , les premières prirent le nom d'in- 
stitut rires de la maison de Saint-Louis, les secondes celui d'élèves. 

Nous n'avons pas besoin d'exprimer les sentiments des unes 
et des autres à la nouvelle de ces changements et de ceux qui 
les suivirent. Nulle part la stupéfaction et l'indignation ne fu- 
rent plus grandes : Saint-Cyr s'était si complètement immobilisé 
dans le passé, qu'on y tombait brusquement de madame de 
Maintenon à Mirabeau: aussi tous les actes, les hommes, les 
idées de la révolution lui parurent également monstrueux et 
criminels. On ne put y résister que par la prière, mais on ne s'y 
soumit que par la crainte, et, dans cette sainte. et pacifique mai- 
son, on vit pour la première fois des visages irrités, on entendit 
pour la première fois des paroles de haine, on appela, pour ainsi 
dire, la persécution. 

Cependant la révolution continuait sa marche : le décret du 
14 avril 4 790 donna l'administration des biens du clergé aux 
directoires de département et de district; mais une exception 
formelle ayant été faite à l'égard des maisons chargées de l'édu- 
cation publique, l'Institut de Saint-Louis continua de posséder et 
d'administrer ses biens immobiliers. Néanmoins elle cessa de re- 
cevoir ses revenus provenant du trésor, et elle se trouva soumise 
à l'inventaire prescrit par la loi du 20 mars. 

Quatre fois le directoire du district avait ordonné à la munici- 
palité de Saint-Cyr de procéder à cet inventaire, et celle-ci, 
malgré son ardeur révolutionnaire, reculait à la seule pensée de 
se trouver en face de ces Dames que les paysans étaient habitués 
à craindre et à respecter, et qui leur paraissaient aussi fières et 
aussi imposantes qu'avant la révolution. A la fin , le directoire 
rendit un arrêté (1 er juillet 1790) par lequel il délégua trois de 
ses membres pour procéder, de concert avec la municipalité, à 
l'inventaire. Ces trois membres appartenaient à cette bourgeoisie 
éclairée qui avait embrassé la cause de la révolution avec tant de 



DERNIÈRES ANNÉES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 261 

zèle et d'illusions : ils avertirent les Dames de la mission dont ils 
étaient chargés, les prièrent de la rendre plus facile et plus 
prompte en préparant elles-mêmes l'inventaire, et leur deman- 
dèrent le jour où elles voudraient bien les recevoir. 

A cette époque, l'Institut de Saint-Louis était gouverné par 
trois femmes d'un vrai mérite : madame d'Ormenans, supérieure; 
madame de Crécy, maîtresse générale des classes; madame du 
Ligondès, dépositaire l . Elles avaient, outre les vertus ordinaires 
à cette maison, une grande fermeté, l'intelligence des affaires, 
les manières les plus distinguées et ce beau langage du dix-sep- 
tième siècle que Saint-Cyr avait conservé comme par tradition. 
Elles courbèrent la tète sous l'humiliation qui les frappait, firent 
préparer l'inventaire, et avertirent les administrateurs qu'elles 
les attendraient le 20 juillet. 

Les administrateurs 2 et les officiers municipaux, lorsqu'ils se 
présentèrent, trouvèrent toutes les Dames réunies dans le parloir 
de la supérieure; ils ne purent cacher leur émotion à l'aspect de 
ces nobles femmes dont le maintien était plein à la fois de rési- 
gnation et de fierté : « Nous leur proposâmes, dit le rapport, de 
nous déclarer si elles entendaient rester en religion ; il nous fut 
répondu par toutes que leur intention et leur bonheur était de 
vivre et de mourir dans leur sainte maison. » Alors l'inventaire 
commença , la supérieure et quelques religieuses suivant seules 
les opérations; il dura huit jours et fut fait avec des ménage- 
ments dont les Dames apprécièrent la délicatesse. Ensuite, la 
supérieure et la dépositaire donnèrent un aperçu de leur situation 
financière , de laquelle il résultait qu'elles n'avaient rien reçu du 
trésor depuis l'année 1788, qu'elles avaient épuisé leur fonds de 
réserve , que leurs fermiers refusaient de les payer à cause des 



1 Les autres ofïicières étaient : madame de Launay, assistante ; mesdames Del- 
peyrou, de Machault, des Essarts, de la Motte, premières maîtresses des quatre 
classes ; madame de Lastic , économe ; madame de Cockborn , sacristine ; madame 
de Lapotière, pharmacienne, etc. 

2 MM. Deplane. Venard et Coupin. 



263 CHAPITRE XVI. 

circonstances politiques l , et qu'elles avaient des reprises ou créan- 
ces à exercer soit sur eux, soit sur le trésor, pour une somme 
de i '20,000 livres. L'état des biens de l'Institut de Saint-Louis fut 
affiché à la porte de la maison et dans toutes ses propriétés 2 . 

Après cet inventaire, des relations d'estime et d'amitié s'éta- 
blirent entre les Dames et les administrateurs du district de Ver- 
sailles, dont quelques-uns partageaient leurs sentiments poli- 
tiques 3 . Ils vinrent successivement à Saint-Cyr, examinèrent les 
règlements, les ressources et l'économie de la maison, donnèrent 
des conseils aux Dames, les protégèrent contre le mauvais vouloir 
des paysans ; enfin ils leur témoignèrent tant de respect et d'in- 
térêt qu'elles ne firent plus rien sans leur avis, et que leur inten- 
dant Astruc prenait les ordres du directoire du district comme il 
prenait jadis ceux du conseil du dehors, qui cessa presque en- 
tièrement ses fonctions. 

Cependant la révolution continuait. Le décret du \ 4 octobre 
1 790 déclara nationaux les biens des établissements d'instruction 
publique, lesquels durent être vendus, et, en attendant la vente, 
administrés, à partir du 1 er janvier 179 S, par les directoires de 
district et de département; les dépenses de ces établissements 
furent mises à la charge du trésor public, qui devait provisoire- 
ment leur tenir compte de la totalité de leurs revenus. 

Les Dames essayèrent d'échapper à cette spoliation en adressant 

1 Leur état de dépenses et de recettes pour 1789 s'établit par 4-42,000 livres de 
dépenses et 331,000 livres de recettes. On combla le déficit avec les excédants des 
années antérieures. 

2 Le procès-verbal de l'inventaire présente peu d'intérêt : on y trouve que la 
maison possédait cinquante-huit tableaux de piété, vingt et un portraits de rois ou 
de princes, onze portraits de madame de Maintenon, une bibliothèque contenant 
quatorze mille volumes et mille manuscrits, quatre cent quarante-six lits, etc. (Ar- 
chives de la préfecture de Versailles.) 

3 C'est ce que témoigne ce fragment de lettre de madame du Ligondès à M. De- 
vèze, homme de loi qui avait été au service des Dames et était devenu procureur- 
syndic du district : « Nous désirerions bien avoir la certitude que le tripot dans 
lequel vous êtes vous procure au moins quelques avantages pour vous dédommager 
d'un travail pénible et odieux ; mais le bonheur n'est encore qu'une idée pour ceux 
même qui croient le tenir : il faut vivre d'espérance pour porter le malheur qui dans 
ce moment n'est que trop certain. » 



DERNIÈRES ANNÉES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. '203 

à l'Assemblée nationale un mémoire qui fut renvoyé au comité 
ecclésiastique, et dans lequel, après avoir exposé la fondation 
spéciale de Louis XIV, son but, son caractère, elles expliquaient 
que l'Institut de Saint-Louis n'était que par la forme une maison 
ecclésiastique, puisque, dans l'origine, les Dames étaient des 
institutrices séculières; qu'elles avaient repris ce caractère depuis 
l'abolition des vœux monastiques; et qu'il était nécessaire de 
conserver à cette maison ses grands biens si l'on voulait qu'elle 
fit son œuvre d'éducation nationale. Le comité ecclésiastique 
décida que l'Institut de Saint-Louis devait être conservé comme 
maison d'éducation , mais que ses biens étaient nationaux et de- 
vaient être vendus. 

Alors l'administration des biens de la maison de Saint-Louis 
passa aux directoires de district de département de Versailles. 
On mit en vente ces biens dès les premiers jours d'avril 1 791 ; 
et ils trouvèrent facilement des acheteurs 1 . 

Les Dames furent profondément affligées et humiliées de se 
voir dépouillées de ces biens que leur avait donnés Louis XIV et 
qu'elles regardaient comme sacrés; mais croyant qu'un état de 
choses si odieux ne pouvait être durable, elles s'abstinrent de rien 
demander de leurs revenus aux nouvelles autorités, et vécurent, 
ainsi que leurs élèves, d'expédients. Leur intendant Astruc était 
un homme actif et intelligent , qui fit rentrer , à force de sollici- 
tations et de soins, toutes les créances, tous les arrérages, et il 
parvint ainsi à pourvoir aux dépenses de la maison pendant plus 
d'une année. Rien ne fut changé d'ailleurs en apparence au régime 
de l'Institut de Saint-Louis : on continua à recevoir des demoi- 
selles nommées par le roi, à les élever, à les instruire suivant les 
règlements anciens; mais on cessa de leur donner des dots à 
leur sortie. 

1 On voit parmi eux l'illustre chimiste Lavoisier, qui acheta la terre du Tremblay, 
renfermant quatre cent cinquante-cinq arpents, moyennant 470,000 livres; le duc de 
Luynes, madame de Beauharnais, qui fut plus tard l'impératrice Joséphine, etc. Les 
biens entourant la maison de Saint-Louis furent achetés par des paysans de Saint-Cyr 
et à des prix élevés. (Archives de la préfecture de Versailles.) 



261 CHAPITRE XVI. 

Cependant le décret du 26 décembre 1790 avait prescrit le ser- 
ment à la constitution civile du clergé. La plupart des curés de 
campagne s'empressèrent de le prêter, et parmi eux le curé de la 
paroisse de Saint-Cyr, Lameule, grand partisan des idées nouvelles. 
Les prêtres de Saint-Lazare étaient au contraire très-opposés à la 
révolution et ne le cachaient pas; « leur incivisme, dit un rapport 
de la municipalité, avait provoqué plusieurs fois l'indignation du 
peuple, qui demandait leur expulsion de Saint-Cyr; on leur avait 
surpris des lettres qui contenaient de coupables instructions et 
des espérances criminelles 1 ; » enfin ils refusaient de prêter le 
serment, par la raison qu'étant aux gages des Dames, ils devaient 
être regardés comme chapelains particuliers et non comme fonc- 
tionnaires publics. Les autorités de Versailles furent consultées à 
ce sujet et décidèrent en leur faveur, mais en même temps elles 
déclarèrent que les Dames pouvaient être astreintes au serinent 
d'après la loi du 16 avril, qui exigeait le serment de tout fonc- 
tionnaire de l'instruction publique. Cette solution et les paroles 
imprudentes des missionnaires exaspérèrent les habitants de 
Saint-Cyr, que leur curé soulevait contre les aristocrates et les fa- 
natiques, et qui d'ailleurs depuis la révolution souffraient de la 
faim. En effet, les Dames, privées de leurs revenus, ne faisaient 
plus d'aumônes; la moitié des agents qu'elles employaient, do- 
mestiques, ouvriers, avaient été renvoyés; une partie des habi- 
tants ne vivait qu'en maraudant sur leurs propriétés ou sur les 
propriétés royales ; enfin la misère des paysans et leurs menaces 
étaient telles , que le directoire du district avait ouvert pour eux 
des ateliers de charité sur les grandes routes : « Attendu, di- 
sait-il , l'urgente nécessité d'employer des bras que le désespoir 
peut rendre redoutables à la. 'révolution. » 

Tel était l'état de la commune de Saint-Cyr lorsque le jour de 
la Fête-Dieu, le curé Lameule ayant voulu conduire, selon la 
coutume, la procession jusque dans la maison et l'église de Saint- 
Louis, trouva les portes fermées et les missionnaires qui luirefu- 

1 Archives de la préfecture de Versailles. 



DERNIÈRES ANNÉES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 265 

seront rentrée avec des paroles injurieuses. Il revint furieux, dans 
le village, et quelques heures après un soulèvement éclata : les 
paysans envahirent la cour du dehors avec des bâtons, des faux, 
des fusils et entrèrent avec des cris de mort dans le bâtiment 
des missionnaires. Ces prêtres se sauvèrent en tremblant par les 
derrières dans la ferme voisine, et de là gagnèrent la campagne et 
Versailles, abandonnant à la dévastation leur logis et leurs meubles. 

Pendant ce tumulte, les Dames s'étaient renfermées et comme 
barricadées dans l'intérieur de la maison : les mains levées au ciel 
et tout en larmes, entourées, pressées par leurs élèves qui je- 
taient des cris de frayeur, elles se croyaient arrivées à leur der- 
nier jour. Le curé et les officiers municipaux forcèrent la porte de 
clôture et sommèrent les Dames de renvoyer les missionnaires et 
de « consentir aux mesures prises par les autorités pour assurer 
le service divin l . » Ces mesures consistaient principalement à 
n'avoir plus d'autres chapelains que le curé lui-même. Les Dames 
répondirent par un refus formel. Les municipaux s'emparèrent de 
l'église et les sommèrent d'y conduire les demoiselles. Les Dames 
refusèrent; puis, à une deuxième sommation, elles y vinrent avec 
leurs élèves; mais pendant que le curé de Saint-Cyr célébrait la 
messe, elles gardèrent le plus profond silence, et l'on n'entendit 
dans l'église que des pleurs et des gémissements. 

La municipalité et le curé adressèrent au district une pétition 
violente où ils demandaient que la maison de Saint-Louis ne fut 
plus desservie que par des prêtres constitutionnels, et que les 
Dames fussent contraintes à prêter serment. Cette pétition arriva 
dans le moment où la fuite du roi appelait l'attention publique 
sur cette maison. En effet, le bruit courut à cette époque que 
Marie-Antoinette, avant son départ, avait confié aux Dames un 
dépôt de diamants et autres objets précieux; et les assemblées 
populaires de Versailles demandèrent que celles-ci fussent pour- 
suivies comme complices de la fuite de la famille royale. Dans 
ces circonstances, le directoire du district n'osa prendre ouver- 

1 Archives de la préfecture de Versailles. 

34 



266 CHAPITRE XVI. 

Lemenf la défense des Dames; il envoya donc (25 juin) deux de 
ses membres avec les injonctions les plus étroites pour faire une 
perquisition dans la maison. Ceux-ci se contentèrent de la simple 
dénégation de la supérieure, et le bruit relatif au dépôt d'objets 
précieux se dissipa. 

Mais la municipalité de Saint-Cyr persistait dans ses réclama- 
tions, et la fermentation de la commune n'était pas apaisée. Le 
directoire ordonna « de mettre les religieuses de Saint-Louis à 
Tépreuve du serment prescrit par la loi du 16 avril, afin de 
n'avoir aucun doute sur leurs dispositions. » La municipalité les 
requit donc de se conformer à cette loi. Les Dames répondirent 
par des observations signées de chacune d'elles dans lesquelles 
elles prétendaient ne devoir pas être placées dans la classe des 
maisons d'éducation publique , les comités ecclésiastique et d'a- 
liénation ayant décidé que leur maison était une maison d'éduca- 
tion privée; en conséquence elles demandaient qu'il ne fût rien 
statué à leur égard jusqu'à ce que l'Assemblée eût rendu son 
décret d'organisation de l'éducation publique 1 . 

Le directoire répondit (5 juillet) à ces observations : « que si les 
Dames sont par leur institut et la nature de leur fondation vouées 
à l'éducation publique, rien ne peut les soustraire à l'obligation 
de prêter le serment et aux suites de la non-prestation. Or elles 
conviennent qu'elles sont liées par un vœu spécial à l'enseigne- 
ment; cet enseignement, quoique donné non publiquement, est 
un véritable enseignement public, puisqu'il est payé sinon des 
deniers du trésor public , au moins de deniers qui sont à la dis- 
position de la nation; puisque, depuis la suppression des ordres, 
tous les enfants de l'État ont un droit égal à cet enseignement; 
puisque, enfin, ce n'est que comme établissement public que 
l'administration de ses biens a été laissée à la maison de Saint- 
Louis; les institutrices sont donc astreintes au serment. » 

a En conséquence, le directoire considérant la nécessité de 

1 Archives do la préfecture de Versailles, 



DERNIÈRES ANNÉES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 207 

former la jeunesse à l'esprit de la Constitution et d'éloigner de 
jeunes élèves tout ce qui pourrait entretenir ou fortifier de ridi- 
cules préjugés et des principes dangereux; 

» Qu'il est notoire que depuis quinze jours les Daines de Sainl- 
Cyr ont empêché le curé de leur dire la messe et soustrait ainsi 
leurs élèves aux devoirs de la religion; 

» Estime qu'en vertu de la loi du 1 6 avril dernier il doit être 
fait aux Dames de la maison de Saint-Louis une nouvelle som- 
mation de prêter le serment prescrit par la loi du $6 décembre 
précédent; et que, faute par elles de le prêter sans observation, 
sans restriction et sans modification, et ce, dans le délai de trois 
jours après la sommation qui leur sera faite par les municipaux 
de Saint-Cyr , elles doivent être déchues de leurs fonctions et rem- 
placées provisoirement 1 . » 

Les Dames ne s'attendaient pas à ce menaçant arrêté ; elles 
pensèrent que le directoire du district était complètement changé 
pour elles ; nénanmoins elles ne répondirent à la nouvelle som- 
mation de la municipalité que par un nouveau refus, et croyant 
que la persécution allait commencer, elles s'y préparèrent. 
Mais le directoire les fit avertir secrètement de rester immo- 
biles et silencieuses; deux de ses membres pratiquèrent le curé 
et le maire de Saint-Cyr et les engagèrent à se contenter du 
départ des missionnaires; l'arrêté ne reçut pas d'exécution, mal- 
gré les réclamations des assemblées populaires de Versailles; 
enfin les Dames, de l'avis des membres du directoire, plièrent 
devant la nécessité : elles consentirent à ne pas rappeler les 
missionnaires et à recevoir à leur place, comme confesseurs 
et directeurs, trois prêtres assermentés. C'étaient trois hommes 
pieux et paisibles, qui n'avaient prêté le serment que par crainte, 
et qui partageaient toutes les opinions des Dames; ils vécurent 
dans un grand isolement et ne furent point inquiétés. D'ailleurs 
lô curé Lameule vint à mourir, et il fut remplacé le 18 décembre 

1 Extrait du registre des délibérations du directoire du district. (Archives de la 
préfecture de Versailles.) 



2C8 CHAPITRE XVI. 

1791 par son vicaire, Benaul, prêtre assermenté, qui fut nommé 
par L'assemblée électorale : c'était un patriote très-modéré, ayant 
les mœurs les plus douces et les goûts les plus pacifiques, et que 
les Dames agréaient à cause de son talent pour la musique : nous 
verrons plus loin quel fut son triste sort. 

Enfin, le $G septembre 1791, l'Assemblée constituante ayant 
décrété que « tous les corps et établissements d'instruction et 
d'éducation publique continueraient provisoirement d'exister sous 
leur régime actuel et suivant les mêmes lois, statuts et règlements 
qui les gouvernent, » la maison de Saint-Louis continua à vivre, 
pendant près d'une année, de son ancienne vie, mais continuel- 
lement alarmée, inquiète, tremblante à chaque coup qui ébranlait 
le trône. Comme on doit le penser, l'instruction y était presque 
nulle, on n'y voyait que des visages désolés, et les journées s'y 
passaient à maudire les actes d'une révolution que les habitantes 
de Saint-Cyr ne pouvaient comprendre, révolution qui boule- 
versait leur paisible existence, dépouillait leurs familles et dé- 
truisait tout ce qu'elles étaient habituées à respecter. 

Cependant les décrets du 13 février, du 14 avril, du 1 4 octo- 
bre 1 790 avaient fait disparaître la plupart des couvents d'hommes ; 
mais, à cause des exceptions et réserves contenues dans ces 
décrets, un petit nombre de couvents de femmes avaient été 
fermés, presque toutes les religieuses ayant persisté dans la 
vie commune, même en subissant l'humiliation d'être privées 
de leurs biens. Ces couvents étaient sans cesse dénoncés à l'As- 
semblée législative comme des débris absurdes de l'ancien ré- 
gime, comme des foyers de conspiration et de correspondance 
a\ec les émigrés, comme excitant dans les provinces des ré- 
sistances à la révolution. Aussi, quand, les armées étrangères 
ayant envahi notre territoire, la lutte entre la royauté et l'As- 
semblée législative fut arrivée à son dernier terme, celle-ci 
rendit un décret (7 août 1792) par lequel elle ordonnait l'éva- 
cuation et la vente des maisons occupées par les religieuses, 
en exceptant seulement celles qui étaient consacrées au soin et 



DERNIÈRES ANNÉES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 209 

au soulagement des malades. La pension donnée par l'État aux 
religieuses, en compensation de la perte de leurs biens, fut réglée 
à 500 liv. pour celles qui étaient âgées de moins de 40 ans; à 
600 liv., pour celles de 40 à C0 ans; à 700 liv., pour celles qui 
étaient âgées de 60 ans. Les religieuses, en se retirant, pou- 
vaient disposer du mobilier de leur chambre et des effets qui 
ci aient à leur usage personnel. Ordre était donné aux municipa- 
lités de dresser l'état des religieuses qui se trouvaient dans les 
couvents, avec renonciation de leur âge et de la pension qui leur 
était due, de faire l'inventaire et de veiller à la conservation des 
ornements et vases d'église, bibliothèques, argenterie, objets 
d'art appartenant à ces couvents, et qui entraient dans le mobi- 
lier national. 

Ce décret paraissait applicable à la maison de Saint-Louis; 
mais les Dames avaient résolu d'attendre qu'on les brisât : elles 
ne bougèrent pas, refusèrent même l'entrée de leur maison aux 
officiers municipaux, et, dans leur résistance, elles parurent avoir 
pour elles la dernière ombre de l'autorité royale. En effet, le 8 
août, Louis XYI signait le brevet d'admission de la dernière enfant 
qui soit entrée à Saint-Cyr l , et celle-ci y arrivait le 9! Le lende- 
main, le trône s'écroulait. A la nouvelle de cette catastrophe, 
tout le village fut en rumeur et prit les armes avec des cris me- 
naçants. La garde nationale battit les bois et les routes pour ar- 
rêter les Suisses échappés de Paris , et une patrouille que con- 
duisait le curé Benaut en prit ainsi trois qu'elle mena à Versailles; 
des volontaires commencèrent à se former, et une souscription 
fut ouverte pour leur donner un équipement; le maire, à l'imi- 
tation de ce qui se faisait à Paris, fit détruire les armoiries royales 
sur toute la façade de la maison de Saint-Louis 2 ; les Dames, 
consternées, perdirent toute espérance. 

1 Elle se nommait Michaud-Montpain et était do Toulon. — Voir la liste de sortie 
des demoiselles à l'Appendice R. — Il était entré en 1790 vingt-six élèves, en 1791 
quatorze, en 1792 sept. 

- « Je reconnois avoir reçu du citoyen maire la somme de douze livres pour avoir 
défait les armes de la maison de Saint-Louis, par Ordre de la municipalité, le 14 



270 CHAPITRE XVI. 

Le 16 août, l'Assemblée législative rendit un décret qui fixait 
la pension de retraite des membres des congrégations séculières 
de femmes. Ce décret n'avait aucun rapport avec l'Institut de 
Saint-Louis, et néanmoins il contenait l'article additionnel sui- 
vant, qui même, dans la collection des décrets de l'Assemblée, 
se trouve en tête de la loi et tout à fait séparé d'elle : 

« Les pensionnaires de Saint-Cyr dont l'entretien était à la 
charge de cette maison, et qui, reçues avant le 1 er janvier der- 
nier par titres authentiques, s'y trouveraient à l'époque du présent 
décret, recevront pour retourner chez elles vingt sous par lieue 
jusqu'à la municipalité où elles déclareront vouloir se retirer, la- 
quelle indemnité leur sera payée d'avance par le receveur du 
district de la situation de Saint-Cyr, d'après l'état qui aura été 
arrêté par le directoire du département. » 

Cet article étrange , qui semblait n'être qu'un article oublié de 
quelque loi précédente, qui sous-en tendait la suppression de 
l'Institut de Saint-Louis sans rien prescrire de précis sur lui, fut 
regardé dès l'abord par tout le monde comme l'arrêt de mort de 
Saint-Cyr. Il n'y fut connu que le 19 août et fut accueilli par des 
transports de douleur : les Dames s'embrassaient en sanglotant; 
les demoiselles les entouraient avec de grands cris, se regardant 
pour ainsi dire comme abandonnées; les nombreuses gens de 
service de la maison se demandaient en tremblant ce qu'ils al- 
laient devenir : l'église, les chapelles, le tombeau de madame 
de Main tenon étaient assiégés de femmes suppliantes et désolées. 

Le même jour un arrêté pris par le comité des trois corps ad- 
ministratifs de Versailles mit la maison de Saint-Louis en chartre 
privée , et nomma quatre commissaires « à l'effet de renvoyer 
les prêtres de la maison de Saint-Louis, en interdire l'entrée aux 
personnes suspectes , prendre des informations très-exactes pour 
savoir s'il n'existe pas des personnes non attachées au service 
de cette maison et qui y seraient retirées , et en ce cas les faire 

août 1792. Fait à Saint-Cyr le <12 novembre 1792. Jubé. » (Archives de la commune 
de Saint-Cyr.) 



DERNIÈRES ANNÉES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. -271 

évacuer; enfin , requérir la municipalité de Saint-Cyr d'établir un 
poste à la principale entrée l . » 

Tout cela fut exécuté; mais les perquisitions faites dans leur 
maison, la surveillance exercée sur elles, les gardes mis jus- 
qu'à leur porte de clôture, touchèrent moins les Dames de Saint- 
Cyr que l'ordre donné par les mêmes autorités d'envoyer à la 
maison commune de Versailles les volumes contenant les preuves 
de noblesse des demoiselles. Ces volumes in-folio, au nombre 
de vingt-cinq, étaient magnifiques et renfermaient des notices et 
dos peintures précieuses pour toutes les familles nobles de la 
France; l'architecte de la maison Demonville les déposa entre les 
mains de la municipalité de Versailles; quelque temps après ils 
furent brûlés. 

Alors les demoiselles s'apprêtèrent à partir; mais ce fut contre 
la volonté des Dames, qui, mieux informées par leur intendant 
et leurs amis de Versailles, s'efforcèrent de les retenir et de con- 
server leur maison malgré la loi du 16 août. Voici comment 
elles parvinrent en effet à prolonger l'existence de l'Institut de 
Saint-Louis pendant sept mois. 

Le 18 août, l'Assemblée législative avait rendu un nouveau 
décret qui semblait confirmer la ruine de cette maison : il abolis- 
sait toutes les corporations et congrégations religieuses, « même 
celles qui, vouées à l'enseignement public, ont bien mérité de 
la patrie; » il déclarait leurs biens nationaux, en exceptant de la 
vente « les maisons et jardins qui pouvaient être employés à un 
service public; » il supprimait les costumes religieux. Mais l'ar- 
ticle 6 du titre I er prescrivait aux religieux et religieuses chargés 
de l'instruction publique de conserver leurs fonctions à titre in- 
dividuel , en les privant même de la moitié de leur pension , s'ils 
venaient à les cesser. De plus l'article 6 du titre II portait que les 
bourses ou places gratuites fondées soit dans les collèges, soit dans 
les maisons et congrégations de filles seraient conservées provisoi- 
rement aux individus de l'un et de l'autre sexe qui en jouissaient. 

1 Archive? de la commune de Saint-Cyr. 



872 CHAPITRE XVI. 

Les Dames prétendirent que le décret du 1 G août n'avait rien 
d'impératif, que celui du 18 en annulait les effets immédiats, et 
elles engagèrent les demoiselles et leurs parents à se tenir en 
repos. « Nous ne comptons nous ébranler, écrivait madame de 
Crécy, que lorsque nous en aurons reçu l'ordre officiel. » Et pour 
se conformer entièrement au décret du 18 août, par le conseil de 
leurs amis du district elles quittèrent leur habit de l'ordre de Saint- 
Augustin et prirent un costume analogue à celui des premières 
années de la fondation. Cependant quelques parents ne parta- 
gèrent pas leur sentiment, et le 30 août mademoiselle de Puisaye 
fut retirée par sa famille. Elle s'adressa à cet effet au directoire 
du district, qui l'autorisa à quitter la maison par un arrêté spé- 
cial où la conservation de l'Institut semblait regardée comme cer- 
taine, puisqu'on réservait à la demoiselle «tous ses droits à va- 
loir, s'il y a lieu , lorsqu'il sera pris des arrangements et fait des 
dispositions ultérieures dans l'administration et le régime de 
cette maison. » Le directoire chargea la municipalité de Saint- 
Cyr de notifier le présent arrêté aux Dames et de tenir la main 
à son exécution. 

La deuxième demoiselle qui sortit de Saint-Cyr fut Marie-Anne 
de Buonaparle, née à Ajaccio le 3 janvier 1777 l , nommée à 
une place à Saint-Cyr 2 le 24 novembre 1782, entrée dans la 

1 L'acte de naissance de Marie-Anne de Buonaparte est aux archives de la préfec- 
ure de Versailles. 

2 On trouve aux archives de Versailles le brevet suivant : 

Brevet de place à Saint-Cyr pour mademoiselle de Buonaparte. 

Aujourd'hui, 24 novembre 1782, le roi étant à Versailles, bien informé que la 
T)i'< ! Marie-Anne de Buonaparte a la naissance, l'âge et les qualités requises pour 
être admise au nombre des D Ues qui doivent être reçues dans la maison royale de 
Saint-Louis établie à Saint-Cyr, ainsi qu'il est apparu par titres , actes , certificats 
et autres preuves, conformément aux lettres patentes des mois de juin 1 686 
et mars 1 G9 i, Sa Majesté lui a accordé une des deux cent cinquante places de ladite 
maison, enjoignant à la supérieure de la recevoir sans délai, de lui faire donner les 
instructions convenables et de la faire jouir des mêmes avantages dont jouissent les 
autres demoiselles, en vertu du présent brevet, que Sa Majesté a, pour assurance 
ùo sa volonté, signé de sa main, et fait contre-signer par moi , ministre et secrétaire 
d'État et de ses commandements et finances. 

LOUIS. 
Le baron de Breteuil. 



DERNIÈRES ANNÉES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 273 

maison de Saint-Louis le 22 juin 1784. Depuis la réunion de 
l'île de Corse à la France, le gouvernement s'était efforcé d'atta- 
cher à leur nouvelle patrie les familles de ce pays ; et Louis XVI , 
dès son avènement, avait renouvelé une ordonnance de son 
aïeul pour l'admission dans les collèges Mazarin et de La Flèche, 
au séminaire d'Aix et à la maison de Saint-Cyr, « des enfants des 
familles nobles de la Corse tombées dans le besoin. » De ce nombre 
était la famille Buonaparte, « réduite à l'indigence, dit une péti- 
tion du chef de cette famille, Charles de Buonaparte, par l'in- 
justice des jésuites, qui lui enlevèrent une succession à lui dévo- 
lue 1 . » C'est ainsi que le deuxième fils de Charles, Napolione ou 
Napoléon, avait été placé au collège militaire de Brienne, et de 
là à TÉcole militaire de Paris, et que l'une de ses filles avait été 
admise dans la maison de Saint-Cyr 2 . 

Napoléon de Buonaparte, sorti de l'École militaire en 4 785, 
était, depuis le 6 février 1792, capitaine en deuxième au 4 e régi- 
ment d'artillerie, lorsque, dans un voyage qu'il fit en Corse, il 
fut nommé lieutenant-colonel du 1 er bataillon des volontaires de 
File. Dénoncé à cause de sa conduite à Ajaccio dans une émeute 
qu'il réprima, il revint à Paris, se justifia avec peine auprès du 
ministre de la guerre , et reçut l'ordre de reprendre son com- 
mandement en Corse. Il profita de son séjour à Paris pour aller 
à Saint-Cyr voir sa sœur Marie-Anne : il y vint une première fois 
quelques jours avant le 20 juin, et il était en compagnie de son 
camarade de Brienne , Fauvelet de Bourrienne. Il y retourna au 
commencement d'août et lia quelques relations avec les Dames 3 , 

1 Histoire des premières années de Napoléon Bonaparte, par Costou. 

2 D'autres familles corses avaient leurs enfants à Saint-Cyr : ainsi parmi les élèves 
qui partirent en septembre se trouvent les demoiselles Caltaner, Cattaneo, Casablanca, 
Morlax, Buttafoco, Varèse, etc. 

3 Dans une lettre écrite par madame de Crécy à M. Boërio, député de l'île de 
Corse à l'Assemblée nationale , et datée du 4 septembre , on trouve : « Je pense que 
M. Buonaparte aura l'honneur de vous voir avant son départ (pour la Corse); vous 
m'obligeriez beaucoup de lui faire mes compliments et à mademoiselle sa sœur mes 
amitiés. Voudriez-vous bien aussi lui demander s'il a pu remettre à M. de Vrigny la 
lettre dont l'avait chargée l'une de nos Dames. A son avant-dernier voyage ici j'ai 
oublié de le lui demander... » 

35 



274 CHAPITRE XVI. 

surtout avec madame do Grécy, qui l'apprécia à cause de l'af- 
fection profonde qu'il marquait à sa sœur. Enfin il se disposait 
à retourner en (bise, lorsque la révolution du 10 août et les dé- 
crois des 7 et 16 du même mois suspendirent son départ. 

Sa sœur n'ayant pas d'autre parent que lui en France, il ré- 
solut d'aller la chercher dans la maison de Saint-Louis et de la 
ramener avec lui dans sa famille. 11 arriva à Saint-Cyr dès le 
malin du 1 er septembre 1792. Madame de Crécy essaya vainement 
de le dissuader de son projet; puis elle lui dit qu'elle ne pouvait 
laisser partir sa sœur, la communauté étant en quelque sorte 
prisonnière, sans l'ordre de la municipalité et du directoire du 
district. Napoléon se rendit alors chez le maire de la commune 9 
devenu le tuteur et le gardien de la fondation de Louis XIV. 
Ce maire était un pauvre épicier nommé Aubrun , sans instruc- 
tion, mais plein de bon sens, qui était devenu chaud patriote 
plutôt par cupidité que par sentiment, et qui a administré sa 
commune presque sans interruption pendant trente-huit ans \ 
Il demeurait dans la rue fangeuse du village, en face de la 
porte du cimetière de Saint-Louis, dans une petite boutique 
sombre et malpropre. C'est là que le jeune homme qui vingt 
ans plus tard était le maître de l'Europe vint solliciter l'assis- 
tance du magistrat populaire. On était à la terrible époque qui 
suivit le 10 août, alors que l'anarchie désolait Paris, que les 
Prussiens avaient pris Longwy et assiégeaient Verdun, que l'on 
n'entendait partout que des cris de trahison, et que la France en- 
tière semblait n'avoir plus d'autres sentiments que la terreur et 
la colère. Napoléon en quittant la capitale l'avait laissée pleine 
des agitations les plus sinistres et à la veille des massacres des 
prisons ; il avait rencontré sur la route de Paris , dans les rues 
de Versailles, même dans la commune de Saint-Cyr, des troupes 
de volontaires qui partaient aux cris répétés de Vive la na- 
tion 2 ] il avait été arrêté en plusieurs endroits, et ses épaulettes 

1 Le maire Aubrun est mort en 1 828. 

2 Parmi eux étaient des domestiques , des employés de la maison de Saint-Louis 






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DERNIÈRES ANNÉES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 275 

ne l'avaient pas garanti d'exhiber ses papiers et sa carte civique. Le 
maire l'accueillit d'abord avec défiance; puis il quitta sa boutique 
pour aller dans la maison de Saint-Louis constater la présence de 
la demoiselle Buonaparte; enfin, après avoir causé assez longue- 
ment avec le jeune officier des affaires publiques, il mit le cer- 
tificat suivant au dos de la pétition que Napoléon adressait au 
directoire du district et qu'il avait écrite dans le parloir de ma- 
dame de Crécy. 

Voici celte pétition et ce certificat, que nous copions textuel- 
lement, avec leur orthographe défectueuse, sur l'original con- 
servé aux archives de la préfecture de Versailles *. 

A messieurs les administrateurs de Versailles. 

« Messieurs, 

» Buonaparte, frère et tuteur de la demoiselle Marianne Buo- 
naparte, a l'honneur de vous exposer que la loi du 7 août, et 
particulierment l'article aditionelle décrété le 16 du même mois, 
suprimant la maison de S'-Louis , il vient réclamer l'exécution 
de la loi et ramener dans sa famille ladite demoiselle sa sœur, 
des affaires très-instantes et de service publique lobligant à partir 
de Paris sans délai; il vous prie de vouloir bien ordonner qu'elle 
juisse du bénéfice de la loi du 16 et que le thrésorier du dis- 
tric soit autorisez à lui esconter les 20 sols par lieue jusqu'à la 
municipalité d'Ajaccio en Corse, lieu du domecile de ladite demoi- 
selle, et ou elle doit se rendre auprès de sa mère. 

» Avec respect, 

» Buonaparte. 

» Le 1 er septembre 4792. » 



et même son chirurgien, Atoche, qui partit le 3 septembre comme chirurgien-major 
du 6 e bataillon de Seine-et-Oise. Au 16 septembre 1792, le département avait fourni 
9,370 volontaires. 

1 Voir ci-joint le fac-similé de la pétition de Napoléon et de sa sœur. Le mot 
Biens nationaux , qui est à l'un des angles, indique que cette pièce était primiti- 
vement aux archives du district, bureau des Biens nationaux. 



»6 CHAPITRE XVI. 

c( Jay l'honneur de faire observer à M rs les administrateurs 
que , nayant jamais connu d'autres père que mon frère , sy ses 
affaires lobligoiet à partir sans qu'il ne m'amène avec luy je me 
trouverais dans une imposibilité absolu dévacuer la maison de 
Saint-Cyr. 

» Avec respect, 

» Marianne Buon aparté. » 

« Nous , maire et officiers municipaux de Saint-Cyr, district de 
Versailles, département de Seine-et-Oise , nous étant transportés 
en la maison de Saint-Louis, établie en ce lieu, et nous étant 
fait représenter les brevets et autres titres, nous avons reconnue 
que la demoiselle Marie-Anne Buonaparte, née le 3 janvier 1 777, 
est entré le %% juin 1784 comme élève de ladite maison de Saint- 
Louis ou elle est encore dans la même qualité. Elle nous aurait 
témoigné le désir qu'elle aurait de profiter de l'occasion du re- 
tour de son frère et tuteur pour rentrer dans sa famille. 

» Vu les différentes choses que nous venons d'énnoncer et 
l'embaras où ce trouvères ladite demoiselle de faire un voyage 
aussi longt seul , et de lors de l'impossibilité absolue où elle se- 
rait d'évacué la maison de Saint-Louis pour le 1 er octobre, en 
conformité de la loi du 7 août dernier, nous n'empêchons et 
croyons même qu'il est nécessaire de faire droit à la demande 
desdits sieur et demoiselle Buonaparte. 

» Fait et délivré à Saint-Cyr au greffe municipale , cejourd'hui 
1 er septembre 1792, le quatrième de la liberté et le premier de 
l'égalité. 

» Aubrun, maire; 

» Houdin , secrétaire-greffier. » 

Napoléon porta ces pièces à Versailles, et il mit tant d'activité 
dans ses démarches d'abord auprès du directoire du district, 
ensuite auprès du directoire du département, que dès le soir 
même les deux directoires avaient fait droit à sa demande, ainsi 



DERNIÈRES ANNÉES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 277 

que le constate la pièce suivante, qu'on trouve inscrite au dos de 
sa pétition : 

« Extrait du registre des délibérations du directoire du district 
de Versailles, le I er septembre 1792, 4 e de la liberté, 1 er de 
T égalité. 

» Vu la pétition de l'autre part, l'extrait du procès-verbal de 
l'Assemblée nationale du 1 6 août et le certificat de la municipalité 
de Saint-Cyr ; 

» Ouï monsieur le commissaire-syndic ; 

» Le directoire est d'avis qu'il y a lieu de délivrer, au profit de 
la demoiselle Buonaparte, un mandat de la somme de 352 livres, 
pour se rendre à Ajaccio en Corse, lieu de sa naissance et de la 
résidence de sa famille, distant de trois cent cinquante-deux lieues; 
qu'en conséquence le sieur Buonaparte est autorisé à retirer de la 
maison de Saint-Cyr la demoiselle sa sœur, avec les hardes et 
linges à son usage. 

» Pour copie l : 

» Corderant, secrétaire. » 



1 Cette copie n'est pas tout à fait conforme à la minute ; ainsi l'on trouve à la fin 
de la délibération : « Sauf la réserve de ses droits dans le cas où il serait ultérieure- 
ment accordé quelque chose aux pensionnaires de Saint-Cyr. » 

Voici l'arrêté d'homologation du directoire du département : 

« Vu par le directoire du département un mémoire présenté par le S r Buonaparte, 
habitant de la ville d'Ajaccio en Corse, frère et tuteur de la demoiselle Marianne 
Buonaparte, native de ladite ville, élève de la maison de Saint-Louis de Saint-Cyr, 
proche Versailles, par lequel il expose qu'il désire profiter de son retour à Ajaccio 
pour y ramener ladite demoiselle sa sœur que des affaires de famille y appellent, et 
demande qu'attendu qu'elle est tenue aux termes des décrets d'évacuer la maison 
de Saint-Louis au 1 er octobre prochain, il lui soit accordé la somme attribuée par la 
loi du 16 août dernier aux personnes qui doivent sortir de cette maison pour se 
rendre dans leur patrie ; 

» Vu l'extrait de baptême de ladite demoiselle Buonaparte en date du 3 janvier 
1777, duquel il appert qu'elle est née en la ville d'Ajaccio; vu le brevet de place à 
la maison de Saint-Louis de Saint-Cyr à elle délivré le 24 novembre 4782 ; vu l'ex- 
trait du procès-verbal de l'Assemblée nationale du 16 du mois d'août dernier et le 
certificat de la municipalité de Saint-Cyr étant en suite du mémoire en date du 1 er de 
ce mois; 

» Vu enfin la délibération du directoire du district de Versailles en date dudit jour, 
par lequel il est d'avis qu'il y a lieu de délivrer au profit de la demoiselle Buonaparte 
un mandat de la somme de 352 livres pour se rendre à Ajaccio en Corse, lieu de sa 



278 CHAPITRE XVI. 

Le soir même Napoléon revint à Saint-Cyr avec une mauvaise 
voiture de louage, et une heure après on le vit, avec sa sœur l , 
portant l'un et l'autre un paquet de bardes, sortir de cette maison 
de Saint-Louis, où il ne devait plus revenir que le 28 juin 1805, 
et alors empereur des Français, roi d'Italie, ayant fondé, en 1 800, 
dans les murs restaurés de Saint-Cyr le Prytanée français, qui, 
trois ans après, fit place à l'École spéciale militaire 2 . 

Cependant les Dames étaient revenues de la stupeur où les 
avait jetées le décret du 16 août: elles l'expliquaient, elles l'in- 
terprétaient, et malgré la destruction de la royauté, la proclama- 
tion de la République, les premiers actes de la Convention, elles 
se roidissaient contre la tempête et s'efforçaient de conserver 
pour des temps meilleurs l'œuvre de madame de Maintenon. 
Grâce à leur résistance, les demoiselles retardaient leur départ, 
et vingt-cinq seulement étaient sorties à la date du 1 er octobre, 
fixée pour l'évacuation totale de la maison; pas une religieuse 
n'avait quitté son poste; sœurs converses, employés, domes- 
tiques, tout était resté 3 . De plus, la commune de Saint-Cyr 



naissance et de la résidence de sa famille, distant de 352 lieues, qu'en conséquence 
le S 1 ' Buonaparte est autorisé à retirer de la maison de Saint-Cyr ladite demoiselle sa 
sœur avec les hardes et linges à son usage; 

» Ouï monsieur le procureur général syndic provisoire, le directoire du départe- 
ment arrête que, conformément à Favis du directoire du district de Versailles en 
date du I er de ce mois , il y a lieu d'autoriser le S r Buonaparte à retirer de la maison 
de Saint-Louis de Saint-Cyr la demoiselle sa sœur, et d'expédier au profit de ladite 
demoiselle un mandat de la somme de 352 livres sur le receveur du district de Ver- 
sailles sur les fonds extraordinaires destinés aux frais du culte, pour subvenir à la 
dépense de son voyage. » (Archives de la préfecture de Versailles.) 

1 Marie-Anne de Buonaparte, plus connue sous le nom d'Élisa, épousa en 1797 
un capitaine d'infanterie d'une famille noble de la Corse , Félix Bacciochi ; elle devint 
en 1805 princesse de Lucques et de Piombino, et mourut en 1820. 

2 Nous raconterons cette visite dans V Histoire de l'École militaire de Saint-Cyr. 
:1 L'abbaye Notre-Dame des Anges , dont nous n'avons pas dit un mot depuis la 

fondation de la maison de Saint-Louis, tant sa vie fut obscure et cachée, n'avait pas 
eu les mêmes facilités pour prolonger son existence. Les religieuses , et surtout leur 
supérieure, madame de Guillemin , étaient haïes des habitants, et elles avaient eu 
à souffrir de leur part des menaces, des insultes, des attroupements. Du 25 septembre 
au I er octobre, cette abbaye fut évacuée, et la sortie des religieuses fut marquée par 
de grands désordres. Les femmes du village envahirent la maison et en pillèrent le 
mobilier : on accusa les autorités municipales d'avoir pris part à la dévastation. 



DERNIÈRES ANNÉES DE LA MAISON DU SAINT-LOUIS. 279 

commençait à appréhender la destruction d'une maison qu'elle 
appelait plus tard « la caverne impure de la superstition et du 
fanatisme 1 , » mais qui faisait vivre la plupart de ses habitants; les 
autorités de Versailles s'apercevaient du vide que ferait dans le 
département la suppression de cette grande institution; enfin le 
directoire du district faisait tous ses efforts pour prolonger son 
existence et adoucir sa situation. En effet, dès le 9 octobre, il 
délivra les Dames d'une tutelle qui les humiliait, en ordonnant à 
la municipalité de relever la garde nationale qui était à leurs 
portes, et en confiant simplement la surveillance à l'architecte 
Demonville et à ses employés. 

Cependant les ressources de l'Institut commençaient à s'épui- 
ser : les Dames ne vivaient plus que des avances faites par leur 
intendant; elles se décidèrent à demander des secours au district, 
et dans la lettre qu'elles écrivirent à cet effet, elles ne mettaient 
pas même en doute la légitimité de leur existence. Le directoire 
saisit cette occasion de légaliser le maintien de l'Institut de Saint- 
Louis par l'arrêté suivant (23 octobre) : 

« Vu le mémoire par lequel les citoyennes institutrices de la 
maison de Saint-Cyr exposent que, privées de leurs revenus, de- 
puis le 1 er janvier 1 791 , par la vente de leurs biens et la suppres- 
sion de leurs rentes et droits utiles, elles n'ont vécu depuis cette 
époque que du recouvrement de l'arriéré et des fruits de leur 
économie, pour ne pas être à charge à la république, sans de- 
mander, ainsi que la loi du 5 novembre 1790 leur en donnait le 
droit, qu'il leur fût fait compte de la totalité de leurs revenus; 
mais que, enfin, toutes leurs ressources étant épuisées et la né- 
cessité de pourvoir à l'entretien de 250 élèves confiées à leurs 
soins les mettant dans le cas de réclamer soit la liquidation de ce 
qui leur est dû depuis 1 791 , soit un secours provisoire jusqu'à 
l'organisation définitive de l'éducation publique; 

L'abbaye Notre-Dame des Anges possédait un revenu de 18,715 livres, et renfermait 
vingt-deux religieuses , treize converses et dix-neuf pensionnaires. 

1 Pétition de la municipalité de Saint-Cyr à la Convention , le 27 floréal an IL 



280 CHAPITRE XVI. 

» Le directoire , attendu la vérité de l'exposé des institutrices 
de Saint-Cyr, et considérant que le décret qui ordonne l'évacua- 
tion des maisons religieuses ne s'étend pas aux établissements 
d'éducation; que l'article additionnel au décret du 16 août en 
vertu duquel il est alloué vingt sols par lieue aux élèves qui sor- 
tent de cette maison , ne contient rien d'impératif sur la sortie 
des élèves; qu'au contraire l'article 6 du titre 2 de la loi du 
18 août conserve provisoirement aux individus de l'un et de 
l'autre sexe les bourses ou places gratuites dont ils jouissent, et 
que l'article 6 du titre 1 er de la même loi ordonne à tous les 
membres des congrégations employés actuellement dans l'ensei- 
gnement public d'en continuer l'exercice à titre individuel jus- 
qu'à son organisation définitive; 

» Enfin que l'établissement de Saint-Cyr, jusqu'à ce qu'il soit 
formellement supprimé par la loi, devant être considéré comme 
un collège, les dispositions du titre 4 de la loi du 18 août de 
cette année lui sont applicables; 

» En conséquence, ouï le procureur-syndic, estime qu'il y a 
lieu d'accorder à la maison de Saint-Cyr une somme de 30,000 
livres; somme modique si l'on considère qu'il existe dans cette 
maison cinquante-six religieuses qui ont droit à une pension de 
700 livres, et trente-six sœurs et domestiques qui, à 300 livres, 
feraient, indépendamment de ce qui est nécessaire pour les 
élèves, une somme supérieure au secours proposé 1 . » 

Le directoire du département ne montrait pas à l'égard de 
Saint-Cyr la même bienveillance : après le 10 août, un mouve- 
ment insurrectionnel des sections de Versailles l'avait composé 
de révolutionnaires très-ardents 2 , et dès le 13 septembre le pro- 
cureur-syndic écrivait au ministre de l'intérieur Roland : « La 
loi du 16 août ordonne l'évacuation des maisons religieuses; la 

1 Extrait du registre des délibérations du directoire du district. 

2 Avant le 10 août, voici les noms des membres du directoire : Lebrun, Huet, 
Durand , Vaillant, Belin, Henin, Leflamand, Rousseau; après le 4 août, on trouve 
les noms suivants : Lepicier, Venard, Vanteclef, Morillon, Bocquet. 



DERNIÈRES ANNÉES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 281 

maison de Saint-Cyr fait-elle partie des maisons exceptées par la 
loi? le directoire doit-il faire avertir les parents? Si elle est con- 
servée, quel parti prendre pour les Dames? L'éducation des de- 
moiselles doit-elle être continuée? comment y pourvoir?... » 

Le ministre ayant tardé de répondre, le directoire pressa l'exé- 
cution de la loi du 16 août en régularisant la sortie des demoi- 
selles. Par un arrêté du 9 octobre, il ordonna aux administra- 
teurs du district de se transporter à Saint-Cyr et d'y dresser 
l'état de toutes les pensionnaires qui ont été reçues antérieurement 
au I er janvier 1792, en se faisant représenter les brevets ou titres 
d'après lesquels elles avaient été admises; il ordonna en outre 
que les demoiselles ne pourraient sortir que par l'ordre du direc- 
toire du district, et qu'elles ne seraient admises à recevoir l'in- 
demnité fixée par la loi du 1 6 août que sur un certificat de sortie 
de la supérieure de Saint-Cyr visé par la municipalité. 

Cet arrêté reçut son exécution : l'état des pensionnaires fut 
dressé *, et comme les Dames continuaient à suivre en tout leurs 
règlements, la maîtresse générale des classes qui était, ainsi que 
nous le savons , la supérieure des demoiselles , signa les certifi- 
cats de sortie 2 . 

Cependant Roland s'occupa de la demande du directoire du 
département : on sait que le parti girondin, qui était alors maître 
du gouvernement, aurait voulu conserver dans la république les 
bonnes institutions de la monarchie; le ministre de l'intérieur 
était donc favorable au maintien de l'Institut de Saint-Louis , et 
après avoir pris des renseignements auprès de M. d'Ormesson, 
ancien directeur du temporel, il écrivit à l'intendant Astruc 
( 29 novembre ) : « Il me devient intéressant sous tous les rap- 
ports de prendre connaissance de la maison de Saint-Cyr; un éta- 
blissement de cette importance ne peut , sans danger pour ses 
administrateurs eux-mêmes, rester isolé et indépendant de la sur- 
veillance générale du gouvernement; je dois donc chercher à 

1 Voir cet état à l'Appendice R. 

2 Ces certificats sont encore aujourd'hui à la préfecture de Versailles. 

3G 



282 CHAPITRE XVI. 

m'en faire rendre compte... Vos documents doivent porter prin- 
cipalement sur l'état des revenus et des dépenses, sur sa position 
actuelle, sur son mode d'administration, soit économique, soit 
de police , soit môme contentieuse , sur les améliorations et ré- 
formes dont elle peut être susceptible; en un mot, sur tout ce que 
le gouvernement a besoin de savoir pour pouvoir étendre à cette 
maison le degré de surveillance et de protection qu'il est dans le 
cas de lui devoir... » 

Astruc répondit à cette lettre par un mémoire fort détaillé dans 
lequel il faisait d'abord l'histoire de la fondation de Saint-Cyr , 
de sa transformation en monastère, de ses constitutions, et il 
faisait ressortir, en omettant à dessein tout le côté religieux et 
chrétien, ce que les vertus des Dames avaient de simple, de tou- 
chant, de philosophique. « Leur attachement à cette maison, 
disait-il , est en elles un sentiment naturel : choisies parmi les 
élèves en qui on a remarqué des talents et des dispositions à 
l'instruction et à l'éducation, et qui d'ailleurs réunissent le ca- 
ractère de douceur et de sociabilité capable de maintenir la paix 
dans cette maison , elles ont dès l'âge le plus tendre contracté la 
douce habitude de s'aimer et de vivre ensemble comme des en- 
fants d'une même famille. L'égalité la plus parfaite contribue en- 
core au maintien de l'union, et cette communauté est un mo- 
dèle de fraternité, de concorde et de perfection. » 

Puis il abordait les détails de l'éducation des demoiselles, et 
faisait valoir tout ce qui avait, dans cette éducation, un ca- 
ractère démocratique et pouvait plaire aux idées nouvelles : 
« Elles font toutes, excepté leurs corps et leurs souliers, tout ce 
qui est à leur usage et à celui de toute la maison... Les élèves 
sont successivement attachées pendant quelque temps à tous les 
différents offices, tels que la buanderie, lingerie, office des diffé- 
rents ouvrages, économie où se traitent les achats de toutes les 
provisions , dépôt où se traitent toutes les affaires. Ainsi elles 
sont à même d'acquérir toutes les connaissances utiles et néces- 
saires à de bonnes mères de famille. Du reste, les institutrices ne 



DERNIÈRES ANNÉES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 283 

négligent aucun moyen d'abattre en elles tout sentiment de 
hauteur; on leur répète sans cesse que la vertu est seule digne 
de l'estime et de la considération , et pour leur démontrer qu'il 
n'est aucun travail qui ne convienne également à tous les 
hommes, on les accoutume à servir et à desservir tour à tour les 
tables de réfectoire, à balayer les dortoirs, à faire leurs lits et 
autres ouvrages du même genre. » 

Puis il entrait dans le détail des revenus et des dépenses de la 
maison, de l'administration intérieure, des fonctions de l'inten- 
dant et du conseil du dehors , et il disait que depuis le \ er jan- 
vier 1791 , où elles avaient été privées de leurs biens, elles 
n'avaient pas reçu un sou du trésor et n'avaient vécu qu'avec 
les ressources de leur sage et économique administration, «c'est- 
à-dire avec le recouvrement de tout l'arriéré actif tant en fer- 
mages qu'en autres débets; de sorte qu'aucun des exercices 
habituels n'a été interrompu, l'éducation des élèves a toujours 
eu le même cours, et malgré l'anxiété où ont été souvent les 
institutrices sur leurs moyens de subsistance, leur zèle et leur acti- 
vité à remplir leurs devoirs ne se sont jamais démentis. Certes 
il serait permis de douter qu'il se trouvât dans toute l'étendue 
de la république un établissement quelconque qui, ayant eu au- 
tant de revenus même avec moins de charges, eût pu, après la 
perte de ces revenus, prolonger son existence aussi longtemps 
sans aucun secours... 

)) Du reste, cette maison ne s'est jamais concentrée en elle- 
même; toujours en mesure avec les événements successifs, elle 
a été constamment au niveau des révolutions; ses relations 
continuelles avec les corps administratifs du département de 
Seine -et-Ose en sont une preuve évidente. Les membres du 
directoire du district de Versailles ont été très- exactement et 
très-régulièrement instruits de la position de la maison de Saint- 
Cyr ; de ses besoins et des moyens qu'elle employait pour y parer. 
Tout a été pour ainsi dire concerté avec eux : plusieurs membres 
se sont en différents temps transportés dans la maison; ils en ont 



28 i CHAPITRE XVI. 

examiné les détails et ont été édifiés de la simplicité qui y régnait. 
Les membres du directoire du département ont été également 
instruits par de très -fréquentes relations de tout ce qui concerne 
cette maison. Ces deux corps administratifs étaient favorablement 
disposés à lui procurer des secours; mais, à cause des événe- 
ments, leur bonne volonté est restée sans effet. » 

Il déclarait ensuite que la maison ne vivait que des avances 
qu'il lui avait faites personnellement, et que ces avances mon- 
taient à 34,723 francs. Il ajoutait : « Le décret du 8 octobre 1790 
sur les ordres religieux ordonne que les maisons actuellement 
occupées de l'éducation publique demeurent provisoirement ex- 
ceptées de l'article qui règle le traitement individuel à faire à 
chaque religieux , et qu'il sera tenu compte à ces maisons de la 
totalité de leurs revenus. L'article 6 du décret du 1 4 octobre 1790 
ajoute que les biens possédés par elles seront administrés, à partir 
du 1 er janvier 1791, par les administrateurs de département et 
de district, et que, dès cette époque, il leur sera tenu compte en 
argent de leurs revenus. Donc la maison de Saint- Cyr devait 
jouir de ces revenus ; les administrations de département et de 
district, avec lesquelles elle en a souvent conféré, ont été de cet 
avis; mais l'exécution en a été suspendue. » 

Il terminait en disant a qu'il était de l'honneur et de l'intérêt 
de la République de conserver une maison dont l'organisation 
était un chef-d'œuvre de sagesse , où les institutrices réunissent 
à la vertu la plus pure et à la plus grande modestie tous les ta- 
lents utiles et d'agrément, où l'éducation est aussi variée et 
aussi complète qu'on peut le désirer pour des mères de famille, 
où enfin tout respire l'ordre, l'union, la simplicité et l'éga- 
lité 1 . » 

Une copie de ce mémoire fut envoyée au district avec cette 
lettre de madame du Ligondès (1 4 décembre) : 

« Il y a apparence que cette maison, que votre prudence a 

1 Archives (le la prélecture de Versailles. 



DERNIÈRES ANNEES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 28 

maintenue dans la plus grande tranquillité, maigre les mouve- 
ments violents dont elle a été souvent environnée, touche au 
moment d'une décision qui doit régler son sort!... Quel qu'il 
puisse être, jamais les institutrices de Saint-Cyr ne perdront de 
vue ce qu'elles doivent à votre sage vigilance. C'est une jouis- 
sance pour moi de vous porter l'expression de la reconnaissance 

de toutes et l'assurance de mon estime sincère 1 » 

Cependant le directoire, par un arrêté du %\ décembre, avait 
approuvé la délibération du district qui donnait 30,000 livres 
de secours provisoires à la maison; mais cet arrêté, ainsi que 
le mémoire d'Astruc, restèrent enfouis dans les cartons du 
ministère, et les Dames n'entendirent plus parler du ministre 
Roland. Elles ne renouvelèrent plus leurs instances, et passèrent 
deux mois d'agonie dont on peut aisément se figurer l'horreur 
en songeant que la communauté de Saint-Louis pleurait au pied 
de l'autel où s'était agenouillé Louis XIV pendant que son pe- 
tit-fils montait sur l'échafaud. A l'aspect extérieur de cette mai- 
son, à son calme et à son silence, on eût pu croire que rien 
n'y était changé; mais on s'y cachait pour gémir et pour prier; 
on n'y vivait que dans des terreurs continuelles et les plus na- 
vrantes appréhensions. Plus de jeux, plus de conversations, 
plus de danses, plus de chants; chaque jour était marqué par 
le départ d'une élève et par les plus tristes adieux. Les Dames 
ne pouvaient regarder sans fondre en larmes ces lieux où elles 
avaient passé une vie si heureuse, où elles croyaient si douce- 
ment mourir, Tout était plein autour d'elles de souvenirs qui 
les désolaient; tout leur rappelait à chaque pas, à chaque instant 
ce passé dans lequel elles avaient vécu et qui leur semblait sacré : 
le tombeau de l'institutrice, les portraits du fondateur, les dons 
de trois rois. L'église, les classes, le jardin, tout, jusqu'aux 
pierres et au pavé, leur paraissait également regrettable et re- 
nouvelait leur désespoir. « Dieu lui-même, disait l'une d'elles, 

1 Archives de la pic lecture de Vcrsaillee 



266 CHAPITRE XVL 

semble s'être retiré de nous, et les saints mystères ne disent plus 
rien à nos cœurs depuis que l'autel est profané par des prêtres 
souillés d'un serment sacrilège. » 

Le 1 6 novembre 1 792 mourut la dernière dame de Saint-Louis 
qui ait été enterrée à Saint-Cyr : elle se nommait Catherine de 
Cockborne de Villeneuve et était âgée de soixante-onze ans. Rien 
ne fut plus navrant que son agonie. Dans le délire de la fièvre, 
cette pauvre religieuse chantait d'une voix sépulcrale les choeurs 
à'Esther où les Israélites déplorent dans une langue divine les 
malheurs de leur patrie, et où les Dames retrouvaient maintenant 
l'expression de leurs propres douleurs. Toute la communauté la 
conduisit au cimetière en pleurant, et quand on la mit en terre, 
« il n'y eut parmi nous, raconte la même Dame dont nous ve- 
nons d'emprunter les paroles, il n'y eut parmi nous qu'une pen- 
sée, qu'un cri, qu'une prière : Seigneur, ayez pitié de nous! 
Nous eussions voulu toutes être là où était notre sœur. » 

Le lendemain deux officiers municipaux de Saint-Cyr, en vertu 
d'une loi rendue le 20 septembre 1792 « pour déterminer le mode 
de constater l'état civil des citoyens, » se transportèrent auprès de 
la supérieure et de la dépositaire de la maison de Saint-Louis, et 
requirent l'exhibition des registres de décès des Dames et des 
demoiselles pour les clore et les déposer à la municipalité \ 

Au commencement de février la maison de Saint-Louis était 
dans la plus grande détresse; les avances de son intendant s'éle- 
vaient à plus de 60,000 livres; les Dames avaient horreur de 
demander du pain à la révolution qui venait de verser le sang 
royal; et tout en laissant partir leurs élèves une à une, elles 
persistaient à rester dans leur maison jusqu'à ce qu'on les en 

1 On lit , en effet , à la suite de l'acte de décès de madame de Cockborne , dans le 
registre mortuaire des Dames de Saint-Cyr, la note suivante : 

« Nous , Pierre Bonneaux , Jean-Louis Houdouin , officiers municipaux de la com- 
mune de Saint-Cyr, accompagnés du citoyen Claude Houdin , secrétaire greffier, en 
exécution de la loi du 20 septembre 4792 qui détermine le mode de constater l'état 
civil des citoyens, avons, en conformité du titre VI, article 1 er , arrêté et clos le 
présent registre, cejourd'hui 18 novembre 4792 et an I er de la république française, 
et déposé aux archives de la municipalité. » 



SUPPRESSION DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 287 

chassât; enfin le bureau des biens nationaux du département de 
Seine-et-Oise (5 février) adressa cette note au directoire : « La 
presque totalité des maisons religieuses du département est éva- 
cuée; celle de Saint-Cyr, la plus considérable de toutes, ne l'est 
pas encore. Il est urgent de faire cesser les dépenses énormes 
supportées par la République pour ce qui concerne les élèves 
qui y sont encore. Le bureau des biens nationaux vous propose 
de fixer au 15 mars pour les élèves et au 1 er avril pour les reli- 
gieuses l'époque d'évacuation de la maison. » 

En réponse à cette note, le 8 février, le directoire du dépar- 
tement chargea les administrateurs du district , en vertu de la loi 
du 16 août, « d'enjoindre aux institutrices de la maison de Saint- 
Cyr de prendre les mesures les plus précises pour que leurs 
élèves soient retirées d'ici au 15 mars prochain pour tout délai, 
et de s'arranger elles-mêmes de manière à évacuer ladite maison 
pour le 1 er avril ; comme aussi de leur annoncer que si , à cette 
époque, ces mesures n'ont pas reçu leur exécution, les élèves qui 
se trouveront dans la maison de Saint-Cyr resteront à leur charge, 
l'administration se réservant au 1 er avril prochain de prendre une 
détermination à l'égard des religieuses qui se seraient refusées à 
l'exécution de ces mesures \ » 

Le directoire du district ayant donné communication de cet ar- 
rêté aux Dames de Saint-Cyr, elles se regardèrent comme perdues, 
et nonobstant firent une dernière tentative. Le 24 février, l'in- 
tendant Astruc se présenta à la barre de la Convention avec une 
pétition qui demandait le maintien de l'Institut de Saint-Louis : 
n'ayant pu ni la lire , ni la déposer, à cause de la foule des pé- 
titionnaires, il l'adressa au président, qui la renvoya au comité 
d'instruction publique. Cette pétition , qui était un abrégé du mé- 
moire envoyé au ministre Roland , se terminait ainsi : 

« Dans le cas où la Convention nationale ne croirait pas de- 
voir conserver cet établissement, je la supplie de prendre en 
considération le sort des élèves et des institutrices. 
1 Archives de la préfecture de Versailles. 



m CHAPITRE XVI. 

» Les premières sont des enfants qui appartiennent à des parents 
pauvres de toutes les parties de la République; la distance plus 
ou moins rapprochée des lieux où résident leurs familles néces- 
site des précautions pour que tous ces enfants d'un sexe faible 
puissent retourner dans leurs familles avec décence et sans le pins 
léger inconvénient. Il en est, j'ose le dire, dont les parents sont 
émigrés; mais il en est aussi beaucoup d'autres dont les parents 
sont sur les frontières de la République pour combattre les tyrans 
étrangers : je réclame pour celles-ci votre justice, pour les au- 
tres, qui sont bien à plaindre, votre humanité!... 

» Quant aux institutrices, renfermées dans la maison depuis 
l'âge de sept à huit ans, elles y ont consacré leur vie au service 
et à l'éducation des élèves; les fonctions pénibles et d'ordre pu- 
blic qu'elles y ont remplies avec le zèle de la vertu la plus pure 
seront sûrement la mesure et la base du traitement que la Con- 
vention jugera devoir leur accorder. 

» Telles sont, citoyens représentants, les considérations que la 
place d'administrateur de la maison de Saint-Cyr, que j'occupe 
depuis vingt-cinq ans, m'a fait un devoir de vous présenter ; elles 
méritent de fixer un moment votre attention, puisqu'elles sont une 
partie intégrante des immenses travaux dont vous êtes chargés 
pour le bonheur et le salut de la République l . » 

Pendant que les destinées de la maison de Saint-Louis se dis- 
cutaient dans le comité d'instruction publique, cette maison 
avait épuisé ses dernières ressources; et, le 9 mars, madame du 
Ligondès écrivait au district de Versailles pour réclamer les se- 
cours promis et votés par les corps administratifs du département. 
Elle disait en finissant : « Les institutrices vous demandent en 
grâce, citoyens administrateurs, de vouloir bien prendre en con- 
sidération la détresse où elles se trouvent. Vous avez en main 
l'état des revenus dont elles jouissaient; vous savez que depuis 
vingt-six mois et plus ils tournent en totalité au profit de la Re- 

1 archives de la préfecture de Versailles. 



SUPPRESSION DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. m 

publique : elle est trop juste pour ne pas accorder au moins 
quelques secours aux citoyennes qui en ont fait généreusement 
le sacrifice. » 

Le lendemain les Dames reçurent du département une injonction 
nouvelle d'évacuer leur maison : elles répondirent par une lettre de 
madame du Ligondès qui avertissait les administrateurs que « les 
institutrices, placées entre la crainte de désobéir à la loi du 1 8 août 
et de ne pas déférer aux ordres des autorités , s'étaient adressées 
à la Convention nationale ; qu'elles attendraient sa décision , et 
suppliaient néanmoins les autorités de leur envoyer quelques 
secours provisoires. « Notre situation, disait-elle en finissant, est 
devenue intolérable, et nos demandes réitérées ne sont que le 
cri du plus pressant besoin et de deux cents enfants près de mou- 
rir de faim. » Enfin le procureur-syndic du district joignit ses 
plaintes à celles des Dames en écrivant, le 4 3 mars, pour la qua- 
trième fois au département : 

« Serait-il de la dignité, de la justice de la République d'aban- 
donner au plus affreux dénûment des enfants, des femmes, dont 
l'âge et la faiblesse sont un titre à la protection qu'elles ont d'au- 
tant plus droit d'en attendre que leurs biens ont été vendus au 
profit du trésor public ? La vivacité de leurs sollicitations est 
proportionnée à l'urgence de leurs besoins , et nous nous voyons 
dans la douloureuse impuissance de les secourir. Au nom de 
l'humanité , faites droit à notre demande l ... » 

Le directoire du département resta immobile, et trois jours 
après, la Convention nationale, sur le rapport de Romme par- 
lant au nom du comité d'instruction publique , rendit le décret 
suivant : 

a Art. \ er . La maison d'éducation de Saint-Louis, à Saint-Cyr- 
lez-Versailles, est supprimée et sera évacuée dans le mois à 
compter de la publication du présent décret. 

» 2. Les religieuses institutrices et les sœurs converses recevront 



1 Archives de la préfecture de Versailles. 

37 



'290 CHAPITRE XVI. 

une pension do retraite qui sera fixée pour chacune d'elles, con- 
formément au décret du 7 août 1792, dont toutes les dispositions 
leur sont appliquées. 

» 3. Elles pourront en conséquence disposer du mobilier de leur 
chambre et des effets qu'elles prouveront avoir été à leur usage 
personnel, avec les précautions et sous les réserves portées par 
la loi. 

» 4. Les élèves recevront chacune pour retourner chez elles 
quarante sous par lieue jusqu'à la municipalité où elles déclare- 
ront vouloir se retirer. Cette indemnité leur sera payée d'avance 
par le receveur du district de la situation de Saint-Cyr. 

» 5. Les élèves pourront disposer des habits et du linge qui 
étaient à leur usage personnel. 

» 6. Sur les observations de la municipalité de Saint-Cyr et l'avis 
des corps administratifs , il sera accordé aux personnes attachées 
à l'administration de cette maison, ainsi qu'aux domestiques de 
l'un et l'autre sexe , à raison de la nature et de la durée de leurs 
services, une retraite qui sera fixée par un décret. 

» 7. Les pensions qui étaient payées par la maison de Saint- 
Cyr à certaines citoyennes, en considération de leurs longs ser- 
vices, et faisant en tout la somme de deux mille cent livres, leur 
seront continuées par le trésor public. 

» 8. L'intendant-économe de cette maison sera tenu de rendre 
ses comptes devant le directoire du district, sur les observations 
de la municipalité. Le directoire du département est autorisé à 
apurer ces comptes définitivement. 

» Dans le cas où il sera déclaré reliquataire , il sera poursuivi 
comme les autres débiteurs de la nation; et s'il est reconnu qu'il 
est en avance, attendu la nature de l'administration, il sera 
pourvu sans délai à son remboursement par un décret parti- 
culier. 

» Sur la proposition faite d'excepter de la vente des biens de 
Saint-Cyr, la maison, le jardin et le clos y attenant, la Conven- 
tion passe à l'ordre du jour, motivé sur ce que la loi fait cette 



SUPPRESSION DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 291 

exception pour toutes les maisons d'éducation, et par conséquent 
pour la maison de Saint-Cyr 1 . » 

L'expédition de cette loi n'arriva à Saint-Cyr que le 28 mars , 
et le lendemain , la supérieure , au milieu de toutes les Dames 
assemblées, écrivit au directoire du district la lettre suivante : 

» Citoyens administrateurs, 

» Nous avons reçu mercredi le décret de la Convention natio- 
nale qui supprime la maison de Saint-Cyr. 

» Nous concentrons la vive douleur qui nous accable en nous 
voyant nécessitées d'abandonner un état et des fonctions qui ont 
fait jusqu'ici notre bonheur , et nous ne nous permettons d'autre 
expression que celle de la plus entière soumission à la loi. 

» C'est parmi vous, citoyens , que nous venons chercher l'or- 
gane qui doit nous l'expliquer ; nous vous prions en conséquence 
de vouloir bien nous envoyer un commissaire. 

» L'expérience des procédés passés, qui seront toujours l'objet 
de notre gratitude , semble nous promettre que vous aurez la 
bonté d'adoucir, autant qu'il se pourra, les horreurs de notre 
dernière agonie. 

» Agréez, citoyens administrateurs, l'assurance de l'estime 

sincère, etc. 

» Emmanuelle d'Ormenans. » 

Ainsi qu'on le voit, l'Institut de Saint-Louis tombait avec hon- 
neur, et sa fin n'était pas indigne de son origine. 

Le 30 mars, le directoire du district nomma le citoyen Boyel- 
leau, l'un de ses membres, « commissaire à l'effet de suivre et 
faciliter l'exécution du décret du 4 6 mars, recueillir toutes les 
pièces et renseignements nécessaires pour fixer le traitement des 
institutrices et des ci-devant sœurs converses, faire la remise aux 
élèves des linges et bardes à leur usage, arrêter les registres de 

1 L'original dccetto loi est signé : Grangoneuve, Julien (de Toulouse), Max. Isnard. 



292 CHAPITRE XVI. 

recette et de dépense, être présent à la réserve de tous les objets 
que la loi accorde aux institutrices, veiller à ce que les effets 
communs soient remis en lieux sûrs après l'évacuation complète 
de la maison , y établir pour gardiens le citoyen Demonville et 
tels autres sous ses ordres qu'il sera jugé nécessaire, apposer les 
scellés sur les arcbives de la maison, faire transporter au district 
pour l'être ensuite à la Monnaie toute l'argenterie, etc. ! . » 

Ce commissaire arriva le 17 avril, et, assisté de la municipa- 
lité, vérifia sur-le-champ l'état nominatif des Dames 2 : la plus 
âgée, madame de Courcelles, avait plus de 80 ans, et était entrée 
dans la maison quelques mois avant la mort de madame de 
Maintenon! les quatre plus jeunes n'avaient pas fait de vœux 
solennels. Toutes déclarèrent le lieu où elles voulaient se retirer. 
On fit ensuite l'appel nominal des demoiselles : il n'en restait plus 
que 1 1 : d'octobre 1 792 à février 1 793 il n'en était parti que 
65; mais depuis les premiers jours de mars les familles avaient 
été averties du décret qui se préparait par les Dames elles- 
mêmes, et du 1 er au 16 plus de cinquante étaient parties. La 
sortie de celles qui restaient encore se prolongea du 30 mars au 
27 avril 3 . Trois jours avant le départ de la dernière demoiselle , 
le commissaire du district et la municipalité de Saint-Cyr, réunis 
dans la salle des archives, reçurent les comptes définitifs des 
Dames et de leur intendant, desquels il résultait qu'il était dû au 
citoyen Astruc la somme de 119,864 livres pour excédants de 
dépenses sur les recettes et autres avances faites de 1790 à 
1 793 , mais que les rentrées à opérer sur les anciens revenus 
de la maison de Saint-Louis s'élevaient à 117,000 livres. 

Le lendemain les Dames commencèrent à partir : elles empor- 
tèrent leurs effets, leur mobilier, leurs reliques, leurs livres, 
leurs manuscrits, les tableaux de leur salle de communauté et 
de la chambre de madame de Maintenon, etc. Leur départ se 

1 Extrait du registre des délibérations du directoire du district. 

2 Voir à l'Appendice S Y état nominatif des Dames à l'époque de leur sortie. 

3 Voir à l'Appendice R Yétat nominatif de sortie des demoiselles. 



SUPPRESSION DE LA MATSON DE SAINT-LOUIS. 293 

fil au milieu de la foule des habitants de Saint-Cyr, dont les uns 
témoignaient une joie insultante , pendant que les autres rece- 
vaient des mains des religieuses des effets , des hardes , quelques 
parties de leur modeste mobilier. La supérieure et la dépositaire 
ne quittèrent la maison que les dernières, le 1 er mai, après avoir 
fait une prière suprême devant l'autel dépouillé, après avoir dit 
adieu au tombeau de la fondatrice. A peine étaient-elles parties 
que la municipalité vint fermer les portes et fenêtres de l'établis- 
sement désert et mit partout les scellés. 

Dix-huit des Dames et neuf des sœurs converses se retirèrent 
à Versailles : elles y vécurent de leurs pensions de retraite par 
groupes de cinq ou six, suivant leurs règles, la plupart se vouant 
encore à l'instruction publique, pour obéir à leur quatrième vœu. 
Les autres se retirèrent en province dans leurs familles. Une 
seule eut à souffrir du régime de la terreur : ce fut madame du 
Ligondès. Retirée à Versailles ainsi que madame d'Ormenans, 
elle n'y fut occupée qu'à régler les dernières finances de la mai- 
son, à certifier les petites dettes qu'elle laissait; mais pendant 
que l'administration départementale apurait définitivement ses 
comptes, elle fut injustement accusée d'avoir détourné de la 
maison de Saint-Cyr une somme de 42,000 livres et jetée en 
prison (27 octobre 1793). Elle y tomba malade et fut transférée 
à l'hôpital , ce qui n'empêcha pas l'accusateur public de provo- 
quer sa mise en jugement 1 ; mais la mort la délivra du tribunal 
révolutionnaire. 

Les titres de la fondation , les actes de propriété , les registres 
de recette et de dépense, les terriers, baux, fermages et tous les 

1 On trouve , dans les archives de la préfecture de Versailles , cettre lettre de l'ac- 
cusateur public près le tribunal criminel de Seine-et-Oise aux administrateurs du 
district, sous la date du 5 pluviôse an II. 

« La femme Ligondès , citoyens , ci-devant dépositaire de la maison de Saint-Cyr, 
est dénoncée comme ayant soustrait une somme de 42,000 livres de la caisse de 
cette maison. La soustraction matérielle de cette somme est en effet prouvée; mais 
la prévenue prétend qu'elle en a tenu compte dans ceux qu'elle vous a rendus. Je 
vous prie donc de me faire passer ce compte avec toutes les pièces que vous croirez 
propres à éclairer la justice sur le mérite de celle justification. Gillet. d 



29i CHAPITRE XVI. 

autres papiers de la maison de Saint-Louis furent transportés au 
directoire du district, et ils sont encore aujourd'hui aux ar- 
chives de la préfecture de Versailles 1 . Le mobilier fut vendu 
dans le mois d'août, et cette vente, qui dura vingt-cinq jours, 
attira la foule de toutes les campagnes voisines, qui se disputa, 
même à haut prix, les dernières dépouilles des Dames de Saint- 
Cyr-. Les gros matériaux de démolition furent employés à 
l'hôpital de Poissy et à plusieurs autres établissements publics. 
Quant à l'argenterie, elle avait été inventoriée et transportée à 
Versailles avant même le départ des Dames , le 1 avril \ 793 : 
le poids de cette argenterie s'élevait à cinq cent trente-neuf 
marcs '. Le 14 novembre suivant, des commissaires de la com- 
mune de Saint Cyr furent envoyés à la Convention pour lui pré- 
senter cette argenterie, ainsi que celle qui provenait de l'ab- 
baye de Notre-Dame des Anges et de l'église paroissiale , et en 
outre les cloches et les grilles de fer de la maison de Saint-Louis. 
« Cette offre fut suivie, dit le rapport des commissaires, d'un 

1 Une partie en a été distraite en 4 844 et transportée au ministère de l'intérieur, 
sur la demande de l'administrateur Jourdan, et dans le but du rétablissement de la 
maison de Saint-Louis qui avait été proposé par la duchesse d'Angoulème : « Les 
personnes les plus éminentes, disait-il au préfet de Seine-et-Oise le 4 4 octobre 4 84 4, 
prennent un intérêt immense à ce rétablissement, veuillez soigner et activer cette 
affaire; entrez dans les moindres détails, et procurez-nous , après vous être concerté 
avec le domaine, les éclaircissements les plus positifs et les plus satisfaisants. » 

- Les procès-verbaux de la vente sont aux archives de Versailles. 

3 D'après une tradition qui existe encore à Saint-Cyr, mais qui est certainement 
fabuleuse, ces 539 marcs ne seraient pas toute l'argenterie qu'auraient possédée les 
Dames. Voici ce qu'on raconte à ce sujet : quelques jours avant le départ des Dames, 
l'architecte Demonville aurait fait venir un maçon de Bailly, nommé Delaunay, ainsi 
que son fils qui le servait comme manœuvre; on leur aurait bandé les yeux, et, 
après leur avoir fait faire un long chemin dans les caves, on les aurait conduits dans 
un endroit voûté où l'on avait placé à l'avance du plâtre et des pierres; là, on leur 
aurait débandé les yeux, et on leur aurait fait sceller dans la muraille une caisse 
grosse comme une auge à maçon contenant des objets précieux, comme calices, 
croix, etc., et entre autres une couronne d'or et de diamants ayant une valeur d'un 
million ; puis on leur aurait de nouveau bandé les yeux et on les aurait ramenés au 
point de départ. Ces bruits devinrent tels qu'en octobre 4794, alors que la maison 
était transformée en hôpital, le directoire du district envoya deux commissaires pour 
faire des fouilles. On y employa huit jours : les caves, les murs, les fondations 
furent sondées (le procès-verbal ne dit pas si ce fut en présence de Delaunay), et 
l'on ne trouva rien. 



SUPPRESSION DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 295 

discours de félicitation sur les glorieux travaux de la Convention 
et la demande du changement de nom de notre commune. » 
Cette demande fut accueillie et la commune de Saint-Cyr prit le 
nom de Val-Libre. 

Quelques jours auparavant J3 brumaire an II), la Convention 
avait ordonné que la maison de Saint-Louis serait appropriée 
pour rétablissement d'un hôpital militaire. 

Cependant la commune était tombée dans la misère la plus 
profonde. Le jour même où les dernières Dames de Saint-Louis 
quittaient leur maison, la municipalité de Saint-Cyr adressait 
au district de Versailles les plus lamentables plaintes. « L'éva- 
cuation de la maison de Saint-Louis, disait-elle, a réduit dans 
la plus grande misère et mis sans ressource une infinité de mal- 
heureux, comme vieillards des deux sexes, veuves, orphelins, 
pères de famille chargés de beaucoup d'enfants, dont un grand 
nombre ont participé à la défense de la république, la plupart de 
ces infortunés recevant des secours abondants de la charité des 
Dames, n Elle demandait qu'on lui continuât les aumônes et dis- 
tributions de pain, qu'on donnât aux habitants les produits du 
jardin, etc. Le directoire accéda à cette dernière demande et 
en référa au département pour chercher les moyens de soulager 
ces misères. Le département ne fit rien; les plaintes conti- 
nuèrent; la municipalité elle-même demanda au directoire du 
département qu'on l'indemnisât de tous les sacrifices quelle 
avait faits depuis la révolution, qu'on payât la garde nationale, 
les officiers municipaux , le maire lui-même , pour tout le temps 
qu'ils avaient donné à la surveillance et à l'évacuation de la 
maison de Saint-Louis. Sur le refus du département, elle s'a- 
dressa à la Convention ; mais sa pétition , chef-d'œuvre de décla- 
mation démagogique, fut sévèrement repoussée 1 . La commune 
n'en continua pas moins ses plaintes, et elle en prit une re- 
nommée contre-révolutionnaire qui fit la perte du curé Benaut : 
accusé d'avoir excité toutes ces réclamations, il fut traduit au 

1 Archives de la préfecture de Versailles. 



«96 CHAPITRE XVI. 

tribunal révolutionnaire e pour cause de fanatisme et de fédé- 
ralisme, » et exécuté le 28 thermidor an II 1 . 

L'agitation de la commune de Saint-Cyr devint telle, que le re- 
présentant Charles Delacroix crut nécessaire d'y venir lui-même. 
« La municipalité, disait-il, ne réunissait pas les lumières et 
l'énergie nécessaires. » Il la composa « d'une manière plus avan- 
tageuse à la république» par arrêté du 6 janvier 1794, et pour 
mettre fin aux plaintes et à la misère des habitants, il pressa les 
travaux d'établissement de l'hôpital militaire du Val-Libre. Ces 
travaux étaient commencés depuis deux mois, et la maison de 

1 Benaut était un homme fort timide, mais dont les sentiments royalistes ou gi- 
rondins n'étaient douteux pour personne : d'après une note transmise au comité de 
salut public par le comité de surveillance de Saint-Cyr, il avait donné asile à une 
parente de Mirabeau; il avait des relations politiques avec l'évêque constitutionnel 
de Versailles, Avoine, et surtout avec le célèbre député Vergniaud; aussi ses opi- 
nions anti-civiques et son fanatisme avaient été déjà dénoncés aux autorités révolu- 
tionnaires de Seine-et-Oise. A la fin il fut arrêté , conduit à la prison des Récollets à 
Versailles et menacé du tribunal révolutionnaire. Ce malheureux était une sorte de con- 
trefaçon de J.-J. Rousseau ; il avait été jadis compositeur de musique et marié ; déses- 
péré de la perte d'une épouse qui lui laissa une fille unique , il était entré dans les 
ordres, et avait apporté dans le sacerdoce sa timidité et sa légèreté d'esprit, ses 
illusions philosophiques, ses rêves du Vicaire savoyard, sa passion pour la mu- 
sique avec du goût pour les sciences naturelles , enfin une humeur et un caractère 
complètement opposés à l'austérité de ses fonctions. Sa vie était d'ailleurs aussi pai- 
sible que régulière, mais elle n'avait rien de sacerdotal; sa fille était une belle per- 
sonne de seize ans, qui chantait à ravir, mais qui, ayant été accueillie par les Dames 
de Saint-Louis, n'était pour les paysans qu'une aristocrate ; enfin ceux-ci se moquaient 
de ce singulier prêtre chez qui l'on n'entendait que les sons de la harpe et du cla- 
vecin , et qu'on voyait herborisant avec sa fille ou bien perdu dans la contemplation 
des beautés de la nature. 

Mis en prison, le pauvre curé, tremblant de frayeur, se hâta d'envoyer aux re- 
présentants du peuple en mission (Musset et Delacroix) sa démission de la cure de 
Saint-Cyr, ainsi que ses lettres d'institution canonique, en s'engageant à n'exercer 
aucune fonction ecclésiastique; il exposa humblement aux autorités de Versailles 1 , 
ses actes de civisme, sa conduite au 4 août, « et comment il avait constamment 
rempli tous les devoirs d'un vrai républicain; » il implora le directoire du district 
pour sa malheureuse enfant, qu'on voulait chasser du presbytère, demandant quel- 
ques jours de répit pour qu'elle pût trouver un asile. Tout cela fut inutile : il fut 
envoyé à Paris devant le tribunal révolutionnaire, condamné à mort et exécuté. 
Son modeste mobilier, dont ses livres et ses instruments de musique faisaient tout le 
prix, fut confisqué et vendu. Enfin sa fille, qui s'était retirée à Paris et y cherchait à 
vivre du métier de blanchisseuse dans le faubourg Saint-Marceau , trois mois après , 
mourut de douleur et de misère. 

1 En marge de cette lettre, datée du 14 prairial an II, on lit : « Affaire terminée, le 
réclamant ayant subi la peine de mort. » (Archives de la préfecture de Versailles.) 



SUPPRESSION DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 297 

Saint-Louis en fut entièrement bouleversée : les classes, les dor- 
toirs, les cellules des Dames, les infirmeries, les lingeries, etc., 
furent transformés en vingt salles d'hôpital renfermant neuf cent 
cinq lits, et qu'on décora des noms de Brutus, Mucius-Scœvola, 
Guillaume Tell, Marat, du Bonnet-Rouge, des Sans-Culottes, etc. 
L'église elle-même, dépouillée de ses autels, de ses tribunes, de 
ses grilles, fut partagée en deux étages et transformée en quatre 
salles de malades. Enfin on détruisit le grand parterre, les jets 
d'eau, les quinconces pour faire des plantations de légumes. Les 
travaux ne furent terminés que vers le milieu de Tannée 1794 ; ils 
coûtèrent deux cent trente-six mille francs l ; mais des soldats ma- 
lades appartenant principalement aux armées de l'Ouest y furent 
installés dès le mois de novembre, et en avril suivant ils y étaient 
entassés au nombre de dix-huit cents. On donna à l'hôpital une 
garde de cent invalides, qui avaient pour caserne le petit hospice 
de Saint-Roch. 

Pendant que l'on travaillait à transformer l'église en salles 
d'hôpital (janvier 1794), les ouvriers aperçurent au milieu du 
chœur dévasté, où, stalles des Dames, bancs des demoiselles, or- 
gues, chapelles, tout avait disparu, une table de marbre noir 
perdue dans le sol couvert de débris : c'était la tombe de madame 
de Maintenon. Ils la brisèrent, ouvrirent le caveau et le double 
cercueil 2 , et en enlevèrent le corps de la fondatrice, parfaitement 
conservé, couvert encore de ses habits, ayant même gardé les 
parfums avec lesquels on l'avait embaumé. Ils lui mirent une 
corde au cou , le traînèrent dans la cour du dehors , au milieu de 
rires et de cris sauvages, et le jetèrent dépouillé et tout mutilé 
dans un grand trou du cimetière, où ils l'enterrèrent. 

La maison de Saint-Cyr devint, en l'an VI, d'hôpital militaire un 
hôtel d'nvalides, puis en 1800 un collège sous le nom de Prytanée 

1 Archives de la commune de Saint-Cyr. 

2 La tradition accuse principalement de cette profanation le maçon Delaunay : il 
n'aurait voulu, dit-on, que débarrasser la principale salle de l'hôpital d'un tombeau 
qui l'aurait gèn<V. 

38 



898 CHAPITRE XVI. 

français l . En 1802, à l'époque de la restauration du culte catho- 
lique, et quand on se disposait à rendre l'église de Saint-Louis à 
sa destination, M. Crouzet, directeur du Prytanée, ayant été averti 
de l'endroit où reposait le cadavre de madame de Maintenon , le fit 
exhumer avec une certaine pompe religieuse et enterrer dans l'an- 
cienne cour verte, en face du logement qu'avait occupé la fonda- 
trice de Saint-Cyr. On le couvrit d'une pierre tumulaire entourée 
d'une grille et de saules pleureurs. Mais les profanations réservées 
à ces malheureux restes n'étaient pas finies. En \ 805 le Prytanée 
devint, sans changer de nom, une sorte d'école militaire prépara- 
toire, qui eut pour commandant le général Duteil. L'un des pre- 
miers actes de ce général fut d'ordonner la destruction du modeste 
tombeau de la « fanatique, disait-il, qui avait fait révoquer l'édit 
de Nantes. » Alors les derniers ossements de madame de Main- 
tenon furent placés dans un mauvais coffre à emballage , et relé- 
gués d'abord dans un grenier parmi des débris de meubles , puis 
dans un coin poudreux de l'économat de l'École militaire 2 , der- 
rière des caisses de rebut. Ce coffre était à la merci de ceux qui 
connaissaient son existence, et c'est ainsi que la plupart des osse- 
ments en furent dispersés. D'ailleurs, pendant trente ans, personne 
ne s'en occupa, ni le gouvernement impérial, ni celui des Bour- 
bons, ni les généraux qui se succédèrent dans le commandement 
de l'École militaire, ni même la famille de madame de Maintenon. 
Enfin, en 1836, M. le colonel Baraguay-d'Hilliers, commandant 
l'École spéciale militaire, demanda au ministre de la guerre l'au- 
torisation d'élever un monument dans la chapelle à la fondatrice 
de Saint-Cyr. Cette autorisation ayant été donnée, on rechercha 
l'endroit du chœur des Dames où elle avait été inhumée 3 et qui 

1 Nous donnerons l'histoire de ces transformations dans YHisloire de VÈcole spe- 
ciale militaire de Saint-Cyr. 

' 2 L'économat était alors placé dans l'ancienne sacristie des Dames, la seule pièce 
de la maison de Saint-Louis qui ait encore aujourd'hui tout son aspect d'autrefois. 

3 Ce caveau n'avait que deux mètres de hauteur et deux mètres trente centimètres 
de côté. Sa place est aujourd'hui marquée par une petite dalle de pierre sans in- 
scription. 



SUPPRESSION DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS. 299 

avait été muré et carrelé. On le découvrit et l'on retrouva dans 
l'ancien caveau un cercueil de bois vermoulu , avec un cercueil 
de plomb à tète, ouvert seulement du côté de l'épaule droite, et 
où étaient encore des débris de linceul tombant en poussière, 
une petite croix d'ébène, un talon de soulier de femme, quel- 
ques aromates , des lambeaux de parchemin. On réunit ces dé- 
bris aux ossements très-incomplets et très-douteux qu'on retrouva 
dans le coffre; on mit le tout dans une petite boîte en chêne, re- 
couverte d'une feuille de plomb, avec un parchemin relatant 
l'exhumation; puis Ton déposa cette boîte dans un mausolée en 
marbre noir, surmonté d'une croix et placé sur un socle en mar- 
bre blanc. Tout cela se fit sans cérémonie religieuse, sans aucune 
pompe, en présence seulement du commandant de l'École. Ce 
petit monument est placé dans l'enfoncement latéral de l'église, 
qui avait été jadis la chapelle de Sainte-Candide l ; il porte pour 
inscription : 

CI-GIT 
MADAME DE MAINTENON. 

1635-1 71 9 2 . 

1836. 

C'est là tout ce qui rappelle aujourd'hui à Saint-Cyr l'Institut 
royal de Saint-Louis : cellules des Dames, classes des demoi- 
selles, appartement de madame de Maintenon, théâtre d'Ester, 
église, cimetière, livres, archives, tout a été détruit ou boule- 
versé dans les dévastations ou transformations qu'a subies cette 
maison; pas un buste, pas un tableau, pas une inscription, pas 
un signe n'est là pour rappeler aux nouveaux habitants de Saint- 
Cyr, à ces générations de jeunes gens qui en sortent pour aller, 
suivant le mot de Louis XIV, « soutenir à leur tour la réputa- 

1 Voir le plan en c" et la page 62. 

2 Nous complétons les documents que nous avons donnés sur madame de Main- 
tenon par un extrait d'une conversation avec les Dames de Saint-Cyr (voir l'Appen- 
dice T). qui a été écrit entièrement de sa main et dont nous donnons une partie en 
fac-similé. La note qui suit ce fragment est de la main de madame de Glapion. Nous 
empruntons le tout aux archives de la préfecture de Versailles. 



300 CHAPITRE XVI. 

Lion du nom français 1 , » cette belle institution créée en l'honneur 
de la noblesse militaire, ces jeunes filles, qui se glorifiaient d'être 
de la race des soldats, cette éducation qui touchait presque à la 
perfection, et tout ce passé si glorieux et si poétique de notre 
patrie, dont la maison de Saint-Cyr semble le témoignage. 

Trop heureux ce livre s'il pouvait réparer cet ingrat oubli, s'il 
parvenait à tirer de ces injustes ténèbres et les anges qui ont em- 
baumé Saint-Cyr de leurs vertus, et les colombes élevées sous 
leurs ailes, et la maison qui a eu la gloire d'enfanter Esther, et 
l'église illustrée par Bossuet et Fénelon, où l'on a tant prié, où 
l'on a tant pleuré pour la France! 

1 Voyez page 43. 

2 Voyez page 191. 



FIN. 




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Paris .Publié parfiirnt 



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APPENDICES. 



A. 



NOTES DE LA MAIN DE LOUIS XIV SUR LA FONDATION 
DE SAINT-CYR 1 . 

( Voir à la page 38.) 

I-SÏABLÏSSEMEAT DE SAINT-CIU. 

Lettres patentes bien dressées; 

Biens à donner pour la fondation ; 

Ornements à faire pour l'esglise; 

Meubles de touttes sortes ; 

Choix d'un homme d'affaire; 

Choix d'un conseiller d'Estat pour assister aux comptes; 

Provisions par advance pour que rien ne manque au p r juillet, jour que les 
demoiselles entreront à Saint-Cir; 

Proposition de donner plus de revenu qu'il ne faut pour l'entretien de la 
maison, à condition de marier des demoiselles sur le revenant-bon, une 
somme honneste mise à part pour les besoins qu'on pourrait avoir; 

Règlemens a faire ; 

Constitutions bien examinées ; 

Bons sujets à choisir ; 

Voir à peu près Testât où la despense ira; 

Précautions à prendre contre le désordre, tant dans les meurs que dans 
l'administration des biens ; 

Défendre tous présents; 

1 Cette pièce est en original aux archives de la préfecture de Versailles. On lit au bas : 
« Ces nottes sont de la main du roy notre fondateur. » Nous la donnons en fac-similé, 



302 APPENDICES. 

Défendre qu'on acquière plus de biens; 
Défendre de bastir pour agrandir la maison ; 

Spécifier l'aage et le temps que les filles seront receues et demeureront dans 
la maison. 



B. 



EXTRAITS DE LA PREMIERE INSTRUCTION DE M™ DE MAINTENON 

AUX DAMES DE SAINT-LOUIS SUR L'ÉDUCATION DES DEMOISELLES 
(JUILLET J686). 

{Voir page 52.) 

« Dieu ayant voulu se servir de moi pour contribuer à l'établissement que 
le roi a fait pour l'éducation des pauvres demoiselles de son royaume, je 
crois devoir communiquer aux personnes qui sont destinées à les élever ce 
que mon expérience m'a appris sur les moyens de leur donner une bonne 
éducation... 

» Quand on veut seulement orner leur mémoire , il suffit de les instruire 
quelques heures par jour; mais quand on veut former leur raison , exciter leur 
cœur, élever leur esprit, détruire leurs mauvaises inclinations, en un mot leur 
faire connaître et aimer la vertu , on a toujours à travailler, et il s'en pré- 
sente à tout moment des occasions; on leur est aussi nécessaire dans les di- 
vertissements que dans les leçons, et on ne les quitte jamais qu'ils n'en re- 
çoivent quelque dommage... 

» Il est besoin dans cet emploi plus que dans aucun antre de s'oublier en- 
tièrement soi-même , c'est-à-dire qu'il ne faut songer qu'à se faire entendre 
et à persuader ; il faut abandonner l'éloquence qui pourrait attirer l'admira- 
tion des auditeurs ; il faut même badiner avec les enfants dans de certaines 
occasions et s'en faire aimer pour acquérir sur eux un pouvoir dont ils puis- 
sent profiter, mais il ne faut pas se méprendre aux moyens dont on doit se 
servir pour se faire aimer : il n'y a que les moyens raisonnables qui réussis- 
sent ; il n'y a que les intentions droites qui attirent la bénédiction de Dieu. 

» On doit moins songer à orner leur esprit qu'à former leur raison : cette 
méthode , à la vérité , fait moins paraître le savoir et l'habileté des maîtresses ; 
une jeune fille qui sait mille choses par cœur brille plus en compagnie et sa- 
tisfait plus ses proches que celle dont on a pris soin seulement de former le 



APPENDICES. 303 

jugement, qui sait se taire, qui est modeste et retenue, et qui ne paraît ja- 
mais pressée de montrer son esprit. Il faut quelquefois leur laisser faire leur 
volonté pour connaître leurs inclinations, leur apprendre la différence de ce 
qui est mal et de ce qui est bien , de ce qui est indifférent, et leur accorder tout 
ce qui est de cette dernière espèce... 

» On doit leur apprendre toutes les délicatesses de l'honneur, de la probité, 
du secret, de la générosité et de l'humanité, et leur peindre la vertu aussi 
belle qu'elle l'est; mais il faut qu'elles soient persuadées que si la vertu n'a la 
religion pour fondement, elle n'est point solide et que Dieu ne soutient point, 
mais réprouve ces vertus païennes et héroïques qui ne sont que les effets d'un 
orgueil délicat et insatiable pour les louanges. 

» Tl faut se faire estimer des enfants, et le seul moyen pour y réussir est de 
ne leur point montrer de défauts , car on ne saurait croire combien ils sont 
éclairés pour les démêler. 

» Tl faut caresser les bons naturels, être sévère avec les mauvais, mais ja- 
mais rude avec aucun. 

» Il faut par des complaisances leur faire aimer la présence de leurs maî- 
tresses et qu'ils fassent devant elles les mêmes choses que s'ils étaient aban- 
donnés à eux-mêmes. 

» Il faut entrer dans les divertissements des enfants, mais il ne faut jamais 
s'accommoder à eux par un langage enfantin , ni par des manières puériles ; 
on doit au contraire les élever à soi en leur parlant toujours raisonnablement; 
en un mot , comme on ne peut être ni trop , ni trop tôt raisonnable , il fau- 
drait accoutumer les enfants à la raison dès qu'ils peuvent entendre et parler, 
et d'autant plus qu'elle ne s'oppose point aux plaisirs honnêtes qu'on doit leur 
permettre. 

» Les agréments extérieurs, la connaissance des langues étrangères et mille 
autres talents dont on veut que les filles de qualité soient ornées ont leurs in- 
convénients pour elles-mêmes, car ces soins prennent un temps qu'on pourrait 
employer plus utilement. Les demoiselles de la maison de Saint-Louis ne doi- 
vent pas être élevées de cette manière, quand on le pourrait; car étant sans 
bien , il n'est pas à propos de leur élever l'esprit et le cœur d'une façon si peu 
convenable à leur fortune. Mais le christianisme et la raison, qui est tout ce 
qu'on veut leur inspirer, sont également bons aux princesses et aux misera- 
blés , et si nos demoiselles profitent de ce que je crois qu'elles entendront , elles 
seront capables de soutenir tout le bien et tout le mal qu'il plaira à Dieu de 
leur envoyer 1 . » 

1 Lettres édifiantes, t. i, lettre 81 e , 



304 APPENDICES. 



C. 



EXTRAIT DE L'HISTOIRE DE LOUIS XIV EN VERS, 

PAR RÉGNIER DESMARETS. 

{Voit page 86.) 

Sous des toits chancelants mille nobles familles 

Avec peine élevaient d'aimables jeunes filles, 

Et dans ce triste état voyaient avec douleur 

Du sang de leurs aïeux la honte et le malheur. 

Toi , de leur mauvais sort réparant la disgrâce , 

Dans ce superbe enclos où ta bonté les place , 

Sous de sages regards, loin des yeux des humains, 

Tu les fais élever par de savantes mains. 

Là chaque jour s'exerce à quelque tâche aisée 

La belle et jeune troupe en classes divisée; 

On prend soin de former les cœurs et les esprits, 

Et pour chaque leçon on propose des prix. 

Tel que dans les beaux jours de la saison charmante , 

Où la terre est de fleurs parfumée et brillante, 

On voit un jeune essaim travailler sur les fleurs 

Que la naissante aurore émaille de ses pleurs : 

Telle voit-on la troupe à l'ouvrage invitée 

Et par l'espoir du prix vivement excitée ; 

Chacune pour l'avoir se surpasse à l'envi , 

Tremble que par une autre il ne lui soit ravi, 

Et du nom révéré de celle qui le donne 

De l'un à l'autre bout tout le salon résonne; 

Une honnête rougeur qui se mêle à leurs lis 

Rend d'un nouvel éclat tous les teints embellis. 

Quand l'âge , dont la fleur est si belle et si chère , 

Mais qui vient et qui fuit d'une aile si légère , 

Leur fait voir quel parti chacune doit choisir, 

Et qu'à son gré chacune a fixé son désir, 

Alors, soit que son choix aux autels la destine, 

Soit qu'au joug de l'hymen un doux penchant l'incline, 



APPENDICES. 305 

On lui fait embrasser l'état qu'elle choisit 

Et de sa place vide une autre se saisit. 

Celle qui t'inspira de si célestes vues 

Du ciel uniquement doit les avoir reçues : 

Ses nobles sentiments et ses soins glorieux 

Font bien voir que sa vie est toute dans les cieux... 



D. 

CANTATE A LA LOUANGE DE MADAME DE MAINTENON 1 

(Voir page 86.) 

UNE VOIX. 

Fuyez loin de ces lieux , profanes voluptés, 
Malheureux à jamais ceux que vous soumettez 

A votre funeste puissance ; 
Ne nous étalez pas vos charmes dangereux , 

Ce séjour est l'asile heureux 

Du repos et de l'innocence. 

Ici les frivoles désirs 

Ne mêlent point à nos plaisirs 

L'impatience et la tristesse; 

Nous ne redoutons point l'ennui , 

Et chaque jour voit avec lui 

Ressusciter notre allégresse. 

UNE DEUXIÈME VOIX. 

Quelle main nous a fait ces jours délicieux ? 
Quelle divinité nous rassemble auprès d'elle? 

J'en reconnais les rayons glorieux; 
Tout est ici guidé par cet astre fidèle. 



Manuscrit de la bibliothèque de Versailles. 

31) 



306 APPENDICES. 

CHOEI R. 

C'est la vertu qui se montre à nos yeux 
Sous les traits d'une humble mortelle ; 
D'un seul de ses regards elle embellit ces lieux; 
Sa bonté chaque jour pour nous se renouvelle. 

DUO. 

Célébrons à jamais ses bienfaits précieux ; 
Peut-on lui refuser une amour éternelle? 

UNE VOIX. 

L'astre du jour sortant de l'onde 
Répand également sa lumière féconde 
Sur les palais des rois et les toits des bergers; 
Telle du sein brillant d'une cour qu'elle éclaire 
Elle vient tous les jours dans ce lieu solitaire 

Éclairer nos humbles vergers. 

une voix. 
Elle soutient notre jeunesse ; 
Dans les routes de la sagesse 
Nos pas sont par elle affermis; 
Des vices enchanteurs elle confond l'adresse , 
Et son exemple instruit notre faiblesse 
A triompher de leurs traits ennemis. 

UNE VOIX. 

Sans elle quelle main eut conduit notre enfance? 
JNous serions des troupeaux sans guide et sans défense 

Au milieu des loups furieux ; 
Le monde eût infecté notre faible innocence 

De son venin contagieux ; 
Peut-être qu'aujourd'hui le mensonge odieux , 

L'orgueil ou l'aveugle licence 
De notre pureté seraient victorieux. 

CHŒUR. 

vertu de qui la tendresse 

Prend soin du bonheur de nos jours, 

Conduisez-nous sans cesse , 

Protégez-nous toujours. 



APPENDICES. W 

UNE VOIX. 

Fasse le juste eiel qu'avec des traits de flamme 

Dans tous les cœurs votre nom soit écrit ! 
Puissent tous les mortels vous chérir dans leur âme 
Autant que le ciel vous chérit ! 

nro. 

Qu'à jamais le souverain être 

Vous fasse un destin glorieux, 
Et que l'ardeur qu'en nous vos bontés ont fait naître 
Puisse de plus en plus éclater à vos yeux ! 

une voix. Nous bénissons votre présence; 

i ne \ oix. En vous seule est notre espérance; 

une votx. Sans vous nos plus beaux jours seraient de tristes nuits; 

une voix. Vous changez en plaisirs nos plus mortels ennuis. 

CnOEUE. 

vertu de qui la tendresse 

Prend soin du bonheur de nos jours, 

Conduisez-nous sans cesse, 

Protégez-nous toujours. 



E. 

BREF DU PAPE ALEXANDRE VIII A MADAME DE MAINTENONS. 

(Voir page 407.) 

LLE EN JÉSUS-CI 
DE MAINTENON. 

Chère fille en Jésus-Christ , noble Dame , vos vertus insignes et vos recom- 
mandables prérogatives nous sont si connues qu'elles nous engagent à vous 
donner des marques toutes particulières de notre affection paternelle; notre 
très-cher fils François Trévisaiii, notre camérier, vous en rendra un excellent 

1 L'original est aux Archives de la préfecture de Versailles. 



308 APPENDICES. 

témoignage, en portant la barrette que nous envoyons à notre cher fils Tous- 
saint de Forbin; les effets le feront encore plus évidemment connaître dans 
les occasions qui se pourront présenter. Nous vous prions aussi de vouloir 
bien donner toute l'assistance et toute la protection possible dans une cour, où 
les belles qualités que vous possédez vous ont acquis avec justice une faveur 
approuvée de tout le monde, à notre susdit fils, qui, par un mérite égal à la 
naissance, et surtout par la commission que nous lui donnons, est digne 
d'une distinction particulière; nous vous prions aussi avec un zèle également 
fort de faire valoir, toutes les fois que l'occasion s'en présentera , l'affection 
filiale que vous avez pour le saint-siége, et d'en défendre tous les justes 
intérêts. Sur cette espérance, nous prions Dieu qu'il vous comble de ses 
grâces, et nous vous donnons, très-noble Dame, notre bénédiction apostolique. 
Donné à Rome, etc. 



F. 



PROCÈS-VERBAL DE LA VISITE DE L'EVÊQUE DE CHARTRES 

EN 1692 ». 

(Voir pages 57 eH46.) 

L'an 1692 , le samedi vingt-deuxième jour de novembre, sur les neuf heures 
du matin, nous, Paul de Godet des Marais , conseiller du roy en tous ses con- 
seils, et commissaire député en cette partie par notre saint-père le pape Inno- 
cent XII, à présent séant sur la chaire de saint Pierre, assisté de M e8 Florent 
de Ganeau, prêtre, docteur de la maison et société de Sorbonne, chanoine de 
notre église de Chartres et promoteur de notre cour épiscopale; Robert Pérot, 
aussi chanoine de notre église, et Jean Proust, diacre, notre secrétaire ordi- 
naire et greffier de notre officialité, procédant, sur la réquisition de notredit 
promoteur, à l'exécution de l'ordonnance par nous apposée, le jour d'hier, 
au bas de la requête qui nous a été présentée par les supérieure et Dames de 
la maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr, aux fins qu'il nous plût ériger 
leur maison en monastère, nous sommes transportés, revêtus de notre ro- 
chet, camail et étole, de l'appartement où nous sommes logés dans le dehors 
de ladite maison de Saint-Cyr, à la porte de l'église, à laquelle le sieur Sa- 
voye , supérieur des missionnaires établis en ladite maison pour en desservir 

' L'original de cette pièce est aux Archives de la préfecture de Versailles. 



APPENDICES. 309 

la chapelle, que nous avions fait avertir de notre arrivée, nous a reçus ac- 
compagné de sa communauté, composée des sieurs du Vaucel, d'Arrest, Sole 
et Desortiaux, prêtres missionnaires, avec la croix, les chandeliers et l'encen- 
soir, et nous ayant présenté la croix que nous avons adorée, et l'eau bénite, 
dont nous avons fait l'aspersion aux assistants, sommes entrés processionnel- 
lement dans ladite église qu'avons trouvée magnifiquement bâtie et cintrée , 
ayant sept toises de hauteur, dix de longueur sur cinq de large, sans y com- 
prendre le chœur desdites Dames, contenant douze toises de long sur cinq de 
large et vingt-six pieds de hauteur, et l'avant-chœur, qui est de quatre toises 
de longueur sur cinq de large et six pieds de hauteur, avec un plancher comme 
le chœur; ladite église fondée et bénite sous l'invocation de la sainte Vierge et 
de saint Louis, et sommes allés au maitre-autel , où nous avons visité le Saint- 
Sacrement, qu'avons trouvé dans trois ciboires d'argent, dorés en dedans, dont 
nous avons fait l'exposition, et après avoir chanté la strophe Tantum ergo, 
avons donné la bénédiction du Saint-Sacrement; avons visité le maître autel, 
dont le retable est grand, magnifique et doré, élevé jusques à la voûte; ledit au- 
tel très-décemment et très-proprement paré; avons trouvé le sanctuaire de ladite 
église parqueté et séparé d'une balustrade ; avons trouvé à main gauche dans 
ladite église, une chapelle dédiée sous le nom de saint Candide, sur l'autel de la- 
quelle repose le corps dudit saint dans une très-belle châsse dorée, ledit autel 
de même matière et de même structure que celui ci-dessus, vis-à-vis duquel est 
une autre chapelle depuis peu commencée et dont la maçonnerie est toute 
faite , destinée pour y mettre le corps de sainte Pérégrine et y faire un autel 
semblable à celui de saint Candide. De là sommes allés à la sacristie de ladite 
église, que nous avons trouvée toute parquetée et lambrissée d'une belle me- 
nuiserie, garnie de toutes ses tables et armoires nécessaires, dans laquelle avons 
trouvé deux calices d'argent, dont la coupe est dorée par le dedans, avec les 
ornements, aubes et linges nécessaires pour le service du jour; et au-dessus de 
la table où s'habillent les prêtres, à côté d'un grand crucifix, avons trouvé une 
caisse couverte de satin cramoisi , dans laquelle est le corps de sainte Péré- 
grine. De là serions passés dans une antisacristie, où nous aurions trouvé un 
lavoir et une piscine et quantité de cierges et flambeaux de cire blanche, 
dont, et ce que dessus, avons dressé le présent procès- verbal. Fait et ar- 
rêté, etc. 

Et les mêmes jour et an que dessus, sur les dix heures du matin sic, nous, 
évêque et commissaire susdit, etc., sommes transportés à la grande porte 
de clôture de ladite maison , où avons été reçus par la Dame Marie-Anne de 
Loubert, supérieure, et par toutes les Dames qui composent la commu- 
nauté, rangées en ordre de procession, toutes revêtues d'un voile noir et 
de leurs longs manteaux d'église, ayant chacune une croix d'or pendante 



310 APPENDICES. 

«levant elle et un cierge allumé à la main; laquelle Dame supérieure nous 
ayant présenté le crucifix que nous avons adoré, aurions été conduits pro- 
eessionnellement , lesdites Dames chantant le Veni Creator, le long d'un 
corridor, par un grand vestibule et au travers de l'avant-chœur, dans le 
chœur intérieur de ladite église, au milieu duquel aurions trouvé un priez-Dieu 
couvert d'un drap de pied et d'un carreau violet; et l'hymne finie, aurions 
chanté l'oraison du Saint-Esprit. Ensuite de quoi nous nous serions approchés 
de la clôture dudit chœur, faite de bonne et forte menuiserie, avec trois 
grandes et fortes grilles de fer bien travaillé, ayant chacune un petit guichet 
pour la communion, fermé de bonnes serrures, sous la principale desquelles 
grilles aurions trouvé deux tiroirs faits de grosses planches de chêne, arrêtés et 
posés de manière qu'ils ne se peuvent tirer entièrement de part ni d'autre, 
servant à passer dans ladite église tout ce qui est nécessaire pour la célébration 
des divins offices, recouverts des deux côtés de bons volets fermants à diffé- 
rentes clefs et serrures; ledit chœur entièrement parqueté et lambrissé, garni 
de quarante-huit stalles pour les Dames et de seize grands bancs très-propres, 
d'égale longueur, placés de symétrie de part et d'autre et arrêtés au parquet; 
le bas dudit chœur garni de deux priez-Dieu, aussi très-propres, y ayant pour 
séparation dudit chœur et de l'avant-chœur deux tribunes à droite et à gauche, 
au-dessus et à côté de l'une desquelles paraîtrait la monstre de l'orgue, très- 
belle, grande et artistement travaillée, qui n'a aucune issue dans l'intérieur de 
ladite maison. Ledit avant-chœur garni de deux autels, posés aux deux côtés de 
l'entrée dudit chœur, ornés de chandeliers, tableaux et de plusieurs reliquaires. 
Ledit avant-chœur, parqueté et lambrissé comme le chœur, où restent les con- 
verses pendant le service divin, à main gauche duquel aurions vu trois portes 
qui conduisent à trois confessionnaux bien fermés, ayant chacun deux grillons 
fort serrés et recouverts d'une plaque percée de petits trous et d'un rideau de 
serge verte, lesdits grillons et plaque étant de fer. Et repassant par le vesti- 
bule, aurions vu trois autres confessionnaux fermés et de la forme des précé- 
dents; d'où nous sommes allés dans le lieu appelé le Chapitre ou salle de com- 
munauté, où nous aurions trouvé ladite Dame supérieure, accompagnée de 
vingt-deux Dames, directrices de ladite maison, vêtues comme dessus, ran- 
gées de part et d'autre dans une grande modestie ; et après leur avoir donné 
notre bénédiction, leur aurions exposé le sujet de notre visite, et les au- 
rions requises de nous déclarer si elles persistaient dans le dessein de passer de 
l'état séculier au régulier, suivant la supplique qu'elles en auraient fait à notre 
saint-père le pape, sur laquelle elles auraient obtenu son bref, et pour l'exécu- 
tion duquel elles nous auraient présenté leur requête le jour d'hier, à quoi 
elles nous auraient témoigné persister et souhaiter l'érection de leur maison en 
monastère, et ont lesdites Dames signé a\cc nous, etc. 



APPENDICES. :îll 

Ensuite de quoi nous aurions continué notre visite, accompagnés des Daines 
de Buthery et de Montaigle, qui nous auraient conduits dans la sacristie du de- 
dans, que nous aurions trouvée très-proprement planchée et lambrissée, garnie 
d'une grande table en armoire, dans laquelle il y aurait de très-beaux et très- 
riches ornements de toutes les couleurs de l'église, régnant et au-dessus de la- 
dite table une armoire remplie de linges d'église très-fins et très-propres, garnis 
de dentelles de points de France , d'Angleterre et autres, une grande croix , six 
chandeliers, six pots à bouquets, une lampe, un encensoir garni de sa navette, 
un petit bassin et burettes, le tout marqué aux armes du roi; missels, livres et 
toutes les autres choses nécessaires pour la célébration des divins offices et pour 
officier pontificalement. De là nous nous serions transportés dans une chambre 
basse joignant une autre chambre servant actuellement de noviciat , toutes 
deux lambrissées et garnies de meubles nécessaires; d'où nous serions allés au 
lieu appelé le dépôt, garni d'un grand bureau et de grandes armoires tout 
autour, servant à renfermer les titres, papiers et enseignements de ladite mai- 
son, et d'un coffre-fort à mettre l'argent; le tout en bon état et bien sûr. Se- 
rions passés ensuite dans deux dortoirs de même plain-pied, remplis de plusieurs 
lits et meubles convenables , qu'on nous a dit servir pour coucher les sœurs 
converses ; d'où , repassant le long du corridor qui règne devant les lieux ci- 
dessus , serions allés au réfectoire des Dames , que nous avons trouvé très-pro- 
prement lambrissé et garni de tables et autres meubles nécessaires, avec un 
pupitre dans le milieu pour la lectrice. Ensuite serions passés au grand réfec- 
toire des demoiselles , au bout duquel il y avait une table élevée sur une 
estrade de trois marches, où se place ordinairement la Dame qui préside audit 
réfectoire , y ayant au-dessus du lambris qui règne au pourtour dudit réfec- 
toire un tableau de Notre-Seigneur crucifié ; les deux côtés duquel réfectoire , 
garnis de huit grandes tables , servent aux demoiselles ; au bout de chacune 
il y aurait une chaise de menuiserie, où se mettent les maîtresses de cha- 
cune des classes desdites demoiselles , y ayant une chaise élevée au côté droit 
dudit réfectoire pour celle qui y fait la lecture; les deux côtés de la porte dudit 
réfectoire garnis de grandes armoires de menuiserie servant à resserrer tout ce 
qui convient audit réfectoire , devant lequel et sous le vestibule d'icelui il y 
aurait deux grands lave-mains de cuivre bronzé , d'une très-belle structure. 
Et de là serions entrés dans la cuisine de la communauté au lieu appelé récu- 
rage, garde-manger, dépense et la fruiterie, et dans le magasin, lesquels lieux 
nous aurions trouvés garnis de tous les ustensiles et provisions nécessaires 
pour l'entretien et service d'une nombreuse communauté. Puis on nous aurait 
fait entrer dans le lieu appelé la chambre de la lingère, où nous aurions trouvé 
plusieurs sœurs converses appliquées au travail; ladite chambre meublée de 
tables et armoires, d'un lit et autres choses nécessaires. Serions passés en- 



3H APPENDICES. 

suite dans une grande salle environnée de grandes armoires remplies de tous 
les linges nécessaires pour ladite maison, sans y comprendre tout le linge des 
infirmeries, qui n'a point de communication avec celui ci-dessus, y ayant d'ail- 
leurs plusieurs grandes armoires remplies de linge de table et des offices, le 
tout très-propre et tenu d'un grand ordre. Après quoi lesdites Dames nous 
auraient fait voir un autre lieu servant de magasin à ladite lingerie, où se met- 
tent le linge sale et les provisions nécessaires au blanchissage; et lesdites Dames 
nous auraient de là fait passer dans le laboratoire de l'apothicairerie, que nous 
aurions trouvé d'une très-grande propreté et garni de tous les ustensiles con- 
venables pour la confection des remèdes. De là dans le lieu appelé la boutique 
de l'apothicairerie, que nous aurions trouvée garnie de tablettes, très-pro- 
pres tout autour et du haut en bas remplies de chevrettes, pots et galons, 
et autres ustensiles, contenant toutes les drogues et remèdes nécessaires pour 
le soulagement d'une grande et nombreuse communauté. Lesdites Dames 
nous auraient fait entrer de là dans la cuisine, dépense et garde-manger des 
infirmeries, que nous aurions trouvés tenus très-proprement et garnis de tous 
les meubles nécessaires. Ensuite serions entrés dans une grande salle, nattée, 
garnie de tables, bancs et sièges et d'un pupitre, ladite salle servant de réfec- 
toire aux demoiselles convalescentes. D'où serions allés dans de grands maga- 
sins où se mettent les provisions de bois , que nous aurions trouvés très-bien 
fournis, et, repassant le long du grand corridor du bas de ladite maison, au- 
rions été conduits par lesdites Dames dans un petit parloir élevé de quelques 
degrés , appelé le parloir du dépôt , séparé du dehors par une grille de fer où 
il y aurait un petit guichet fermant à clef, par où il peut passer un sac de mille 
livres seulement; et en retournant à la porte de clôture, serions entrés dans 
un confessionnal bien fermé et grillé comme les précédents. Aurions vu ensuile 
un parloir, appelé le petit parloir, fermé d'une grille sans guichet, d'environ 
deux pieds et demi de large sur trois et demi de haut; ledit parloir parqueté 
et lambrissé à hauteur d'appui et garni de sièges et tables très-propres. De là 
serions entrés dans le parloir appelé le parloir des Dames, garni de sièges, 
séparé du dehors par une grande grille, où il y a un petit guichet fermant à 
clef. Aurions après été conduits par lesdites Dames de Buthery et de Montaigle 
au grand parloir appelé des demoiselles, meublé comme dessus, avec une 
grande grille de fer sans guichet; d'où nous sommes allés dans un petit par- 
loir, appelé des sœurs converses, fermé de grilles, comme dessus, sans gui- 
chet. Et de là serions entrés dans le tour de dedans, que nous aurions trouvé 
de moyenne grandeur et capable seulement de passer un médiocre paquet ; 
ledit tour fort et fait d'un bois de chêne, sans qu'on puisse rien voir au de- 
dans, étant fermé par une porte qui cache entièrement ledit tour, à côte duquel 
il y aurait un petit grillon dormant pour parler aux gens de dehors, refermé 



APPENDICES. 313 

d'un volet par-dessus. Et sortant de ladite clôture, après avoir visité générale- 
ment tout le rez-de-chaussée de ladite maison, avons remarqué que la porte 
d'icelle clôture était bonne, forte et fermant à plusieurs barres de fer et ser- 
rures. Avons remarqué en outre que toutes les fenêtres dudit rez-de-chaussée 
de ladite maison, tant du côté de l'avant-cour que de la cour appelée du dehors 
et autres lieux ayant rapport à l'extérieur de la clôture sont garnis de forts 
barreaux de fer, et treillassés de filets de laiton. Et , attendu l'heure de midi , 
nous nous sommes retirés et avons remis à continuer la visite cejourd'hui , 
deux heures de relevée. Fait et arrêté en ladite maison, etc. 

Ledit jour 22 novembre 1G92, sur les deux heures de relevée, nous, évêque 
et commissaire susdit, assisté que dessus, nous sommes transportés dans ladite 
maison, où nous aurions été reçus par les Dames du Pérou, de Saint-Pars, de 
Saint-Aubin et de La Maisonfort , qui nous auraient conduits dans un grand 
vestibule au premier étage, appelé le vestibule des classes, d'où nous serions 
entrés dans la classe où sont instruites les plus grandes demoiselles, appelée la 
classe bleue, que nous avons trouvée très-grande et spacieuse, garnie de tables, 
bancs et autres sièges , et tapissée de tapisseries bleues, lesdites demoiselles tra- 
vaillant à plusieurs ouvrages, avec lesquelles il y avait plusieurs maîtresses; 
d'où nous serions entrés dans un dortoir de plain-pied à ladite classe, rempli 
d'un grand nombre de lits à piliers, garnis de rideaux bleus, paillasses, matelas 
et couvertures blanches ; le tout très-propre , y ayant à chacun des bouts dudit 
dortoir deux petites chambres ou cellules toutes parquetées et lambrissées de 
belle menuiserie, où couchent deux desdites maîtresses. De là sommes passés aux 
autres classes, appelées jaune, verte et rouge, toutes grandes et disposées avec 
leurs dortoirs, comme celle ci-dessus, et toutes meublées suivant leurs couleurs, 
dans lesquelles avons trouvé les demoiselles desdites classes travaillant, ayant 
avec elles leurs maîtresses et sous-maîtresses. D'où nous serions allés, en suivant 
ledit premier étage, à la tribune de l'église, que nous aurions trouvé grande 
et spacieuse, parfaitement bien parquetée et lambrissée, ayant vue générale- 
ment sur tout l'avant-chœur , chœur intérieur, église du dehors et sanctuaire; 
ladite tribune fermée d'un grand vitrage qui en contient toute la face : aux 
deux côtés de la première tribune, il y aurait deux oratoires faits de menui- 
serie et de vitrage sur toute ladite église , dans l'un desquels très-proprement 
paré il y aurait une grille de fer très-propre d'environ deux pieds et demi de 
large sur trois de haut, à laquelle il y a un petit guichet fermant à clef pour la 
communion ; ladite grille ayant vue sur l'autel d'une petite chapelle extérieure, 
dite la chapelle de la Croix, très-artistement faite et très-décemment parée, 
garnie de croix et de chandeliers d'argent. Dans le même oratoire, il y aurait 
une autre grille de fer sans guichet, de moindre grandeur que la précédente, 
servant de confessionnal. Hors dudit oratoire et dans un petit corridor, aurions 

40 



31 i APPENDICES. 

vu trois portes : la première , ouvrant dans une petite sacristie dépendant 
de la petite chapelle , en laquelle il y aurait un ornement d'autel complet , à 
fond blanc, en broderie d'or et d'argent et des couleurs de l'église, le linge, 
missels, calice et les autres choses nécessaires pour la célébration de la messe ; 
le tout convenable à la propreté et à la magnificence du reste; la deuxième 
porte fermant un petit magasin servant de décharge au lieu ci-dessus; et la 
troisième fermant un confessionnal , où il y a deux grillons de fer et une 
plaque de fer, percée comme ta tous les autres confessionnaux de ladite maison. 
En continuant par le même petit corridor, nous sommes entrés dans un lieu 
appelé le cabinet des retraites , très-proprement parqueté et lambrissé , ayant 
de grandes armoires autour destinées à mettre des livres. Ensuite serions 
passés dans quatre chambres, toutes bien parquetées et lambrissées d'une très- 
belle et propre menuiserie : la première, appelée la bibliothèque, où nous 
avons vu trois grandes armoires remplies de livres de piété; toutes lesdites 
armoires fermant à clef, treillassées par devant de fil de laiton très-fin, ayant 
toutes chacune un rideau de serge bleue, et encore deux grands volumes en 
vélin, reliés en maroquin du Levant, contenant les armes, blasons et preuves 
généalogiques de la noblesse des demoiselles qui ont été reçues dans ladite 
maison , chacun volume contenant la preuve de cent familles , plus un grand 
portefeuille rempli de pareilles preuves de la noblesse de plusieurs demoiselles 
de ladite maison, dont sera fait un troisième volume, dans la forme ci-dessus, 
lorsque le nombre de cent sera complet; la deuxième, meublée de deux lits de 
repos et de sièges de damas bleu, avec des housses de serge bleue, comme les 
précédents rideaux; la troisième, meublée d'un grand lit et de plusieurs sièges 
semblables aux précédents; et dans la quatrième, aurions trouvé plusieurs 
sièges semblables, tables et rideaux, appelée le parloir de la supérieure, séparé 
du dehors par une grande grille , qui a un petit guichet fermant à clef; lesquels 
ornements de la susdite chapelle de la Croix et tous les meubles bleus desdites 
quatre chambres appartiennent à madame de Maintenon, leur institutrice. De 
là sommes allés dans deux chambres parquetées et lambrissées comme dessus 
et meublées de plusieurs lits et autres meubles , qui sont occupées par made- 
moiselle d'Aubigné. Et passant le long d'un corridor et devant la grande tribune 
susdite, sommes entrés dans un grand appartement, composé d'une grande salle, 
d'une antichambre , d'une chambre et d'un grand cabinet tout lambrissé et 
parqueté d'une très-belle menuiserie. La première, meublée de plusieurs sièges 
violets, cabinets et tables ; la deuxième, de tables et de plusieurs chaises de paille ; 
la troisième, de trois lits à piliers et rideaux très-propres et autres meubles 
nécessaires; et la quatrième, d'un grand lit violet, avec les chaises de même; 
lequel appartement l'on nous a dit être destiné à recevoir les religieuses qui 
doivent venir conduire lesdites Dames de Saint-Louis dans le noviciat qu'elles 



APPENDICES. 315 

désirent faire avant de faire profession de la règle de saint Augustin. Passant 
ensuite par un dégagement du susdit appartement , serions entrés dans trois 
petites chambres servant de garde-robes audit appartement; et traversant une 
galerie qui est le long d'icelui, serions entrés par un petit corridor dans l'un 
des oratoires de la grande tribune; et repassant par ieel le, aurions été par un long 
corridor dans une grande salle appelée l'infirmerie des demoiselles, où il y a trente 
lits à piliers et à rideaux rouges très-bien garnis ; ladite infirmerie meublée d'ail- 
leurs de tous les meubles nécessaires, auquel lieu nous aurions vu environ vingt- 
cinq malades, presque toutes convalescentes. Au bout de ladite infirmerie, nous 
aurions vu une grande chambre très-propre, appelée la chambre des infirmières, 
proprement parquetée et lambrissée, et séparée du dehors, où est situé l'autel , 
par une forte cloison de menuiserie, dans laquelle est une grande grille avec un 
petit guichet fermant à clef pour la communion; et à l'un des côtés de ladite 
cloison, nous avons vu un petit grillon de fer, recouvert d'une plaque de fer, 
servant de confessionnal pour les infirmes. De ladite grande grille, avons 
vu (tue ledit autel, appelé de Sainte-Geneviève, est très-décemment paré. En 
sortant de ladite chapelle, serions entrés dans deux autres salles, garnies cha- 
cune de plusieurs lits rouges, pareils aux précédents, et autres meubles néces- 
saires; lesdites salles servant d'infirmerie aux Dames et novices de ladite 
maison, le tout très-proprement tenu. Serions entrés ensuite dans une grande 
chambre, garnie de six lits rouges, comme dessus, et d'autres meubles néces- 
saires, servant actuellement d'infirmerie aux sœurs converses , à coté de laquelle 
et au-dessus des infirmeries des Dames , est une grande chambre , remplie de 
lits rouges et meubles comme dessus, que l'on nous a dit être le supplément 
des infirmeries. De là sommes passés , au travers d'une fort grande chambre 
ou grenier lambrissé, appelé le séchoir du linge des infirmeries, lequel en était 
effectivement rempli; de laquelle grande chambre serions entrés dans une 
autre grande chambre, toute garnie de tablettes du haut en bas en forme d'ar- 
moires, appelée la lingerie des infirmeries, lesdites tablettes chargées de linge 
et d'autres choses nécessaires aux malades. D'où nous sommes allés dans un 
grand dortoir, coupé d'un bout à l'autre d'une cloison contre laquelle sont 
adossés de part et d'autre deux rangs de lits à piliers et rideaux rouges très- 
bien garnis ; les trumeaux des fenêtres de part et d'autre garnis de tables et de 
bancs , et les embrasements desdites fenêtres remplis de petits coffres servant à 
mettre le linge et habits de chacune des demoiselles qui couchent dans ledit dor- 
toir, aux deux bouts duquel sont deux cellules pour deux maîtresses, et à chacun 
des côtés dudit dortoir, devant les cheminées, aurions vu des lampes qui sont 
allumées pendant la nuit. Dudit dortoir, sommes passés dans un lieu spacieux, 
appelé le vestibule des dortoirs, d'où nous aurions vu une grande chambre, 
appelée la chambre des postulantes , et dans trois autres dortoirs, meublés 



3*6 APPENDICES. 

comme dessus des couleurs verte, bleue et jaune, contenant -chacun plus de 
quarante lits, sans ceux des cellules des maîtresses; et repassant par le dortoir 

vert, nous sommes allés au grand dortoir des Dames, étant double par le côté 
droit, et y ayant des cellules de part et d'autre, et à gauche d'un côté seule- 
ment ayant vue sur la cour du dehors, les fenêtres garnies de vitres, châssis 
et claies; lesdites cellules, au nombre de trente-six, que nous avons toutes 
visitées et trouvées très - proprement planchées, et toutes lambrissées d'une 
belle menuiserie, et meublées chacune d'un lit à piliers avec les rideaux violets 
et garnis très-proprement d'une petite armoire, d'un priez-Dieu, d'une table, 
d'une écritoire, d'une cuvette, pot à l'eau, chandeliers et deux chaises de paille ; 
le tout très-propre. Au bout desquelles cellules avons trouvé un lieu bien 
fermé, dans lequel il y aurait un petit lit sans rideaux et une chaise de paille, 
appelé la prison; d'où nous serions allés dans une chambre, appelée la bou- 
tique, remplie de tablettes, garnie de merceries, toiles, étoffes, papier, et de 
toutes choses nécessaires concernant les menus besoins de ladite maison. 
Ensuite serions entrés dans un fort grand et long galetas lambrissé, régnant 
sur toute l'église et ses dépendances, excepté sur le dessus du sanctuaire et 
des chapelles, appelé le garde-meuble, rempli de tables, meubles et habits, où 
il y aurait entre autres choses plusieurs garnitures et lits de futaine blanche 
très-propres, qui sont les rideaux des lits et des fenêtres des cellules des Dames 
et des infirmeries, qu'on met ordinairement à Pâques, et qu'on remplace des 
violets et des rouges ordinairement à la fête de tous les saints. Dont et de ce 
que dessus..., etc. 

Et le lundi 24 novembre 1692, nous, évêque de Chartres, etc., nous sommes 
transportés, sur les quatre heures du soir, à la porte de clôture de ladite maison , 
en continuant notre visite, où nous avons été reçus par les Dames Gaultier 
et de Buthery, lesquelles nous auraient conduits dans la cour royale de ladite 
maison, que nous aurions trouvée fermée par le côté du midi d'une muraille 
faite à chaux, sable et moellon, de vingt-quatre toises de longueur sur deux 
de hauteur; au milieu de laquelle est un grand portique de pierre de taille, 
avec une bonne et forte porte cochère de bois de chêne , fermée de plusieurs 
barres et serrures en très-bon état, les trois autres côtés de la ladite cour, 
fermés du bâtiment de ladite maison. D'où, traversant la cour appelée des 
cuisines et le lieu appelé les bûchers, serions entrés dans les jardins; et allant 
droit jusqu'à la muraille de clôture, nous y aurions trouvé près du corps de 
ladite maison une porte cochère appelée la porte des provisions et du jardin , 
très-forte et bien fermée avec un petit grillon très-serré d'environ quatre 
pouces, avec un petit volet fermant à clef pour voir du dedans ceux qui 
pourraient s'y présenter pour entrer, ladite porte couverte d'un hangar fait 
de charpente et couvert d'ardoise; et nous étant fait ouvrir ladite porte, nous 



APPENDICES. 317 

avons \ibitc les murs de ladite clôture par dehors, qu'avons trouvés de pa- 
reille hauteur que par dedans et en bon état; et étant rentré, et continuant 
notre chemin le long d'un mur de la hauteur et fait comme dessus, le long de 
cinquante-six toises, nous n'avons remarqué aucune ouverture ni aucune 
issue au dehors. Ensuite tournant à la main gauche le long d'un mur comme 
ci-dessus d'environ trente-sept toises de long, aurions trouvé une autre porte 
cochère, servant d'entrée au jardin appelé le jardin de la petite infirmerie, 
dans la partie supérieure duquel jardin il y aurait un bâtiment détaché de 
toutes parts des murs de ladite clôture. Que lesdites Dames Gaultier et de 
Buthery nous ont dits avoir été construit pour servir d'infirmerie pour les 
maladies communicables en cas que Dieu en affligeât leur maison, dans lequel 
bâtiment serions entrés et y aurions trouvé par bas quatre pièces de plain- 
pied servant de salle, cuisine et autres offices, dans laquelle salle nous 
aurions trouvé une moyenne grille de fer avec un petit guichet, ayant vue 
sur une chapelle extérieure, appelée la chapelle de Saint-Roch, le tout bien 
fermé sans aucune communication du dehors; d'où nous serions montés aux 
premier et second étages dudit bâtiment, où nous aurions trouvé quatre 
grandes chambres et deux cabinets avec quelques meubles à l'usage ordi- 
naire. Ledit jardin, fermé d'un mur de chaux, sable et moellon de douze 
pieds de haut comme dessus, faisant clôture du côté de Versailles, d'environ 
soixante-dix toises de longueur ; d'où retournant à la porte d'entrée dudit 
jardin, le long d'un mur d'environ quarante-huit toises de long, serions re- 
passes dans le grand jardin le long d'icelui mur, au bout duquel nous aurions 
trouvé la suite des murs de ladite clôture que nous aurions continué de visiter, 
sans y trouver aucune ouverture, environ cinquante toises de longueur. 
Après quoi nous aurions vu une porte d'un pied et demi de large sur six ou 
sept de hauteur, fermée de serrures et verrous, appelée la petite porte du 
jardin, de laquelle nous étant fait faire ouverture, nous aurions reconnu que 
les murs sont en dehors de même hauteur et qualité qu'en dedans : et après 
être rentrés, avançant le long de la même clôture la longueur d'environ cent 
toises, aurions trouvé dans un angle dudit jardin un petit pavillon dont les 
murs font partie de la clôture, sans aucune ouverture extérieure par le bas; 
et étant montés au premier étage, y aurions trouvé une grande chambre 
percée de plusieurs fenêtres ayant vue de toutes parts. De là allant à main 
gauche le long d'environ soixante-dix toises, aurions trouvé une porte nou- 
vellement faite pour le service des maçons et autres ouvriers qui travail- 
lent aux aqueducs et canaux commencés dans les jardins pour le dessèche- 
ment de la maison, laquelle porte faite de grosses planches de chêne, avons 
trouvée bien fermée de verrous et serrures; près de laquelle nous aurions vu 
un aqueduc voûté qui reçoit les eaux des autres aqueducs et canaux susdits et 



318 APPENDICES. 

qui se décharge hors de ladite clôture, lequel est fermé sous le mur d'ieelle 
clôture d'une forte grille de fer engagée de toutes parts dans un mur de 
pierre de taille enfoncé de dix à onze pieds de profondeur, en sorte que la clô- 
ture ne peut être enfreinte par ledit aqueduc. Laquelle porte nous ayant été 
ouverte, nous avons visité lesdits murs par dehors, et les avons trouvés en 
bon état et de pareille hauteur que celle qu'ils ont en dedans. Étant rentrés et 
continuant de là notre chemin environ cent toises de long, serions arrivés à 
l'un des angles dudit jardin, et, arrivant à la main gauche le long d'un mur 
de clôture d'environ deux cent dix toises de longueur, n'y aurions trouvé 
aucune ouverture. Après quoi avons trouvé un bâtiment dont nous avons 
suivi les murs environ trente toises , après quoi nous aurions trouvé une porte 
cochère qui donne entrée dans la cour dudit bâtiment , lequel on nous a dit 
servir aujourd'hui au blanchissage du linge, pourquoi il est appelé le lavoir, 
dans lequel nous serions entrés et y aurions trouvé par bas deux grandes 
pièces , dans l'une desquelles sont les cuviers avec leurs pompes et un grand 
bassin, partagé en quatre parties où le linge se lave ordinairement; l'autre 
pièce servant de bûcher auxdits lavoirs. Au-dessus desdites deux pièces, nous 
avons vu trois fort grandes chambres servant de séchoir pour le linge, partie 
dudit bâtiment et une portion de la cour, faisant en tout environ treize toises 
faisant clôture sans aucune ouverture. En sortant de ladite cour et après 
la porte d'ieelle, aurions trouvé la porte du cimetière, dans lequel nous avons 
trouvé une grande croix de pierre de taille : ledit cimetière tout environné de 
murs de la hauteur en construction que dessus, dont un des côtés, d'environ 
quarante toises, fait clôture du côté de la rue de Saint-Cyr, et d'autre part 
vingt-six toises du côté du jardin desdits sieurs prêtres de la Mission, sans 
aucune ouverture ni issue de part ni d'autre; d'où nous sommes revenus par 
dedans les bâtiments de ladite maison , par le vestibule qui est vis-à-vis 
l'avant-chœur de ladite église à la grande porte de clôture par laquelle nous 
étions entrés , qui ouvre dans la cour du dehors où sont les bâtiments qu'habi- 
tent lesdits sieurs prêtres de la Mission et ceux destinés pour les hôtes, la- 
quelle grande porte de chêne nous avons visitée par dedans et par dehors et 
trouvée faite de grosses et fortes planches de bois de chêne fermée de plusieurs 
barres, verrous, serrures, et en très-bon état. Dont et de tout ce que des- 
sus a\ ons dressé procès-verbal pour servir et valoir en temps et lieu que de 
raison, etc. 



APPENDICES. 319 



MEMOIRE 

POUR SERVIR D'INSTRUCTION AUX PERSONNES QUI DESIRERONT OBTENIR DES 
PLACES POUR DKS DEMOISELLES DANS LA ROYALE MAISON DE SAINT -LOUIS 
A SAINT-CYR-LEZ-YERSAILLES (1784). 

(Voir pages 4 40 et 256.) 

Par les lettres patentes de la fondation de la royale maison de Saint-Louis 
à Saint- -Cyr-lez- Versailles , Louis XIV, de glorieuse mémoire, s'est réservé, et 
à ses successeurs rois, la nomination et entière disposition de deux cent 
cinquante places de demoiselles qui doivent être élevées en ladite maison, 
pour en disposer en faveur des filles nobles, et principalement de celles qui 
seront issues de gentilshommes qui auront porté les armes, ou qui, étant 
morts pour le service, auraient épuisé leur fortune par les dépenses qu'ils y 
auraient faites , et se trouveraient hors d'état de leur donner les secours néces- 
saires pour les bien élever. 

Qualités requises. 

1° Aucune demoiselle, suivant lesdites lettres patentes, ne pourra être 
pourvue de l'une de ces places si elle n'est au moins âgée de dix ans; celles 
qui en auront plus de dix ne pourront y être admises. 

2° Il faudra, aux termes des mêmes lettres patentes, que la demoiselle qui 
sera présentée soit en état de justifier une profession de noblesse au moins de 
cent quarante ans consécutifs du côté paternel. 

3° Par autres lettres patentes du 1 er juin 1763, il a été ordonné qu'à l'ave- 
nir les demoiselles qui se présenteront pour être reçues dans ladite maison 
seront tenues de justifier que leur père ou aïeul ont servi au moins dix ans 
chacun dans les troupes de Sa Majesté, si ce n'est qu'avant ledit temps l'un 
ou l'autre aient été tués à son service, ou qu'ils l'aient quitté par rapport à 
des blessures ou des infirmités qui les aient empêchés de le continuer. Celles 
dont le père où le grand-père auront été tués au service seront tenues de le 
justifier par extraits mortuaires en bonne forme , dûment légalisés ; et celles 
dont les pères ou grands-pères auront, avant les dix ans ci-dessus, quitté 
le service pour raison de blessures ou d'infirmités, rapporteront un certificat 
des commandants ou officiers des corps dans lesquels ils auront servi , conte- 



320 APPENDICES. 

liant la qualité des blessures, infirmités ou autres accidents qui les auront 
obligés de quitter le service. 

Causes d'exclusion. 

Toute demoiselle qui aurait quelque défaut, infirmité ou difformité, ne 
pourrait être admise à l'une desdites deux cent cinquante places. Ainsi, celles 
qui sont borgnes, louches, bossues, boiteuses, manchotes, qui ont mauvaise 
odeur, des humeurs froides, des teignes, quelque infirmité ou incommodité de 
nuit, etc., sont absolument exclues. 

Moyens pour parvenir à obtenir une place. 

Les parents ou amis des demoiselles ayant toutes qualités requises qui dési- 
reront obtenir de Sa Majesté l'une desdites deux cent cinquante places, 
s'adresseront à M. d'Ormesson , conseiller d'État, intendant des finances, 
commis par Sa Majesté pour être chef du conseil par elle établi pour la direc- 
tion de l'administration du temporel de ladite maison de Saint-Louis, et, 
en cette qualité, chargé de lui présenter les placets pour l'admission auxdites 
places; et ils joindront au placet : 

J° L'extrait baptistaire de la demoiselle pour laquelle on demande une 
place, et ceux de ses sœurs cadettes, si elle en a, séparés, et légalisés par le 
juge royal de la paroisse où sont nées ces demoiselles. 

2° Un certificat du curé de la paroisse des père et mèrç, pareillement léga- 
lisé, portant le nombre de leurs enfants vivants et l'âge de leurs filles. 

3° Un certificat de l'évêque diocésain , ou , en cas de vacance ou absence , 
du vicaire général, qui atteste que les père et mère de la demoiselle n'ont 
point de biens suffisants pour la faire élever suivant sa condition. 

4° Un mémoire détaillé des services militaires des père, grand -père et 
proches parents de la demoiselle, et la preuve de dix années au moins de 
service pour chacun des père et aïeul de cette demoiselle, lesquels doivent 
être justifiés par lettres, brevets et commissions d'officiers, ou par des certi- 
ficats équivalents, soit du ministre de la guerre, soit du commandant ou 
principaux officiers des corps dans lesquels lesdits père et aïeul auront servi, 
conformément aux lettres patentes du 1 er juin 1763. 

5° L'extrait baptistaire du père de la demoiselle, légalisé. 

Au moyen de toutes ces reproductions, la demande étant en règle, elle 
sera mise sous les yeux du roi par M. d'Ormesson; et, après qu'il aura plu à 
Sa Majesté ordonner que la demoiselle sera admise, ses parents ou amis 
seront informés aussitôt, afin de les prévenir qu'il faut qu'ils remettent ou 
envoient les titres de noblesse entre les mains de M. le président d'Hozier, 
commissaire nommé par les Dames supérieure et religieuses de ladite maison 



APPENDICES. 321 

de Saint-Louis, pour certifier à Sa Majesté la noblesse des demoiselles élevées 
dans ladite maison. 

Preuves de noblesse. 

Les pièces qui doivent être représentées pour établir les preuves de noblesse 
sont : 

1° Les contrats de mariage du père, de l'aïeul, bisaïeul, trisaïeul et autres 
ascendants en ligne directe et masculine , en remontant jusqu'à cent quarante 
ans au moins; dans le cas où il n'y aurait pas eu de contrat de mariage, on 
y suppléera par l'acte de célébration , dûment légalisé. 

2° Et afin que les filiations et les qualifications soient d'autant plus claire- 
ment et incontestablement justifiées, on joindra à chaque contrat de mariage 
deux autres actes, dans lesquels les mêmes qualités que celles prises dans les 
contrats de mariage se trouvent insérées : ces actes doivent être, extraits 
baplistaires , testaments, créations de tutelles, gardes nobles, partages, trans- 
actions, actes ou jugements de maintenue de noblesse, rendus lors des re- 
cherches de 1GG6 et 1696, lettres de chancellerie, hommages, aveux et 
dénombrements de fiefs, contrats d'acquisitions, ventes ou échanges, procès- 
verbaux , pour être reçu dans l'ordre de Malte , ou dans d'autres ordres ou 
chapitres nobles, brevets, provisions ou lettres de retenue de charges, com- 
missions , certificats de service , ou autres pièces énonciatives de la qualité de 
noble. 

3° Des extraits des rôles des tailles de la paroisse où les père et mère de la 
demoiselle ou ses aïeux ont fait leur résidence depuis trente aus, s'ils ont 
demeuré dans les lieux taillables ou sujets à d'autres impositions ou charges 
sur les roturiers. Lesdits extraits de rôles contenant que lesdits père .et mère 
ou aïeuls ont toujours été employés au chapitre des nobles. 

Tous les titres et pièces servant à établir la noblesse telle qu'elle est requise 
pour être reçu dans la maison, seront rapportés en bonne forme; savoir, les 
actes passés devant notaires en grosse, ou par expédition signée des notaires 
qui auront la minute, les copies collationnées n'étant pas suffisantes. 

Les secondes expéditions délivrées sur les minutes, les extraits baptistaires, 
ou certificats, ou pièces servant à justifier la naissance, seront légalisés par le 
juge royal du ressort du lieu où demeureront ceux qui les auront signés ou 
délivrés, faute de quoi ils ne feront point foi , et l'on n'y aura aucun égard. 

Les titres ayant été examinés et vérifiés, M. le président d'Hozier en déli- 
vrera son certificat. 

La dépense de cet examen, certificat et procès- verbal contenant l'arbre gé- 
néalogique, n'est point à la charge des parents des demoiselles, et concerne 
les Dames de la maison de Saint-Cyr seules. 

41 



322 APPENDICES. 

Si, sur le rapport qui sera fait du tout au roi par M. d'Ormesson, Sa Ma- 
jesté juge que la demoiselle a les qualités requises, elle ordonnera que le 
brevet de don de l'une de ces places soit expédié. 

Mais, comme les demoiselles ne peuvent être reçues dans la maison qu'à 
mesure qu'il y vaque des places, elles attendront qu'on les informe du temps 
juste auquel elles pourront entrer; c'est le moyen de ne pas s'exposer inutile- 
ment aux frais coûteux et inévitables d'un long séjour à Paris jusqu'à la va- 
cance des places. 

Toutes choses étant enfin disposées pour l'entrée des demoiselles dans ladite 
maison , les parents ou amis iront chez M. le président d'Hozier retirer leur 
certificat de noblesse, et aussitôt après se transporteront chez le notaire de la 
maison de Saint-Cyr avec l'extrait baptistaire de la demoiselle et le, certificat 
de noblesse de M. le président d'Hozier, pour y présenter deux personnes ma- 
riées , connues et domiciliées à Paris , à l'effet d'y signer un acte de caution- 
nement, par lequel elles s'obligeront, à défaut de parents, de reprendre la 
demoiselle lorsqu'elle aura ses vingt ans accomplis , et même dans tous les cas 
où elles pourraient en être requises par madame la supérieure; ensuite la de- 
moiselle sera reçue dans ladite maison pour y être élevée jusqu'à l'âge de 
vingt ans accomplis, de la manière et en conformité des lettres patentes de 
fondation. 

Observations importantes. 

Ceux qui voudront demander des places sont exhortés de faire attention 
aux causes d'exclusion ci-devant détaillées, et de se régler en conséquence; 
on les prévient que lorsqu'une demoiselle entre dans la maison , elle est très- 
scrupuleusement examinée et visitée par ordre de madame la supérieure; et si, 
par événement , elle se trouvait attaquée de quelque infirmité ou difformité , 
eùt-elle d'ailleurs toutes les autres qualités requises, elle serait renvoyée à sa 
famille, et toutes les démarches, frais de voyage et autres dépenses que l'on 
aurait pu faire jusqu'alors seraient en pure perte. 

L'on avertit aussi ceux qui ne sont pas en état de prouver la possession de 
cent quarante ans consécutifs, de la manière et par les pièces ci-dessus énon- 
cées, qu'ils ne se donnent pas la peine de faire aucune sollicitation, parce que 
cela ne leur servirait de rien. 

On prévient les parents des demoiselles que les lettres patentes de fondation 
prescrivent expressément que les demoiselles ne pourront sortir de ladite 
maison qu'à l'époque de vingt ans accomplis; et dans le cas où ils les retire- 
raient avant ce temps-là , les mêmes lettres patentes les privent de toute dota- 
tion et gratification. Ainsi, on doit s'attendre que toutes les sollicitations pour 
les retirer avant cette époque de vingt ans accomplis seront toujours infruc- 



APPENDICES. 323 

tueuses, à moins qu'on ne veuille faire le sacrifice des trois mille livres qui 
sont délivrées aux demoiselles qui ont resté dans ladite maison tout le temps 
prescrit. 

Les demoiselles qui, après avoir été reçues dans ladite maison, y commet- 
tront des fautes graves , ou qui auront une indocilité de caractère capable d'en 
troubler l'ordre, seront renvoyées à leur famille par madame la supérieure, 
qui , aux termes des lettres patentes de fondation , en a le droit , après avoir 
pris l'avis des Dames du conseil. Ce règlement, n'ayant pour objet que le bien 
de la maison, s'exécute avec la plus grande rigueur, malgré les sollicitations 
les plus vives et les protections les plus puissantes. Et les demoiselles ainsi 
renvoyées sont privées du don des trois mille livres qu'il plaît à Sa Majesté 
d'accorder à toutes celles qui ont été élevées dans ladite maison jusqu'à 
l'époque de leur vingt ans accomplis. 

Les parents des demoiselles qui voudront les voir pourront venir à Saint - 
Cyr, seulement dans les huit jours des octaves des quatre fêtes annuelles ; 
savoir, Noël, Pâques, Pentecôte et la Toussaint, à commencer le lendemain 
de chacune de ces fêtes. 



H. 

L'ÉDUCATION DE SAINT-CYR. 

(Voir page 143.) 

Cœurs destinés à la vertu parfaite , 
Vous que le ciel honore de son choix , 
Nobles enfants, aimez cette retraite, 
Dieu vous l'a faite 

Par la main du roi. 
La nuit, le jour, dans toute sa noblesse 

Parle la sagesse , 

Ecoutez sa voix. 

Loin de ces jeux ou règne la licence , 
Et des attraits du monde séducteur, 
Vous apprendrez les lois de l'innocence 
Et do la décence 



m APPENDICES. 

Qu'aime la pudeur; 
Et vous saurez dès votre tendre enfance 
Joindre à la naissance 
Le solide honneur. 



H'. 

UNE JOURNÉE DE MADAME DE MAINTENON A VERSAILLES. 

(Voir page 182.) 

« Il faut que je prenne pour mes prières et pour entendre la messe le temps 
où tout le monde dort encore; car quand on a commencé à entrer chez moi, 
je n'ai plus un instant. M. Maréchal, chirurgien du roi, entre à sept heures 
et demie; puis M. Fagon, qui est suivi de M. Rlouin, gouverneur de Ver- 
sailles, ou de quelque autre qui envoie savoir de mes nouvelles; ensuite M. de 
Chamillard ou quelque autre ministre, monseigneur l'archevêque, un général 
d'armée qui va partir, et une quantité d'autres qui viennent à la file, et qui 
ne sortent que quand ils sont relevés par quelqu'un au-dessus d'eux. Quand 
le roi vient, il faut qu'ils s'en aillent tous; il demeure avec moi jusqu'à ce 
qu'il aille à la messe. Remarquez que je suis encore en coiffure de nuit; car si 
je m'étais habillée, je n'aurais pas eu le temps de faire mes prières. Ma 
chambre est pour ainsi dire comme une église où l'on fait des processions, 
des allées et des venues perpétuelles. Le roi revient après la messe, ensuite 
madame la duchesse de Bourgogne avec ses dames ; ils demeurent là pendant 
que je dîne : je ne suis pas alors sans inquiétude, car je suis en peine si ma- 
dame la duchesse de Bourgogne en use bien avec son mari quand il y est ou 
si elle ne fait rien de mal à propos; je tâche de lui faire dire quelque mot 
obligeant aux unes et aux autres; il faut soutenir la conversation, faire en 
sorte de les unir tous ; s'il échappe quelque indiscrétion , je la sens vivement 
pour ceux qu'elle regarde ; je suis embarrassée de la manière dont on prendra 
ce que certaines gens disent; enfin c'est une tension d'esprit que rien n'égale. 
Tout le cercle est autour de moi , et je ne puis demander à boire ; je leur dis 
quelquefois en me détournant : a C'est bien de l'honneur, mais je voudrais 
bien un valet. » Sur cela tous s'empressent à vouloir me servir, ce qui m'est 
une autre sorte d'embarras et d'importunité. Enfin ils s'en vont tous dîner, et 



APPENDICES. 325 

je serais libre pendant tout ee temps-là si monseigneur (le dauphin ne le 
prenait ordinairement pour me venir voir, car il dine souvent pins tôt pour 
aller à la chasse. 11 est fort difficile à entretenir ; disant peu de chose, il faut 
nécessairement que je fournisse à la conversation et paye, comme l'on dit, 
de ma personne. Aussitôt après le dîner du roi, il revient dans ma chambre 
avec toute la famille royale, princes et princesses, et s'y amuse une demi- 
heure; puis il sort tout seul, et tout le reste demeure; et il faut que je con- 
tinue encore cette conversation , pendant que j'ai la tête pleine de chagrins 
sur tout ce qui se passe à l'armée, où mille gens périssent, tantôt dans un 
siège de ville, tantôt dans une bataille, et quantité de méchantes nouvelles 
qui arrivent tous les jours sur cela et sur mille autres choses qui me mettent 
sur le cœur un poids qui me pèse infiniment et qu'il faut que je cache sous un 
air gai et riant. Quand cette assemblée se sépare, quelques dames ont toujours à 
me parler en particulier, et me prennent dans mapetite chambre pour me conter 
leurs chagrins , ce que font également celles qui m'aiment et celles qui ne 
m'aiment pas; et il faut que je les serve et parle pour elles au roi. Madame 
la duchesse de Bourgogne veut aussi m'entretenir souvent tête à tète, de 
sorte que Dieu permet que cette vieille personne devienne à tous l'objet de 
leur attention. Ils s'adressent tous à moi, ils veulent que tout passe par moi; 
et il me fait la grâce de ne voir jamais ma condition par ce qu'elle a d'écla- 
tant, mais toujours par ce qu'elle a de pénible; bien loin d'en être éblouie, je 
ne me regarde que comme un instrument dont il se sert pour faire du bien , 
pour travailler à sa gloire , pour unir nos princes , pour soulager ceux que je 
puis , etc. Je pense quelquefois à la haine que Dieu m'a donnée de tout temps 
pour la cour, quoique cependant il m'y destinât , et je vois avec reconnais- 
sance que c'est qu'il m'y voulait sauver... Mais revenons à notre journée. 

» Quand le roi est revenu de la chasse, il vient chez moi; on ferme la porte, 
et personne n'entre plus ; il faut alors partager ses chagrins , ses peines se- 
crètes, qui ne sont pas en petit nombre. Il vient quelque ministre qui apporte 
souvent de mauvaises nouvelles; le roi travaille, et si l'on ne veut pas de moi 
dans le conseil , ce qui est rare , je me retire un peu plus loin , et je place là 
ordinairement le temps de mes prières, de peur de n'en pas trouver d'autre. Je 
soupe pendant que le roi travaille encore, et je suis inquiète, qu'il soit seul ou 
non. Je suis contrainte comme vous voyez depuis six heures du matin et bien 
lasse; le roi s'en aperçoit quelquefois, et me dit : « Vous n'en pouvez plus, 
n'est-ce pas? couchez-vous. » Je le fais donc; mes femmes viennent; mais je 
sens qu'elles gênent le roi, qui se contraint pour ne pas parler devant elles, ou 
bien il y a encore quelque ministre, et il a peur que l'on n'entende, de sorte 
que je me dépêche souvent jusqu'à m'en trouver mal. Enfin me voilà dans 
mon lit; je renvoie mes femmes; le roi s'approche et demeure à mon chevet 



326 APPENDICES. 

jusqu'à ce qu'il aille souper, et un quart d'heure avant le souper monsieur le 
dauphin et M. et madame la duchesse de Bourgogne viennent encore chez 
moi. A dix heures ou dix heures et un quart, tout le monde sort; alors je 
suis seule *... » 



EXTRAIT 

DES AVTS DONNÉS PAR MADAME DE MAINTENON A MADAME LA PRINCESSE DE 
SAVOIE, DEPUIS DUCHESSE DE BOURGOGNE ET ENSUITE DAUPHINE DE FRANCE, 
TROUVÉS PAR LE ROI EN ORIGINAL DANS LA CASSETTE DE CETTE PRINCESSE 
APRÈS SA MORT. 

(Voir page 4 92.) 

Que votre piété soit solide, droite et éclairée : solide, vous en servant de 
règle dans toutes les actions de votre vie; droite, en préférant toujours les 
obligations de votre état à toute dévotion; éclairée, en vous instruisant de tout 
ce que vous devez savoir pour vous sauver et pour en sauver beaucoup d'autres 
par votre exemple. 

Par rapport à monsieur votre mari 

Prenez votre résolution, madame, de souffrir tout ce que Dieu voudra 
vous envoyer; caria condition des grands a ses peines, et souvent plus amères 
que celles des particuliers. N'espérez point un parfait bonheur, il n'y en a 
pas sur la terre. 

Votre sexe est encore plus exposé à souffrir, parce qu'il est toujours dans la 
dépendance. 

Ne soyez ni fâchée ni honteuse de cette dépendance d'un mari, ni de toutes 
celles qui sont dans l'ordre de Dieu ; mais sanctifiez-la, vous y soumettant de 
bon cœur pour l'amour de lui. 

Que M. le duc de Bourgogne soit votre meilleur ami et votre confident; 
prenez ses conseils, donnez-lui les vôtres; ne soyez qu'une seule personne 
selon le dessein de Dieu. 

1 lotir os édifiantes 



àPPENDÎCES. 327 

N'espérez point que celte union vous fasse jouir d'un bonheur parlait. Les 
meilleurs mariages sont ceux où l'on souffre tour à tour l'un de l'autre avec 
douceur et patience. 

Il n'y en a aucun sans quelque contradiction; supportez donc les défauts de 
l'humeur, du tempérament, de la conduite, la différence des opinions et des 
goûts, c'est à vous à soumettre les vôtres. 

Prenez sur vous le plus que vous pourrez, et prenez le moins qu'il vous 
sera possible sur les autres. Cela est au-dessus des forces naturelles, mais Dieu 
vous soutiendra si vous avez recours à lui. 

Soyez complaisante sans faire valoir vos complaisances. 

N'exigez pas autant d'amitié que vous en aurez. Les hommes pour l'ordi- 
naire sont moins tendres que les femmes. 

Vous serez malheureuse si vous êtes délicate en amitié. 

Demaudez à Dieu de n'être pas jalouse. 

N'espérez jamais faire revenir un mari par les plaintes, les chagrins et les 
reproches. 

Le seul moyen est la patience et la douceur, mais j'espère que M. le duc de 
Bourgogne ne vous mettra pas à ces épreuves. 

Tournez vos occupations selon les inclinations de M. le duc de Bourgogne. 

En sacrifiant votre volonté ne prétendez rien sur la sienne, les hommes y 
sont encore plus attachés que les femmes, parce qu'on les élève avec moins de 
contrainte. 

Ils sont naturellement tyranniques et veulent des plaisirs et de la liberté, et 
que les femmes y renoncent. 

Ils sont les maîtres, il n'y a qu'à souffrir de bonne grâce. 

Aimez vos enfants, voyez-les souvent, c'est l'occupation la plus honnête 
que vous puissiez avoir. 

N'oubliez rien pour les bien élever et pour leur donner le plus de préservatif 
contre les dangers de leur état. 

Imprimez la religion dans leur cœur, et jetez-y la semence de toutes les 
vertus. 

Nourrissez les filles dans la contrainte et la solitude, afin qu'elles se trou- 
vent plus heureuses dans les mariages que la Providence leur aura destinés. 

Par rapport au monde. 

Exposez-vous au monde selon la bienséance de votre état. 

Mettez votre confiance en Dieu et consolez-vous des périls ou on y est ex- 
posé par le bien que vous y pouvez faire. Un des plus grands, c'est l'exemple. 

Professez donc hautement votre foi et votre religion sans en négliger aucune 
pratique. 



328 APPENDICES. 

Détruisez autant que nous pourrez la vanité et l'immodestie, le luxe, et 
encore plus les calomnies et les médisances, les railleries offensantes et tout ce 
qui est contraire à la charité. 

N'épousez les passions de personne. C'est à vous à les modérer, et non pas 
à les suivre. 

Regardez comme vos véritables amis ceux qui vous porteront à la douceur, 
à la paix , au pardon des injures. 

Et par la raison contraire, craignez et n'écoutez pas ceux qui voudront vous 
exciter contre les autres , quelques apparences de zèle dont ils veulent pré- 
texter leurs intérêts et leurs ressentiments. 

Défiez- vous des personnes intéressées, ambitieuses, vindicatives. Leur com- 
merce ne peut que vous nuire. 

Parlez, écrivez et faites toutes vos actions comme si vous aviez mille 
témoins. 

Comptez que tôt ou tard tout est su; l'écriture surtout est très-dangereuse. 

N'ayez point tort; ne vous mettez point en état de craindre la confrontation. 

Donnez toujours de bons conseils. 

Excusez les absents. 

Encore une fois, n'entrez point dans les passions de personne; vous leur 
plairez moins dans les temps de leur fureur, mais elles vous estimeront dans la 
suite. 

Sanctifiez toutes ces vertus en leur donnant pour motif l'envie de plaire à 
Dieu. 

Aimez l'État, aimez la noblesse, qui en est le soutien. Aimez les peuples; 
protégez-les à proportion du crédit que vous aurez ; soulagez-les autant que 
vous le pourrez. 

Aimez vos domestiques, portez-les à Dieu, faites leur fortune jusqu'à un 
certain point; mais ne contentez ni leur vanité ni leur avarice, et mettez par 
votre sagesse la modération qu'ils devraient mettre à leurs désirs. 

Ne vous familiarisez guère avec eux ; pour l'ordinaire ils en abusent. 

Ne vous inquiétez point sur l'avenir; passez chaque jour le plus tranquille- 
ment que vous pourrez et le plus saintement. 

Ne soyez point trop attachée au plaisir, il faut savoir s'en passer. 

Apprenez à vous contraindre. 

Ne confiez rien qui puisse vous nuire s'il est redit. Comptez que les secrets 
les mieux gardés ne le sont que pour un temps. 

Soyez en garde contre le goût que vous avez pour l'esprit. Il vous fera haïr 
du plus grand nombre. 

On ne donne presque qu'une maxime aux princes, qui est la dissimulation. 
Il est vrai qu'il ne faut pas montrer tout ce qu'on pense ni se laisser aller à tous 



APPENDICES. 329 

les mouvements intérieurs; mais comme on a toujours les yeux sur eux , il est 
certain qu'ils doivent autant qu'il leur est possible avoir un extérieur doux, 
égal et médiocrement gai. Quant à la maxime de dissimuler toujours, elle 
est très-fausse, et elle les fait tomber dans de grands inconvénients. 

Il faut montrer sans affectation ce qui est bon à montrer, ou du moins il ne 
le faut pas cacher. Les exemples vous le feront bien mieux comprendre. 

Une personne à qui vous avez témoigné de l'amitié est malade considérable- 
ment, vous devez en avoir et en montrer de l'inquiétude. 

Elle meurt , vous devez en avoir de la douleur et ne la point cacher. 

Vous ne serez aimée qu'autant qu'on vous croira capable d'amitié. 



J. 



AVTS DE MADAME DE MAINTENON A UNE DEMOTSELLE 
QUI SORTAIT DE SAINT-CYR. 

(Voir à la page 204.) 

Ce que je crois de plus important pour vous, ma chère fille, en entrant 
dans le monde, est de vous attacher à Dieu avec une grande confiance en lui, 
joint à une égale défiance de vous-même; vous en aurez plus besoin qu'un 
autre, par l'ignorance du mal où vous avez été élevée, qui pourrait vous y 
faire tomber, sans même vous en apercevoir. Ainsi vous n'êtes pas en état de 
vous garder; mais Dieu vous gardera si vous tenez fortement à lui par le fré- 
quent usage des sacrements, par la fidélité à vos exercices, et tâchant surtout 
de mériter cette faveur par de ferventes prières... N'oubliez jamais, ma chère 
fille, qu'un chrétien sans prière est un soldat sans armes le jour du combat; 
que lui peut-il arriver, sinon d'être percé de coups et abandonné à la discrétion 
de son vainqueur, qui n'est autre que ce fort armé dont parle l'Évangile? 

J'ai joint la défiance de soi-même à la confiance en Dieu, car il ne faut pas 
le tenter en s'exposant aux occasions : qui aime le péril y périra. Si vous vous 
engagiez mal à propos, et que vous ne fussiez pas sur vos gardes, vous auriez 
sujet de craindre que Dieu vous refusât son secours et qu'il vous livrât à votre 
faiblesse. Fuyez donc les hommes comme vos plus mortels ennemis; ne vous 
trouvez jamais seule avec aucun. Ne vous plaisez point à entendre dire que 
vous êtes jolie, aimable, que vous avez la voi\ belle, etc.; le monde est un 

42 



330 APPENDICES. 

trompeur malin qui pense rarement ee qu'il dit, et la plupart des hommes qui 
tiennent ce discours aux filles ne le font que pour trouver une entrée pour les 
perdre. Ne recevez jamais d'eux des présents; ne chantez jamais en leur pré- 
sence que par ordre et devant madame votre mère, que je crois trop sage pour 
vous le taire faire mal à propos. Fuyez toute galanterie et toute intrigue; 
évitez même les manières et les airs enjoués. Que votre modestie soit embar- 
rassée à l'abord d'un homme, que la rougeur vienne à votre secours; mais 
n'ayez pas de ces manières de fdles de couvent, qu'on ne peut guère appeler 
que sottes, et qui attirent ordinairement ce qu'on prétend éviter. Des yeux 
baissés modestement et un certain air de sagesse et de réserve sont bien plus 
à propos. Ne souffrez jamais qu'ils vous touchent les mains ou autrement, ni 
qu'ils prennent avec vous la moindre liberté. N'ayez avec personne des airs 
ni des rires d'intelligence. N'écrivez qu'à vos proches parents, à moins de 
quelque affaire. Si un homme vous écrit, portez votre lettre à madame votre 
mère avant même de la lire, et n'y répondez point sans son ordre. Si vous 
n'étiez pas à portée de prendre son conseil, il vaudrait encore mieux jeter de 
telles lettres au feu sans les lire que de risquer de prendre un autre parti. 

Vous savez ce que Dieu ordonne d'avoir pour ceux de qui nous avons reçu 
la vie, ne vous en oubliez jamais; honorez et respectez madame votre mère, 
quand même vous ne trouveriez pas en elle la tendresse et l'amitié que je suis 
persuadée qu'elle a pour vous. Faites voir en tout une soumission et une par- 
faite déférence à ses sentiments, tant qu'elle ne vous demandera rien de con- 
traire à votre premier devoir, qui est d'obéir à Dieu ; et quand même vous 
verriez en vos frères et sœurs une conduite contraire, distinguez-vous d'eux 
en cela. Vous avez été mieux instruite, et vous savez qu'il n'y a dans le pré- 
cepte que Dieu en a fait aucune différence du plus au moins de naissance, ni 
des autres avantages naturels. Dieu de tout temps a béni les enfants qui se 
sont exactement acquittés de ce devoir, et ceux qui agissent autrement ne 
prospèrent pas pour l'ordinaire, même en ce monde. Mettez votre dévotion à 
remplir les devoirs de votre état; un des principaux va être de plaire à ma- 
dame votre mère et à mesdemoiselles vos sœurs, en tout ce qui ne déplaît point 
à Dieu. Soyez douce, égale, complaisante, pleine d'attention aux autres et 
d'oubli de vous-même. Mettez votre plaisir à faire celui de madame votre mère 
et à vous rendre à sa volonté ; conformez-y vos dévotions , raccourcissez -les 
s'il le faut, mais que rien ne vous empêche de penser à Dieu, de lui offrir vos 
actions, d'agir pour l'amour de lui, et de l'aimer de tout votre cœur. Il ne 
vous faut pour cela ni chapelles, ni oratoires, ni chambres particulières; en 
jouant, en conversant et en faisant ses autres affaires, on peut aisément avoir 
un petit commerce intérieur avec lui. 

Vous avez fort bon goût sur la lecture, ne la gâtez pas; ne lisez que 



APPENDICES. 331 

pour vous édifier, et non pour satisfaire la curiosité et la démangeaison natu- 
relle aux filles, ni pour paraître savante. N'oubliez jamais ee qu'on vous a dit 
à Saint-Cyr sur cet article. Prenez garde au goût de l'esprit, d'autant plus 
dangereux qu'il parait moins criminel; c'est par cet endroit que tout le monde 
tient au jansénisme; leur style est un aimant dangereux dont vous devez vous 
défier; mais gardez-vous cependant de marquer aucuns soupçons sur ce sujet 
aux personnes avec qui vous vivez, ils causeraient de fâcheux inconvénients. 

Prenez garde à une maxime que je crois fort dangereuse, que le bonheur 
de la vie consiste dans la douceur de l'amitié; cela peut être vrai jusqu'à un 
certain point, mais cette inclination et ce goût pourraient aussi être cause de 
votre perte; car quand on désire si fort d'être aimée, on ne regarde guère de 
qui ; on fait tout pour en venir à bout ; on sacrifie sa religion, son honneur et sa 
conscience ; ce désir-là est un bandeau épais qui aveugle. Je comprends que c'est 
une grande douceur d'être aimée des personnes avec qui on est obligée de passer 
sa vie, et qu'il faut même tâcher de s'attirer cet avantage par toutes les voies 
raisonnables, et surtout par une honnête complaisance; mais il ne se faut pas 
trop fonder sur cette amitié, ni se persuader aisément qu'on en a beaucoup 
pour vous. Comptez, ma chère fille, qu'il n'y a presque plus de véritables 
amis, l'intérêt et l'argent remuent tout et divisent les frères et sœurs, les 
pères et les enfants. Agissez cependant toujours de bonne amitié de votre part, 
contribuez à l'entretenir de tout votre pouvoir, ne marquez jamais que vous 
croyez voir qu'on en manque pour vous; et le jour qu'en effet vous vous aper- 
cevez de quelque chose, ne croyez pas tout perdu : ce n'est rien de pis que ce 
qu'on éprouve presque généralement partout, et il est plus vrai qu'on ne sau- 
rait dire qu'il n'y a guère que Dieu qui nous aime pour notre propre avantage 
et sans aucun intérêt. Tournez de ce côté le fond de votre tendresse; aimez, 
chérissez cet ami bienfaisant, constant et généreux, qui ne vous manquera 
jamais quand tous les autres vous abandonneront, et avec qui vous ne devez 
craindre aucun mécompte. Voilà la véritable douceur de la vie; vous n'en 
trouverez point ailleurs de solides, votre cœur ne pouvant être content de 
rien moins que de Dieu , et notre complaisance pour les hommes doit nous être 
suspecte lorsqu'elle n'a pas pour objet l'amour de Dieu et du prochain. 

La médisance est un des plus grands écueils que vous ayez à craindre, on 
n'en fait aucune façon dans le monde; la conversation y parait insipide à moins 
que quelqu'un n'en fasse le sujet, et ne soit, comme on dit, sur le tapis. Vous 
ferez bientôt comme les autres si vous n'êtes tout à fait sur vos gardes, 
et si vous ne vous souvenez des maximes que vous avez , pour ainsi dire, sucées 
ici. Plus la médisance est spirituelle et agréable, plus elle s'insinue et fait 
d'impression. A'oubliez donc pas, ma chère fille, qu'on ne peut médire sans 
commettre un très-grand péché, qui oblige à une restitution d'autant plus 



V>.' APPENDICES. 

difficile, que le bien qu'il faut rendre est fort au-dessus de eeux qu'on nomme 
de fortune, qui, n'étant plus dans les mains des personnes qui l'ont ravi, n'est 
pas aisé à restituer. Je sais que ce ne sera pas à vous de reprendre les per- 
sonnes que vous entendrez médire, ni à leur imposer silence; mais votre air 
doit parler en ces occasions, et la charité y fait user d'industrie. La plupart 
des gens du monde se perdent faute d'attention sur cet article ; mais vous se- 
riez plus coupable de vous y laisser aller ayant été si bien instruite et précau- 
tionnée. Soyez délicate, et même scrupuleuse sur la charité. Ne dites jamais 
de personne ce que vous ne seriez pas bien aise qu'on dit de vous. Couvrez les 
défauts du prochain, et rendez-vous l'avocate des absents. Faites-vous tellement 
connaître qu'on n'ose devant vous prendre la liberté d'attaquer le prochain; 
vous vous ferez encore plus de bien qu'à lui, puisque vous ôterez un de vos 
plus grands obstacles à votre salut. Étendez cela jusque sur les railleries un peu 
piquantes, et recourez à Dieu pour obtenir la grâce de résister au torrent de 
l'exemple et de la coutume, qu'on dirait à présent être le seul évangile du 
monde, tant ses partisans ont soin de s'y conformer. Mais vous en connaissez 
un autre , ma chère fille, qui doit être la règle de votre conduite, et dont vous 
ne devez jamais vous départir. Gardez-vous bien d'épouser les inimitiés de 
votre famille ni de vos amis; vous êtes chrétienne, et en cette qualité obligée 
de pardonner toutes les injures et les mauvais services ; on ne vous eu rendra 
jamais de pareils à ceux que Jésus-Christ , notre divin modèle , a pardonnes 
dans le temps même que la haine de ses ennemis était plus envenimée. Nous 
ne pouvons être de vrais disciples d'un tel maître si notre amour pour nos 
frères ne l'emporte et ne triomphe de ses mauvais procédés à notre égard. Les 
maximes du monde sur ce sujet sont, si je l'ose dire, détestables et absolu- 
ment contraires à celles du divin Testament de notre Père. Lisez de quelle 
manière il traite le perfide Judas à la cène et au jardin : pourrait-on ménager 
avec plus de douceur le meilleur de ses amis? Suivez, ma fille, cet admirable 
modèle; ne conservez aucun ressentiment; n'entrez point dans ceux de vos 
proches , et ne comptez pour ennemis que ceux de Jésus-Christ et de votre 
salut. Je ne puis pas vous régler la manière d'en user avec ceux que votre fa- 
mille voudra que vous regardiez comme tels; mais j'espère que la tendresse 
vraiment chrétienne dont vous ferez profession vous conduira et vous fera agir 
avec prudence pour ménager tout le monde et ne rompre avec personne. 

Aimez à être occupée , le travail est un amusement et un plaisir pour les 
personnes qui en ont le goût; c'est un grand secours à la légèreté des filles, 
qui, sans cela, se trouveraient exposées à bien des dangers. Vous pouvez voir 
dans saint Paul les mauvais effets de l'oisiveté quand il parle à Timothée de 
l'égarement des jeunes veuves: elles sont, dit-il , fainéantes , curieuses, cou- 
rant de maison en maison, et parlant de choses dont elles ne devraient point 



APPENDICES. 333 

parler. Des qu'une iillc ne trouvé point son plaisir chez elle à quelque occu- 
pation convenable, elle le Veut chercher au jeu ou dans des compagnies qui 
la mettent en un péril évident de se perdre de réputation , deux écueils égale- 
ment à craindre. Faites- vous un devoir de remplir vos journées, et de travailler 
soit pour votre entretien, soit pour les pauvres, soit pour l'Église; et si vous 
n'étiez pas assez heureuse pour le faire pour ces sortes de bonnes œuvres, 
faites-le au moins pour votre amusement innocent et pour le plaisir de voir 
votre ouvrage. 

N'oubliez jamais ee qui vous a été dit sur l'ajustement et sur le désir de 
plaire, c'est ce qui perd presque toutes les filles; il faut être propre et mise 
d'une manière convenable, mais sans tomber dans le ridicule de vouloir attra- 
per la mode en tout ce qu'on peut; faites voir au contraire que vous en pour- 
riez faire davantage, et que vous êtes fort au-dessus de ce faible qui entraîne 
presque tout le monde. On vous dira qu'il faut faire comme les autres : cela 
est vrai quand les autres font bien, mais non sur ce qui est mal. Je sais 
qu'une personne mariée doit chercher à plaire à son mari , et qu'une fdle qui 
se veut marier peut bien essayer de se donner quelque agrément, ou tâcher de 
relever ceux que Dieu lui a donnés, pourvu que l'un et l'autre demeurent dans 
les bornes de la pudeur et de la modestie; mais hors de ces cas, le désir de plaire 
aux hommes est pernicieux et conduit aux derniers malheurs. Les mauvaises 
chansons le sont fort aussi, et vous vous en devez garder comme d'un poison dan- 
gereux ; le mal s'insinue facilement par cette voie, et le démon n'a guère de meil- 
leur moyen pour corrompre la jeunesse; vous ne serez pas embarrassée d'y sup- 
pléer par de beaux airs , vous en savez assez de convenables à votre éducation 
sans lui faire l'injure de chercher à en savoir d'autres si indignes d'elle et de 
vous ; il faut sur cela , comme sur le reste, une fermeté que vous ne trouverez 
pas chez vous, mais cherchez-la en Dieu, ma fdle, il est la source de toute 
sorte de bien, de quelque nature qu'il puisse être. 

Je ne puis vous rien prescrire sur l'aumône; mais ayez le cœur tendre pour 
les pauvres, et premièrement pour ceux de vos terres, qu'il faut assister avant 
tous les autres , et à qui vous êtes aussi obligée de procurer des secours spiri- 
tuels; c'est un devoir fort négligé aujourd'hui; cependant les seigneurs répon- 
dront à Dieu du salut de leur vassaux en tout ce qui dépendait d'eux» Donnez 
aux pauvres selon votre pouvoir, mais appliquez bien ce que vous donnerez; 
ce qu'on donne aux passants est d'ordinaire assez mal donné , les pauvres 
honteux ou malades doivent avoir la préférence , toujours pourtant selon la 
discrétion et la circonstance qu'on ne peut prévoir. 

Je ne veux pas oublier de vous dire un mot sur les afflictions, tout bon 
chrétien les doit prendre de la main de Dieu sans se laisser accabler par la 
tristesse, ni emporter à la violence de ses mouvements. Si les accidents de la 



334 APPENDICES. 

vie arrivaient par cas fortuit, et que nous n'eussions aucune solide ressource, 
il serait excusable d'y demeurer enfoncé; mais comme rien n'arrive que par 
Tordre ou la permission du meilleur et du plus tendre de tous les pères, nous 
devons toujours baiser la main qui ne nous frappe que pour nous sauver; car 
s'il mêle tant d'amertumes dans notre vie, c'est de peur que, trouvant ici-bas 
notre satisfaction, nous ne désirions point d'arriver à la céleste patrie. 
Gardez- vous donc, ma chère fille, de murmurer ni de vous plaindre dans les 
afflictions , puisque tout ce que veut un tel père doit être accepté et même 
agréé de ceux qui ont l'avantage d'être ses enfants, et qui savent qu'après 
quelques moments de légères peines , ils doivent partager pour une éternité la 
gloire et le bonheur de ce Dieu aussi puissant que bon. 

La vie chrétienne est une vie sérieuse, pénible, et par conséquent formel- 
lement opposée à la mollesse qui règne à présent : ne vous y laissez pas aller, 
ma chère fille , et ne croyez pas qu'il vous soit permis de faire comme les 
autres; Dieu veut bien que nous prenions quelques moments de plaisir pour 
nous délasser un peu, et pour mieux poursuivre notre travail, mais ce ne 
peut être qu'un effet de l'aveuglement ou de l'ignorance des chrétiens de passer 
la plus grande partie de la vie à se divertir, puisque c'est renverser l'ordre 
établi de Dieu et perdre un temps dont sa bonté veut que nous achetions l'éter- 
nité. Ne soyez jamais sans corps , et fuyez tous les autres excès qui sont 
à présent ordinaires, même aux filles, comme le trop manger, le tabac, 
les liqueurs chaudes, le trop de vin, etc.; nous avons assez de vrais besoins 
fans en imaginer encore de nouveaux si inutiles et si dangereux. Mais sur 
toute chose, détestez l'immodestie dans l'habillement, qui est montée à tei 
point qu'on ne sait plus où laisser tomber sa vue pour n'être pas blessé de ce 
que l'on voit; c'est sur ces articles qu'il vous sera permis d'être, si je l'ose dire, 
opiniâtre plutôt que de vous rendre, et votre première éducation vous servira 
fort à propos d'un prétexte honorable pour vous dispenser de faire comme les 
autres. 

Il reste encore un devoir important, mais bien peu connu dans le monde, 
quoiqu'il soit absolument nécessaire, c'est ce que tout chrétien doit à son roi et 
à ceux à qui il fait part de son autorité, qui est celle de Dieu même, et qu'il 
faut respecter, quel que soit celui qui en est revêtu. Heureusement pour nous, 
ma chère , le prince que nous tenons de la magnificence de Dieu est tel que 
nous le pouvons souhaiter; mais quand il n'aurait ni religion, ni bonté, ni 
justice , vous n'en seriez pas moins obligée d'obéir à ses lois en tout ce qui ne 
s'oppose point a celles de Dieu : ainsi, loin de vous plaindre et de murmurer 
des secours que la guerre l'oblige à tirer de ses peuples, vous devez porter les 
autres à s'y rendre de bon cœur, parce que le besoin général de l'Etat est celui 
de chaque particulier, qui ne peuvent être en sûreté dans leurs maisons, si on 



APPENDICES. 335 

ne les garde de leurs ennemis; et on ne peut les en garder sans avoir de quoi 
faire subsister les troupes nécessaires à ee dessein, à quoi il est très-juste que 
chacun contribue, puisque chacun y est intéressé. On convient assez volon- 
tiers de ce raisonnement, on le fait même aux autres dans l'occasion; mais 
quand il est question d'en venir à la pratique, personne ne veut porter sa 
charge, et on n'épargne rien pour en exempter ses terres, ce qui est une 
grande injustice, parce qu'en cherchant à se soulager, on en accable d'autres, 
le marché étant pour ainsi dire fait et la somme qui en doit revenir au roi 
réglée, au lieu que chacun souffrirait moins si tout le monde consentait de 
souffrir un peu et voulait porter une partie de la charge ; mais on veut trouver 
des raisons et des impossibilités, qui ne sont que des prétextes suggérés par 
l'intérêt et par l'injustice très-commune dans le monde, et dont même souvent 
on se fait honneur ; par exemple , sur les douanes , les droits d'entrées et 
autres, on se vante de savoir mille moyens de s'échapper et de tromper habi- 
lement, ce qui pourtant me parait une injustice et une désobéissance aux lois 
de l'Etat. Le monde n'en raisonne point ainsi, et on vous trouvera plus que 
scrupuleuse d'y regarder de si près; cependant, ma chère fille, ce n'est point 
un conseil ni une œuvre de surérogation , c'est une obligation précise pour 
toutes sortes de personnes; mais combien de gens n'ont pas eu l'avantage 
d'être instruits de leurs devoirs comme vous, et qui ne pèchent que par igno- 
rance ! votre exemple plus que vos paroles doit les éclairer et les redresser ; 
s'il se présentait quelques occasions d'en parler, ne les perdez pas, dites fran- 
chement ce que vous avez appris ici sur ce sujet, et faites volontiers part aux 
autres des maximes droites et solides qu'on vous y a données. 

Parlez peu et écoutez beaucoup , jusqu'à ce que vous soyez un peu formée 
sur chaque chose; vous éviterez par là bien des railleries que les filles de cou- 
vent s'attirent par leur innocence; ne paraissez étonnée de rien, ne demandée 
guère ce que vous ignorez qu'à madame votre mère, parce qu'il serait à 
craindre que vos questions ne fussent pas reçues des autres d'une manière 
favorable pour vous, et une mère se compte obligée d'instruire ses enfants sur 
tout; ne dites point à ce qui vous sera nouveau que vous l'ignorez, il faut ap- 
prendre mille choses comme si on les avait déjà sues ; ménagez , épargnez 
pour ne pas prévenir d'abord contre vous, et de peur qu'on ne vous croie dé- 
pensière; laissez à madame votre mère le soin de penser à vous faire de petits 
présents; ne l'importunez point par des demandes pour votre habillement ou 
pour votre plaisir, ne croyez point qu'on vous approuve parce qu'on ne vous 
dit mot , vous seriez longtemps à charge sans en être avertie ; il n'y a presque 
qu'à Saint-Cyr qu'on reçoit des avis à chaque chose que l'on fait de mal, en- 
core je vous avouerai qu'il y a bien des occasions où nous ne parlons point 
parce que le fait nous regarde, au lieu que dans le monde on se plaint des 



336 APPENDICES 

personnes à tout autre qu'à elles-mêmes, à moins d'une amitié plus solide 
et d'un intérêt plus sincère qu'il ne s'en trouve aujourd'hui \ 



K. 

ÉPITAPHE DE MADAME DE MAINTENON. 

(Voir à la page 232.) 

CI-GIT 

Très-haute et très-puissante dame 

Madame Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon, 

Femme illustre, femme vraiment chrétienne; 

Cette femme forte, que le sage chercha vainement dans son siècle, 

Et qu'il nous eût proposée pour modèle 

S'il eût vécu dans le nôtre. 

Sa naissance fut très-noble. 

On loua de bonne heure son esprit, plus encore sa vertu. 

La sagesse, la douceur et la modestie 

Formaient son caractère, qui ne se démentit jamais. 

Toujours égale dans les différentes situations de la vie; 

Mêmes principes, mêmes règles, mêmes vertus. 

Fidèle dans les exercices de piété , 

Tranquille au milieu des agitations de la cour, 

Simple dans sa grandeur, 

Pauvre dans le centre des richesses , 

Humble au comble des honneurs, 

Révérée de Louis le Grand , 

Environnée de sa gloire , 

Autorisée par la plus intime confiance , 

Dépositaire de ses grâces ; 

Qui n'a jamais fait usage de son pouvoir 

Que par sa bonté. 

Une autre Esther dans la faveur, 

Une seconde Judith dans la retraite et l'oraison ; 

La mère des pauvres , 

L'asile toujours sûr des malheureux. 

Une vie si illustre a été terminée par une mort sainte 

Et précieuse devant Dieu. 

Son corps est resté dans cette maison , 

Dont elle avait procuré l'établissement. 

Elle a laissé à l'univers l'exemple de ses vertus. 

Décédée le 15 avril 1719; née le 28 novembre 1G3.J. 

lettres édifiantes,, t. v, p. 199. 



APPENDICES. 337 



L. 



ACTE DE DECES DE MADAME DE MAINTENON. 

( Voir à la page 232.) 

Le dix-septième jour du mois d'avril mil sept cent dix-neuf, a été inhumée 
en un cercueil de plomb, et dans un caveau construit au milieu du chœur de 
cette église, très-haute et très -puissante dame madame Françoise d'Aubigné, 
marquise de Maintenon, institutrice de cette royale maison de Saint-Louis , et 
y jouissant de tous les honneurs et privilèges des fondateurs ; décédée en cette 
dite maison le samedi, quinzième du présent mois, à cinq heures de relevée, 
âgée de quatre-vingt-trois ans quatre mois dix-huit jours, après avoir reçu 
les sacrements de pénitence, eucharistie et extrême-onction, et donné tous les 
exemples de vertu , de piété et de religion qu'elle avait pratiqués pendant sa 
vie. La cérémonie de l'inhumation a été faite par monseigneur l'illustrissime 
et révérendissime Charles-François de Mérinville, évêque de Chartres, en pré- 
sence de messire Gaspard , abbé de la Bastie , grand archidiacre de Chartres et 
vicaire général de monseigneur l'évêque de Chartres ; de messire Jean Bonnet, 
supérieur de la congrégation de la mission et supérieur particulier de cette 
maison de Saint-Louis; de messieurs Brideray, Treilhe, Hourdel, Noiret, 
Moreau , Du Puy, et vingt-quatre autres ecclésiastiques , tant de la même con- 
grégation que prêtres séculiers. 

Fut aussi présent très-haut et très-puissant seigneur monseigneur Adrien - 
Maurice, duc de Noailles, pair de France, grand d'Espagne, chevalier de 
l'ordre de la Toison d'or, capitaine de la première compagnie des gardes du 
corps du roi , lieutenant général des armées du roi , ci-devant commandant en 
chef celle de Catalogne, gouverneur général des comtés et vigueries de Rous- 
sillon, Conflans et Cerdaigne, gouverneur des villes et citadelle de Perpignan , 
conseiller au conseil de régence, et gouverneur et capitaine des chasses de 
Saint-Germain-en-Laye. 

Et ont signé : f Ch.-Fr., évêque de Chartres; G. de la Bastie, le duc de 
Noailles, Bonnet, Briderey, Hourdel, Moreau, Noiret, Du Puy et Treilhe. 



43 



338 APPENDICES, 



M. 



LISTE CHRONOLOGIQUE DES SUPERIEURES DE LA MAISON 
DE SAINT-LOUIS. 

( Voir page 244.) 

DATES DES ÉLECTIONS. NOMS. OBSERVATIONS. 

26 juin 1686. ... 1. Marie de Brinon, reli- Nommée par brevet du roi 
gieuse ursuline de Lihon, pour supér re perpétuelle ; a 
diocèse de Rouen. donné sa démission le 1 1 

décembre 1688. 

12 décembre 1688. 2. Marie- Anne de Loubert. Nommée par commission de 

l'évêque de Chartres. 

26 mai 1689. . . . La même. Première élection. 

1 er décembre 1692. 3. Françoise- An gél. Priolo, Nommée par commission de 
relig. de la Visitation de l'évêque de Chartres. 
Sainte-Marie de Chaillot. 

7 janvier 1694. . . 4. Anne - Françoise Gautier Première élection après la 

de Fontaines. réforme. 

18 janvier 1697. . . 5. Catherine du Pérou. 

3 janvier 1700. . . La même. l rt élection régulière , les Da- 

mes ayant atteint l'âge fixé 
par les constitutions. 

19 mai 1703. . . . 6. Marie-Anne Halle. Morte en charge. 

12 août 1703. . . . Anne -Françoise Gautier de Pour la deuxième fois. 
Fontaines. 

18 mai 1706. . « . Catherine du Pérou. Pour la troisième fois* 

4 août 1709. ... La même. Pour la quatrième fois. 
22 mai 1712. . . . 7. Marie de la Poype de 

Vertrieux. 

19 mai 1715. . . . La même. Morte en charge. 
16 décembre 1716. 8. Madeleine de Glapion. 

8 juin 1720. . . . La même. Pour la deuxième fois. 
30 mars 1723. . . . Catherine du Pérou. Pour la cinquième fois; 

4 mai 1726. ... La même; Pour la sixième fois. 



APPENDICES. 



339 



DATES DES ELECTIONS. NOMS. 

2 juin 1729. . . . Madeleine de Glapion 



5 juin 1732. . 
2 juin 1735. . 

29 mai 1738. . 
26 mai 1741. . 

28 mai 1744. . 
15 mai 1747. . 

19 janvier 1749 

13 mai 1752. 
13 mai 1755. 

5 mai 1758. 
2 mai 17G1. 

1 er juin 1764. 

29 mai 1767. 

25 mai 1770. 
21 mai 1773. 

19 juin 1776. 

25 juin 1779. 

12 avril 1782. 

7 mai 17 85. 

13 mai 1788. 



OBSERVATIONS. 

Pour la troisième fois. — 
Morte en charge. 
18 octobre 1729. .. 9. Madeleine-Geneviève de 
Linemare. 
La même. Pour la deuxième fois. 

10. Jeanne - Geneviève de 
Boufflers. 
La même. Pour la deuxième fois. 

Catherine du Pérou. Pour la septième fois. 

La même. Pour la huitième fois. 

Madeleine-Geneviève de Li- Pour la troisième fois. — 

nemare. Morte en charge. 

H. Angélique Bonne de 
Mornay. 
La même. Pour la deuxième fois. 

12. Marguerite-Suzanne du 
Han de Crevecœur. 

La même. Pour la deuxième fois. 

Angélique Bonne de Mor- Pour la troisième fois, 
nay. 

La même. Pour la quatrième fois. 

Marguerite-Suzanne du Han Pour la troisième fois, 
de Crevecœur. 

La même. Pour la quatrième fois. 

Angélique Bonne de Mor- Pour la cinquième fois, 
nay. 

13. Gabrielle de Mornay de 
Montchevreuil. 

La même. Pour la deuxième fois. 

14. Françoise - Emilie de 
Champlais. 

La même* Pour la deuxième fois. 

15. Emmanuelle d'Orme- 
nans. 



3*0 APPENDICES. 



N. 



LTSTE CHRONOLOGIQUE DES DAMES DE SATNT-LOUIS. 
( Voir page 245.) 

DATE 
NOMS. DE LA PROFESSION. DATE DE LA MORT. 

1. Marie- Anne de Loubert. A quitté la maison. ? 

2. Catherine Travers du Pérou. 11 décemb. 1693 1 . 15 juillet 1748. 82 ans. 

3. Louise de St-Aubin de l'Épine. 11 déeembre 1693. 4 avril 1700. 31 ans. 

4. Suzanne-Emilie d'Auzy. A quitté la maison. ? 

5. Charlotte deGiltier de St-Pars. 1 1 décembre 1693. 23 octob. 1716. 64 ans. 

6. Marie Gautier de Fontaines. 11 décembre 1693. 19 janv. 1718. 61 ans. 

7. Anne - Françoise Gautier de 

Fontaines. 11 décembre 1693. 15 déc. 1743. 85 ans. 

8. Marie-Marthe du Tourp de la 

Cour. 11 décembre 1693. A quitté la maison. 

9. Marie-Isabelle de Toumillion 

de Butery. 1 er janvier 1694. A quitté la maison. 

10. Suzanne-Madeleine d'Antony 

de Roquemont. 1 er janvier 1694. 27 août 1730. 63 ans. 

11. Marie-Elisabeth de Thumery. A quitté la maison. ? 

12. Geneviève de Montfort. A quitté la maison. ? 

13. Anne de Blosseville de Blosset. 1 er janvier 1694. 6 févr. 1742. 85 ans. 

14. Bénigne Regard de Villeneuve. A quitté la maison. ? 

15. Jacquette de Veilhant. 1 er janvier 1694. 13 juillet 1735. 72 ans. 

16. Louise-Gab. Duché de Vancy. A quitté la maison. ? 

17. Gabrielle de Jas de St-Bonnet. 1 er janvier 1694. 7 juillet 1712. 43 ans. 

18. Anne de Montalembert. Id. A quitté la maison. 

19. Anne-Claude Gohiet d'Arcy. A quitté la maison. ? 

20. Louise-Catherine de Sailly de 

Berval. 1 er janvier 1694. 25 nov. 1738. 68 ans. 

21 . Franç.-Louise de Montaigle. 13 mars 1694. A quitté la maison. 

22. Nicole -Suzanne de Raymond 

de Radouay. Id. 30 mars 1736. 68 ans. 

1 Coite date est colle des vœux solennels. 



APPENDICES. 341 

DATE 
NOMS. DE LA PROFESSION. DATE DE LA MORT. 

2 3 . Marie - Françoise - Sylvine Le- 

maitre de la Maisonfort. 29 avril 1694. A quitté la maison. 

24 . Marie-Anne deBouju de Mont- 

gras. 9 décembre 1G94. 25 avril 1712. 40 ans 

25. Marthe-Thérèse de Sailly. Id. 14 avril 1730. 55 ans. 

26. Gilberte-Mariç-Mad. Lacombe- 

Chasoures de Faure. Id. 26 mai 1734. 61 ans. 

27. Charl. -Catherine de Riencourt. Id. 7 juin 1741. 74 ans. 

28. Franc. -Catherine Scholastique 

Bourdoué de Champigny. Id. 5 avril 1742. 70 ans. 

29. Marie-Anne Halle. 21 juin 1695. 27 juillet 1703. 50ans. 

30. Céline -Fébronie d'Anglebel- 

mer de Lagny. 23 novemb. 1695. 6 avril 1748. 75 ans. 

31. Jeanne-Marie de la Rouzière. Id. 17 nov. 1755. 81 ans 

32. Marie -Madeleine de Glapion 

des Routis. Id. 29 sept. 1729. 55 ans. 

33. Marguerite Lemetayer de la 

Haye le Comte. Id. 17 mars 1706. 30 ans. 

34. Elisabeth -Angélique de Fau- 

quembergue de Saint-Omer. 4 avril 1696. 16 mars 1737. 61 ans. 

35. Marie -Jacqueline -Thérèse de 

Cuves. 1 er septemb. 1696. 15 mars 1743. 67 ans. 

36. Gabriel le-Françoise de Baude- 

villede Saint-Périer. 20 mars 1697. 31 déc. 1712. 37 ans. 

37. Marie - Françoise Lefranc de 

Beaulieu. 16 janvier 1698. 24 févr. 1741. 65 ans. 

38. Marie - Henriette Vandam 

d'Audegnie. 14 mars 1698. 15 janv. 1768. 90 ans. 

39. Anne-Christine-Louise de Vel- 

dentz. 12 décemb. 1698. 4 avril 1702. 23 ans. 

40. Louise-Renée de Gruel. 25 juillet 1699. 21 avril 1730. 52 ans. 

41. Geneviève Lemetayer de la 

Haye le Comte. 13 août 1699. 2 nov. 1736. 74 ans. 

42. Marie-Charlotte- Angélique du 

Londe de Lambert. 24 février 1700. 17 août 1734. 57 ans. 

4 3. Marie-Madeleine-Catherine de 

Sailly de Berval. 12 mars 1701. 20 sept. 1749. 69 ans. 



341 APPENDICES 

DATE 
NOMS. DE LA PROFESSION. DATE DE LA MORT. 

44. Franc. -Jacquel. Vasconcelles 

de la Noue Pié-Fontaines. 3 février 1703. ? 

45. Catherine - Jeanne de Quere- 

rault de Boissauveur. 18 avril 1703. 18 avril 1756. 85 ans. 

A G. Jeanne-Françoise de Boufflers 

de Remiencourt. 29 décemb. 1703. 11 mai 1751. 68 ans. 

47. Marie de la Poype de Ver- 

trieux. 20 mai 1705. 1 er déc. 1716. 55 ans. 

48. Marie-Anne de Garnier. Id. 6 avril 1754. 74 ans. 
4 9. Marie- Anne de Launay-Gau- 

tier. 8 juin 1706. 15 mai 1716. 31 ans. 

50. Marie-Madeleine de Rocqui- 

gny de Linemare. 16 septemb. 1706. 4 janv. 1749. 62 ans. 

51. Jeanne-Françoise de Routy. 23 décemb. 1706. 14 mai 1727. 41 ans. 

52. Nicole-Françoise Lemarant de 

Penenverne. 25 août 1707. 29 mai 1710. 28 ans. 

53. Anne-Rose d'Assy. 2 juin 1708. 22 août 1710. 23 ans. 

54. Françoise - Madeleine de la 

Fontaine de Solare. 4 novemb. 1708. 14 sept. 17 36. 48 ans. 

55. Marguerite Caqueray de Va- 

dancourt. 23 juillet 1709. 27 mars 1766. 80 ans. 

56. Marie-Madeleine de Vaudretz 

de Cateuil. 15 mars 1711. 7 juillet 1758. 68 ans. 

57. Anne-Françoise d'Escoublant 

de Tourneville. Id. 23 octob. 1765. 75 ans. 

58. Françoise de Virgile de Mon- 

torcier. 13 juillet 1713. 10 mai 1719. 30 ans. 

59. Jeanne-Françoise-Charlotte de 

Croizilles. 12 décembre 1 7 1 3 . 15 mars 1759. 65 ans, 

60. Anne-Claire de Bosredon. Id. 1 1 juillet 1 780. 86 ans. 

61. Marie-Gilberte de Charpin de 

Genetines. 24 février 1714. 15 janv. 1757. 64 ans. 

62. Anne-Marie-Thérèse de Tes- 

sières de la Porte. 11 février 1715. 29 déc. 1761. 67 ans. 

63. Françoise de Mal voue de Saint- 

Germain. 29 mars 1715. 3 janv. 1716. 21 ans. 

64. Marie-Olympe des Corches de 

Nobleval. 20 août 1715. 25 déc. 1715. 22 ans. 



APPENDICES. 343 

DATE 
NOMS. DE LA PROFESSION. DATE DE LA MOUT. 

65. Marie - Françoise du Mesnil- 

Adelée de Dragueville. 11 décembre 1715. 2 juillet 1738. 45 ans. 

GG. Gabrielle de Mornay de Mont- 
chevreuil. 8 janvier 1719. 8 mars 1782. 85 ans. 

G7. Catherine Béraud de Courville. Id. 8 déc. 1727. 29 ans. 

G8. Jeanne-Jules de Riencourt de 

Tilloloy d'Andechy. 9 janvier 1720. 28 janv. 1771. 74 ans. 

G9. Marie- Angélique Bonnet de la 

Tour de Demonville. 2 janvier 1722. G juillet 1773. 75 ans. 

70. Marie - Suzanne du Han de 

Crevecœur. 12 juillet 1722. 30 oct. 1773. 72 ans. 

71. Angélique-Bonne de Mornay 

de Montchevreuil. 14 novemb. 1723. 11 juin 1776. 76 ans. 

72. Rénée-Gabrielle d'Osmond. 25 juin 1724. 2 juillet 1727. 26 ans. 

73. Claude-Catherine Delpuech de 

la Bastide. 2 juillet 1727. 12 août 1790. 88 ans. 

7 4 . Madeleine - Charlotte Bouvet 

de Louvigny. 25 janvier 1728. 3 mars 1765. 62 ans. 

75. Josèphe - Catherine - Rose de 

Virgile de Montorcier. Id. 20 juillet 1779. 73 ans. 

76. Anne le Poitevin Dumoutier 

de la Mesnardière. 19 octobre 1729. 19 nov. 1770. 69 ans. 

77. Marie du Fayet de la Tour. 9 mars 1732. 7 mars 1760. 49 ans. 

78. Marie-Thérèse de Lalande. 10 juin 1732. 24 avril 1767. 61 ans. 

79. Marie- Jeanne de Bosredon de 

Bosbière. 27 août 1732. 9 avril 1775. 73 ans. 

80. Marie-Franc. -Henriette L'Hé- 

raulle de Courcelles. 12 juillet 1733. Sortie à la suppression. 

81. Marie -Jeanne -Antoinette de 

Charpin de Genestine. 29 août 1733. l tr nov, 1743. 32 ans. 

82. Marie-Anne de Baussancourt. 9 janvier 1735. 5 juillet 1758. 45 ans. 

83. Marie -Anne de Hainneville 

Escoulant. Id. 21 nov. 1780. 67 ans. 

84. Franc. -Emilie de Champlais. 26 février 1736. Sortie à la suppression. 

85. Elisabeth de Laugier de Bau- 

couse. 30 novemb. 1737. 31 déc. 1787. 72 ans; 

86. Suzanne de la Marthonie de 

Guignan. 18 juillet 1738. 2 juin 1789. 73 ans* 



m 



APPENDICES. 



87. 
88. 
89. 

90. 
91. 

92. 
« 93. 

94. 

95. 

96. 

97. 

98. 
99. 

100. 

101. 
102. 

103. 

104. 

105. 

106. 
107. 

108. 

109. 



NOMS. 

Franc*, de Mussan du Tillet. 
Anne de Fresne de Chevillon. 
Marthe-Bernarde le Pelletier 

de Marsilly. 
Genev. deKlœftendeCohen. 
Élisab.-Henr. deMazancourt. 
Franc, de Marolles du Rabry . 
Jeanne -Catherine de Cock- 

born de Villeneuve. 
Marguerite-Vict. de Launay 

de la Cadière. 
Anne-Louise de Barville de 

Puiselet. 
Jeanne-Claude de Lastic de 

Saint- Jal. 
Henriette de Longueville des 

Merliers. 
Émilie-Élisabeth de Ferrand. 
Marthe-Françoise de la Lan- 

delle de Lagras. 
Françoise-Louise Lécuyer de 

la Papotière. 
Louise-Victoire d'Aumale. 
Marie-Marguer. -Angélique de 

Biencourt de Potrincourt. 
Jeanne- Catherine du Ligon- 

dès de Rochefort. 
Perrine de Saint - Denis de 

Vervaine. 
Anne-Suzanne-Charlotte des 

Essarts de la Faille. . 
Marguer.-Agnès de Durfort. 
Emmanuelle de Boitouzet 

d'Ormenans. 
Adélaïde-Charlotte de Mous- 

tier de Cubry. 
Marie-Gabriel le Cousin de la 

Tour-Fondue. 



DATE 
DE LA PROFESSION. 

5 mars 1739. 
13 août 1740. 

3 mars 1741. 

Id. 

Id. 

28 janvier 1742. 

4 janvier 1744. 
20 juillet 1744. 
26 juillet 1745. 

15 octobre 1745. 

Id. 

16 juillet 1747. 



DATE DE LA MORT. 

9 juin 1790. 74 ans. 
Sortie à la suppression. 

Id. 

9 déc. 1774. 54 ans. 

2 oct. 1788. 67 ans. 

5 mai 1768. 49 ans. 

16 nov. 1792. 71 ans. 

Sortie à la suppression. 

Id. 

l ,r août 1792. 69 ans. 

Sortie à la suppression. 
2 mars 1772. 47 ans. 



1 9 février 1749. Sortie à la suppression . 



Id. 
31 mars 1751. 

4 mars 1752. 

4 mai 1752. 

19 mai 1752. 

2 juin 1755. 
7 février 1757. 

Id. 

25 novemb. 1758. 

29 octobre 1759. 



30 oct. 1790. 63 ans. 
30 déc. 1775. 47 ans. 

9 fév. 1759. 29 ans. 

Sortie à la suppression. 

Id. 

Id. 
Id. 

Id. 

Id. 
Id. 



APPENDÏCI •> 345 

DAT H 
NOMS. DE LA PROFESSION. DATE DR LA MORT. 

110. Mario- Angélique de Crontel • • 

d'Escaquelonde. 2 décemb. 1761. Sortie à la suppression. 

111. Marie - Jeanne des Moutiers 

„ de Coudé. Id. Id. 

112. Denise-Henriette de Crécy. 12 mai 1764. Id. 

113. Marg. Delpeyrou de Murât. 15 juin 1704. Id. 
111. Marie-Louise de Maehault. 8juinl7GG. Id. 
115. Marie de Cambis. 30 octobre 1708. Id. 
110. Catherine de Bosredon de 

Bosbière. Id. Id. 

117. Françoise-Pélagie Robin de la 

Tremblaye. 1 er avril 1709. Id. 

118. Hélène- Suzanne Wollant de 

Berville. 24 août 17G9. Id. 

119. Angélique - Sophie Luchet de 

la Motte. 29 avril 17 70. Id. 

120. Marie-Julie-Paule d'Isarn de 

Villefort. 1 er août 1773. Id. 

121. Jeanne-Léonarde de Corn. 10 novemb. 1774. Id. 

122. Barbe - Madeleine-Herméné - 

gilde Ridouet de Sancé. 24 septemb. 1775. Id. 

123. Thérèse- Gabrielle-Dauphine 

de Grille. 14 janvier 1770. ? 

124. Anne-Louise de Durât. 21 janvier 1776. Sortie à la suppression. 

125. Antoine-Delphine Cordebœuf 

de Montgon. 1 er septemb. 1770. Id. 

120. Bertrande de Leymarie. 21 septemb. 1778. Id. 

127. Éléonore-Françoise-Marie de 

Grimonville Larchant. Id. Id. 

128. Anne - Adélaïde d'Aulnay 

Rège de Romaine. 18 mars 1782. ? 

129. Anne-Franeoise-Madeleine de 

Fontanges. 17 octobre 1782. Sortie à la suppression. 

130. Geneviève-Camille -Suzanne 

de Brebeuf. 23 août 1784. Id. 

131. Jeanne de Verteuil. 1 er avril 178G. Id. 

132. Marie-ÉIise de Bar. Td. Td. 

44 



340 APPENDICES. 

DATE 
NOMS. DE LA PROFESSION. DATE DE LA MORT. 

133. Sophie-Antoinette - Catherine 

de Hédouville. 14 mars 1788. ? 

134. Françoise-Emilie de Champ- 

savoye. 1 er décemb. 1787. Sortie à la suppression, 

135. Emilie de la Baronais. 11 avril 1789. Id. 
13 G. Agathe-Renée-Marguerite le 

Mintier. 28 novemb. 1789. Id. 

137. Marie-Louise de Cairon . l cr avril 1791. Id . 



0. 

LISTE DES DIRECTEURS TEMPORELS ET DES INTENDANTS. 

{Voir page 246.) 

V 

DIRECTEURS TEMPORELS. 

1 . Louis Phelippeaux de Pontchartrain , secrétaire d'État , contrôleur gé- 

néral des finances. — 13 mars 1694. 

2. Michel Chamillard, contrôleur général des finances. — 6 septemb. 1699. 

3. Daniel-François Voysin, ministre et secrétaire d'État. — 18 juin 1709. 

4. Adrien-Maurice, duc de Noailles, pair de France. — 1G février 1717. 

5. Henri - François de Paule Lefèvre d'Ormesson, conseiller d'État. — 

18 juin 1732. 

G. François de Paule Lefèvre d'Ormegson, conseiller d'État, fils du précé- 
dent. — 5 mai 1752. 

7. Henri-François de Paule Lefèvre d'Ormesson, conseiller d'État, fils du 
précédent. — 22 janvier 1775. 



1 er avril 1694. , 
2 janvier 1710. 
16 février 1745. . 
1 er avril 1763. . . 
4 juillet 1764. . . 
r r décembre 1769 



INTENDANTS. 

— Bernard Bernard. 

— Charles Mauduyt. 

— Michel Salvat. 

— François Imbert. 

— Janot de Miron. 

— Louis Astruc. 



APPENDICES. 347 



ETAT SOMMAIRE DES BIENS ET REVENUS DE LA MAISON 
DE SAINT-LOUIS. 

EXTRAIT DE LA DÉCLARATION DETAILLEE FAITE PAR LES DAMES ET L'INTEN- 
DANT DE LADITE MAISON LE 28 JUILLET 1790. (ARCHIVES DE LA PRÉFEC- 
TURE DE VERSAILLES.) 

( Voir page 253.) 

1. Seigneurie de Saint-Cyr , consistant en moyenne et basse 
justice . directe seigneurie et censive sur la moitié du village et 
territoire de Saint- Cyr, ferme de Saint-Cyr, 248 arpents de terres, 
31 autres arpents à Fontenay, cens et rentes seigneuriales, le 
tout produisant (sans compter la maison de Saint-Louis , son jar- 
din et ses dépendances, comprenant 45 arpents) 5,300 1. 

2. Seigneurie et châtellenie de Saint-Denis, consistant en biens 
et droits affermés qui produisaient 10,028 îiv., et en biens et 
droits régis 50,202 liv. Parmi ces droits on remarque ceux de péage 
et de barrage sur la Seine , aux portes de Saint-Denis , à Pantin , 
au Bourget, ceux prélevés sur les vins vendus à Saint-Denis, sur 
le loyer des loges et boutiques des foires de Saint-Denis, les droits 
féodaux sur 24 fiefs mouvants de la seigneurie de Saint-Denis, 
sur les offices municipaux de cette ville, etc. A cause des charges 
afférentes à ces biens et droits, le revenu net était de 49,383 

3. Seigneurie de la rivière de Seine, consistant en propriété de 
la rivière, bords, îles, etc., depuis le port de Sèvres jusqu'au Pecq, 
avec haute, moyenne et basse justice, censive, droits de bac, etc., 

le tout produisant un revenu de 7,964 

4. Terres et maisons à Saint-Ouen , la Chapelle et Aubervil- 

liers, d'un revenu de 7,363 

5. Terres et seigneurie de Pierrefitte 1,428 

6. Deux fermes situées au Tremblaye 19,959 

7. Terres à Nanteuil- le- Baudouin 1,424 

8. Dixmes de la paroisse de Villiers-le-Bel 800 

9. Ferme et dixmes de Gennevilliers 8,097 



A reporter. . . 101,718 



348 APPENDICES. 

Report. . . 101,718 

10. Dixraes de la paroisse d'Argenteuil 48 

1 1 . Seigneurie et prévôté du Roule, de Villiers-la-Garenne et du 
port de Xcuilhj, consistant en la justice haute, moyenne et basse 
dans L'étendue des paroisses de Saint-Philippe-du-Roule, de Vil- 
liers-la-Garcnne, de Neuilly, en la directe seigneurie et censive 

de la plus grande partie des territoires y compris, etc 6,644 

î 2. Seigneurie et chdtcllenie de Rueil, consistant en domaines, 
bois, droits féodaux, justice haute, moyenne et basse, etc., dans 
les territoires et paroisses de Rueil, Vaucresson , Puteaux et Co- 
lombes 21,501 

13. Seigneurie de Trappes 14,632 

14. Moulin ftAulnay à Eponne , 1,600 

15. Moulin à Elancourt 800 

16. Deux fermes au Perray , 2,252 

17. Dixmes de la paroisse du Mesnil- Saint-Denis 1,713 

18. Terres à Survilliers 480 

19. Seigneurie et fiefs dépendants de Belle- Assise, paroisse de 
Brie-Comte-Robert 4,363 

20. Ferme et seigneurie de la Grande-Aulne à Nogent-sur- 6,451 
Seine 6,451 

21. Fermes et seigneurie de Cormeille en Vexin 15,078 

22. Seigneurie de Boissy-V Aillerie en Vexin 6,747 

23. Seigneurie de Bercagny en Vexin 1,270 

24. Dixmes de la paroisse de Commeny 620 

25. Terres et seigneurie d' Ully - Saint - Georges et Cousseni- 

court.. . . 14,240 

26. Seigneurie de Crouy 1,737 

27. Terres et seigneurie de Cires-les-Mello 4,355 

28. Seigneurie et châtellenie de Guillerval et Monnerville. . . 8,752 

29. Seigneurie et châtellenie de Toury en Beauce avec Tiver- 

non, Tillay-le-Gaudin et dix autres villages 19,555 

30. Seigneurie de Rouvray-Saint-Denis 7,655 

31. Seigneurie de Sery-Mézières 8,716 

32. Seigneurie de la Flamangrie * 3,905 

33. Seigneurie de Chevreuse, composée de plusieurs paroisses, 
fiefs et seigneuries sont les principaux lieux sont Chevreuse, Ma- 
gny, Chûteaufort, Saint-Remy, avec 12 fermes, 2,100 arpents de 



A reporter. . . 261,283 



APPENDICES. 3*9 

Report. . . 201,283 
bois, des rentes foncières et seigneuriales, droits et revenus ca- 

suels, montant à 65,320 

3 1. Prieuré royal de la Saussmjc-lcs-Villejuif. 17,819 

35. Comté de Cliarny, en Bourgogne, consistant dans les 
quatre baronnies de Charny, Mont-Saint-Jean, Pouilly et Arnay- 
le-Duc 24,463 

36. Hôtel de Saint-Cyr, à Paris, sis rue des Grands-Augustins, 
destiné en partie à loger l'intendant , les bureaux du temporel et 
les demoiselles à leur entrée ou à leur sortie, en partie louée 
moyennant 2,350 

37. Rentes sur l'Hôtel de ville 3,895 



Total des biens et revenus immobiliers 375,130 



Les domaines du roi fournissaient : 

1° Reste des 50,000 liv. de la dotation donnée par Louis XIV 
à l'époque de la fondation, destinées à être employées enterres, et 
dont 29,250 liv. seulement avaient été ainsi employées 20,750 

2° A cause de la suppression d'un bac à Neuiliy qui apparte- 
nait aux Dames 3,076 

La recette générale des finances de la généralité de Paris four- 
nissait, d'après les lettres patentes de mars 1698 , une somme de. 30,000 

Enfin le roi donnait encore pour la dotation des élèves à leur 
sortie 60,000 

Et les Dames avaient obtenu pour ajouter à ce fonds sur des 
produits divers 7,450 



Total des revenus provenant à titres divers du roi ou du trésor. 121,276 

Total général 496,406 



)50 APPENDICES. 



Q. 



CHARGES ET DEPENSES DE LA MAISON DE SAINT-LOUIS 1 . 

(Voir page 253.) 

1. Entretien, nourriture, etc., de 40 Dames, 16 sœurs con- 
verses, 5 novices, 250 Demoiselles, 32 filles de service 165,000 I. 

2. Gages de 32 filles de service. 3,200 

3. Gages de 11 domestiques ou ouvriers du dehors, etc. . . . 2,500 

4. Gages d'un contrôleur chargé de la surveillance du dehors. 1,200 

5. Jardin et jardiniers 5,030 

6. Habits de livrée 837 

7. Sept chevaux, deux voitures, six tombereaux, etc 2,040 

8. Un médecin (3,000 liv.), un chirurgien (l, 400), un dentiste 

500) ; médecins et chirurgiens extraordinaires (3,090) 7,990 

9. Entretien du mobilier, de la vaisselle, etc 7,679 

10. Sacristie et entretien de l'église 2,531 

11. Livres classiques, papier, encre, prix, etc 5,418 

12. Trousseau de sortie des élèves à raison de 300 liv. par 

23 élèves 6,900 

13. Prêtres de Saint-Lazare 8,000 

14. Un architecte 2,000 

15. Entretien et réparations de la maison de Saint-Louis et 
dépendances, de 55 corps de ferme, 17 maisons, 15 moulins, 

4 halles, 29 chœurs d'églises paroissiales, etc. 56,051 

1 6. Aumônes dans les terres de la maison et à plusieurs élèves. 1 1 ,1 00 

17. Impositions annuelles aux rôles des décimes des diocèses 

de Paris et de Chartres. . . 39,260 

18. Conseil du dehors : un avocat (1,200 liv.), un inten- 
dant (6,000; , deux commis (2,700) 9,900 

19. Dépenses des terriers, frais d'arpentage et de procès, 
preuves de noblesse des élèves , frais de voyage des employés, dé- 
penses d'exploitation des bois. . . . ■. 26,547 

A reporter. . . 363,183 
1 Archives de la préfecture de Versailles. 



APPENDICES. 351 

Report. . . 303,183 

20. Frais extraordinaires et imprévus G, 858 

21. Pensions accordées à d'anciens serviteurs.. . ; 3,174 

373,215 

Dotation des élèves à leur sortie 67,150 

Total des charges et dépenses 440,365 

Reste annuel 56,040 

Total égal à celui des recettes 496,406 



R. 



o. 

6. 

7. 

8. 

9. 
10. 
11. 
12. 
13. 
14. 

i 



ÉTAT NOMINATIF DES ÉLÈVES DE SAINT-CYR 

a l'époque de la suppression de la maison 1 . 

{Voir pages 258 et 267.) 

Année 

Noms. Age. d'admission. Domicile delà famillp. Date de sortie. 

De Forget de Barot. . 20 ans. 1781 En Lorraine. 1 er août 1792. 

CouetdeLory 20 1780 Metz. 30 nov. 1792. 

D'Étourneau de Ter- 

sanne 20 1782 Montmorillon. 25 oct. 1792. 

DeTrolongduHalgoat 20 1782 Guingamp. 30 oct. 1792. 

De Montarby 20 1781 Langres. 5 fév. 1793. 

LamoreliedePuyrdon. 20 1782 Samt-Yrieix. 5 nov. 1792. 

Courtille de St-Avuist. 19 i 1783 Aubusson. Id. 

De Lescault 19 i 1783 Dép. de la Charente. 15 mars 1793. 

De Jouffrey 19 i 1782 Vendômois. 30 oct. 1792. 

De Nagles 19 \ 1783 Cambrai. 18 mars 1793. 

De Lescale 19^ 1782 Barrois. Id. 

Rivais de Ladevèze. . 19^ 1782 Prades. 22janv.l793. 

De Yillefort dTsarn. . 19 1782 Versailles. 20 sept. 1792. 
Desmaison du Pallan. 19 1783 Dép. delà H le -Vienne. 4marsl793, 

Archives de la préfecture de Versailles. 



352 APPENDICES. 

Année 

Nome. A<je. d'admission. Domicile de la famille. Date de lortie. 

15. De Crochard 19 ans. 1783 Cheviré le Rouge. 19 oct. 1792. 

Kï. De Monnereau 19 1782 Champmillon. 17 oct. 1792. 

17. De Dessus le Pont. . . 19 1782 Vernon. 25 sept. 1792. 

18. De Labarre 19 1782 ? 16 sept. 1792. 

19. De Montpeza 19 1783 ? 21mavsl793. 

20. D'Estanger 19 1782 Avrancbes. 3 déc. 1792. 

SI. De Morlax 19 1783 Corse. 27 nov. 1792. 

22. De Brachet 19 1782 Saint-Yrieix. 5 nov. 1792. 

23. Longueval d'Haran- 

court 19 1783 En Bresse. 12marsl792. 

24. Hue de la Colombe. . 19 1783 Bayeux. 14 mars 1793. 

25. De Jarry 19 1783 ? 30 mars 1793. 

2G. De Saint-Germain. '. . 19 1782 Départem. du Jura. 2G oct. 1792. 

27. De Puysaye 19 1783 Calais. 1 er sept. 1792. 

28. De Yalbrune 19 1783 Libourne. 13 mars 1793. 

29. De Puniet 18£ 1783 Moncuq. 5 avril 1793. 

30. Font le Bon 18 ~ 1783 Rocroy. 13marsl793. 

31. La Paumelie 18 i 1784 ? 5 avril 1793. 

32. Chenu du Souchet. . . 18 \ 1783 ? 12marsi793. 

33. Panneveyer 18 -£ 1783 Riom. 13 mars 1793. 

34. Le Vicomte 18 ^ 1783 Rennes. 14 avril 1793. 

35. Quingo-Tonquedec. . . 18 -^ 1783 Guingamp. 30 oct. 1792. 
3G. Boulard 18 { 1784 La Rochelle. 11 avril 1793. 

37. Bodar de Buire. ... 18^ 1783 Pas-de-Calais. 16 oct. 1791. 

38. D'Agrain 18 \ 1782 Bagnols. 10 avril 1793. 

39. Lelieur 18 £ 1783 Châtillon-sur-Seine. 24 avril 1793. 

40. Bruneteau 18-;- 1783 ? 25 mars 1793. 

41. Villelongue 18 i 1784 Orbais. 13 oct. 1792. 

42. Bejarry 18 { 1784 Luçon. 3 nov. 1792. 

43. D'Auvergne 18 £ 1784 En Berry. 6 oct. 1792. 

44. Bideran 18^ 1782 Vendôme. 28marsl793. 

45. D'Imbleval 18^ 1783 Barville. 19sept. 1792. 

46. Lavalade 18 1784 Lussang. 5 avril 1793. 

47. Moncourt 18 1784 Foy. 4 avril 1793. 

48. Beyly 18 1784 Périgueux. 12 déc. 1792. 

49. Brunet 18 1784 Vitry-le-François. 10 oct. 1792. 

50. Calvière 18 1784 Grenoble. 26janv.l793. 

51 Du Boulav 18 1784 Villers. 20 oct. 1792. 



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Paris.Publié par Tiirne 



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APPENDICES. 



353 



Noms. A<je. 

52. De Carondelet 18 ans 

53. De Lesquen 18 

54. Defay-Maisonneuve. . 18 

55. Dufay 18 

56. De Fontanges 18 

57. De Girard 18 

58. De Billehuest 18 

59. De Musnier 17 i 

60. Pol de Lamanon. . . 17^ 

61. De Vassal 17 ^ 

62. DeBouzet 17 \ 

63. Campbell 17 i 

64. De Fages 17 7 

65. Dumesnil-Simon. . . . 17^ 

66. Foucault 17 \ 

67. Du Quesnoy 17 | 

68. Juglard 17 i 

69. Le Prêtre 17 i 

70. D'Artigues 17 i 

71. Hedelln du Martroy. . 17 -^ 

72. DeTiremois 17 i 

7 3. BoislinarddeVergniaux 17 \ 

14. Deshayes-Gaumes. . . il- 

75. De Nollet 17 

76. Saint-Quentin 17 

77. Charbonnel de Jussac. 17 
7 8. Laboussardière. ... 17 

79. D'Hautpoul 17 

80. DeMejanèsdePuellor. 17 

81. Parfay de Yillerault. . 16 i 

82. DeHatteville 16 i 

83. Dachon 16 \ 

84. De Cosnac 16 \ 

85. De Laurens 16 i 

86. Mondion 16 i 

87. La Personne 16 

88. David de Lastour. . . 16 

89. De Cuminges 16 



Année 
d'admission. Domicile de la famille. 

17 84 Le Quesnoy. 
1784 Pont-Château. 
1784 ? 

1784 Carcassonne. 
1784 Saint-Pourçain. 
1784 Montbrison. 
1784 Avranches. 
1784 Longueville. 
1784 Salon. 

1784 En Languedoc. 

1785 ? 
1785 Landrecies. 

1782 Montélimart. 
1784 Saintes. 

1784 Calais. 

1783 Eu. 

1783 Angoulème. 

1785 Pontoise. 

1785 Aire en Gascogne. 
1785 Nemours. 
1785 Argentan. 
1785 En Berry. 

1784 Château-Gontier. 

1785 ? 
1785 Mézières. 
1785 En Guyenne. 
1784 Alençon. 

1784 Rennes. 

1785 Alby. 
1784 Chartres. 

1784 ? 

1785 Ancenis. 
1785 Brives. 

1785 Castelnaudary. 

1786 En Poitou. 
1786 ? 
1783 Uzerche. 
1786 Pont-sur-Seine. 



Date de sortie. 

27 nov. 1792. 
26 mars 1793. 
20 sept. 1792. 
1 er OCt. 1792. 
17 mars 1793. 
il mars 1793. 
22 avril 1793. 
? 

14 avril 1793. 

22 mars 1793. 

Id. 
19 mars 1793. 
10 oct. 1792. 

? 

25 OCt. 1792. 
14 mars 1793. 
1 er déc. 1792. 

? 
3 avril 1793. 
30 mars 1793. 

19 mars 1793. 

20 avril 1793. 
10 mars 1793. 

16 mars 1793. 
lOdéc. 1792, 
2 nov. 1792. 

9 mars 1792. 

23 avril 1792. 
25 mars 1792. 

4 oct. 1792. 

13 oct. 1793. 
12 mars 1793. 

14 avril 1793. 

17 avril 1793. 
19 avril 1793. 

10 mars 1793. 
19 mars 1793. 
27 mars 1793. 

45 



3"i 


APPENDICES. 




Noms. 


A a e. 


Année 
d'admission. Domicile de la famille. 


Date de sortie. 


90. Laurencin d'Avenus. . 


16 ans 


. 1784 Lyon. 


2 avril 1793, 


91. Richard de Beligny. . 


16 


1786 ? 


12 mars 1793. 


1)2. Thibault d'Alerit. . . . 


16 


1786 Niort. 


29 mars 1793, 


93. Beaucaire 


16 


1786 Toulon. 


7 mars 1793 


94. D'Estuc de Blanay. . . 


16 


1786 Auxerre. 


21 mars 1793, 


95. De Lonlay 


16 


1786 Séez. 


6 mars 1793, 


96. De Marsange 


16 


1786 Bellac. 


24 sept. 1792, 


97. De Femme 


16 


1786 Lot-et-Garonne. 


17 nov. 1792. 


98. Berthelot 


16 


1783 Barbezieux. 


15 avril 1793, 


99. Du Blou 


16 


1785 Nancy. 


25 avril 1793 


100. Commeau 


16 


1786 Id. 


15 mars 17 93 


101. Chevallau du BoisragoE 


i 16 


1786 Semur. 


22 mars 1793, 


102. Guill me de Sermiselles 


16 


1786 Saint-Maixent. 


17 avril 1793, 


103. De Buonaparté. . . . 


15i 


1787 Ajaccio. 


1 er sept. 1792. 


104. Leroyer 


15i 


1786 Saint-Nazaire. 


12 mars 1793, 


105. Pellegars 


1K 


1786 Tourville. 


9 mars 1793, 


106. Framery 


15i 


1786 ? 


17 mars 1793, 


107. Bugnotte-Pharamon. 


15i 


1784 Nancy. 


13 mars 1793, 


108. Durand 


15i 


1785 Montclar. 


25 mars 1793 


109. Biotière 


15i 


1787 ? 


17 mars 1793, 


110. D'Auvergne 


15t 


1787 Départ, de l'Indre. 


6 oct. 1792, 


111. Tilly de la Tournerie 


15 


1787 Le Mans. 


9 mars 1793, 


112. Bercy de Vaudes. . . 


15^ 


1787 Troyes. 


22 mars 1793, 


113. Cantwel 


15i 


1786 Paris. 


4 oct. 1792. 


114. Mainteville de Bras- 








defer 


15 


1786 Argentan. 


11 avril 1793, 


115. Bongar-Vaudelan. . . 


15 


1786 En Brie, 


23 mars 1793, 


116. Dupont de Compiègne 


15 


1786 Sens. 


31 mars 1793, 


117. De Thoury 


15 


1787 ? 


11 mars 1793, 


118. DeForuell 


15 


1786 Magniac. 


14 mars 1793. 


119. Casablanca 


15 


1784 Corse. 


27 nov. 1792. 


120. Botherel 


15 


1786 Dinan. 


26mars 1792, 


121. Villemor 


15 


1786 Changy. 


11 mars 1792. 


122. Challemaison 


15 


1787 Provins. 


7 mars 1792. 


123. De Flotte 


15 


1786 ? 


15 mars 1792. 


124. Charaisseau 


15 


1786 Sainte-Menehould . 


13 sept. 1792. 


125. Dessepas 


15 


1785 Cahors. 


11 avril 1793. 


1 26. David des Étangs. . . 


15 


1787 Saint-Yrieix. 


19 mars 1793. 



APPENDICES. 



355 



Année 

Noms. Age. d'admission. Domicile de la famille. Date desortie. 

127. Du puis de Dienne. . 15 ans. 1787 Cumières. 13marsl793. 

128. DeMaizières 15 1787 Châlons. 6 mars 1793. 

129. Vielcastel de Salvien. 15 1787 En Périgord. 6 avril 1793. 

130. De Bigaud 15 178G Bourbonne. 20marsl793. 

131. De Brons 15 1787 Marmignac. 6 avril 1793. 

132. Laurencin Persanges. 15 1787 Soissons. 13 mars 1793. 

133. De Champagnac. . . 15 1787 Larochefoucault. 9 avril 1793. 

134. De Vichy 14 1 1787 Clermont-Ferrand. 4 avril 1793. 

135. De Coisnon 14^ 1787 Laval. 10marsl793. 

13G. D'Elbec 14 1 1787 Stenay. 1 er avril 1793. 

137. De Damas 14^ 1787 Saint-Galmier. I2marsl793. 

138. De la Villéon 14| 1787 Lamballe. 7 nov. 1792. 

139. De Murât 14^ 1788 Cintheaux. 13 oct. 1792. 

140. De Lepine 14^ 1788 Avignon. 25marsl793. 

141. De Rouvray 14^ 1788 Marmande. 10marsl793. 

142. De Fougères 141 1787 Agen. 31 mars 1793: 

143. De Boisjourdan. . . . 14 1 1787 Grez en Bouère. 12 mars 1793. 

144. D'Arandel 14 ~ 1787 Les Landes. 8 avril 1793. 

145. Honorât 14 1 1788 ? ? 

146. D'Aiguisost 14 ~ 1788 Forbach. 14 mars 1793. 

147. Bailly Saint -Marc. . 14 1788 Le Mans. 1 er déc. 1792. 

148. Vassal du Marais. . . 14 1788 En Périgord. 6 avril 1793. 

149. De Langlay 14 1787 Colmar. 27 avril 1793. 

150. De Tiremois 14 1788 Bourges. 19marsl793. 

151. Bonnet 14 1788 Lizieux. ? 

152. DeValleaux 14 1787 Laval. 10 mars 1793. 

153. Unault de la Cheval- 

lerie 14 1788 Chartres. 26marsl793. 

154. De Collar 14 1788 Saint-Malo. 10 avril 1793. 

155. Le Prévost d'Iray. . 14 1787 Châteaudun. 22 avril 1793. 

156. DeBruchard 14 1788 ? ? 

157. D'Épinay Saint-Luc. 14 1788 ? 28 mars 1793 

158. Lenferna 14 1788 Départ, de l'Yonne. .24 sept. 1792. 

159. Durepaire-Guyant. . 14 1788 ? 27 nov. 1792. 

160. De Combes 14 1788 Gannat. 11 fév. 1793. 

161. Murat-Montel. ... 14 1788 Clermont. 26marsl793. 

162. Le Bourgoing. ... 14 1788 Saint- Germain. 3 avril 1793. 

163. Duhaffont 14 1789 Quimper. 18marsl793. 



3>'> APPENDICES. 

Année 

NoBBi. Age. d'admission. Domicile de la famille. Date de sortie. 

164. Dupein Saint-André. 13 | 1788 Saint- Antonin. 15 avril 1793. 

165. Lenoir 13 i 1787 ? ilsept.1792. 

166. De Bongar 13 ~ 1788 Saint-Pourçain. il mars 1793. 

167. Dufaur-Louboey. . . 13^ 1787 Pau. 11 fév- 1793. 

168. De Thésan 13 ^ 1789 Florensac. 27 avril 1793. 

169. La Rochette 13 | 1788 Sainte-Jaure. 2 nov. 1792. 

170. Dorlan de Polignac. 13y 1788 Condom. 20marsl793. 

171. Cataneo 13^ 1787 Bastia. 1 er oct. 1792. 

172. Juglard-Limerac. . . 13^ 1788 Angoulême. 1 er déc. 1792. 

173. De Panthou 13 \ 1788 Calvados. Il fév. 1793. 

174. De Villecot 13^ 1788 Ligny. I4marsl793. 

175. De Charnières. ... 13 i 1789 ? 24 sept. 1792. 

176. De Garnier 13 1789 Dôle. 16marsl793. 

177. Laboulaye 13 1787 Billom. 14 mars 1793. 

178. De Blois 13 1789 Paris. 29 sept. 1792. 

179. Neupveu 13 1789 Le Mans. 9 mars 1792. 

180. Lafruglaye 13 1789 Morlaix. 28marsl792. 

181. De Haly 13 1789 ? 7 sept. 1792. 

182. De Soucy 13 1786 ? 11 sept. 1792. 

183. De Guyenro 13 1789 Nancy. 5 janv. 1793. 

184. Pomier du Breuil. . . 13 1789 ? 31marsl793. 

185. Corcorail 13 1789 ? 25avrill793. 

186. Despie 13 1789 Toulouse. 2 sept. 1792. 

187. Mecquenem 13 1789 ? 6 avril 1793. 

188. De Martimprey. . . . 13 1789 Meaux. 19marsl793. 

189. De Brasdefer 13 1789 Normandie. 11 avril 1793. 

190. De Mirmaud 13 1789 Montpellier. 25 mars 1793. 

191. Bellanger de Rebour- 

ceaux 13 1789 ? 8 avril 1793. 

192. DeBédée 13 1789 Laon. 10 avril 1793. 

193. Dupuis la Bastide. . 13 1788 Alby. 25 mars 1973. 

194. Ducheylar 13 1787 ? 20 avril 1793. 

195. Bienvenu 12 i 1790 ? 14avrill793. 

196. Villegourie 12 \ 1790 Lamballe. 7 nov. 1792. 

197. Morel Lacolombe. . . 12^ 1790 ? ? 

198. D'Auvergne de Co- 

gniès 12-!, 1790 Loir-et-Cher. 6 oct. 1792. 

199. Curel Delphine. . . . 12^ 1790 Saarlouis. 30marsl793. 



APPENDICES. 



357 



200. 
201. 
202. 
203. 
204. 
205. 
200. 
207. 
208. 
209. 
210. 
211. 
212. 
213. 
214. 
215. 
216. 
217. 
218. 
219. 
220. 
221. 
222. 
223. 
224. 
225. 
226. 
227. 
228. 
229. 
230. 
231. 
232. 
233. 
234. 
235. 
230. 
237. 



Xouis. A 

Hcdelin 12 

Lys-Carbonnier. . . 12 

Foucault 12 

Lombard 12 

Baritault 12 

Barentin 12 

Vançay-Conflans. . . 12 

Varèze 12 

Tessier-Launay. ... 12 

DeBey 12 

DeLasalle 12 

D'Avoine 12 

Lentzbourg 12 

De Fresne 1 2 

Cbanier-Flechac. . . 12 

Chateaubodau. ... 12 

De Latour 12 

Caruyer-Linsecq. . . 12 

De Luillier 12 

... 1 



De Létang. , 
De Fougères. 



Guyo du Doignon. . 1 
Buttafoco. . . . 

Lécuyer 

De Faudoas. . . 
De Beaunay. . . 

Bruys 

De Fages 

De Pontual. . . 

Vareilles 

Lastic Saint -Jal. 
Lanthony. . . . 
Beaumont. . . . 
Tilly Lamonière. 

Philmain 

Chantelou. . . . 
Casablanca. . . . 
Foulongne. . . . 



Année 

je. d'udmissioi 

i 1790 
£ 1790 
i 1790 
1790 
1790 
1789 
1790 
1788 
1790 
1790 
1790 
1790 
1790 
1790 
1790 
1790 
1790 
1790 
1790 
1790 
1790 
1791 
1790 
1790 
1791 
1791 
1791 
1791 
1791 
1791 
1790 
1791 
1791 
1791 
1791 
1791 
1790 
1791 



i. Domicile de lu famille. 

INemours. 

La Ciotat. 

Metz. 

Dép. de la Meuse. 

Cessac. 

Brioude. 

Bar-le-Duc. 

Bastia. 

Alençon. 

Nancy. 

Clermont. 

? 

? 

Luçon. 
Clermont. 

Id. 
Mauriac. 
Auxerre. 
Angoulême. 
Tulle. 

Chàlons-sur-Marne. 
Conflans. 
Bastia. 
Chartres. 
Saint-Gaudens. 
Vernon. 
Verdun. 

? 
Dinan. 

? 
Saint- Antonin. 
Limoges. 
Pons. 
Le Mans. 
Beaumont-le-Vic te . 
? 

Corse. 
Alencon. 



Dute de sortie. 

30 mars 1793. 
22 mars 1793. 

2 nov. 1792. 
15 mars 1793. 

2 avril 1793. 
1 er avril 1793. 

20 mars 1793. 
27 sept. 1792. 

9 mars 1793. 
7 mars 1793. 
1 er avril 1793. 

15 sept. 1792. 

16 sept. 1792. 

22 mars 1793. 

13 avril 1793. 
27 oct. 1793. 
15 avril 1793. 

26 mars 1793. 
2 avril 1793. 

19 mars 1793. 

12 déc. 1792. 

2 avril 1792. 

27 sept. 1792. 
1 er oct. 1792. 

23 mars 1793. 

17 oct. 1792. 
4 avril 1793, 

10 oct. 1792. 
12 mars 1793. 

? 

23 avril 1793. 
15 oct. 1792. 

14 avril 1793. 
9 mars 1793. 
22 nov. 1792. 

21 mars 1793. 
27 sept. 1792. 
9 mars 1793. 



3T>8 APPENDICES. 

Année 
Soins- Age. d'admission. Domicile de la famille. Date de sortie. 

238. De Failly 1 1 ans. 1791 Ardennes. 14marsl793. 

239. Balathier il 1790 Bastia. 1 er avril 1793. 

240. Laeolombe 10 1 er mars 1792. Bayonne. 18 mars 1793. 

241. Drapier 10 11 mars 1792. Marcigny. 23 avril 1793. 

2-12. Picot de Moras. . . . 10 22 mars 1792. Dole. 25marsl793. 

243. Bellanger 10 18 avril 1792. Paris. 3 avril 1793. 

244. Pros-Prudhomme. . . 10 19 avril 1792. ? 21 mars 1793. 

245. Montrichard 10 7 juillet 1792. ? 31 mars 1793. 

246. Miehaud-Montpain. . 10 9 août 1792. Toulon. 9 avril 1793. 

A la suite de cette liste on trouve : 

« Fait et arrêté par moi, commissaire soussigné, en exécution de l'arrêté 
du département en date du 9 octobre 1792. 

»A Versailles, le 17 octobre 1792, l'an I er de la Bépublique française. 

» Chailliou. 

» Vu par nous, administrateurs du directoire de Versailles, le 19 octobre 
1792, l'an I er de la Bépublique. 

» Macé-Baigtneux, Legry, Corderant. » 



S. 



ÉTAT DES NOMS , AGE ET FUTUBS DOMICILES DES DAMES 
DE SAINT-GYB 

a l'époque de la suppression de la maison '. 

[Voir page 267.) 

NOMS. AGE. DOMICILE. 

De Courcelles 80 ans. Versailles. 

De Cbamplais 78 Paris. 

Defresne de Chevillon. ... 73 Bar-sur-Aube. 

De Marsilly 72 Paris. 

De Launay 71 Laigle. 

1 Archives de la prélecture de Versailles. 



APPENDICES. 



359 



NOMS. AGE. 

De Bar ville 70 ans. 

De Longueville G 9 

De Lalandelle 66 

De Vervaine 64 

Du Ligondès 02 

Des Essarts 62 

D'Ormenans GO 

De Durfort 58 

De Moustier 56 

De Latourfondue 55 

De Grille 56 

D'Escaquelonde 53 

Des Montiers 52 

De Crécy. . . 51 

Delpeyrou 50 

De Machault 49 

De Cambis 46 

De Bosredon 46 

De La Treirblaye 46 

DeWollant 46 

De Luchet 45 

D'Isarn 41 

De Corn 40 

De Sancé 40 

De Durât 39 

De Montgon 38 

De Leyraarie 37 

De Grimonville 36 

DeFontanges 32 

De Brebeuf. 32 

De Bar 30 

De Champsavoye 25 

De La Baronais 24 

Le Mintier 23 

De Cairon 22 



DOMICILE. 

Versailles. 
Rennes. 
Dinan. 
Versailles. 

Td. 
Orléans. 
Versailles. 

Id. 

Id. 
Saint-Amand (Puy-de-Dôme) , 
Versailles. 

Id. 

Id. 
Abbeville. 
Versailles. 
Argentan. 
Chartres. 
Saintes. 
Versailles. 
Paris. 
Saintes. 
Versailles. 
Brives. 
Versailles. 

Montaigu (Puy-de-Dôme). 
Arras. 
Versailles. 

Id. 

Id. 
Saintes. 
Versailles. 
Dinan. 
Saint-Malo. 
Bennes. 
Bayeux. 



360 



APPENDICES. 



SOEURS COIN VERSES PROFESSES. 
NOMS. AGE. DOMICILE. 

Toublier 82 ans. Aumale. 

Blanchet 75 Senlis. 

Marguerite Lambert 60 Versailles. 

Clotilde Lambert 59 Id. 

Beaimier 52 Id. 

Lequen 44 Id. 

Bourdon 43 Id. 

Colin 44 Id. 

Saint -Aubin 41 Id. 

Dou liens 35 Id. 

Cheval 34 Id. 

Beau 32 Paris. 

A la suite de cette liste on trouve : 

« Nous, institutrices de la maison de Saint-Cyr, composant ci-devant le con- 
seil intérieur de ladite maison, certifions le présent état véritable. 

» Emmanuelle d'Ormenans, Marguerite-Victoire de Launav, 
» Françoise-Emilie Champlais, Denise-Henriette Crecy. 

» Catherine Ligondès. 



» Vu par nous , officiers municipaux de la commune de Saint-Cyr et com- 
missaire nommé par le directoire du district à l'effet de l'évacuation de ladite 
maison de Saint-Cyr, après avoir fait l'appel nominal, avons reconnu juste et 
véritable; en foi de quoi nous avons signé le 4 avril 1793, l'an II de la Ré- 
publique française. 

»Boyelleau, Blik , off. municipal, Laurent, off. munie. 
» Houdin, secret, greffier, Delajnou, froc, de la commune.» 



APPENDICES. 361 



T. 



FRAGMENT INÉDIT DES CONVERSATIONS DE MADAME DE MAIN- 
TENON AVEC LES DAMES DE SAINT-LOUIS, 

ENTIÈREMENT ÉCRIT DE SA MAIN, ET CONSERVÉ AUX ARCHIVES DE LA 
PRÉFECTURE DE VERSAILLES. 

(Voir page 271.) 

« Nous priâmes un jour madame de Maintenoii de nous dire comment elle 
accommodait la défense qui est dans les lettres patentes de ne prendre de filles 
pour être religieuses chez nous que dans le nombre des demoiselles , avec ce 
qui est dit dans nos constitutions que nous les y prendrons le plus qu'il nous 
sera possible. Elle nous répondit qu'en faisant une loi générale on n'avait pas 
jugé à propos de prévenir les dispenses qu'on saura bien demander dans les 
cas de nécessité. Ne peut-il pas arriver , ajouta-t-elle , qu'il y aura des temps 
que vous n'auriez pas de fille dont vous voulussiez? La mortalité ne peut- elle 
pas se mettre dans vos anciennes de façon que vous n'auriez plus que de 
jeunes filles, et vous auriez besoin d'en prendre d'un âge plus avancé que 
celles qui sont chez vous? Il peut encore arriver des cas que je ne prévois pas. 

» Nous lui demandâmes ensuite si, ayant la liberté d'augmenter notre com- 
munauté, pourvu qu'en Dames et en sœurs nous ne passions pas le nombre 
de 80, nous ferions bien d'avoir 60 religieuses et 20 converses. Elle ré- 
pondit qu'elle avait ouï dire aux gens expérimentés qu'il ne fallait pas sur- 
charger de grandes communautés, qu'elle ne voudrait jamais passer le nombre 
de 50 tout au plus, et qu'elle croyait que 45 suffisaient pour les charges en se 
faisant aider par les noires et par les sœurs; qu'il ne fallait pas perdre l'avan- 
tage que nous avions de pouvoir nous servir de simples sœurs qu'on renvoyait 
quand elles étaient mauvaises ou invalides. A propos de cette invalidité, 
ajouta-t-elle, je vous conjure d'être libérales à donner à de pauvres filles qui 
vous auraient servies de quoi aider à leur subsistance, mais d'être difficiles à 
vous en charger au dedans. Vous avez assez d'affaires. Que votre charité ne 
prenne pas le change; la votre doit être pour les personnes engagées dans 
votre maison et pour les demoiselles. Il faut vous soulager de tout le reste. 
N'écoutez pas ces raisonnements de l'avarice, qu'une fille plus ou moins n'est 
rien chez vous et qu'une somme à payer tous les ans n'est pas de même. On 

46 



3G2 APPENDICES. 

ne prévoit pas en raisonnant ainsi que cette fille aura besoin d'une autre pour 
la servir, qu'il faudra la veiller, l'assister, etc. Encore une fois, ne prenez pas 
de nouvelles charges et acquittez-vous fidèlement de celles de votre Institut. 

» Elle dit un jour à ma sœur la sacristine : J'ai vu de près dans l'église du 
dehors les bouquets faux qui sont sur l'autel ; rien n'est plus sale ; ne songez 
point à en avoir d'autres; n'en faites jamais. Quand votre jardin vous don- 
nera des fleurs, mettez-les tout simplement dans des vases sans art et sans 
perdre votre temps à les arranger. Quand vous n'en avez pas, passez-vous de 
cette parure : la propreté, les lumières, le respect, le silence, la ferveur hono- 
rent bien plus Dieu que tous ces ajustements qui ne font que dissiper ceux qui 
les font et ceux qui les voient. » 

A la suite de cet écrit, l'on trouve cette note, qui est de la main de madame 
de Glapion : 

« Cet écrit * est de la main de madame de Maintenon, parce qu'ayant trouvé 
ce dont il s'agit mal rendu par une Dame de Saint-Louis qui n'avait pas bien 
pris sa pensée, elle le corrigea en l'écrivant elle-même. » 

1 Voir le fac-similé ci-joint. 



FIN DES APPENDICES. 



TABLE DES MATIÈRES 



Préface i 

Chap. I er . — Des raisons politiques qui ont amené la fondation de la maison 

de Saint-Cyr 1 

Chap. II. — Histoire de madame de Maintenon jusqu'en 1684 6 

Chap. III. — Madame de Maintenon élève des jeunes filles à Rueil et à Noisy. 
— Fondation de l'Institut de Saint-Louis à Saint-Cyr. — Première visite du 

roi. — (Mars 1682 à septembre 1686) 28 

Chap. IV. — Description de la maison de Saint-Cyr 57 

Chap. V. — Premières années de la maison de Saint-Cyr. — Représentations 

de la tragédie d'Esther 69 

Chap. VI. — De la réforme faite à Saint-Cyr. — Fin des représentations théâ- 
trales. — Changements dans l'éducation des demoiselles. — Établissement 

des prêtres de Saint-Lazare 88 

Chap. VII. — Transformation de la maison de Saint-Louis en monastère ré- 
gulier 106 

Chap. VIII. — Constitution de la maison de Saint-Cyr. 121 

Chap. IX. — De l'éducation donnée à Saint-Cyr 139 

Chap. X. — Le quiétisme à Saint-Cyr. . : 153 

Chap. XI. — Saint-Cyr pendant la guerre de 1688. — Vie de madame de 
Maintenon à Saint-Cyr. — La duchesse de Bourgogne y est élevée. — Vi- 
sites du roi 174 

Chap. XII. — Succursales de Saint-Cyr. — Mariages des demoiselles. — In- 
structions de madame de Maintenon à leur entrée dans le monde 198 

Chap. XIII. — Saint-Cyr pendant la guerre de la succession d'Espagne. . . . 209 
Chap. XIV. Mort de Louis XIV. — Retraite de madame de Maintenon à 

Saint-Cyr. — Sa mort 223 

Chap. XV. — Saint-Cyr pendant le règne de Louis XV 23 i 

Chap. XVI. Saint-Cyr pendant le règne de Louis XVI. — Dernières années et 
fin de l'Institut de Sm'nt-Louis 251 



301 'TABLE DES MATIÈRES. 



APPENDICES. 

A. Notes de la main de Louis XIV sur la fondation de Saint-Cyr 301 

B. Extrait de la première instruction de madame de Maintenon aux Dames de 
Saint-Louis sur l'éducation des demoiselles (juillet 1080) 302 

C. Extrait de l'histoire de Louis XIV en vers, par Régnier Desmarets 304 

D. Cantate à la louange de madame de Maintenon 305 

E. Bref du pape Alexandre VIII à madame de Maintenon 307 

F. Procès-verbal de la visite de l'évêque de Chartres en 1 092 308 

G. Mémoire pour servir d'instruction aux personnes qui désireront obtenir des 
places pour des demoiselles dans la royale maison de Saint-Louis à Saint-Cyr- 
lez-Versailles (178i N . 319 

H. L'éducation de Saint-Cyr 323 

H'. Une journée de madame de Maintenon à Versailles 324 

I. Extrait des avis donnés par madame de Maintenon à la duchesse de Bour- 
gogne 320 

J. Avis de madame de Maintenon à une demoiselle qui sortait de Saint-Cyr . . 329 

K. Épitaphe de madame de Maintenon. . . 330 

L. Acte de décès de madame de Maintenon 337 

M Liste chronologique des supérieures de la maison de Saint-Louis 338 

N. Liste chronologique des Dames de Saint-Louis 340 

O. Liste des directeurs temporels et des intendants 340 

P- État sommaire des biens et revenus de la maison de Saint-Louis 347 

Q. Charges et dépenses de la maison de Saint-Louis 350 

R. État nominatif des élèves de Saint-Cyr à l'époque de la suppression de la 

maison 351 

S. État nominatif des Dames de Saint-Louis à l'époque de la suppression de la 

maison 358 

T. Fragment inédit des conversations de madame de Maintenon 301 



YVS DE LA. TABLE 




là va liée, Théophile Sebastien 

Histoire de la Maison 
royale de Saint-Cyr 



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